L.vvERAN et Mesxil. — Trypanosonies et Trypanosomiases
130 TRYPANOSOMES ET TKYPANOSOMIASES
sont fréquemment visibles à l'examen microscopique; mais, au contraire des infections produites par les trypan, susnommés, la guérison n'est pas rare.
En considérant l'action pathogène sur les Ruminants, on arriverait à un ordre peu différent du précédent.
Il semble donc qu'il y ait une certaine gamme générale d'action pathogène sur l'ensemble des Mammifères. Mais on aperçoit de suite de nombreuses exceptions. Nous avons vu, en traitant de la généalogie des trypan., qu'on peut modifier notablement la virulence d'un trypanosome pour un mammifère déterminé. De pareilles variations s'observent dans la nature pour une espèce déterminée. Il y a des adaptations à certains hôtes et en définitive des sortes de balancements de l'action pathogène, qui rendent parfois les comparaisons entre espèces fort difficiles.
Certaines de ces adaptations sont caractéristiques de quelques espèces. C'est ainsi que Tr. Cazalboui est adapté aux Ruminants et aux Equidés et n'agit pas du tout sur les Rongeurs et les chiens, si sensibles aux autres trypan. On peut encore citer le Tr. yambiense, qui est parmi les moins pathogènes pour les divers mammifères et qui est le seul à parasiter l'homme.
Il reste à considérer l'influence de l'espèce animale sur le pouvoir infectieux et la virulence des divers trypan. pathogènes.
On observe souvent de plus grandes différences en passant de certaines espèces animales à d'autres, même assez voisines, que d'un trypan. à un autre trypanosome.
Jusqu'à un certain point, on a le droit de dire que chaque espèce animale a sa trypanosomiase spéciale.
Nous nous en tiendrons à cette place à cette remarque générale, le sujet devant recevoir tout son développement dans le chapitre de Séméiologie. Mais il est un autre côté de la question que nous devons traiter ici, c'est celui qui concerne l'influence de l'état de l'animal sur le pouvoir infectieux du trypan. qu'on lui inocule.
Inflience de l'état de l'espèce anlmale. — Les conditions dans lesquelles se trouve l'animal inoculé influent sur la marche de l'affection.
Si l'on soumet les animaux au froid, les résultats paraissent différents suivant que ce froid amène ou non une modification notable dans les échanges de l'organisme.
Ainsi, R. Blanchard et Blatin ' ont établi que la marmotte en hibernation devient réfractaire à l'égard des trypanosomes. L'état de sommeil régulier était obtenu en plaçant les marmottes dans une cave à température constante de -+- 6\ La température de l'animal
I. H. lÎLANCHAiiD et Blatin, Arch. Parasitai., I. XI, 1907, p. 301.
est normalement de 8 à 10°, mais peut remonter jusqu'à 35° et même au delà, quand le sommeil devient moins profond.
Dans ces conditions, les marmottes se sont montrées complètement réfractaires à l'inoculation de divers trypanosomes : Tr. gambiense, 7'r. Euansi, trypan. des dromadaires d'Algérie. Mais l'animal l'éveillé est immédiatement apte à se laisser infecter par une nouvelle inoculation des môme trypan. ; il se comporte alors comme les témoins qui n'ont pas reçu d'inoculation préalable (mort en 20 à 40 jours pour le Tr. yambiense, 9 à 12 jours pour le Tr. Evansi). Il se peut même que les trypan., inoculés la première fois, déterminent une infection, si l'animal se réveille dans les 4 ou 5 jours qui suivent cette inoculation. Passé ce délai, les trypan. ont généralement disparu complètement.
Pour ce qui concerne les Tr. gambiensf et Evansi, dès que les trypan. ont apparu dans le sang, l'animal est incapable de s'endormir et l'infection suit son cours normal. Au contraire, dans le cas de la 3" espèce, l'animal peut, dans des conditions favorables, s'endormir et guérir. 11 n'acquiert, de ce fait, aucune immunité; on peut donc le réinfecteret le guérir plusieurs fois de suite (voir l'expérience 21 des auteurs).
Brumpt ' a observé une influence analogue de l'hibernation chez le lérot vulgaire : ces animaux, infectés de Tr. gambiense, guérissent quand on les porte à une température telle qu'ils puissent entrer en hibernation (maintenus à l'état de veille, ils succombent en 40 à HO jours.) Cette guérison ne leur donne pas l'immunité. Le Tr. Blanchardi, parasite propre au lérot. persiste chez l'hôte en hibernation.
Brumpt pense que la disparition des Tr. gambiense est due à une diminution de vitalité des trypan., alors que les phagocytes conservent leur pouvoir normal.
Il a pu observer ce rôle des phagocytes dans l'infection des grenouilles rousses par le Tr. inopinatum. Ce parasite les tue en 20 jours à 20°. Si on porte les grenouilles infectées à 0°, on observe une diminution considérable du nombre des parasites. On en trouve en grande quantité d'englobés dans les leucocytes du sang et des organes (en particulier de la rate), quelques-uns encore mobiles dans la vacuole digestive (voir fig. XXX, 6, p. 138). A côté de ce rôle des phagocytes, il semble y avoir une action humorale, car beaucoup de trypan. sont en boules. Les Tr. roialoriiwi ne paraissent pas incommodés par le froid.
Pour les animaux chez lesquels le froid n'amène pas une diminution notable des échanges, le séjour dans des chambres froides n'influe pas sensiblement sur la marche des trypanosomiases. Tel a