‹ Tuberculose et MariageChapitre 44 sur 48 · CA · texte numérisé non relu

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OBSERVATION XL VII (inédite).

ARNOZAN.

Il y à environ 15 ans, je fus appelé auprès d'un jeune homme, engagé volontaire aux. Chasseurs d'Afrique, qui avait subi, sur les hauts plateaux de l'Atlas, un hiver des plus rigoureux et qui présentait dans le côté gauche de la poitrine une bronchite localisée des plus suspectes.

Il s'améliora lentement. Je fis de nombreux efforts pour le faire réformer et eus la satisfaction de réussir. Depuis cette époque, je lui ai soigné, à maintes et maintes reprises, des bronchites, des accès de grippe et autres accidents du côté des voies respiratoires qui toujours présentent plus d'intensité au niveau de l’ancien point. Une fois même, je l'ai vu en proie à une poussée de congestion pulmonaire intense, d'origine grippale, qui ne laissa pas que de me préoccuper assez vivement.

Comme dans l'intervalle de ses bronchites il toussait fréquemment et crachait quelque peu, il fit examiner ses expectorations et apprit qu'elles contenaient des bacilles de Koch. Il se soigna plus rigoureusement encore à partir de ce moment là (hygiène, aération, alimentalion, phosphate de chaux, créosote); le repos fut le seul élément de la cure qu'il n’observa pas d'une facon parfaite, cependant il se garda de tout excès de fatigue et de travail.

Actuellement, les choses sont dans le même état depuis une dizaine d'années; il n'engraisse ni ne maigrit; tousse de temps en temps, a bon appétit, mène une vie active; il s'est marié il y a huit ans, sa femme est très bien portante, il a une fillette de quatre ans environ dont la santé est également satisfaisante (octobre 1908).

OBSERvATION XL VIII (inédite).

ARNOZAN.

Il y a douze ans, j'ai été appelé pour soigner M. X..., jeune homme

de 18 ans environ, atteint d'une fistule anale. Ses antécédents de famille paraissaient bons, sauf que son père,

homme très vigoureux, déclarait que dans sa jeunesse il avait été condamné comme poitrinaire, ce qui ne l'avait pas empêché de guérir et de devenir un sujet remarquablement bien portant; depuis cette époque, il a succombé à une lithiase urinaire.

Le jeune homme en question dut être opéré à trois reprises par le D' Hallé (de Paris) pour cette fistule qui était profonde et compliquée. Après la troisième opération, il fut remarquablement guéri.

Mais, quelque temps plus lard, il commençait à tousser et présen- Lait, dans la fosse sus-épineuse droite, de l'obscurité respiratoire et quelques râles. Il crachait peu, mais les crachats contenaient des bacilles de Koch. Il fut soumis avec une grande exactitude à la cure hygiène-diélétique, à l'usage des toniques; il fit plusieurs cures climatériques (Riviera et Espagne) et finit par guérir. Cependant, on constate encore que la respiration se fait moins bien à droite qu'à gauche.

Au bout de trois ans, il nous demanda la permission de se marier. Quoique la guérison nous parût complète, elle nous semblait encore de date trop récente pour autoriser M. X... à fonder une famille. Il passa outre; il s'est marié. Sa femme et ses deux enfants sont très bien portants. Lui-même a de temps en temps encore quelques bronchites qui évoluent chez lui sans réveiller les moindres manifesta- Lions de la diathèse phtisique. Il mène une vie très active (octobre 1908).

En voilà, je crois, plus qu'il ne faut pour montrer que si les enfants des bacillaires sont souvent des hérédo dystrophiques, et par conséquent des gens peu aptes à tenir un rôle convenable dans la vie, par contre on voit des tuberculeux, hommes ou femmes, malades, mais surtout guéris, mettre au monde de beaux enfants qui, mis à l'abri de la contagion et bien élevés, sont susceptibles de bien se développer.

À côté de l'opinion que je viens d’énoncer et de combattre se place une autre opinion diamétralement opposée et aussi fausse soutenue par Reibmayr et résumée par Yssendick dans sa communication à l'Académie royale de médecine de Belgique.

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Appliquant à la tuberculose les idées sur l'immunisation des races après un contact prolongé avec certaines maladies, l’auteur soutient les idées suivantes. L'organisme humain vivant au nulieu des agents physiques, chimiques, biologiques les plus variés peut, en vertu d'un affaiblissement momentané, donner prise à l'action de ces facteurs et particulièrement aux attaques des infiniment petits. À ce moment, il ouvre la porte aux infec” tions de toute nature. La contamination se fait et l'organisme commence la lutte. Celle-ci se continue à travers plusieurs générations. L'infecté engendre un tuberculisable; mais après quelque temps, l'organisme humain, secondé dans ses efforts par les conditions d'hygiène meilleure, résiste, il s'immunise, et, sil engendre, il transmet à ses descendants, d'une part, la faculté de résister, d'autre part, Les traces de la lutte que ses ascendants ont soutenue.

Ainsi s'immunisent les races.

Mèêmes idées soutenues par Valentino, qui prétend que, dans les familles de tuberculeux, les enfants ne le deviennent qu'à un âge plus avancé que celui où les gens issus de parents sains contractent habituellement leurs lésions.

C'est ainsi que chez eux les lésions ne se manifesteraient qu'entre 30 et 50 ans. Il ajoute qu’à cet âge, suivant l'expression de Fonssagrives, il est à peu près indifférent d'être ou de ne pas être tuberculeux, car à cette époque de la vie surtout se rencontrent ces formes trainantes à manifestations torpides qui durent des années, contrairement à ce que l'on voit chez les enfants où on rencontre surtout les formes ulcéreuses et galopantes évoluant en quelques jours.

Cherchant à raisonner par analogie entre ce qui se passe dans un organisme et ce qui se passe dans la série des générations successives, 1l essaie de montrer que de même que la lenteur du processus chez un individu entraine la production d'une immunisalion progressive, dans les races dès longtemps contaminées comme la nôtre les formes chroniques sont la règle, qu'au contraire dans les races où la tuberculose est de date récente on assiste surtout au développement de cas sur-

aigus. [1 y a done une immunisation progressive de Ia race comme une immunisation progressive de l'individu. Et par là s'explique qu'après l'énorme mortalité que l'on observe chez Les enfants de tuberculeux (37 p. 190) 3 p. 100 seulement des 63 autres deviennent tuberculeux. En admettant, ce qui n'est point prouvé, qu'une telle statistique corresponde à la réalité des faits et que l’on puisse espérer que lorsque la terre sera peuplée de descendants de tuberculeux, il n'y aura plus de tuberculose, conclusion à laquelle l'auteur tend à arriver, il faut admettre que cette thèse tient bien peu compte du soin de la santé de la mère que le médecin doit surtout avoir en vue, lorsqu'il s’agit de savoir si une femme bacillaire doit ou non avoir un enfant. Et puis nous savons bien qu'en dehors de toute théorie, il y a des faits qui montrent des familles où les enfants issus de parents tuberculeux succombent tous en peu de temps à la tuberculose. Quant à ceux qui ne succombent pas de son fait, nous savons bien que beaucoup succombent à leur tare originelle (rétrécissement mitral pur par exemple), que d'autres restent toute leur vie des prédisposés à toutes les infections (scrofuleux, rachitiques, chlorotiques, ete.,) et qu'ils supportent très mal toutes les maladies, toutes les intoxications, tous les efforts. Les désavantages des traces de la lutte subie par les ascendants ne contrebalancent-ils pas les avantages de l'immunité ?

Cette théorie nous paraît donc insoutenable {ant au point de vue de l'intérêt des tuberculeux eux-mêmes, que de l'intérêt de leur descendance et par là de la société.

En principe donc, nous admettrons que toute bacillose en activité est une contre-indication au mariage. Pour que le médecin puisse autoriser son client, il faudra que les manifestations de la maladie aient disparu depuis longtemps, que l'état général soit excellent, que le mariage ne lui impose pas un surcroît de travail, de fatigues morales, etc. En un mot il faudra toujours avoir obtenu ce maximum de garanties qui est constitué par ce que nous avons appelé la guérison relative.

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