LA SYPHILIS, MALADIE SOCIALE
Si « la phtisie se prend sur le zinc », suivantle mot du professeur Hayem, la syphilis, elle aussi, est souvent une conséquence de la fréquentation des cabarets où la prostitution va de pair avec l’alcoolisation.
Maladie très ancienne, mais dont, par une pudeur ridi-
cule, on n'osait même prononcer le nom, elle ades consé-
quences sociales très importantes.
Cela restera l'honneur de M. le professeur Fournier, d’avoir provoqué une métamorphose véritable dans la façon dont on envisage la question de la lutte antisyphilitique (1). Grâce à ce mouvement d'opinion, il a pu fonder une ligue, Société de prophylaxie sanitaire et morale, qui a pris résolument la direction du mouvement, en combattant la syphilis par l'instruction de ceux qui arrivent à l’âge où on s’y expose généralement.
C'est aux statistiques, que ses membres ont publiées sur la fréquence de la syphilis, que nous empruntons des chiffres éloquents.
Dans la famille, la syphilis cause de nombreux méfaits.
1. De nombreux littérateurs l’ont aidé dans cette voie, Michel Corday, Brieux, en particulier,
Sur 100 femmes syphilitiques, : professeur Fournier
trouve une proportion de 19 femmes mariées, 1/5 des cas, où le mari était l'auteur de la contagion. | . C’est l’origine de discussions et de complications sans nombre : contagion de la nourrice mercenaire par l’enfant syphilitique, procès, généralement gagné par la nourrice, qui cependant, une fois partie de cette famille, n’hésitera souvent pas à aller allaiter d’autres enfants qu’elle contaminera. | | Re
C'est, sur la race, l'influence meurtrière du poison syphilitique. -
Mortalité infantile considérable, Ro Ceue prématurés, ou, lorsque la grossesse est menée à terme, la syphilis héréditaire, précoce ou tardive, avec ses terribles con- ‘ séquences sur l'avenir de l’enfant.
Du rapport de M. Burlureaux, nous extrayons les renseignements sur la syphilis dans l’armée :
8 cas sur 1000 en 1895, coefficient environ égal à celui de la fièvre typhoïde. En 1897, la proportion tombe à 6,8 0/00. Il est vrai que,dans une statistique plus récente, Delorme montre qu'il n'y a véritablement que 2 0/00, au maximum, de syphilis contractée pendant la durée du service militaire.
Ces hommes,rendus indisponibles pour un laps de temps variable, coûtent au budget 100.000 francs environ par an.
. Dans la marine la proportion, sensiblement plus élevée, de syphilitiques et de 12 à 13 0/00 de l'effectif. La proportion est plus grande chez les marins stationnés dans
un port, que chez les marins à bord ; elle est surtout
__ répandue chez les marins, et m
Lio la marine du port de Toulon.
. Enfin, dans l’armée coloniale, la proportion augmente notablement. Et ici ce sont des syphilis particulièrement graves ; les syphilis dites exotiques, dont les désordres dans l’économie sont considérables.
D'après une statistique de Granjux, la morbidité syphi- litique dans les troupes l’armée coloniale stationnées en France serait pour mille hommes (1000) de :
Artillerie. . ... STRESS TA Infanterie: "1208 73,63 Disciplinaires. ...... 60,71
Et chose particulièrement intéressante, cette courbe est parallèle ä celle de la morbidité tuberculeuse qui est pour 1000 hommes de :
Arullerie eee 03,5 »
Infantene teen 81,2 Disciplinaires. ...... 55,2
D'une statistique de Fernet, sur la mortalité par syphilis dans les hôpitaux, maternités,crèches de l’Assistance publique à Paris, il résulte que, dans les services d’'hommes,la syphilis a élé la cause principale de la mort dans 2,74 des cas dans les services d'hommes, et dans 1,60 0/0 des .cas dans les services de femmes. Envisagée comme cause
accessoire, elle peut être incriminée, chez les hommes dans
1,92 0/0 des cas, et chezles femmes dans 2,24 0/0. On le
voit,la proportion est inverse, selon qu'on envisage la mor-
ême chez les ouvriersde
ON 22e à
—— 31 : Eee
talité causée directement ou accessoirement par Ja syphi- :
lis, chez les hommes ou les femmes.
Joffroy et Séglas ont fourni les chiffres ï la mortalité
| par syphilis chez les aliénés. La statistique de Joffroy
donne 42,10 0/0 ; celle de Fo 37,93 0/0, chiffres à peu
près identiques.
La syphilis héréditaire n’a a-pas une moindre influence.
Dans les maternités, furent recherchés tout d’abord les avortements causés par la syphilis ; on la trouva dans 4.95 0/0 nettement comme cause de ces avortements.
Quant aux mort-nés ou aux enfants morts dans les dix
premiers jours de la vie, et dont la mort est due d’une façon certaine à la syphilis héréditaire, le pourcentage fut
(KO RAS pe
Quant aux enfants dont la mort, survenue après le dixième jour, peut être nettement rattachée à l’'hérédité syphilitique, les chiffres fournis par Barbier (crèche de l'hôpital Hérold) donnent un pourcentage de 12,8 0/0 d’autres, fournis par Barbillon (crèche de Châtillon), donnent un
pourcentage, à peu près semblable, de 10,46 0/0.
Ce même auteur, relevant les malades enfants, traités
pour des accidents d’hérédo-syphilis, a constaté que les
résultats du traitement se chiffrent par 5 morts contre 1 guérison.
Il existe encore une influence professionnelle dans la propagation syphilitique. C’est ainsi qu'on a pu constater des cas de contagion parles outils ou instruments servant aux ouvriers.
Chez les verriers, Gaiïlleton rapporte des cas de conta-
gion par la canne servant à souffler ; cette canne, d’après
Fe
rh ses s observations, change j jusqu à 255 iois de bouche, dans se. 2
le courant d’ un6 8 heure.
Les instruments de musique e peuvent être le FRERE que -Virus syphilitique. ANS OR:
Aussi bien chez les musiciens de profession que chez les enfants recevant en cadeau une trompette (cas de Hanot), qui aura été essayée avant eux par un syphilitique avéré.
Chez les emballeurs, menuisiers, tapissiers qui pendant leur travail mettent teurs clous dans la bouche, rejetant ensuite dans la boîte ceux dont ils n’ont pas besoin et que souvent ils ont contaminés, la contagion professionnelle n’est pas rare non plus.
Les instruments de chirurgie dentaire ou de chirurgie spéciale (oreille ou nez) ontsouvent donné aussi des cas de contagion, comme aussi les instruments de laboratoire maniés par différentes personnes, dont l’une était syphilitique.
Les médecins ne sont pas à l'abri de la syphilis professionnelle, et on a pu citer des cas où un chancre de l'œil est survenu à la suite d'un examen de la gorge d’un syphilitique, ou bien encore des examens gynécologiques ayant provoqué un chancre de l'index.
Les ustensiles de ménage, la vaisselle en particulier, ont souvent pu être incriminés. Tout syphilitique doit avoir sa vaisselle et son couvert spécial, dont personne nese sert; mais on conçoit aisément qu’au café, au restaurant où ces règles ne sont pas pratiquées, où le lavage des plats est fait souvent d'une façon bien rapide et peu sérieuse, les chances de contagion existent d’une façon indiscutable.
Enfin les instruments de fumeurs, pipes, fume-cigares
en avoir humecté le bout, sont autant de moyens de propagation du contage syphililique ; on a même cité des cigares, qui roulés ou collés par des syphilitiques, avaient causé des accidents spécifiques.
Les instruments servant à la toilette, à la toilette intime en particulier, ont souvent été cause aussi de chancres syphilitiques.. | us
Enfin, un des moyens les plus fréquents de la propaga-
tion extra-génitale est le baiser. Dans certaines familles où
tout événement un peu sensationnel est prétexte à des échanges de baisers, du reste des plus discrets, il a pu être constaté les ravages que causait un des membres, atteint de syphilides des lèvres, qui n’hésitait pas, de peur de voir sa maladie révélée, à contagionner ses parents plutôt que de s'abstenir.
Enfin, l’agent le plus actif de propagation de la syphilis est certainement la prostituée.
Déflorée à seize ans, prostituée à dix-sept, syphilitique à dix-huit ans, voilà comment le D: Le Pileur caractérise la prostituée parisienne, que des observations nombreuses prises à l’infirmerie de Saint-Lazare lui ont permis de bien connaitre. Et il conclut: « La prostitution est le principal facteur des maladies vénériennes, » Du reste, dans une statistique que fait le même auteur, des femmes soignées dans son service pendant quatre ans, de 1890 à 1894, nous trouvons la proportion suivante :
Sur 826 femmes entrées, 407 étaient syphilitiques et ces 407 syphilitiques se subdivisaient ainsi :
ou note ou même ces coupe-cigares des bureaux de
tabac, où souvent le fumeur ne place son cigare qu après .
6 astreintes à une surveillance médicale, partant à un
traitement de leur maladie, et n'ayant, jusqu’alors, par conséquent, pas été empèchées de transmettre le contage
spécifique à leurs clients.
Sur les 149 filles syphilitiques, en carte, soumises au
contrôle médical et administratif, 88 avaient été infectées
avant leur inscription, c’est-à-dire, avant d’avoir subi le
moindre examen de la part des médecins de la Préfec-
ture. |
D'autre part, d’un rapport du D' Butte sur la surveillance médicale des prostituées à Paris en 1906, nous extrayons ces chiffres éloquents :
Durant cette année, le dispensaire de salubrité de la Ville de Paris a envoyé à Saint-Lazare 658 cas de syphi-
lis, sur 1182 malades vénériennes, et ces 568 malades se
subdivisaient ainsi :
Filles de:masons Mme RE, ere 0 Filles isolées (visites régulières)... ... 64 Filles isolées (arrêtées), REP AE 178 IDSOUMISÉS PSN RE Ci 418
Il est vrai que ces chiffres étaient les premiers aussi forts, constatés depuis 1901, pour les filles ; et depuis 1881 pour les insoumises.
En 1906, le résultat a été le suivant :
662 cas de syphilis sur 1364 malades ont été arrêtés ct
envoyés à Saint-Lazare. Ces cas se décomposent comme
suit :
288 SHniites étaient insouises, { stbdire non.
QE
are. 2e
Filles de maisons … CE e, D.
Filles isolées (visites régulières). NC OS Filles isolées (arrêtées)............. 170