II. — Ezainelt ûnm doaiBées i ém a m Êmm par ranat^itle
bans le précédent chapitre, nous avons établi que la conception de la phthisie tuberculeuse reposait sur une base anatomo-pathologique ; que phthisie pulmonaire, dans le langage habituel, veut dire : maladie caractérisée par des tubercules pulmonaires. Nous avons été ainsi conduit à examiner quelles avaient été les opinions des médecins sur le tubercule, et en particulier sur le tubercule pulmonaire, et opus avons vu que l'on désignait autrefois sous ce nom des masses jaunes, caséeuses, qiii avaient une certaine tendance à se ramollir ; qu*à côté de ces produits qui caractérisaient la phthisie tuberculeuse, Bayle en avait vu d'autres, les granulations grises qui caractérisaient pour lui la phthisie granuleuse, mais que, bientôt, Laennec réunissant les deux produits qu'il considérait comme n'étant que deux phases d'une même altéradon, fusionna en une seule les deux phthisies, et confondit les deux produits sous le nom commun de tubercule. Enfin, l'anatomie pathologique moderne, à la suite de tentatives nombreuses et souvent divergentes, devait faire cesser la confusion et rétablir la distinction admise par Bayle, faisant de la granulation grise un produit de processus spécial (tuberculisation pour M. Virchow), ayant pour siège et pour point départ le tissu conjonctif; tandis que les masses jaunes caséeuses du poumon des
phthisiqties seraient le produit d'un procesâtis commun, IMnflammation , siégeraient dans les alvéoles, et auraient pour point de départ Tépithélium de ces c&tttés. La granulation grise serait ainsi le seul, le yrai tubercule, la masse jaune ne serait qu'une pneumonie avec rétention et épaississement dès produits inflammatoires déposés dans les alvéoles.
A côté de cette distinction si nette établie entre les deux produits envisagés isolément, Vanatomte pathologique ellemême nous montre qu'il y a cependant entre eux des relations, des connexions assez grandes. 11 est, en effet, trës-fréquent de les voir coïncider chez le même individu. Se développent-Ils alors simultanément ou isolément; indépendamment l'un de l'autre ou suivant une certaine subordination ; et dans ce cas quel est celui qui tient l'autre sous sa dépendance? Bien des hypothèses ! qui aujourd'hui encore ont toutes leurs représentants, sur lesquelles cependant il faut se former un jugement si l'on veut arriver à une conception précise de la phthisie pulmonaire. Cette étude difficile doit être faite à différents points de vue ; nous nous proposons maintenant d'utiliser seulement les renseignements que nous fournit Tanatomie pathologique.
Cette critique anatomo-pathologique paraîtra plus d'une fois s'écarter du but rigoureux qu'elle poursuit; mais la science n'est pas tellement assise sur les faits et les opinions qui doivent nous servir à baser un jugement, qu'il n'y ait lieu de discuter incidemment ces faits et ces opinions, et si nous n'en pouvons pas toujours déduire la vérité, nous montrerons comment ils pourraient induire en erreur.
Une des causes d'erreur les plus grandes, celle qui est responsable de l'immense confusion qui domine la question, c'est cette communauté d'apparence et de consistance, voire même de composition chimique et de constitution histologique que peuvent présenter, sousl'influence de la dégradation graisseuse, les produits les plus divers de processus différents. Cette altération, qui dépend aussi bien de causes locales que de causes générales, peut s'emparer des produits de l'inflammation simple, du pus, des produits néoplasiques les plus divers, et en particulier de la granulation grise, même de portions d'organes
frappées d'une mort locale ; et elle les réduit à ce capui mor. taum qu'on reconnaît à sa coloration jaunâtre, à sa consistance analogue à celle du i^astic ou de certains fromages, à sa richesse en graisse qu'accompagnent toujours en certaine proportion le carbonate et le phosphate de chaux; quant à l'examen microscopique, il montre des fragments inégaux et granuleux de cette matière devenue' presque homogène, où les éléments qui constituaient primitivement la masse sont méconnaissables, et où l'on trouve, tout au plus, les fibres élastiques qui pouvaient exister dans le tissu détruit. C'est cette masse caséeuse que depuis bien longtemps on désignait sous le nom de tubercule, et à laquelle bon nombre de médecins conservent encore ce nom. Gomme il ne pouvait pas convenir de maintenir un nom commun à des produits divers qui ne se ressemblaient que par des caractères accessoires ; comme, d'autre part, on n'a pas voulu renoncer à un mot auquel la tradition avait fait une certaine fortune, on a changé sa signification, et, par une définition nouvelle, tubercule est devenu synonyme de granulation grise. Comme une définition ne s'impose pas d'emblée, il arrive souvent qu'on discute sur la nouvelle chose avec les idées qu'on attachait à l'ancienne ; et cette confusion des langues n'est pas l'une des moindres causes qui s'opposent à l'élucidation de la question.
En même temps qu'on enlevait aux produits morbides devenus caséeux le nom sous lequel on les désignait depuis si longtemps, on a proposé, pour dénommer cet état, des mois nouveaux; on a dit état phymatoïde, transfoFmation phymatoïde : mots inacceptables, puisqu'ils signifient : semblables au tubercule^ et qu'avec sa définition nouvelle le tubercule n'est nullement semblable à ces matières. Nous préférerions le mot tyrosdide que propose M. Virchow; mais, sans parler grec, nous nous contenterons de dire état caséeux, matière caséeuse, transformation caséeuse.
Nous avons dit que cet état caséeux, auquel des produits morbides très-divers peuvent aboutir, dépend aussi bien de causes locales que de causes générales. Une des causes locales les plus communes, c'est la difficulté de l'abord des matériaux nutritifs; ainsi dans les tumeurs où les vaisseaux sont inégale-
ment répandus, les parties les plus éloignées de la circnlation deviennent caséeuses ; c'est ce qu'on appelait la tubercûlisation du cancer. Les h^perplasies ganglionnaires qui se font sans appareil phlegmasique manifeste , les abcès qui se forment lentement, ont une grande tendance à devenir caséeux ; on comprend dès lors que l'état caséeux doit se rencontrer souvent dans la scrofule ; mais indépendamment des causes locales qui influent alors sur la dégradation graisseuse des éléments, on ne peut pas ne pas accorder à l'état général une action marquée dans la production de cet état caséeux. Aussi quelques auteurs considèrent-ils comme un caractère de la scrofule cette tendance aux productions caséeuses ; on a même été jusqu'à appeler scrofuleuses toutes les inflammations qui passaient à l'état caséeux. Sans se laisser aller à toutes ces exagérations, M. Vircbow ne me parait pas donner d'autre caractère bien probant de la nature scrofuleuse de certains catarrhes bronchiques que l'état caséeux des ganglions bronchiques ; et comme il voit ce même état coïncider avec bon nombre de pneumonies destructives, chroniques, il fait une large place à la phthisie scrofuleuse.
Mais si la scrofule, par son influence générale ou par les actions locales qu'elle peut mettre en jeu, amène fréquemment la formation et la rétention dans l'organisme de dépôts caséeux; la granulation grise, par sa nature même, aboutit fatalement et rapidement à cette même transformation. 11 en résulte que si la vie dure assez longtemps sans que de nouvelles granulations éclosent, les premières ont toutes subi la transformation caséeuse au moment de l'autopsie, et ne sont plus reconnaissables à leurs éléments ; il en résulte qu'il est impossible de nier, comme il est impossible de prouver anatomiquement qu'une masse de pneumonie caséeuse a eu primitivement pour centre une granulation grise, les deux produits ayant pu se fusionner en une même masse caséeuse. On le voit, celte communauté d'apparence qui, à un moment donné, existe entre la pneumonie caséeuse et la granulations qui a causé l'erreur de Laennec, est bien de nature encore à nous susciter des difficultés.
Il importe donc, si l'on veut pouvoir sûrement différencier