OBSERVATIONS
Les cas publiés jusqu'à présent de lésions de l'endocarde, aiguës, subaiguës ou chroniques, trouvées à l'autopsie des tuberculeux, sont aujourd'hui trop nombreux pour que nous ayons pu songer à les réunir dans notre travail. Nous renvoyons en particulier à la thèse deTeissier, au mémoire de cet auteur sur le rétrécissement mitral pur, au travail d'Etienne, aux thèses de Ghambelland, de Verdeau, où sont réunies un grand nombre d'observations de ce genre.
Nous n'avons pas non plus utilisé les très nombreuses statistiques, ayant traita la fréquence chez les tuberculeux des lésions cardiaques, à celle des lésions tuberculeuses des différents organes chez les individus atteints de lésions orificielles du cœur. On trouvera dans un mémoire tout récent de Norris (1) une bibliographie très complète sur ce sujet, ainsi qu'une statistique personnelle portant sur 1.764 autopsies et 1.276 observations cliniques.
Nous nous sommes expliqué déjà sur les raisons pour lesquelles ce procédé d'étude ne nous paraît pas suffisant pour se faire une idée rigoureuse de la nature et de l'importance du rôle de la tuberculose en pathologie cardia-
(1) The American Journal of the médical Sciences, 1er octobre 1904, p. 641-667.
que, et nous avons utilisé dans les chapitres précédents les indications générales qu'on doit se contenter de lui demander.
Partant de cette idée fondamentale que les diverses lésions de l'endocarde dépendant de la tuberculose sont la conséquence de l'infection ; qu'elles peuvent être considérées comme représentant un processus identique à divers stades de son évolution, caractérisé d'abord par une inflammation aiguë ou subaiguë, fibrineuse, à bacilles de Koch, évoluant vers la guérison et la cicatrisation fibreuse, lésions de sclérose avirulentes d'origine tuberculeuse, nous diviserons les observations rapportées dans notre thèse en plusieurs chapitres.
Dans un premier ordre de faits on a pu assister à la période d'activité de la tuberculose de l'endocarde. Les lésions, d'apparence banale, sont caractérisées par la présence du bacille de Koch. Malgré les difficultés qu'on éprouve à le mettre nettement en évidence, difficultés d'ordre général liées au petit nombre des bacilles, à leur faible virulence et qu'on rencontre dans tous les cas de tuberculose atténuée, quelques observations établissent nettement la nature de l'endocardite.
Ce sont ces faits les plus probants, les plus caractéristiques que nous rapporterons tout d'abord.
La fréquence avec laquelle le bacille passe inaperçu dans les lésions inflammatoires, son absence dans l'immense majorité des cas au niveau de lésions de sclérose nous obligent de nous contenter le plus souvent de preuves indirectes. Dans certains cas, les lésions de l'endocarde ont évolué en même temps [que des lésions pathogéniquement
identiques des autres organes, des séreuses en particulier, dont le diagnostic étiologique a pu être établi et éclairer en même temps la nature de la localisation valvulaire. L'observation de Bezançon est le type des cas de ce genre en ce qui concerne les lésions bacillaires en activité, de même que l'observation de Jeanselme montre l'infection tuberculeuse arrêtée et ayant abouti à la sclérose au niveau de ses diverses localisations.
Nous avons insisté sur les liens qui unissent la pathologie du péricarde à celledel'endocarde.Danslecasquenousavons observé avec le Dr OEttinger, c'est l'étude bactériologique des lésions valvulaires qui nous a révélé la nature d'une symphyse péricardique, qui ne présentait plus aucun caractère anatomique ou bactériologique en rapport avec sa cause pathogénique.Nous décrirons réciproquement comme endopéricardites tuberculeuses les cas où les lésions de l'endocarde coïncident avec des lésions du péricarde nettement reconnaissables .
Enfin il est des cas où l'observation clinique paraît démontrer la subordination des lésions de l'endocarde à l'infection tuberculeuse : dans ces cas, on verra chez un individu porteur de lésions bacillaires du poumon ou d'un autre organe, apparaître et se développer à un moment donné des lésions cardiaques qui ne sont expliquées par aucune autre cause étiologique que l'infection par le bacille de Koch, et qui sans la notion du terrain mériteraient le nom de primitives. Nous rapporterons quelques-uns de ces cas où la nature de l'endocardite ne paraît pas devoir être mise en doute.