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La bile, inoculée au cobaye B XIV, a donné un résultat positif.
Examen histologique. — L'examen des coupes du foie confirme les -données de l'examen macroscopique.
Le parenchyme est sillonné de larges bandes caséeuses dont les bords sont infiltrés d'éléments embryonnaires et entourés de rangées de cellules plates et de fibrilles de tissu conjoncetif. Ces bandes sont sillonnées de canalicules biliaires néo-formés, très nombreux, formant des boyaux bourrés de cellules cubiques. Elles convergent vers des nodules arrondis qui occupent les espaces-portes ; dans ces espaces, la veine est méconnaissable; elle est complètement thrombosée et représentée, tantôt par un nodule fibreux rappelant l'aspect d'un tendon coupé en travers et creusé de petits interstices bourrés de globules sanguins, tantôt par un ilôt Caséeux entouré à sa périphérie d'une large zone d'infiltration embryonnaire, dans laquelle cheminent de nombreux néo-canalicules biliaires et qu'entoure une paroi fibreuse représentant la gaîne de l’espace-porte ; contigu à la zone embryonnaire qui entoure la veine ainsi thrombosée, se voit le canal biliaire, dont l’épithélium parfaitement sain reste entouré de sa gaîne fibreuse; non loin se voit l'artère, également intacte. Si l'on fait des coupes en séries on voit le canal biliaire demeurer intact sur toute l'étendue du tubercule, protégé en quelque sorte par la persistance de sa gaîne fibreuse.
Mais il n'en est pas de même dans les travées fibro-caséeuses qui partent de ces espaces-portes ; là les canaux biliaires interlobulaires sont englobés dans cette matière caséeuse et présentent de place en place des effondrements de leur épithélium. Les bacilles, qui sont très nombreux dans ces travées fibro-caséeuses, abordent ces canaux interlobulaires et pénètrent dans leur lumière au niveau de ces effondrements.
En aucun point on ne rencontre de cellules géantes ni de cellules épithélioïdes ; la tuberculose revêt ici la forme d'infiltration caséeuse.
Un examen détaillé des coupes de ce foie serait intéressant à exposer; je me bornerai cependant à ce rapide aperçu dans lequel j'ai simplement cherché à dégager ce qui a trait à la question que j'étudie
J'ajouterai simplement que j'ai constaté des lésions analogues dans les deux lobes ; mais je rappellerai qu’elles étaient moins généralisées et moins intenses dans le lobe témoin.
En résumé, dans cette expérience, le bacille a suivi la voie du système-porte pour parvenir au foie; la thrombose tuberculeuse des veines des espaces-portes et la présence de bacilles de Koch dans la lumière de grosses veines-portes non throm-: bosées, en sont des preuves incontestables; une cirrhose tuberculeuse s’est développée, commandée par les lésions vasculaires ; le traumatisme expérimental des voies biliaires a favorisé la production de néo-canalicules biliaires et l’effondrement des canaux biliaires interlobulaires; le bacille a fait irruption par la porte ouverte et a passé dans la bile, ainsi que le prouvent l'examen des coupes et le résultat positif de l’inoculation de la bile au cobaye B XIV.
c) Injection de bacilles de Koch dans le sang du système-porte
et ligature d'une branche du cholédoque.
Chien XXIII. — Poids : 15k-800.
Le 3 juillet 1895, ligature au catgut de la branche de bifurcation du cholédoque qui se rend au lobe droit du foie, et injection dans une grosse veine naissant de la 3e portion du duodénum de 1° de la même dilution que le chien XIT inoculé le même jour.
N'a jamais eu le moindre signe de rétention biliaire.
Est toujours resté très malade à la suite de l'opération.
Meurt le 13 juillet dans la nuit. — Poids : 13k-500.
Autopsie. — Péritonite généralisée, surtout marquée dans la région péri-hépatique.
Foie. — Congestionné, très brun, gorgé de bile surtout dans le lobe droit.
La ligature tient encore.
Pas de ganglion sous-hépatique.
Pas de tubercules visibles à l'œil nu.
Aucun tubercule visible à l'œil nu dans aucun organe.
La veine injectée est facilement retrouvée grâce à la ligature posée après l’inoculation; elle ne présente aucune lésion appréciable,
Dans le mésentère, chaîne de petits ganglions infiltrés, dans lesquels on peut colorer des bacilles sur les coupes.
La bile à été inoculée au cobaye B XX qui est mort le lendemain.
Examen histologique. — La mort est survenue trop rapidement pour que des lésions accentuées aient pu se développer.
Sur des coupes nombreuses pratiquées dans le foie on ne trouve que de temps en temps un follicule tuberculeux en voie de développement, constitué par un amas de leucocytes dans lesquels on aperçoit de-ci de-là quelques rares bacilles. Ces follicules ne présentent pas de localisation spéciale.
Dans les deux lobes il existe un certain degré d'infiltration des petits espaces-portes par des éléments embryonnaires qui sont surtout abondants à la périphérie des veines; il semble qu'il y ait un début de phlébite et de péri-phlébite. Dans le lobe, dont le canal excréteur a été lié, on constate de plus dans ces petits espaces des lésions très nettes des canaux biliaires; l’épithélium est irrégulier, et la paroi est infiltrée d’une zone d'éléments embryonnaires qui se confond avec celle qui entoure la veine.
Dans les grands espaces-portes de ce lobe les gros canaux biliaires sont atteints d'un catarrhe intense.
En résumé, bien que cette observation soit peu démonstrative, en raison de la mort trop rapide de l’animal, elle tend à montrer qu'un traumatisme des voies biliaires peut favoriser la localisation péri-biliaire des lésions tuberculeuses déterminées dans l’espace-porte par l’inoculation dans le sang du système-porte.
d) /njection sous-cutanée de bacilles de Koch et ligature totale du cholédoque.
Chien XXIV. — Poids : 10k:300
Ce chien, qui avait subi le 8 février 1895 la ligature totale du cholédoque et reçu le 15 février, sous la peau de la patte, 1% de la même dilution que le chien XXH, mourut le 6 avril, ne pesant plus
que 6k:900. IL avait présenté tous les signes d'une obstruction biliaire complète pendant quelques jours; la perméabilité du cholédoque s'était rétablié; après une période de bonne santé d'un mois environ il commença à maigrir progressivement, eut des selles sanglantes et présenta un tympanisme énorme.
A l’autopsie on trouva un tampon oublié dans le ventre au cours de la laparotomie et enkysté dans une véritable coque fibreuse remplie de pus.
Cet animal a succombé à une infection purulente lente, déterminée par la présence de ce foyer purulent.
On ne trouva quelques tubercules que dans les poumons et la rate.
Tout le lobe gauche du foie était transformé en une véritable éponge purulente, formée de petits abcès remplis de pus; ce pus, ensemencé, donna des cultures pures de streptocoques. Sur les coupes on ne trouva en aucun point de lésions tuberculeuses du foie ni de bacilles de Koch.
La bile, inoculée au cobaye B XV, donna un résultat négatif.
En résumé, cette observation semble montrer que l’inoculation sous-cutanée ne peut guère déterminer qu'une lésion locale qui tend à guérir spontanément, et que ce procédé ne saurait convenir pour déterminer des lésions généralisées. Ce fait semble confirmé par les observations des chiens XVII et XVIIT; il trouve une autre confirmation dans les observations des chiens X, XI, XIX et XXII, qui, inoculés le même jour et avec la même dilution, présentèrent des lésions de
tuberculose généralisées très accentuées.
Vue d'ensemble et conclusion des expériences précédentes.
De toute la série des expériences précédentes, un premier fait se dégage : chez un animal tuberculisé par la voie veineuse, le traumatisme des voies biliaires, créé par la ligature du cholédoque, permet au bacille de Koch de passer dans la bile.
C'est là une acquisition nouvelle de ces recherches expérimentales; les expériences de la série précédente (chiens tuberculisés sans traumatisme aucun des voies biliaires) ont été toutes négatives sur ce point, en effet.
Ici, au contraire, je trouve deux résultats positifs, fournis par l’inoculation de la bile du chien XIX et du chien XXI. Or, j'ai inoculé la bile des six chiens de cette série. D'autre part, parmi les quatre résultats non positifs, deux doivent être considérés comme non avenus : celui fourni par l’inoculation de la bile du chien XXII, le cobaye étant mort le lendemain; et celui fourni par l’inoculation de la bile du chien XXIV, qui ne présentait aucune lésion tuberculeuse du foie et a succombé à une infection purulente lente.
Ces deux cas éliminés, il ne reste plus que deux résultats négatifs (chiens XX et XXI); je pense qu'ils n’ont pas cependant une signification négative absolue, car ces deux chiens ont succombé très rapidement; les lésions tuberculeuses étaient très rares et très jeunes dans le foie du chien XXI; très confluentes dans le foie du chien XX, elles étaient également très peu avancées dans leur évolution; dans l’un et l’autre cas elles n’ont pu altérer suffisamment la structure de l'organe pour permettre l'effondrement des canaux biliaires autour desquels quelques-unes d’entre elles s'étaient développées. Si bien que les deux seuls cas qui ont fourni un résultat positif sont précisément les deux seuls dans lesquels le résultat devait être pris en considération sérieuse.
De plus, je ferai remarquer que pour l’un de ces deux cas positifs (chien XIX, tuberculisé depuis cinq semaines), deux jours de rétention biliaire complète ont suffi à favoriser l’effon-
drement des canaux biliaires au sein des nodules tuberculeux
A elles seules ces considérations pourraient suffire à montrer la nécessité d'un traumatisme des voies biliaires pour permettre aux localisations péri-biliaires de la tuberculose d'évoluer et d’effondrer les canaux biliaires.
Mais, à l’appui de cette interprétation, je puis encore faire valoir les résultats histologiques que m'a fourni l'observation du chien XXII. Là, les lésions de la cirrhose biliaire expérimentale, quoique intimement confondues avec les lésions d’une cirrhose tuberculeuse caractéristique, montrent avec la plus grande netteté l'influence exercée par la ligature de tout ou partie des voies biliaires d’excrétion sur la produce tion des lésions tuberculeuses péri-biliaires et canaliculaires.
Dans cette observation, quoique le chien ait été inoculé dans le sang de la circulation générale, j'ai montré que les bacilles ont été apportés au foie par le sang de la veine-porte; par suite de quelles conditions, je ne saurais le dire (il n’y avait pas de lésions tuberculeuses apparentes de l'intestin), mais en toute certitude, néanmoins.
Ce fait est digne d’être mis en relief ; il est conforme à l'interprétation histologique que j'ai admise. À ce point de vue, je mentionnerai encore l'observation du chien XXII.
De tout ce qui précède, s’il me fallait tirer une conclusion ferme, je ne craindrais pas d'avancer :
Une inflammation préalable ou concomitante des voies biliaires, créant un point d'appel, parait indispensable pour la production de la tuberculose confluente des voies biliaires.
Si toute la série des recherches précédentes parait insuffi-
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sante à autoriser cette conclusion, je pense que les deux observations suivantes, qui trouvent leur place ici, mieux qu'en toute autre partie de ce travail, seront assez démonstratives pour lever les doutes.
J'ai déjà fait plusieurs fois allusion à ces deux observations. Bien que la tuberculose des voies biliaires soit le fait d’une coïncidence identique dans ces deux cas, et non le résultat d’une tentative de reproduction expérimentale, les circonstances dans lesquelles elle s’est produite et l’évidence de la cause dont elle relève, donnent à ces observa tions la valeur de résultats expérimentaux et sont de nature à éclairer merveilleusement la pathogénie de cette variété de tuberculose hépatique.
Cobaye B XXV. — Poids : 4458
Femelle inoculée dans le péritoine le 11 avril 1895 avec 1° du mélange à parties égales de bouillon et de la bile du chien VIII.
Cette femelle était fécondée quand elle fut inoculée. Elle mit bas le 16 mai un petit, qui est bien venu et vit encore.
Elle mourut le 30 juin, — Poids : 4158r:
Autopsie. — Ganglions caséeux dans les aines et les aiselles. Gros tubercule fibro-caséeux au point d’inoculation sur la face interne -du péritoine; tout autour semis de tubercules plus petits.
Ganglions infiltrés dans le mésentère.
Granulations tuberculeuses à la surface du péritoine viscéral,
Ulcérations tuberculeuses peu profondes de l'intestin à 15 centimètres environ du pylore, sur une longueur de 4 ou 5 centimètres,
Pas de tubercules dans les reins,
Rate énorme, farcie de tubercules miliaires et caséeux.
Épanchement pleural absolument limpide dans les deux plèvres, tubercules très nombreux dans les poumons. Infiltration des ganglions trachéo-bronchiques.
Rien au cœur.
Foie. — Ganglion caséeux sous-hépatique gros comme un haricot,