‹ Trypanosomes et trypanosomiases [electronic resource]Chapitre 237 sur 410 · W S)' SU- IT · texte numérisé non relu

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Fig. LXXV.

Tracé tliermométriquo ot variation des trypau. chez le Cynomolgus, inoculé le 28 février 1005 (d'après Mesnil et Rouget).

Le macaque, qui a passé par une infection trypanosomique sévère, a donc guéri.

Ruminants. — Les recherches de ces dernières années ont montré que, de même que les singes, les divers ruminants peuvent contracter des infections à la suite de l'inoculation du Tr. équipent uni.

Mesnil et Rouget1 ont fait connaître l'histoire de 2 caprins et d'un bovidé. Celle d'une chèvre, dont l'infection a duré près de 2 ans, est particulièrement intéressante.

Le tracé ci-contre montre que la période fébrile, nettement caractérisée, a été relativement courte: elle a duré un mois environ. Il montre aussi que des Irypan. ont été vus, à l'examen direct du sang, non seulement au débul de l'infection, mais encore au cours du second mois.

Après 6 mois d'infection assez intense les souris inoculées avec 1 2 ce. de sang s'infectent vite; le poids tombe de 34 kg. à 25 kg. 500), la chèvre a paru guérie; l'état général était excellent; le poids avait augmenté et,

l. Mesnil et Rouget, l. c; Mesnil, Bull. Soc. Palh. exot., t. III, juill. 1910, p. H71).

DOURINE 575 à la lin de la lr0 année, avaii dépassé de 6 kg. le chiffre initial; les souris

et les rats,

inoculés avec de petites quantités de sang, ne s'infectaient.

plus: mais les chiens, inoculés avec 20 ce. de sang, montraient des trypan., à la vérité après une longue incubation.

La seconde année, la chèvre, tout en continuant à avoir un sang pauvre en trypan., a maigri de nouveau : de 40 kg., son poids est tombé, en 6 mois, à 28 kg. 500; à la même époque (18e mois), la chèvre a eu une période de cécité qui a duré environ 2 mois. I n chien, inoculé au cours du J9r mois, ne s'est pas infecté; en revanche, un autre chien, fait à la (in du 20'' mois, s'est infecté. Mais le poids de la chèvre s'élève : le 17 février l'J07, il atteint même passagèremenl 44 kg.

Au bout de 23 mois et de 26 mois, le sang de la chèvre n'infecte plus le chien.

Ces constatations établissent la guérison. Une réinoculation n'est pas suivie d'infection : un chien et deux souris inoculés 12 jours après ne s'infectent pas.

Chez un bouc, inoculé avec un autre virus, l'infection a été très peu intense : une souris inoculée avec 1/2 ce. de sang, au bout de 25 jours, ne s'infecte pas; mais une série de cobayes sont infectés avec le sang du bouc. La durée de l'infection est d'environ 0 mois. Le bouc a l'immunité, non seulement pour le virus homologue, mais encore pour celui qui avait servi à infecler la chèvre1.

Malgré sa très légère infection, le bouc a été sérieusement affecté. Il s'agissait d'un jeune chevreau de 2-3 mois au moment de l'inoculation; or, pendant plusieurs mois, il n'a augmenté ni de poids ni de taille.

Enfin, une vache bretonne inoculée à Al fort par Vallée avec le virus Rouget, a montré la poussée thermique initiale, si caractéristique de la trypanosomiase des ruminants; 6 jours après l'inoculation, des parasites ont été facilement visibles dans le sang. Ce sang est resté infectieux pendant 3 mois au moins. La guérison a été accompagnée d'immunité.

Ces résultats ont été confirmés en Allemagne. Uhlenhuth, Hùbener et Woithe, avec un virus algérien, ont infecté un bovidé qui a montré des trypan. dans son sang, à l'examen microscopique, durant une quinzaine de jours. L'animal paraît avoir guéri et acquis l'immunité.

Avec leur virus de la Prusse orientale, Zwick et Fischer ont obtenu d'intéressants résultats.

Le cas des deux moutons infectés par les auteurs mérite surtout de retenir l'attention par l'existence, au cours de la maladie, de véritables plaques cutanées dont l'exsudat sanguinolent montre des

1. Ces deux virus sont respectivemenl ceux de Schneider et Bullard (pour le houe), et de Rouget (pour la chèvre). Leur identité spécilhjue se trouve ainsi conflrtaée expérimentalement.

DOUIUNE 577

trypan. à l'examen direct, alors que le sang- n'en montre pas; ces moutons ont aussi présente des symptômes (œdèmes et inflammation) du côté des organes génitaux. Dans le sang, les trypan. ne sont décelables que par l'inoculation du centrifugat à des souris, ou encore par une méthode d'ensemencement en bouillon dont nous parlons plus loin. Amaigrissement passager, considérable chez un des animaux; probablement guérison.

Une chèvre inoculée n'a pas montré de symptômes cliniques; l'examen direct a toujours été négatif; un centrifugat de sang a infecté les souris; l'essai n'a pas été renouvelé.

Une génisse s'est aussi infectée : accès fébrile au début avec trypan. vus à l'examen direct; plus tard, deux périodes d'inflammation des muqueuses génitales; inoculation posilive des centrifugals.

Porc. — Uhlenhuth et ses collaborateurs ont infecté un porc; mais les trypan. n'ont jamais été visibles à l'examen microscopique. Le porc a guéri vite et acquis l'immunité.

Oiseaux, etc. — « Les Oiseaux (poules, pigeons, moineaux) et les chauves-souris sont réfractaires, quels que soient le mode d'inoculation et la quantité de trypan. introduits dans l'organisme. Des poules et des pigeons, refroidis par les procédés habituels, ont montré une immunité absolue...

« Les animaux à sang froid (couleuvres, lézards, grenouilles) ne sont pas réceptifs. Des grenouilles placées à l'étuve à 37°, ont été inoculées à plusieurs reprises dans le sac lymphatique dorsal, jamais le parasite ne s'est multiplié; on n'en retrouvait plus trace après 36 heures. » (Rouget).

Yakimoff et Nina Kohi 1 ont inoculé à A poules du sang de cobaye renfermant le trypan. de la dourine, 2 sous la peau, 2 dans la veine de l'aile. Seulement une (des 2 de la première catégorie) s'est infectée : son sang s'est montré infectieux pour la souris 10 jours et 46 jours après l'inoculation du virus.

§ 4. — Étude du Trypanosoma equiperdum.

Entre lame et lamelle, dans le sang frais, le trypan. de la dourine ressemble aux trypan. pathogènes du type Evansi-Brucei; comme eux, il ne se meut guère que sur place. Néanmoins, on peut observer assez facilement des mouvements de translation, tantôt et le plus souvent avec l'extrémité flagellée en avant, tantôt au contraire avec cette extrémité en arrière.

Dans les préparations faites avec la sérosité sanguine de chien ou

1. Yakimoff et N. Kohl, Centralbl. f. liahlcr., I, Origin., t. XLVII, août 1008, p. 483. Lavehan et Mesnil. — Trypanosomos et Trypanosomiasos. 37

578 TRYPANOSOMES ET THYPANOSOMIASES

de cheval, fixées et colorées par notre procédé ordinaire, on a les aspects représentés par la figure LXXVIl. Le centrosome est toujours très uet et ressemble tout à fait à celui des Tr. Brucèi el Evansi. La membrane ondulante est à peu près aussi plissée que chez ces derniers trypanosornes. Il n'y a également rien de particulier à noter du côté du noyau qui occupe une position sensiblement médiane. La partie libre du flagelle a la même longueur que chez Tr. Brucei. L'extrémité postérieure apparaît assez variable de forme. Il n'est pas rare d'avoir des aspects à deux pointes, comme dans la figure LXXV1 1

Fip. LXXVIl. — Tr. equiperdum.

1. Forme ordinaire. — 2 et 3. Deux stades do la division binaire. — 4. Forme avec vacuole.

(2 et 3). Cette extrémité est sans doute très rétraclile et vraisemblablement un peu moins sur les bords que suivant l'axe.

Le protoplasme se colore en bleu assez uniforme, peut-être moinintense que chez les autres trypan. pathogènes. Nous l'avions du moins noté ainsi dans notre l''c édition. En réalité, cette coloration et la présence de granules mélachromatiques dans le cytoplasme dépendent surtout de l'état de l'animal infecté et du nombre des trypan. au moment où l'on fait la préparation de sang.

Nous avons vu, dans les trypan. du sang d'une souris sur le point de mourir, de grosses granulations cytoplasmiques assez nombreuses.

Enfin, nous devons attirer l'attention sur la vacuole antécentrosomique de la figure LXXVIl, A. Elle rappelle la vacuole semblablement située chez les Tr. gambiense et rhodesiense.

La longueur du trypanosome est de 2o à 28 u, même chez le cheval ; il est donc plus court que Tr. Brucei; il paraît aussi un peu moins large chez le chien et le cheval, mais chez la souris, on observe des formes aussi trapues.

La figure LXXVIl (2 et 3) représente deux stades de division longitudinale binaire. Rien de particulier à signaler.

UOUltlNE 579

Notons que, dans une préparation, nous avons observé un trypanosome avec 6 noyaux, dont 2 étaient encore on voie de division. Nous avons signalé des formes de division analogues pour Tr. Brucei et Tr. eguinum. De leur côté, Rabinowitsch et Kempner signalent (p. 812) des formes avec 8 et 10 noyaux aboutissant à des sortes de rosaces.

Culture. — Dans un essai sur milieu Novy-Mc Neal, Thomas et Breinl1 ont gardé le Tr. equiperdum vivant et virulent pendant 17 jours.

Zwick et Fischer ont ensemencé du sang, pour lequel l'examen direct avait été négatif, dans des tubes contenant du bouillon mélangé à du liquide amniotique; dans les jours qui suivent, on trouve dans ces tubes des amas de trypan. ; la survie ne dépasse pas une semaine. Les auteurs conseillent d'utiliser ce procédé dans un but de diagnostic.

Mohler (/. c.) est le premier qui ait véritablement réussi la culture. Il est parti d'un virus algérien donnant au rat des infections intenses. Après S essais infructueux, il a obtenu une culture qui a pu être réensemencée : 3 des 14 tubes ensemencés ont présenté un développement et, depuis 9 mois, le trypan. a été conservé à travers 14 réensemencements successifs. Le trypan. de culture se maintient virulent, mais avec une certaine baisse.

§ o. — Mode de propagation.

La dourine est transmise par le coït.

En dehors de toute connaissance de l'agent pathogène, « la démonstration expérimentale de ce mode, déjà donnée par Hertwig, est fournie encore en 1861-1862 par Prince et Lafosse. De 15 juments saines livrées à 4 étalons dourinés, 10 sont infectées (dont 5 gravement) et o restent indemnes. Deux étalons, accouplés avec les juments contaminées, contractent la maladie. Trasbot en 1877, Peuch en 1898, obtiennent la transmission à des juments en les faisant saillir par des étalons malades.

« De nombreux faits d'observation montrent que l'étalon douriné transmet l'affection à la plupart des juments saillies et pendant toute la saison de la monte; on peut admettre que les deux tiers ou les trois quarts des femelles exposées sont contaminées. » (Nocard et Leclainche, p. 626.)

Ces faits ont été corroborés et expliqués depuis la découverte de l'agent pathogène; on a vu en effet que le trypan. de la dourine

1. Thomas et Breinl, Livcrpool Schoolof trop. Mcd., Mém. XVI, MX).*).

580 THYPAN0S0MES ET TRYPANOSOMIASES

pouvait traverser les muqueuses saines et déterminer ainsi une infection. La maladie expérimentale produite chez, les chevaux, chiens et lapins par un mode artificiel quelconque (injection souscutanée., dépôt du parasite sur une muqueuse), peut êlre transmise d'un sexe à l'autre par le coït. Rouget en a donnné le premier exemple et depuis, Schneider. Buffard, Nocard,... ont recueilli un grand nombre de faits de cet ordre.

Rabinowitsch et Kempner (/. c, p. 808) disent avoir réussi à transmettre la dourine de rat à rat (de même sexe) au moyen des puces.

Sieber et Gonder 1 ont vu un cheval, placé dans une stalle voisine de celle occupée par un cheval douriné, s'infecter; ils pensent que les stomoxes ont servi d'intermédiaires. En fait, Schuberg et Kuhn 'ont réussi, avec ces insectes, à transmettre le Tr. eqaiperdum de rat à souris, et de rat à rat, en ne laissant pas d'intervalle entre les piqûres des deux animaux. On peut aussi obtenir des résultats positifs en écrasant des stomoxes infectés sur la peau d'animaux sains. Manteufel3 avait d'ailleurs établi que le Tr. equiperduni, comme le Tr. Lewisi, traverse assez facilement la peau intacte.

La transmission par le coït n'en reste pas moins le seul mode naturel de propagation de la dourine chez les Equidés. « L'infection en dehors du coït est d'une rareté extrême et procède toujours sans doute d'une inoculation immédiate; les quelques cas observés chez des chevaux hongres ou des femelles vierges ont été rapportés à une inoculation, sur la muqueuse génitale, par les instruments de pansage (éponges) ou par les litières. » (N. et L., p. 626.)

§ 6. — Individualité de la Dourine. Diagnostic. Pronostic.

Le trypan. de la dourine diffère peu des autres trypan. du type Brucei. Mais il est particulièrement rare dans le sang des Equidés malades.

Au point de vue de son évolution chez les Equidés, la dourine présente des ressemblances et des différences avec les autres trypanosomiases animales. Les points de ressemblance sont : l'anémie, la fièvre, les œdèmes affectant particulièrement les parties génitales et les régions déclives du corps, les lésions de l'œil el des paupière-, l'amaigrissement (malgré la conservation ou même l'exagération de l'appétit), la faiblesse musculaire surtout marquée au train postérieur. Les différences portent sur la durée de la maladie, la présence des plaques cutanées, les symptômes de paralysie du train posté-

1. Siebeb et Gonder, Âuch. f. Sch. u. Trop. Eyg., t. XII, 1908, p. 01G.

2. Scuunr.RG «t K.UHN, Arb. a. d. Kais. Gcsundh., t. XXXV, févr. 1011. Manteufel, Ibid., t. XXXIII. nov. L90Q, p. 46.

DOU Kl N E 581

rieur liés à l'existence de foyers de ramollissement de la moelle, les longues périodes afébriles qui suivent les poussées du début.

Les caractères spéciaux à la dourine nu sont pas constants (les plaques cutanées, par exemple, manquent généralement chez l'âne) et peuvent être considérés, chez le cheval, comme en rapport avec La lenteur de la marche de la maladie; dans les cas à marche rapide, ils font défaut. Nocard (voir supra) a pu tuer des chevaux en 4, G et 8 semaines et la courbe de leur température était identique à celle qui caractérise le surra ou le nagana; Watson, au Canada, a observé des faits analogues. D'autre part, nous avons vu que les chevaux ne succombent qu'en près d'une année à diverses trypanosomiases.

Chez les Equidés, la dourine se comporte donc comme un nagana atténué. On peut en dire autant pour ce qui concerne son action sur les animaux de laboratoire, tels que le chien, le lapin, le rat et la souris. Le cas du lapin est particulièrement net à cet égard : les lésions oculaires, génitales et cutanées des lapins dourinés rappellent à s'y méprendre les mêmes lésions chez les lapins naganés ou cadérés; seulement, la marche de la maladie, clans le premier cas, est beaucoup plus lente; dans le nagana, l'animal ne survit jamais plus de 2 mois à l'inoculation, tandis que le lapin douriné peut vivre plus de 6 mois, porteur des lésions caractéristiques, et peut même guérir.

Un certain nombre d'auteurs, à la suite de Nocard, ont insisté sur ce que la dourine, au contraire des autres trypanosomiases, n'infecterait pas les Singes et les Ruminants. Nous avons vu qu'en réalité on obtient des résultats positifs en inoculant le Tr. equiperdum aux mammifères en question. La dourine est simplement peu palho-, gène pour ces espèces animales.

Pour ce qui concerne l'étiologie, la dourine est tout à fait à part. Chez elle seule, la contagion se fait par le coït. Mais cela peut être dû simplement à une adaptation du trypan. à traverser les muqueuses saines. Le fait bien certain que les mouches n'ont aucun rôle dans la propagation de la dourine peut tenir à l'absencs d'insectes favorables dans les pays à dourine, ou à l'existence de parasites trop rares dans le sang des animaux dourinés. Il serait intéressant de savoir ce que deviendrait cette étiologie dans un pays à tsétsés, par exemple.

Les expériences suivantes parlent nettement en faveur de l'individualité de la dourine.

Nocard (Biologie, 4 mai 1901, p. 406) a inoculé de nagana deux de ses chiens solidement immunisés contre la dourine, en même temps qu'un témoin. Tandis que le témoin résistait 14 jours, les 2 chiens réfractaires à la dourine succombaient en 11 jours.

582 TRYPANOSOMES ET THYPANOSOMIASES

Plus lard, Lignières 1 a fait une expérience analogue en inoculant le trypan. du caderas à deux chiens immunisés contre la domine. Ces chiens ont succombé au caderas en 1 mois 1/2 environ, alors que leurs témoins résistaient 2 mois environ.

La comparaison s'imposait surtout avec les virus algériens des chameaux et des chevaux qui ont été identifiés au Tr. soudanense et que Ton pouvait considérer comme un virus de dourine modifié par adaptation au dromadaire. L'évolution du Tr. equiperdum chez la souris rappelle d'assez près celle des diverses variétés du Tr. soudanense.

Nous avons vu au chapitre qui traite du Tr. soudanense que la chèvre guérie de dourine (dont nous faisons connaître l'histoire p. 574), s'est infectée avec le Tr. soudanense (origine taher) de la môme façon qu'une chèvre neuve.

De tous ces faits, nous pouvons donc conclure à l'individualité de la dourine.

Diagnostic. — La dourine présente dans la plupart des cas des caractères cliniques assez manifestes pour que le diagnostic en soit relativement facile. Mais, dans un certain nombre de cas, par exemple au début d'une épizootie, le diagnostic microbiologique est utile, surtout si l'on se trouve en présence de baudets chez lesquels les symptômes cliniques sont toujours discrets.

Nous renvoyons à ce qui concerne la recherche du parasite poulies conseils à suivre en pareil cas; on y verra que le parasite est surtout présent dans la sérosité des œdèmes, mais que son existence est souvent difficile à constater aussi bien par l'examen microscopique que par l'inoculation aux petits mammifères.

En raison de ces difficultés de diagnostic microbiologique, la méthode suivante, préconisée par Lange2 et vérifiée par Zwick et Winkler serait, d'après ces expérimentateurs susceptible de rendre des services. Elle est basée sur la propriété, découverte par Lange, que possèdent les sérums des animaux infectés de déterminer l'agglutination macroscopique d'une émulsion bien homogène de trypanosomes.

Lange saigne des rats, souris ou cobayes, fortement infectés, dans l'eau salée citratée à 1,5 p. 100. Le mélange est centrifugé et les trypan. sont recueillis. On en fait une émulsion dans l'eau physiologique et on ajoute un peu de formol pour la conservation (5 à 10p. 100 d'un mélange de 15 de formol et de 85 d'eau physiologique).

Une telle émulsion peut être conservée de 4 à 8 semaines. Pour l'emploi, on ajoute, à un certain nombre de gouttes d'émulsion, du

1. Lignières, Riv. Soc med. argent., t. X, 1902, p. 112-114 du tirage à part.

2. Lange, Verein.f. Mikrob., Dresde, 8-10 juin 19H. Centralbl. f. Bulster., I. Refer., t. L. sept. 1911, p. 171 du supplément.

DOURINE 583

sérum à des dilutions diverses; on porte à 37° et on laisse agir G à L2 heures et môme plus.

Un Sérum normal ne doit pas précipiter l'émulsion à une dilution supérieure à 1 p. 50 ou 1 p. 100; généralement môme, à 1 p. 10 à 20, 1rs résultats sont négatifs, mais il convient toujours d'employer des sérums normaux témoins quand on veut faire un diagnostic par rcite méthode.

Sur un lot de 11 sérums de chevaux remis à Lange, cet observateur a diagnostiqué la dourine dans trois cas. Deux chevaux étaient en effet infectés et leur sérum était actif à de très forles dilutions 1 : G 400 et 1 : 12 000; le 3° avait été traité 3 ans auparavant par rarsénophénylglycine.

D'après Uhlenhuth, on peut, par cette méthode, faire des diagnostics précoces, alors que l'animal ne présente pas encore de symptômes et qu'on ne trouve pas de trypan. clans son sang.

Le sérum collectif de 5 chevaux dourinés de Winkler et Wysschelessky 1 agglutinait à 1 : 10 000. Le sérum de 50 chevaux, sains ou infectés de maladies variées, agglutinait seulement entre 1 : 20 et 1 : 50

La réaction n'est pas strictement spécifique. Ainsi ce sérum qui agglutinait le Tr. equiperdnm à 1 : 10 000 agglutinait le Tr. Brucei à 1 : 200. Il n'est peut-être pas sans intérêt de consigner le fait ici, car, à défaut de la 1™ espèce, on pourrait opérer avec un autre trypan. plus facile à conserver sur les animaux de laboratoire.

Wysschelessky et Winkler ont essayé aussi le diagnostic de la dourine par la réaction des précipitines. Ils emploient un extrait obtenu par agitation des trypan. 'pendant 1 à 3 jours avec des perles de verre, centrifugalion et enfin filtration sur Berkefeld. La précipitation (par superposition de l'antigène et du sérum) est immédiate et très nette avec les sérums spécifiques; elle apparaît également, mais plus lentement, avec le sérum normal. Comme pour l'agglutination, la réaction n'est pas strictement spécifique.

Pbonostic. — Les vétérinaires qui ont observé la dourine dans rancicn continent, sont à peu près tous d'accord pour déclarer que, clans la maladie naturelle des équidés, la terminaison est fatale au bout d'un temps plus ou moins long; il y a parfois des périodes de rémission pouvant faire penser, à tort, à une guérison. La dourine de l'Amérique du Nord serait moins grave et même, d'après Watson, la mortalité ne dépasserait pas 30 p. 100.

En dehors des Equidés, il n'existe pas d'espèce animale chez laquelle l'infection à Tr. equiperdnm soit fatalement mortelle. Le pronostic dépend, en grande partie, du virus utilisé (voir !< 3).

I. Wysschelessky et Winkler, Berlin, lier&rzll. Woch., 21 décembre mil.

584 TRYPANOSOMES ET TRYP ANOSOMl A. SES

Les infections qui: l'on a pu jusqu'ici déterminer chez les Ruminants ont été plus ou moins légères et se sont toutes terminées par guérison.

§7. — Traitement.

En 1903, Nocard et Leclainche s'exprimaient ainsi : « La médication arsenicale a seule quelque efficacité; Trélut obtient déjà de bons effets avec l'acide arsénieux (3 à 6 gr. par jourj, associé ou non à l'essence de térébenthine ou au fer réduit (6 à 9 gr.). Biaise recommande aussi l'acide arsénieux ou l'arséniale de soude associé à l'arséniate de strychnine.

« Arkhangelsky et Novikoff guérissent des étalons dourinés avec les injections sous-cutanées d'arsénite de soude ou d'acide cacodylique. »

Marchai 1 a aussi préconisé le traitement au cacodylate de soude.

Par l'association acide arsénieux-trypanrot, Laveran 2 a guéri 2 chiens dourinés : l'un d'eux a été guéri rapidement; l'autre a dû subir 6 traitements.

Dès le début des essais de traitement des trypanosomiases par l'atoxyl, Uhlenhuth et ses collaborateurs de l'Office sanitaire allemand (/. c.) ont utilisé ce médicament pour le traitement de la dourine. Après quelques essais favorables avec les rats et surtout les souris, ils ont opéré avec des lapins, des chiens, des chevaux.

Les lapins, très tolérants vis-à-vis de l'atoxyl, ont pu être traités à fortes doses répétées (les doses sont en général voisines de o cg. ; mais on peut donner jusqu'à 20 et 30 cg.) et les résultats ont élé excellents. Un tableau porte sur 22 lapins traités à diverses périodes de l'infection, depuis la période d'incubation (traitement dit préventif) jusqu'à la maladie à son acmé (2 avaient, en plus des symptômes ordinaires, de la kératite avec hypopyon et iritis). Chez tous, les symptômes de dourine ont disparu. 4 de ces animaux ont succombé à des infections intercurrentes, très probablement guéris. Des 18 autres, 1 seul a rechuté (après 8 mois de guérison apparente!) : une souris sur 10 inoculées avec le sang de et' lapin s'est infectée; les auteurs pensent que ce lapin était devenu un « porteur de trypanosomes ». Les 7 restants ont été sacrifiés; on n'a pu avec eux infecter aucun animal sensible; leur guérison remontait à un temps variant de 3 mois (exception) à plus d'une année.

Les pommades ont donné d'aussi bons résultats que les injections.

Avec les chiens, les résultats ont été moins satisfaisants, en raison

1. Marchal, Rcc. méd. vélér., 15 avril 1903, p. 230, et 13 avril 1004. p. 231.

2. Lavehan, C. H. Acad. Sciences, t. CXLI, 10 juillet 1903, p. 01.

DOURINE 588

de la sensibilité de ces animaux ii l'atoxyl. Seul un animal paraissait avoir été débarrassé définitivement de ses trypan. ; mais les troubles oculaires onl suivi leur cours jusqu'à cécité complète. Ce chien a rechuté; son affection oculaire s'est transformée en panophtalmie et l'animal a succombé infecté et avec méningite purulente d'origine oculaire.

Enfin, un cheval a été traité à l'atoxyl avec un succès relatif au début; le traitement a dû être interrompu après injection de 23 gr. du médicament; il y a eu rechute; un nouveau traitement a paru remettre l'animal en bon état; mais le cheval a succombé brusquement avec des convulsions et de fortes hémorragies intestinales.

Rennes ', à Alfort, paraît avoir guéri un premier cheval par l'association atoxyl-rnercure ; mais l'animal a succombé à l'intoxication mercurielle.

Un autre cheval, traité par l'association atoxyl-émétique, a été guéri en deux mois par des injections, alternant à 3-4 jours d'intervalle, d'atoxyl (4 gr. sous la peau) et d'émétique (3 gr. dans la veine); il a reçu en tout 32 gr. d'atoxyl et 2i gr. d'émétique. Deux mois après la fin du traitement, 2 litres de sang du cheval n'infectent pas 3 chiens, alors qu'avant le traitement, 3 ânes ont été infectés par le même cheval (une forme aiguë, deux formes chroniques). Réinoculé 6 mois après le début de l'expérience, le cheval a contracté une nouvelle infection.

Yakimoff - a voulu étendre à quatre étalons dourinés la méthode de traitement par le trypanrot et les préparations arsenicales (acide arsénieux et arsénite de soude) qui lui avait réussi chez les chiens. Même au cours du traitement, il y eut des rechutes et l'auteur n'a obtenu aucune guérison. Avec l'atoxyl, il a eu de bons résultats.

En 1907, il a pu traiter huit chevaux dourinés et en 1908, dix. Il a dû d'abord déterminer quelles doses d'atoxyl peuvent être injectées; il a reconnnu qu'il fallait tenir grand compte de la sensibilité individuelle des animaux; en général on peut donner 3 à 6 gr., mais on peut quelquefois atteindre 9 gr. (8 à 12 mgr. par kg.).

L'atoxyl était donné en injections sous-cutanées en deux séries de 20 à 30 jours chacune, séparées par un intervalle de 15 jours. Il y a action très nette sur tous les symptômes de la maladie et sur l'état général de l'animal.

Dans la série de 1907, traitée uniquement à l'atoxyl, cinq animaux paraissent avoir totalement guéri ; deux autres avaient conservé quelques symptômes nerveux (à noter que l'un d'eux est devenu aveugle, sans doute du fait de l'atoxyl); le dernier a rechuté. Celui-ci,

1. RENNES, Bull. Soc. centr. méd.véU'r., 30 avril 1000, p. 1311.

2. Yakimoff, Bull. Soc. Path. exot., I, IV, février 1011, p. 115,

586 TRYPANOSOMUS ET TRYPANOSOM1AS12S

soumis, en 1908, à un traitement combiné aloxyl-a. arsénicux, n'a pas guéri.

De cinq chevaux traités en 1908 par l'atoxyl seul, quatre ont guéri. Pour cinq autres chevaux, au traitement à l'atoxyl sous la peau, était ajouté, au cours de la première série d'injections, l'absorption d'acide arsénicux per os. Tous ont paru guéris (encore un cheval est devenu aveugle); mais le traitement n'a pas réussi pour le cheval de 1 année précédente, qui avait été adjoint à la série.

Pour ce cheval et un autre de la série 1908 à l'atoxyl pur, un nouveau traitement a été instit ue : atoxyl dans les veines, sublimé dans les muscles. Chacun d'eux reçut 30 injections d'atoxyl et 27 de sublimé; en général les injections alternaient de jour en jour, avecpause tous les cinquièmes jours, et interruption de quelques jours au milieu du traitement. Ce traitement paraît avoir eu raison de la maladie.

Yakimolï fait la remarque intéressante que les deux étalons, qu'il a été si difficile de guérir, provenaient du même haras. Leur virus était évidemment peu sensible à l'atoxyl et une race résistante a dû se constituer assez vite.

Yakimoff termine son mémoire par divers plans de traitement de la dourinc, soit avec l'atoxyl seul, soit par l'association atoxylsublimé.

Si l'atoxyl est employé seul, Yakimoff conseille de faire deux traitements, à 15 jours d'intervalle, chacun d'eux consistant en 10 injections d'atoxyl, pratiquées de 3 jours en 3 jours. Ou peut ou bien commencer par la dose de 3 gr. et aller graduellement à 5 gr., ou bien faire l'inverse.

Le traitement mixte atoxyl-sublimé peut être pratiqué de deux façons : atoxyl sous la peau et sublimé dans la veine, ou bien atoxyl dans la veine et sublimé dans le muscle. Dans chaque cas, il y a toujours deux traitements à 15 jours d'intervalle. Dans le premier cas, on administre l'atoxyl comme s'il était employé seul, et le lendemain de chaque injection d'atoxyl, on donne une dose de sublimé qui croît de 0 gr. 2 à 0 gr. 35. Dans le second cas, on part de 0 gr. 5 d'atoxyl pour finir à 3 gr.

Monod avait annoncé, en juin 1908, la guérison. par l'atoxyl, d'un étalon douriné. L'affirmation était prématurée : un an plus tard, un trypan. a été trouvé dans un œdème du fourreau: néanmoins, les inoculations de sang pratiquées, à diverses reprises, sur des lapins restèrent sans résultat et l'étalon, non traité pendant les deux années qui ont suivi sa guérison apparente, n'a présenté que de légers symptômes de dourine. Monod pense que les trypan. ont perdu, sous l'influence de l'atoxyl, une grande partie de leur virulence.

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