Rouget, Ann. Inst. Pasteur, t. X
2. Rabinowitsch et Kempner, Zeitschr. f. Hyg., t. XXX, 1899, p. 2.51.
3. LwERAN et Mesnil, Ann. Inst. Pasteur, t. XV, 190i, p. 67-3.
-avant ou vingl-qualre heures après les trypanosomes. ou bien en même temps, mais en un point différent du corps, il faut donner 1 ce. pour empêcher l'infection.
Ces résultats ont eu un assez grand retentissement, parce qu'ils établissaient un lien de plus entre les infections bactériennes et les infections à protozoaires et laissaient espérer que ces dernières seraient, elles aussi, justiciables de la sérothérapie. Les recherches ^vec les trypanosomes pathogènes n'ont pas justifié ces espérances.
Étudiant le nagana, nous avons vu que le sérum des chèvres et des moutons guéris de cette maladie, avait de faibles propriétés protectrices qui ne se manifestaient guère qu'en inoculant à la souris un mélange de virus et d'une dose relativement forte de sérum (1 ce. par ex.). Exceptionnellement, ce sérum agit injecté en un point du €orps différent de celui qui reçoit le virus. Nous constatâmes aussi <jue cette propriété apparaît déjà en cours d'infection (sérum d'un bouc infecté depuis 47 jours). Nocard reconnaissait de son côté que le sérum des bovidés guéris avait de faibles propriétés protectrices.
Depuis 1902, cette propriété protectrice a été reconnue, pour les divers trypan. pathogènes, dans le sérum de tous les mammifères à infection chronique ou même subaiguë : caprins et trypan. divers {Laveran, Mesnil, Brimonl), bovidés et Tr. togolense (Martini), équidés et Tr. togolense (Kleine et Mollers, Diesing), cercopithèque et caderas (Franke), malades du sommeil et Tr. gambiense (Thiroux), chiens, cobayes et Tr. togolense (Mesnil et Brimont). Ces derniers auteurs ont consacré à cette question du pouvoir protecteur une <^'tude d'ensemble dont nous extraierons les données essentielles*.
Les sérums étant toujours assez peu actifs, la plupart des auteurs •ont expérimenté avec la souris. Les sérums ne sont guère actifs qu'en mélange. Avec un sérum qui protège, à 1/20 de ce, en mélange ^vec une dose déterminée du trypan., il faut inoculer 1/2 ou 1 ce. pour empêcher l'infection d'une souris qui reçoit, en une région <iifférente du corps, la môme dose de trypan., et encore éprouve-t-on ■des échecs.
Les expériences sont généralement faites en employant les sérums en mélange, il est bon, quand ils proviennent d'animaux encore infectés, de ne s'en servir que 48 heures après la saignée. Autrement on s'exposerait à des infections du fait des trypan. de l'animal fournisseur de sérum. Le pouvoir des sérums (surtout des meilleurs) -se maintient d'ailleurs presque intégralement pendant des mois en les conservant à la glacière et on peut, avec un même échantillon, faire tout une suite d'expériences parfaitement comparables.
On verse, dans des verres à pied stérilisés, les doses que l'on veut
1. Mesnil el Bhimont, Ann. Inst. Pasteur, t. XXIII, 1909, p. 129.
employer de sérum. On prépare, en même temps, une dilution, dans Teau physiologique citratée, du sang d'une souris (ou plus exactement d'un animal à infection aiguë) riche en trypan., et on titre cette dilution de façon à ce qu'une goutte, examinée entre lame et lamelle à un grossissement de 350 D., montre une dizaine de trypan. par champ'. On met alors, dans chaque verre contenant du sérum, en général 1/10 ce. du liquide ainsi préparé (c'est notre dose étalon), en ayant soin que le virus se mélange bien au sérum. On inocule ensuite chacun de ces mélanges sous la peau du dos des souris.
L'opération dure toujours sensiblement le même temps; les trypan. sont introduits dans le corps de l'animal après 2 à 4 min. de contact avec le sérum. Ce point est important à considérer, car le sérum est d'autant plus protecteur que le contact a été plus prolongé.
Lorsqu'un sérum est actif à une dose inférieure à 1/10 ce, on peut mesurer son activité limite soit en ajoutant, à la dose-étalon de trypan., 1/10 ce. de la dilution à 1/2, 1/5 ou 1/10 du sérum (ce qui fait 1/20, l/oO ou 1/100 de sérum), soit en conservant la dose fixe de 1/10 ce. de sérum et en lui ajoutant 2, 5, 10 doses-étalon de trypan. L'expérience a montré que, par exemple, l/oO ce. sérum -f- 1/10 ce. trypan. se comportent sensiblement comme 1/10 sérum -h 5/10 trypan. Pour plus de commodité, il est à conseiller d'employer ces derniers mélanges.
Le résultat est le même que le mélange virus-sérum soit inoculé dans le péritoine ou sous la peau.
Les sérums d'animaux neufs, cobayes, lapins, chiens et chèvres, sont dépourvus d'activité; parfois même les souris inoculées sont infectées 24 heures avant celles qui n'ont reçu que la dose-étalon; exceptionnellement, les sérums neufs retardent l'incubation d'un petit nombre de jours.
L'action des sérums se manifeste en ce que les souris inoculées avec le mélange sérum-virus ne s infectent pas ou s'infectent après un retard plus ou moins marqué; ce retard ne porte en général que sur la période d'incubation. Dans le cas de sérums peu actifs, on peut n'avoir aucune protection complète, même à la dose de 1/2 ou 1 ce. ; la valeur du sérum se mesurera alors au retard dans l'incubation. Mais, généralement, les sérums employés à dose suffisante empêchent l'infection; on devra alors expérimenter avec tout une gamme de doses de façon à déterminer la dose rhinima qui enraye toute infection, et même la dose qui n'a plus du tout d'action. Avec cette mensuration, on pourra comparer d'une façon assez précise
I. Il est clair que les dilutions ne sont pas rigoureusement comparables au point de vue de la teneur en trypan. En répétant les expériences qui comportent des comparaisons précises, on obvie à cette légère cause d'erreur.
ractivité du sérum de deux animaux etaussi celui d'un même animal à divers moments.
Le chauffage n'altère généralement pas les propriétés protectrices des sérums : ils supportent bien les températures de 56-58°, et même de 65°, maintenues pendant une 1/2 heure ou 3/4 d'heure. Parfois l'activité est un peu diminuée. C'est en particulier le <;as du sérum anti-Lewisi.
Les substances protectrices des sérums se fixent sur les trypanosomes. Mesnil et Brimont l'ont établi en centrifugeant 2 ou 3 fois de suite le mélange sang à trypan. -sérum et en ayant soin de remplacer, après la centrifugation, le liquide surnageant par de l'eau physiologique : la quantité de sérum qui peut rester est certainement inférieure à la plus petite dose susceptible d'agir.
L'ensemble des opérations dure environ 1/2 heure, temps qui, par lui-même, n'agit pas sur la vitalité des trypan. Des expériences de contrôle ont été faites en se servant de sérums neufs. On a pris aussi des trypan. du même sang dilué que celui qui a servi pour les centrifugations et conservé dans le laboratoire'.
Les culots, ayant été en contact avec les sérums actifs, n'ont pas infecté les souris ou bien les ont infectées avec retards marqués sur les témoms inoculés soit avec culots ayant été en contact avec les sérums neufs, soit avec trypan. conservés au laboratoire pendant le temps des opérations. Le liquide surnageant de la 1" centrifugation (formé en grande partie de sérum) n'avait conservé qu'une partie du pouvoir protecteur initial du sérum. La substance active du sérum paraît donc se fixer en partie. sur les trypan., une autre partie restant dans le liquide. Une fixation plus complète serait peut-être obtenue si on pouvait prolonger suffisamment le temps de contact des trypan. avec le sérum, avant la centrifugation. Mais cela est difficile à réaliser en raison de la fragilité des trypan. in vilro. On sait, d'ailleurs, que, même dans le cas des bactéries, il n'y a jamais fixation complète de la sensibilisatrice sur le corps des microbei^, malgré un contact de plusieurs heures.
Au point de vue des expériences de fixation, les sérums chauffés se comportent comme les sérums correspondants non chauffés.
Nous pouvons noter ici une différence notable avec le sérum humain normal qui, lui aussi, est doué de propriétés protectrices; les substances actives ne se fixent pas sur les trypanosomes.
Presque tous les animaux à infections chroniques ou subaiguës ont un sérum doué de propriétés protectrices. Elles sont certainement indépendantes des autres propriétés acquises de ces sérums : trypanolytique, agglutinante, etc.
Quand on opère avec du sérum de chèvre, qui ne devient jamais trypanolytique, on constate que les trypan., mélangés à ce sérum
<144 TUYPANOSOMES ET TUYPANOSOMIASES
actif, gardent une vitalité aussi grande que ceux mis au contact de sérum de chèvre neuve. En particulier, ils supportent très bien les diverses opérations de la centrifugation et des lavages.
Mais il était possible que les sérums actifs imprimassent aux ■trypan. une altération visible seulement au bout d'un temps plus long. L'expérience a montré que, à iS" comme à 37", les trypan. vivent aussi longtemps au contact de sérums actifs qu'à celui de sérums neufs, et plus longtemps que dans l'eau citratée qui sert h ■diluer le sang qui les contient (nous avons parlé p. 81 de ce pouvoir conservateur des sérums) La conservation est encore plus longue quand on emploie des sérums chauffés, qui pourtant sont aussi actifs qu'avant le chauffage.
Parfois, certains de ces sérums de chèvre agglutinent les trypan. ; mais ce pouvoir est assez inconstant et jamais bien marqué, il -existe aussi pour certains sérums neufs et il est manifeste que <îette agglutination n'a rien à voir avec l'action protectrice.
Chez les rats hyperimmunisés contre le Tr. Leivisi, le pouvoir agglutinant du sérum est tout à fait spécifique; mais, même dans ce cas, nous avons établi, par nos expériences de 1901, l'indépendance des deux pouvoirs agglutinant et protecteur, en montrant que le chauffage à 64", qui fait complètement disparaître le premier, n'altère qu'en partie le second.
D'autres sérums d'animaux trypanosomés. tels que le cobaye, sont à la fois protecteurs et trypanolytiques. Il serait étrange que, dans ce cas, le pouvoir protecteur se manifestât par un mécanisme particulier. On peut d'ailleurs dissocier les deux propriétés par le chauffage à 56" du sérum; seule la propriété protectrice persiste, plus ou moins atténuée.
On pouvait enfin se demander, les expériences étant faites chez la souris, si une propriété trypanolytique du sérum n'apparaîtrait pas à la faveur du complément de souris. Une expérience faite à 37", dans laquelle le virus était mis en contact avec des doses variables de sérum de bouc et quelques gouttes de sérum de souris, n'a pas permis de mettre en évidence la moindre trace de cette action trypanolytique.
On peut d'ailleurs saisir sur le vif le mécanisme d'action des sérums protecteurs en injectant les mélanges virus-sérum dans le péritoine des souris, ou des rats, s'il s'agit du Tr. Lewisi. On assiste à toutes les phases de l'englobement j)hagocytaire de trypan. bien vivants par les leucocytes de l'exsudat péritonéal du rat (voir fig.XXIX, et fig. XXX, 1-5). La description que nous avons donnée au début de ce chapitre nous dispense d'y revenir ici.
Même aux doses limites, l'englobement des trypan. dans le périloine est toujours rapide; il se fait en un temps beaucoup moindre
que celui nécessaire à la trypanolyse à 37°. Preuve a posteriori que ce phénomène de destruction extracellulaire ne saurait expliquer le mécanisme d'action préventive des sérums.
Quel est donc le mode d'action des sérums? Rappelons que : 1" ils n'agissent guère qu'en mélange; 2° toutes choses égales d'ailleurs, ces mélanges sont d'autant plus protecteurs que le contact entre le virus et le sérum a été plus prolongé. On na jamais dépassé un contact d'une demi-heure, qui n'est pas nocif pour la vitalité des trypan. ; 3° les trypan. mis en contact avec du sérum, puis centrifugés et lavés, peuvent perdre ainsi leur virulence. Il nous paraît probable que les substances protectrices des sérums, en se fixant sur les trypanosomes, les rendent phagocy tables. Dans ce mécanisme, l'animal inoculé intervient en particulier en ce que ses leucocytes sont plus ou moins aptes, par exemple suivant l'espèce considérée, à jouer leur rôle de phagocytes. Par sa résistance au chauffage à 56°, par son pouvoir de fixation, la substance protectrice paraît être de même nature que celle des sérums antibactériens, des anticorps en général, c'est-à-dire être composée d'une alexine et d'une sensibilisatrice.
Par leur mode d'action, les sérums dont il est question ici diffèrent notablement d'autres substances, préventives elles aussi contre les infections à trypanosomes, par exemple le sérum humain et l'atoxyl. Cette différence apparaît nettement quand on inocule les mélanges dans le péritoine.
La propriété protectrice des sérums apparaît très tôt au cours de l'infection : dès la première crise chez les chiens et les cobayes dont la maladie est à marche subaiguë. Chez la chèvre, le sérum est souvent actif avant la fin du premier mois. Son activité se maintient au cours de la maladie. Quel que soit le résultat final, mort ou guérison, le sérum est aussi actif dans un cas que dans l'autre. Mesnil et Brimont l'ont mis en évidence en comparant le sérum dun bouc qui a guéri d'une infection à Tr. togolense et celui d'un chien qui a succombé à ce virus en vingt-neuf jours d'une infection intense, sans crise véritable.
Par conséquent, ni l'existence ni le degré du pouvoir protecteur du sérum ne permettent un pronostic favorable. Ce pouvoir apparaît comme le résultat d'une réaction de l'organisme contre le parasite; le premier peut n'en pas profiter, probablement parce que, comme nous le verrons plus loin, le parasite se vaccine constamment contre les substances fabriquées par l'organisme pour lutter contre lui.
Lorsque la guérison s'établit, on ne voit pas, dans le cas des trypan. pathogènes, le pouvoir protecteur du sérum s'élever, même quand on inocule à l'animal guéri et ayant l'immunité, de grandes quantités de parasites, comme nous l'avons fait au début de nos
Laveban et Mesnm.. — Tryj)anosomes et Trypanosomiascs. 10
recherches. Le pouvoir protecteur va plutôt en diminuant.
Il paraît en être différemment avec le Tr. Leivisi; très faible au moment de la disparition des trypan., il augmente avec les injections de trypan. C'est même cette constatation qui avait fait songer à la possibilité d'une sérothérapie des trypanosomiases.
Malgré cet abaissement du pouvoir protecteur du sérum qui suit la guérison, il n'y a pas disparition rapide; les faits recueillis à cet égard parlent en faveur d'une longue conservation : des chèvres et des moutons, qui étaient guéris depuis deux ans de leur infection, avaient un sérum doué encore d'activité'. Ces mêmes animaux avaient conservé l'immunité. Les réinoculations la renforcent. Il est très probable qu'il y a une relation entre les deux phénomènes.
Il faut pourtant signaler au moins une exception : Franke a pu réinfecter un singe, guéri du caderas, et dont le sérum était protecteur.
Nous verrons, dans un autre chapitre, que cette propriété protectrice est assez étroitement spécifique et qu'elle peut, jusqu'à un certain point, servir à l'identification des trypanosomes.
Pouvoir trypanoi.ytique. — Certains sérums d'animaux infectés de trypanosomes se montrent capables de détruire les trypanosomes qu'on leur mélange; il y a une véritable lyse : les parasites sont d'abord immobilisés, puis leurs contours deviennent de moins en moins apparents pour n'être plus que des ombres qui finissent par disparaître.
Schilling- a le premier signalé le phénomène avec le sérum d'un taureau immunisé contre le nagana. Franke ^ l'a retrouvé chez un cercopithèque guéri du caderas; Lingard % avec le liquide sérique des plaques de dourine.
L'étude systématique en a été faite par Rodet et Vallet^, puis par Massaglia'^, Levaditi et Mutermilch^ A. Léger et Ringenbach* s'en sont occupés, surtout dans un but de diagnostic différentiel des trypanosomes. Rodet et Vallet ont opéré avec des chiens, les autres auteurs avec des cobayes.
La meilleure méthode pour mettre en évidence le pouvoir trypanolytique du sérum est de mélanger dans de petits tubes le sérum à étudier, à la dose de 10 gouttes, avec 2 gouttes de sang citrate
1. Laveran, g. R. Acacl. Sciences, t. GLU, 1911, p. 03; Mesnil et M. Legeh, Bull. Soc. Patli. exot., t. V, janv. 1912.
2. Schilling, Cenlralbl. f. Bakler., I, Origin., t. XXXI, 1902, p. 4.j2.