‹ Trypanosomes et trypanosomiasesChapitre 5 sur 412 · A. Laveran, Arcli. méd. expér., l" mars · texte numérisé non relu

A. Laveran, Arcli. méd. expér., l" mars

2. ZiEMANN, dès 1893, avait coloré ainsi les deux masses chromatiques des Trypanosomes de la {grenouille.

à tous les trypanosomes pathogènes et à des trypanosomes non pathogènes de Batraciens, de Poissons, de Reptiles, d'Oiseaux.

Au cours de nos recherches, nous découvrions (1901) dans le sang d'un poisson d'eau douce, le rotengle, un organisme avec, entre autres particularités, un flagelle à chaque extrémité du corps, pour lequel nous créions le genre Tri/panoplasma. Nous insisterons dans le Chapitre III sur son intérêt morphologique. Disons de suite que des organismes très voisins ont été trouvés dans le sang de nombreux poissons d'eau douce et que certains paraissent être les agents de maladies de ces poissons.

En 1903, deux savants américains, ]\ovy et Me Neal, ont fait la belle découverte de la culture pure, dans un milieu sang-gélose, d'abord du trypanosomc des rats, puis du trypanosome du nagana. Cette découverte n'a pas donné, pour ce qui concerne les trypan. pathogènes, les résultats espérés : leur culture reste toujours difficile et le problème n'est qu'incomplètement résolu. En revanche, les trypan. non pathogènes, dont le trypan. des rats est le type, se cultivent facilement et le procédé de culture de Novy-Mc Neal est devenu une méthode de recherche des trypanosomes dans le sang où leur rareté en rend la découverte pénible et aléatoire. Les savants américains en ont fait eux-mêmes la démonstration pour les trypan. des Oiseaux. Le procédé sert, à l'heure actuelle, à déceler, dans le sang des bovidés de tous les pays du monde, l'existence de trypanosomes, très voisins du Tri/pan. Theileri Laveran, auquel Theiler, qui l'a découvert au Transvaal, avait d'abord attribué un rôle pathogène caractérisé.

Mais c'est surtout dans la découverte des maladies à trypanosomes des Mammifères et de l'Homme que les quinze années qui viennent de s'écouler ont été fécondes. Nous allons énumérer les principales de ces trypanosomiases, connues à l'heure actuelle, en donnant un aperçu général de leur distribution géographique. (Voir pour les trypanosomiases animales, la carte ci-contre.)

Le Surra, dont le trypanosome a été découvert en 1880 par Evans, sévit sur les Equidés et les Camélidés des provinces du nord de l'Inde, de la province de Bombay, de la Birmamie. du sud de la Chine, de régions très diverses de l'Indochine française ; on l'a signalé dans les Etats fédérés malais, à Sumatra, à Java^ aux Philippines. Les Bovidés de l'Inde sont peu gravement atteints. En revanche, le surra a causé en 1901 une mortalité considérable sur les Bovidés du centre de Java, depuis 1902 sur ceux de l'île Maurice, tout récemment sur ceux de Ceylan.

Le Nagana et un certain nombre de maladies voisines sont liés à l'existence d'une ou plusieurs espèces particulières de mouches tsétsé. Depuis la découverte de Bruce, des trypanosomes ont été trou-

vés dans presque toutes les régions de l'Afrique où existent les tsétsés : nord du Transvaal, Rhodesia, Mozambique, Est africain

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allemand, Est africain anglais, Ouganda, Côte des Somalis, Soudan anglo-égyptien, bassin du Congo, Cameroun, vallée du fleuve Chari, Afrique occidentale française et colonies étrangères enclavées.

L'existence de plusieurs entités morbides distinctes est établie. Les recherches faites en Afrique par les savants français, anglais, allemands, belges, portugais,.... et complétées dans les laboratoires de l'Europe (en particulier à l'Institut Pasteur et à l'Ecole de Médecine tropicale de Liverpool) ont permis en effet de caractériser plusieurs trypanosomes africains, pathogènes pour les Equidés et les Ruminants et convoyés par les tsélsés. Tels sont le Tr. dimorphon, rapporté de Gambie dès 1903 par Dutton et Todd, le Tr. congolense Broden. le Tr. Cazalboui et le Tr. Pecaiidi Laveran, le Tr. togolense Mesnil et Brimont, le Tr. pecoriim Bruce, Hamerton, Bateman et Mackie.

En 1894, Rouget trouvait un trypanosome dans le sang d'un cheval atteint de Dourine, à Constantine. Cette découverte était confirmée en 1899 par Schneider et BuH'ard qui mettaient hors de doute le rôle causal du trypanosome dans la dourine. Cette trypanosomiase, connue aussi sous le nom de mal du coït (le coït est le seul mode de propagation connu), ne sévit que sur les Equidés reproducteurs; elle existe sur tout le pourtour africain et asiatique de la Méditerranée, en Perse, en Turquie, jusque dans l'Inde; on en observe encore des cas en Russie, en Hongrie, en Roumanie, en Prusse orientale, et dans le nord de l'Espagne. La maladie se rencontre aussi en des points restreints des Etats-Unis et du Canada, peut-être existe-t-elle également à Java.

En Algérie et dans l'Afrique mineure, la dourine n'est pas la seule trypanosomiase animale : on a signalé une trypanosoraiase des Equidés et une des dromadaires, sans doute identiques entre elles, différentes de la dourine à la fois par leur mode de propagation en dehors du coït et par les caractères de leurs trypanosomes. Ces trypanosomiascs se retrouvent de l'autre côté du Sahara, au Soudan [Tr. soudanense Laveran), et, à côté d'elles, on observe une autre maladie des dromadaires, la Mbori, transmise également par d'autres insectes que les tsétsés, et qui n'est qu'une variété de surra.

En 1901, le D'' Elmassian. directeur de l'Institut bactériologique de l'Assomption, a découvert un trypanosome dans le sang des Equidés atteints de Mal de caderas (maladie de la croupe). Cette maladie sévit sur toute la surface du grand Chaco, territoire de chasse et d'élevage, et sur les régions voisines de l'Argentine, l'Uruguay, le Paraguay et la Bolivie. On connaît aussi le mal de caderas, plus au nord, dans la province brésilienne de Matto-Grosso, et aussi dans le bassin de l'Amazone et dans l'Etat de Sao-Paulo.

En 1905, une autre trypanosomiase des Equidés a été trouvée au

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Venezuela (R. Rangel) et en 1910, dans Tlsthme de Panama Darling).

Jusqu'en 1902, on croyait que les maladies à trypanosomes étaient l'apanage exclusif des animaux et que l'homme était épargné. On citait volontiers les cas du nagana et autres maladies similaires des chevaux et du bétail, convoyés par la mouche tsétsé, dont l'homme n'était jamais atteint, bien qu'il fût piqué par la mouche.

A la fin de 1901, le savant anglais Dutton découvrait dans le sang d'un Européen habitant la Gambie, et alteirtt de fièvre irrégulière avec splénomégalie, un trypanosome nouveau. Cette découverte d'un trypanosome, agent d'une maladie de l'homme, fut bientôt confirmée en Gambie par Dutton et son collaborateur Todd et étendue à d'autres régions (Congo, Ouganda).

En mai 1903, parut la découverte retentissante, faite dans l'Ouganda, par Castellani, d'un trypanosome dans le liquide céphalo-rachidien des nègres atteints de la Maladie du sommeil. Cette découverte fut rapidement confirmée par Bruce et Nabarro qui, par leurs recherches variées, mirent bien en évidence le rôle causal du trypanosome de Castellani dans la maladie du sommeil. L'identité de ce trypanosome avec celui découvert Tannée précédente par Dutton fut reconnue : la maladie du sommeil n'est que le stade linal d'une infection sanguine à trypanosomes. Ce trypanosome humain est convoyé par une espèce particulière de mouche tsétsé.

La Trypanosomiase humaine a donc la distribution géographique de la maladie du sommeil : bassins de l'Afrique occidentale depuis le Sénégal jusqu'à Saint Paul de Loanda, spécialement bassin du Congo; bord septentrional du lac Victoria (voir la carte spéciale au chapitre qui traite de la maladie du sommeil.

La maladie du sommeil ne paraît pas être la seule maladie humaine ayant pour agent un trypanosome. U y a trois ans, Chaga^ a appelé l'attention sur une affection sévissant surtout sur les enfants, dans l'Etat de Minas, au Brésil, et qui relèverait aussi d'un trypanosome, à la vérité un peu particulier.

11 convient dindiquer ici l'existence des Leishmanioses (kala-azar, bouton d'Orient), autre groupe de maladies humaines, dont l'agent, qui revêt une forme flagellée en dehors de l'organisme humain, n'est pas très éloigné des trypanosomes.

Les trypanosomes pathogènes ont donné lieu à d'innombrables recherches de laboratoire qui ont fourni des résultats très importants sur leur morphologie, leur action pathogène, leur mode de propagation, la façon de les détruire dans l'organisjng^^^ infecté. -'l^SÏC/i^

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8 TRYPANOSOMES ET TRVPANOSOMIASES

Essayons de caractériser brièvement la portée des progrès accomplis.

Par leur système nucléaire assez particulier, et ses relations avec l'appareil flagellaire, les trypanosomes ont servi de thème à de nombreuses considérations de cytologie générale qui ont eu au moins pour résultat positif de préciser tout ce qui concerne la structure fine de ces organismes.

L'étude de l'action pathogène des trypanosomes a permis une série de comparaisons du plus haut intérêt avec d'autres mahidies, telles que la syphilis, et en particulier avec les maladies qui, par leurs manifestations plus ou moins lointaines, touchent le système nerveux.

Jusqu'en 1904, si le rôle des tsétsés, par exemple, était reconnu pour diverses trypanosomiases, on ne savait rien sur l'essence du phénomène et on n'était pas assuré qu'il y eût développement du trypanosome chez l'invertébré. L'évolution si caractéristique des hématozoaires du paludisme chez les moustiques laissait soupçonner quelque chose de semblable; mais, étant donnée la distance zoologique des organismes, on ne pouvait raisonner d'analogie. C'est alors que parut le sensationnel mémoire de Schaudinn sur l'alternance de générations entre trypanosomes et hématozoaires endoglobulaires. et sur l'évolution de ces hématozoaires d'oiseaux chez le Culex pipiens, qui se présentait par conséquent comme le second hôte de ces parasites. La question de fait posée par Schaudinn est encore discutée; il n'y a. en tout cas, certainement pas lieu à généralisation quant aux stades endoglobulaires des trypanosomes.

En raison de multiples causes d'erreur et de difficultés d'interprétation, la question du développement des trypanosomes chez les invertébrés, placée sur le terrain de la morphologie, présente encore des obscurités et n'a pas abouti à des conclusions fermes, malgré d'intéressants résultats, en particulier l'évolution dans la trompe des tsétsés (Roubaud).

C'est surtout les résultats positifs d'infection du vertébré, par l'invertébré, après une notable incubation chez celui-ci, qui ont permis de trancher la question de l'évolution chez l'invertébré. D'abord résolue pour les trypanosomes (et trypanoplasmes) de poissons et de grenouilles (Brumpt), elle a été confirmée en 1901) par les mémorables expériences de Kleine établissant que la tsétsé ne devient infectieuse quune vingtaine de jours après le repas infectant; et cette notion a été étendue à tous les trypanosomes (animaux et humains) convoyés par les tsétsés, ainsi qu'au Tr. Lewisi transmis par les puces et les poux de rats.

La morphologie est venue confirmer partiellement ces faits en révélant un dualisme évolutif des plus inatte'ndus : développement

limité à la trompe des tsétsés pour certains virus (7"/'. Cazalboui; Boufl'ard) ; s'accomplissant dans le tube digestif avec émigration tardive dans les glandes salivaires pour d'autres trypanosomes dont le gambiense (Bruce et ses collaborateurs). Dans tous les cas, révolution est cijclique et il semble que le liquide salivaire soit néces saire pour que le trypanosome revienne au type sanguin d'où il était parti .

Cette présence de formes évolutives des trypanosomes chez les invertébrés suceurs de sang, leurs affinités incontestables avec des flagellés (genre Leplomonas à flagelle terminal, sans membrane ondulante, et genre Crithidia, avec membrane ondulante prenant naissance vers le milieu du corps à la hauteur du noyau), propres à ces invei'tébrés ainsi qu'à d'autres qui ne vivent pas de sang, ont posé des problèmes phylogéniques intéressants.

Le grand elïort de la décade qui vient de s'écouler a été surtout d'ordre thérapeutique. Vite, on a reconnu l'insuffisance des vaccinations et des sérotliérapies et on a dû pousser au développement de la chimiothérapie. S'il reste encore beaucoup à faire dans cette voie, surtout au point de vue pratique, on a le droit d'être satisfait du nombre et de la valeur des documents accumulés, dont certains ont une portée générale.

Des corps de plusieurs séries chimiques se sont montrés capables d'atteindre les trypanosomes dans l'organisme vivant, de le « désinfecter » sans trop l'intoxiquer. Ce sont, par ordre de date, la série des arsenicaux, d'abord avec l'acide arsénieux seyl, auquel sont venus s'ajouter un autre composé inorganique, le trisulfure, et toute une série de composés organiques, l'atoxyl qui a vite pris et su conserver la première place en thérapeutique, l'arsénophénylglycine, etc.; — la série des couleurs de benzidine (trypanrot, Irypanbleu...); — les composés du tryphénylméthane (verts de malachite, parafuchsine, tryparosane) ; — enfin les antimoniaux, en particulier les émétiques, que la parenté chimique de l'arsenic et de l'antimoine indiquait pour de pareilles recherches.

Le problème du traitement est bientôt apparu dans toute sa complexité : on s'est rendu compte que le choix des médicaments et de leur association variait avec l'espèce de trypanosomes et, pour un même trypanosome, avec l'espèce de l'animal-hôte. Cette participation de l'organisme apparaît d'ailleurs clairement de ce fait que beaucoup des médicaments actifs, par exemple : l'atoxyl, ne sont pas nocifs in vitro pour les trypanosomes. On a vu aussi que, en cas de traitements répétés, nécessités par des rechutes, les trypanosomes devenaient plus ou moins vite insensibles au médicament employé; et il a été établi par Ehrlich et ses collaborateurs que cette propriété acquise peut se conserver intacte à travers un grand

nombre de générations asexuées. Il y a création de véritables races ou môme d'espèces secondaires, dont les propriétés et en particulier la spécificité assez étroite sont du pins haut intérêt pour les biologistes. Parfois même, aux modifications d'ordre physiologique, s'en joignent d'autres d'ordre morphologique.

Parallèlement à cette étude, s'est poursuivie celle des races résistantes aux propriétés acquises des sérums des animaux infectés. Ces propriétés, de même ordre, mais de moindre intensité que celles qui se développent dans les infections bactériennes, ont donné lieu à des découvertes intéressantes et à quelques applications concernant l'identification des trypanosomes pathogènes. Mais, avec la morphologie, le procédé de l'immunité active croisée reste au premier plan des méthodes pour reconnaître les diverses espèces de trypanosomes.

De tout cet ensemble, si riche de faits dignes de retenir l'attention du biologiste, l'hygiéniste, le médecin, le vétérinaire tireront des armes pour lutter contre les trypanosomiases : ayant appris à connaître leurs modes de propagation, les conditions de vie des insectes qui les transmettent, ils sauront les prévenir; par une application circonspecte des données de la chimiothérapie, ils apprendront à guérir les hommes et les animaux atteints; l'emploi du microscope et des procédés biologiques facilitera leur tâche en leur permettant des diagnostics rapides et précoces. Et il est permis d'entrevoir d'abord une diminution des désastres causés par les trypanosomes; puis, dans un avenir plus ou moins éloigné, la disparition graduelle des trypanosomiases.

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