TROISIÈME PARTIE
Dans quelles conditions le mariage des tuberculeux est-il possible ?
Tous ces faits nous montrent quel danger il peut y avoir à laisser marier des tuberculeux tant que leur guérison n’est pas certaine. Par là, au même titre que pour la syphilis, cette question de l'autorisation du mariage doit préoccuper le médecin, mais il faut bien voir que dans la syphilis les dangers du mariage sont tous pour l'époux non contaminé à l’époque où il a lieu; dans la tuberculose, au contraire, ils menacent surtout la malade quand il s’agit de la femme et alors la vitalité ou la santé de l'enfant devient secondaire.
De plus, il est un point qu'il convient de bien fixer avant d'entrer dans la discussion des faits et des opinions émises par les auteurs. Lorsque en matière de syphilis on parle de guérison, il est facile de s'entendre et, en règle très générale, si l’on élargit par crainte des exceptions le cadre tracé par les syphiligraphes, on peut dire que tout syphilitique qui a suivi pendant cinq ans un traitement régulier et n’a pas présenté depuis deux ans d'accidents spécifiques est un syphilitique guéri.
Dès lors, il est facile d'autoriser le malade à contracter un mariage.
Pour la tuberculose, au contraire, combien plus incertaine nous apparaît la marche de la maladie, tantôt évoluant vers une mort rapide, malgré tous les soins possibles, contrairement
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à toutes les données pronostiques tirées de la forme clinique, de la situation pécuniaire, du terrain sur lequel elle évolue, tantôt trainant en longueur chez des malades au sujet desquels une fin fatale paraissait devoir se produire à courte échéance. Et que de fois sont morts de granulie ou de méningite ou de toute autre forme de bacillose aiguë, des malades chez qui, des années auparavant, une lésion toute locale avait évolué vers la guérison |
Aussi nous ne serons pas étonné de voir le temps pendant lequel, pour pouvoir être considéré comme guéri, un tuberculeux doit ne pas présenter d'accidents, varier suivant les auteurs. Daremberg parle de cinq à six ans. Jeannel de quelques années (?). Lalesque (congrès de Montauban) pense que la guérison ne saurait être définie d'une facon précise. Il y a souvent, chez les malades, un ensemble de signes ou de présomptions qui font que la guérison parait de plus en plus probable. En réalité, jamais elle ne saurait être affirmée. C’est pour cela que nous préfèrerions au mot guérison le terme employé par Yssendick qui classe les cas observés en trois groupes : tuberculoses en activité, tuberculoses stationnaires et quérisons relatives. Ce terme de guérison relative a l'avantage de laisser entrevoir le réveil possible de la maladie dans tous les cas et par conséquent de ne jamais engager d'une façon ferme et absolue la responsabilité du médecin.
Ces réserves sur la guérison de la tuberculose sont d'autant plus importantes à faire, comme le remarque fort bien Lalesque dans sa communication au congrès de Montauban, que la certitude de la guérison ne dépend pas tant du degré ou de l'étendue de la lésion que l'on considère comme guérie que de la durée de l'absence de tout phénomène morbide, du maintien parfait de l'intégrité de l’état général et de la situation de fortune du malade. Telle malade chez qui des signes de cavernes pulmonaires ont été dûment constatés, a vu sa guérison se maintenir dix, quinze, vingt ans. Tel autre malade atteint de tuberculose encore fermée et peu étendue d'un seul sommet, après une guérison apparente de courte durée, voit sa maladie
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