SYPHILIS ET TUBERCULOSE
La syphilis et la tuberculose sont deux maladies chroni-
. ques, infectieuses et contagieuses qui, quoique différentes
dans leur nature et dans la plupart de leurs manifestations cliniques, présentent un caractère commun qui est d’être incontestablement les deux affections générales les plus répandues dans notre population. Quel que soit le champ d'investigation, qu'on les recherche parmi la clientèle des villes ou des campagnes, chez le malade aisé ou dans les” salles d'hôpital, on est frappé du nombre de personnes frappées par l’une ou l’autre de ces maladies Cette fréquence, dont on s’est ému plusieurs fois, à juste titre, fera dès lors comprendre aisément qu'on les puisse rencontrer réunies sur un même individu.
Comment, lorsque syphilis ef tuberculose se trouvent réunies sur un seul malade, se comportera chacune d’elles ? C'est ce que dans ces derniers temps, M. Sergent a particulièrement bien étudié dans son livre Syphilis et Tuberculose dont nous aurons à nous inspirer au cours de ce travail.
Cependant de nombreux auteurs avaient déjà étudié cette concomitance, et leurs avis, plus ou moins éclairés, suivant l'époque et les moyens dont ils disposaient, sont intéressants à examiner.
Pour les. anciens, Hunter en particulier, il existeune
loi générale, d’après laquelle toute lésion arrête le dévelop- UM
pement d’une autre lésion préexistante et, par conséquent, deux actions ne peuvent avoir lieu simultanément dans un même organisme : la syphilis et la tuberculose ne sauraient : donc évoluer en même temps. |
Mais d’autres ne partagent pas cette théorie excessive ; et, dès le xvie siècle avec Ambroise Paré, puis plus tard Baglivi, Morton, Schrœæder, nous trouvons des observations de syphilitiques présentant des affections pulmonaires graves, et nous entendons prononcer le nom de phtisie Syphilitique. Certes, il était impossible à cette époque de faire le départ, entre ces deux affections, et nous ne pouvons préciser si, dans ces cas, nos anciens maitres avaient affaire à une syphilis pulmonaire, ou si vraiment il s’agissait là de tuberculose chez des syphilitiques.
Puis la différenciation clinique fait un pas en avant. Il n’y a pas encore de diagnostic précis mais une ébauche, et Joseph Franck et Graves nous le font pressentir. Pour eux, il existe une tuberculose des syphilitiques — cette tuberculose éclate chez les prédisposés, et la syphilis a agi comme cause débilitante. Graves même, veut voir dans le traitement mercuriel et l’intoxication plus ou moins grave qui peut en résulter, une cause favorisant l’éclosion de la tuberculose. Lemonnier, au contraire, reconnaît une phtisie survenant chez les syphilitiques, et ne dépendant en aucune façon de ce traitement.
De même, Portal signale des observations de syphilitiques, qui, malgré des accidents purement locaux et
d’allure plutôt bénignes, deviennent cependant la proie de
sE
és:
lat boose pour peu qu'ils Sont pré | positions à (Colt dernière diathèse. Fo à Avec Bayle et Laënnee, la question est placée sur “un térrain plus solide. Laënnec ne croit pas. cependant, étant donné le nombre de tuberculeux, par rapport à celui des syphilitiques, que ceux-ci soient 16 plus prédisposés à devenir phtisiques. D = Avec Ricord et Depaul, l'attention est attirée vers la syphilis pulmonaire franche. Elle se détourne alors un peu de l'étude de la tuberculose associée à la spécificité. | Cependant, Ricord reconnait que le grand branle-bas qui
+40 accompagne l'invasion de l'organisme par le virus syphilitique, agissant, comme cause déprimante, facilite ou peut
DRULIRE l’éclosion de la tuberculose.
Avec lui, aussi, nous étudions les manifestations simultanées de ces deux maladies, ou plutôt l'invasion d’un terrain scrofuleux par la syphilis et le développement de ces lésions hybrides, auxquelles, du reste, est resté le nom qu'il leur avait donné de Scrofulate de vérole.
C'est son opinion, d’une force nouvelle donnée aux deux maladies par leur association que Lugol exprime en ces termes : « Ces deux maladies, réunies, semblent recevoir mutuellement une nouvelle force de cette association. Elles forment ensemble un éfat mixte qui jette dans l’économie des racines encore plus profondes que chacune des maladies dont il est composé.
C'est cette même thèse qu'avait soutenue Devergie qui avail /réquemment constaté que les parents insuffisamment quéris de la syphilis transmettent le virus à l'enfant, chez
qui, s’il existe, d'autre part, une prédisposition à la scro-
enté des prédis= 5.
scrofulo- -syphilide, qui est une transformation par héré- x
” dité de la syphilis en scrofule.à laquelle la syphilis ne reste.
Se, pas étrangère, de sorte que, si celte dernière n'est pas com-
“battue, on ne guérira pas la maladie. | ; | Voilà donc, soit par la contagion syphilitique chez un scro-
fuleux et l’éclosion d'accidents hybrides de « scrofulate de
vérole » soit encore par la transformation Hébéititaine de la.
syphilis en scrofulo-syphilide, une maladie nouvelle, tenant |
de l'infection tuberculeuse et de l'infection sypbilitique, où
combinaison véritable des deux, et prouvant l'influence de l’une sur l'autre.
D'un rapport de Cullerier à l’Académie de Médecine, il résulte aussi que la syphilis activerait une tuberculose préexistante, : !
Cependant Lancereaux nie la fréquence de ces associations ; pour lui, il existerait le même antagonisme entre le ubercule et le produit syphilitique qu'entre le tubercule et le cancer. Lui aussi admet la loi générale, en vertu de laquelle deux lésions ne peuvent concurremment évoluer sur un même organisme. Toutefois il reconnaît que parla débilité qu'elle engendre, la syphilis peut donner un coup de fouet à la tuberculose ou l’éveiller chez un individu. Pour d’autres raisons, Laigneau et Louis ne croyaient pas à la fréquence de la coexistence des deux affections. Dans son article « Phtisie » du Dictionnaire de Médecine, Louis croit que : « les fonctions génitales participant à la faiblesse générale, il serait permis d'admettre que la tuberculose prémunit l'individu qu’elle a frappé contre les chan-
ces de contaminathon, le conduit à ne pas s'y exposer. »
le, se | détlarera: une maladie, ‘49 Dre Lo D ‘une ‘
We + F Ÿ j
5 syphilisation d’un tuberculeux et nous savons combien cette
théorie a été battue en brèche aujourd’hui. Nous avons vu
(les littérateurs modernes, surtout, nous dépeindre les excès vénériens de ces Embrasés qui brûlent leur dernière énergie sur l'autel de Vénus, comme si se sentant condamnés ils voulaientse hâter de jouir de leur reste.
Cependant, trente plus tard. la thèse de Ricord, de Lugol, de Devergie, est reprise et précisée par Guibont : « Z/ y a entre la diathèsé scrofuleuse, dit cet auteur, ef la diathèse syphilitique, une sorte de pernicieuse affinité, en vertu de laquelle, quand, une fois ces deux diathèses se sont rencontrées, il devient très difficile, de les séparer. » |
Bazinniait toute relation entre la tuberculose ou les manifestations scrofuleuses d’un descendant de syphilitique, et cependant, il avait reconnu des cas fort embarrassants, où l'indication nette d’un traitement spécifique serait résultée pour le praticien, dans la cure d'affections ganglionnaires d'apparence scrofuleuse.
Le même auteur ne refusait pas non plus, à la syphilis, une certaine influence sur le développement de la tuberculose chez les prédisposés.
Mais, tout en faisant une différenciation entre syphilis et tuberculose, tout en étudiant la coexistence des deux maladies, il ne semble pas que les auteurs aient donné son importance à l’ordre suivant lequel elles se succédaient chez un même individu.
Cependant, Devaux pensait que la syphilis, qu’elle survienne avant l'infection bacillaire ou lui soit posté-
rieure, influe nettement sur son développement,
L'auteur n'envisage, ici, qu'un côté de la question ; la
cette notion de Porte, de succession et aussi de l'influence à | de la syphilis sur le produit de conception :
Let > . 7 VS P DER à É wo 154 Et nous ‘allons commencer à entrevoir plus nettement
Pidoux signale la dégénérescence de l’ espèce causée par la syphilis et la préparation du terrain à l'invasion de la” tuberculose. |
Cette notion ds ra et, plus tard, la connaissance plus parfaite des lésions tuberculeuses et du bacille vont préciser le problème. MERE
Pour Germain Sée, deux modes de Dre ocition du syphilitique peuvent exister. Les gommes syphilitiques’ je du poumon se garnissent de granulations tuberculeuses, ou bien d’un organisme débilité par la syphilis, il pourra naître un produit de conception cachectique qui deviendra ë tuberculeux.
Hiller avait déjà vu cette transformation de la gomme en caverne tuberculeuse, mais, trop exagéré ou, observa- | ' ; teur imparfait, il rattachait à la tuberculose pulmonaire toute gomme ramollie aboutissant à la formation d'une caverne dans le tissu pulmonaire.
Quant à la tuberculose, ou aux manifestations scrofuleuses du descendant d’un syphilitique, si Wilson et Jordan l'admettaient, Homolle et Bazin, nous l'avons dit, étaient opposés à cette opinion, et ne voulaient voir aucune rela- . tion entre elles.
Le professeur Fournier, dont les travaux remarquables sur les manifestations de l’hérédité syphilitique font autorité ; admet, lui, l’existence de ces manifestations d'hybridité syphilo-strumeuse, sans cependant vouloir être aussi
exclusif que certains auteurs qui l’ont précédé.
Pour lui, ‘la a syphilis agit le Mec Aanvent comme
facteur de Lotus par l'influence dépressive qu ‘elle
a sur l'organisme, elle crée un terrain propice à son
développement, elle est un véritable affluent de la scro-
fule, elle n° en est pas la cause spécifique. Sur ce terrain,
ainsi déprimé par la vérole, il pourra se greffer et évoluer une tuberculose ; les deux évolutions se feront simultanément et le traitement mercuriel, qui guérit les lésions syphilitiques, n'empêchera pas la tuberculose d'évoluer. et
Le même auteur admet, d’après un grand nombre d’observations, l'influence de la syphilis sur le développement ultérieur d'une tuberculose.
Nous avons donc, à ce moment, les données très nettes, sur lesquelles va se baser l'étude de la coexistence de la syphilis et de la tuberculose.
1° L'ordre de succession des deux diathèses ;
2e L'influence de leurs lésions les unes sur les autres ;
3° La considération du terrain sur lequel elles évoluent ;
Et c’est sur ces données que les auteurs ont basé leurs différentes opinions.
Jacquinet, en particulier, dans sa thèse, a clairement exposé la question.
Deux modes d'associations vont donc être à considérer :
1” Un tuberculeux avéré devient syphilitique.
D’après Landouzy et Jacquinet, la marche de la tuberculose sera accélérée, le pronostic assombri, par l’interven-
tion d'une syphilis au début : « La pire association que je
connaisse, ait Landouy, est Panda d’une taberslos Are monaire avec Lhe syphilis commençante. » l, Ge RS SR Un syphilitique devient tuberculeux.
; L'individu chez qui la syphilis préexiste pourra être nfecté par le bacille de Koch à divers stades de sa maladie.
C'est d'abord pendant la période primaire «le grand branle-bas », comme disait Ricord, que va se faire l'infec-
> 6 tion syphilitique.
* Stieffel, relevant 40 cas de batelose es les syphili- ; 106 tiques, nous montre que 15 fois la tuberculose est surne | | venue au début, au bout de quelques mois, au cours de
la période secondaire et elle fut d'autant plus grave et plus fréquente, que le sujet était plus récemment infecté de syphilis. :
Cependant, au cours de la période secondaire, la tubera culose pourra éclore, une fois la dépression première conjurée. F5 Ce sont les laryngites secondaires qui donneront accès au bacille de Koch. « Le laryngopathe syphilitique, même guéri, dit le professeur Landouzy, a des litres acquis à une tuberculose laryngée qui peut s’ouvrir d’un jour à l’autre ». Le même auteur, combattant la théorie de Chantemesse et Widal, n’admet pas la nature spécifique de la pleurésie de la période secondaire. Elle est d'après lui de nature bacillaire et de support syphilitique. Cependant le professeur Gaucher a signalé un cas de pleurésie guérie par le traitement spécifique. | Le professeur Potain et, après lui, Barthélemy, reconnaissent aux lésions bronchitiques qu’ils décrivent chez les
syphilitiques secondaires, le rôle de porte d'entrée qu'elles