OBSERVATION LI
Laresque, Congrès de Montauban.
Jeune fille, 18 ans. Père et mère bien portants.
Après une anémie rebelle et après un long séjour au couvent, elle fut prise, à la suite d'un refroidissement fin mars 1891, d'une bronchite fébrile localisée au sommet du poumon droit, plus particulièrement en arrière, avec, à la base du même côté, un foyer de pieurésie sèche. La fièvre, la toux, les signes bronchiques et pleuraux durent deux mois, et dès le retour à la campagne, fin juin, la fièvre déja atténuée cesse, et les phénomènes locaux s’amendent sensiblement.
Dans les premiers jours de septembre (aggravation). Retour de la fièvre, de l'expectoration muco-purulente avec légères hémoptysies, (pendant deux ou trois jours) coïncidant avec l'époque des règles, totalement supprimées depuis quatre mois. Amaigrissement.
2 octobre : Arrivée à Arcachon.
Jeune fille, grande, maigre, brune, à système pileux développé, mauvais état général, fièvre quotidienne oscillant de 38,2 à 39°. Anorexie absolue, sueurs nocturnes, diarrhée, toux fréquente, dyspnée.
Je trouve en arrière, au sommet droit, dans la fosse sus-épineuse, près du rachis, les signes d'une caverne de dimensions moyennes
A lon F AA f
aux râles congestifs périphériques (fosse sus-épineuse). A la base du même côté, légers frottements pleuraux qui masquent des râles souscrépitants fins, très nettement perceptibles dans les inspirations profondes ou dans les efforts de la toux. Du côté gauche, en avant, sous la clavicule, on trouve un foyer de congestion pulmonaire révélé par de la submatité et des râles crépitants fins.
L'expectoration est abondante, muco-purulente et bacillaire.
15 novembre : Sous l'influence de la cure d'air, il s'est produit une amélioration manifeste, traduite par la diminution de la fièvre, n'excédant jamais 38° le soir et disparaissant de Lemps en temps. L'appétit est revenu el la suralimentation produit une augmentation de poids de 1 kilogr. Sommeil régulier, disparition des sueurs nocturnes, toux beaucoup moindre, expectoration très diminuée; enfin, à l'auscultation, les gargouillements ne s'entendent presque plus, les phénomènes congestifs de la fosse sus-épineuse sont moins intenses et aujourd'hui, pour la première fois depuis six mois, apparition des règles.
8 décembre : Une crise d'influenza remet tout en cause et provoque des accidents pulmonaires aigus, inquiétants; double poussée congestive des lobes supérieurs, avec légère hémoptysie, et pendant trois semaines la malade va rester avec une fièvre vive (38,5 à 39°), des sueurs nocturnes abondantes, un embarras gastrique produisant une anorexie invincible, d'où perte de poids et diminution notable sur le poids de l’arrivée. Si bien que, lorsque la malade pourra se peser, à sa première sortie, le 20 janvier 1892, on constatera une perte totale de 3 kilog.
Après un séjour de sept mois (fin mai), la malade quitte Arcachon, elle s'est améliorée dans des proportions inespérées et cela grâce au retour d'un admirable fonctionnement digestif.
Son état général ne laisse rien à désirer; depuis trois mois, pas un seul accès de fièvre, menstrualion régulière, augmentation de poids sur l’arrivée 4 kilogrammes.
L'état local à subi une augmentation parallèle. La toux est nulle. Deux ou trois crachats à bacilles rares par jour. Dans la fosse susépineuse droite, matité, résistance au doigt avec soufle léger sans aucun râle humide, mais avec respiration rugueuse et légère raison-
ANS 4 de
nance vocale. Les frottements pleuraux de la base sont à peine entendus dans les inspirations profondes, et les râles humides souscrépitants n'existent plus. Le foyer sous-claviculaire gauche est remplacé par un foyer de respiration rude sans aucun bruit anormal.
Après une cure au Mont-Dore, elle revient à Arcachon dans les premiers jours de novembre. Son médecin m'écrit : « Elle est en très bon état de santé : bon appétit, bon teint, pas de sueurs, pas de fièvre, mais voici deux époques cataméniales qui manquent, cela m'inquiète.
Ce nouveau séjour dure cinq mois. La malade repart guérie.
Depuis le mois de novembre, les règles n'ont pas fait défaut une seule fois et l’état général est excellent; l'embonpoint est notable et la malade d'il y a un an est aujourd’hui une belle jeune fille dont les forces sont excellentes et qui peut faire une marche de plusieurs heures de suite sans aucune fatigue.
A l’auscultation, il n'est plus possible de percevoir la moindre modification à la base droite ou sous la clavicule gauche. Dans la fosse sous-épineuse droite, la régression fibreuse, cicatricielle de la caverne, ne laisse place à aucun doute, le souffle n'existe plus, à peine si la respiration est soufflante avec à la périphérie un peu d'obscurité respiratoire.
Depuis cette époque, fin avril 1893 jusqu'à la date du 15 janvier 1897, ia malade n’a plus quitté sa petite ville et son médecin m'écrivait : « La guérison ne s'est pas démentie, le sommet droit reste absolument cicatrisé ». Et le D'R... me demandait mon opinion au nom de la famille sur l'opportunité d'un mariage projeté. En présence de la durée de la guérison (quatre ans), je ne crus pas devoir répondre par la négative, non toutefois sans formuler quelques réserves, spécifiant qu'en cas de mariage suivi de grossesse la mère, sous aucun prétexte, ne devait être autorisée à nourrir son enfant.
Le mariage à été conclu ; un enfant en est résulté, bien portant, âgé aujourd'hui de trois ans. La santé de la mère ne laisse rien à
désirer. Ce qui porte la durée de la guérison à sept ans.