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A cette règle générale peut-il être fait quelques exceptions ? Certains auteurs le prétendent.
Fonssagrives relevant les différences qu'il faut établir entre la tubereuleuse et le fubereuleux se montre beaucoup moins intransigeant dans le cas du mari. Il fait remarquer, fort justement d’ailleurs, que les dangers personnels sont beaucoup moins considérables pour lui que quand il s’agit de la femme. Et dès lors si, grâce à la nature de la lésion (tuberculose fermée) où aux précautions hygiéniques prises, la contamination peut être évitée, 11 pense que le mariage peut être autorisé. Ce qui use et fatigue le tuberculeux célibataire, ce n’est pas tant le coït immodéré que les veilles prolongées, les diners, les théâtres.
Le tuberculeux marié n'aura aueune tendance aux excès, étant toujours en état de satiété. Et il lui suffira d'éviter les soirées, les réceptions pour avoir une hygiène parfaite et ne pas risquer d'aggraver sa lésion. Daremberg pense aussi qu'il peut quelquefois être fait exception à l'interdiction. Mais il se montre plus parcimonieux de cette autorisation.
Il est évident, nous semble-t-il, que lorsqu'une pareille question se pose au médecin, il doit envisager les trois modes d'évolution des lésions que nous avons séparés. Elles sont en activité. Elles sont stationnaires. Elles sont relativement guéries.
Si elles sont en activité, c'est-à-dire si elles évoluent vers l'ulcération, pas de doute pour le médecin; c’est un devoir de s'opposer formellement au mariage.
Seuls les cas stationnaires peuvent donc l’inquiéter et le faire hésiter.
IL nous semble que les lésions stationnaires risquent trop de se {ransformer en lésions en activité pour que le médecin ne prenne pas une lourde, très lourde responsabilité s'il consent. Rien ne peut lui garantir que le malade ne risque pas de mourir rapidement enlevé par un processus aigu. D'ailleurs espère-t-1l, en autorisant le mariage, voir les lésions rétrocéder bientôt après et s'acheminer vers la guérison ? Alors pourquoi ne pas attendre le moment où tout risque d'accident sera à peu près sûrement évité ?
Nous ne voyons donc pas pourquoi un tuberculeux non guéri pourrait être autorisé à se marier.
Pour ce qui est de la femme, il est bon, avec Yssendick, d'envisager aussi la question pour les candidates à la tuberculose, pour celles qui, comme par exemple la malade de Lalesque atteinte seulement de chlorose grave, ne présentent pas d'aceidents nettement tuberculeux, mais voient bientôt, à l'occasion des fatigues du mariage, se greffer sur leur état des accidents nettement spécifiques.
I y a pour elles surtout une question plus délicate qn'un diagnostic clinique à porter. C'est là surtout que le médecin doit être plus qu'un savant, qu’il doit être un homme de cœur.
En effet, si dans certains cas où le mariage doit apporter des fatigues, des charges, des tristesses, il est de toute nécessité que l'état général soit relevé avant que l'autorisation ne soit donnée» n'est-il pas du devoir du médecin de savoir discerner les cas où le mariage va apporter une plus grande tranquillité morale, la cessation des préoccupations qui précèdent toujours un mariage longtemps attendu, et enfin quelquefois une situation matérielle plus brillante. Dans ces cas-là nous croyons qu'il est du devoir du médecin d'autoriser le mariage, en prodiguant en même temps toutes les réserves sur les conséquences fâcheuses que pourraient avoir pour la malade des grossesses répétées, des allaitements prolongés, etc.
IL reste enfin à envisager le cas des tuberculeuses. Fille, pas de mariage; femme, pas d'enfants; mère, pas d'allaitement. Autant que pour le rétrécissement mitral, la formule de Peter est vraie pour la tuberculose.
Elle doit être appliquée dans toute sa rigueur.
Jamais le médecin n'aura à s'en repentir.
Il aura, au contraire, la satisfaction de voir certaines malades, qu'il força à attendre leur guérison, jouir d'une santé parfaite et avoir de superbes enfants.
Il nous suffira, pour le montrer et pour faire admettre qu’on peut l'espérer quelle que soit l'étendue des lésions, de citer ces deux observations de Lalesque :
OBSERVATION XLIX (inédite).
LALESQUE.
Tuberculose pulmonaire à la première période. Guérison. Mariage. Grossesse. Persistance de la guérison.
Jeune fille sans antécédents héréditaires ou personnels. Robuste. Nerveuse. Toujours bien réglée.
Contracte la maladie au couvent à l'âge de 18 ans (année 1900).
De 1901 à 1903, cure continue dans la forêt d'Arcachon qui aboutit à la guérison apparente d'une tuberculose des deux sommets, caractérisée par des signes d’induration avec hémoptysies aux périodes menstruelles. Quelques expectorations muqueuses (bronchite concomitante) à rares bacilles. Etat subfébrile.
En 1906, la guérison n’est pas démentie. Consulté en juillet de la même année sur la possibilité du mariage, j'autorise après examen.
Mariage en octobre 1906; grossesse et accouchement en août 1907.
Pas d'allaitement.
L'enfant et la mère sont en bonne santé fin 1908.
Milieu aisé.
OBSERVATION L (inédite).
LALESQUE.
Tuberculose pulmonaire. Début de la seconde période. Guérison. Grossesse. Persistance de la guérison.
Femme mariée, sans antécédents héréditaires ou personnels.
Grande, forte, mariée à 20 ans, en pleine santé, devient mère un an après le mariage. Enfant bien portant. N’allaite pas. |
En janvier 1901, vient à Arcachon pour la première fois. Malade depuis six mois, elle présente au sommet gauche des signes d'induration, avec, dans la fosse sus-épineuse, des craquements humides discrets. L'expectoration, rare, est bacillaire. Subfébrile. Etat général assez bon.
Quelques expectorations sanglantes survenues en juillet 1899 ont marqué le début de l'affection.
En décembre 1904, tous les signes de guérison remontant à deux ans ne se sont pas démentis bien que la malade ait repris depuis plus d’une année la vie de la grande ville.
Grossesse et accouchement au début de 1906. Enfant bien portant. Pas d'allaitement. Mère et enfant, actuellement (fin 1908) en bonne santé.
Milieu social fortuné.
Voici donc une observation qui montre que, même en présence de lésions du deuxième degré, le médecin ne doit pas désespérer de voir survenir une guérison assez stable pour pouvoir permettre à la malade de mener à bon port et sans danger pour elle une grossesse.