HO
Tout d'abord, nous pûmes, pendant la vie de la malade, constater la présence de bacilles de la tuberculose dans le sang : en effet, le 27 janvier 1904, 12 grammes de sang furent recueillis aussi aseptiquement que possible et la fibrine en fut inoculée sous la peau de l'abdomen d'un cobaye pesant 390 grammes ; l'animal succomba le 18 février ; il avait à ce moment perdu 90 grammes.
Dans l'aine, du côté correspondant, il existe un ganglion complètement caséifié du volume d'une petite noisette ; dans la substance pâteuse, qui le constitue, on ne. constate la présence d'aucun micro-organisme, soit au moyen de frottis, soit au moyen d'ensemencements sur gélose, qui restent stériles. L'autopsie ne permet cependant pas de constater dans les viscères de lésions tuberculeuses, mais l'animal a succombé dix -neuf jours seulement après l'inoculation, c'est-à-dire à une période où celles-ci ne se sont généralement pas encore développées.
D'autre part, si l'examen d'une série de coupes des diverses valvules malades ne nous a pas permis de vérifier la présence de bacilles de Kocb, nous avons pu néanmoins mettre leur existence hors de doute en nous servant de la méthode inoscopique si bien étudiée par M. Jousset : un fragment de valvule aortique, soigneusement lavé, et aseptiquement broyé, puis digéré. artificiellement, montre, dans le culot, après centrifugation, un certain nombre de bacilles granuleux présentant vis-à-vis la méthode d'Ebiiich les réactions des bacilles de Koch.
Enfin, un fragment de cette même valve, soigneusement lavé, puis broyé, est inoculé dans l'aine gauche d'un cobaye du poids de 380 grammes, le 14 mars 1904 ; le 31 mars, un gros ganglion suppuré s'évacue à l'extérieur et donne naissance à une ulcération dont le pus ne contient aucun agent pathogène décelable ; l'animal est sacrifié le 19 avril et l'autopsie permet de constater la présence de nombreuses granulations tuberculeuses récentes de la rate et des poumons.
11 semble donc bien démontré que nous nous sommes trouvés en présence d'une endocardite valvulaire, à évolution lente avec tendance à la chronicité, provoquée par le bacille de la tuberculose, l'agent
pathogène ayant vraisemblablement quelque peu perdu de sa virulence, ainsi que le démontrent les recherches anatomiques et les résultats expérimentaux.
Obs. XIV. — Lortat-Jacob et Sabareanu, Présence de bacilles de Koch dans une endocardite mitrale à processus fibro-calcaire intense, chez un phtisique fibreux. Société anatomique, mars 1904. — Il s'agit d'un homme qui succomba dans le service du professeur Landouzy, où depuis cinq ans il était soigné pour des manifestations variées et multiples de tuberculose fibreuse et des accidents cardiaques.
L'observation résumée de Franç donne les renseignements
suivants :
Variole dans l'enfance. Cicatrices très confluentes de variole à la face. Ce malade qui est Vénitien d'aspect, tousse depuis longtemps, crache et présente des bacilles dans ses 'crachats. Il a beaucoup maigri depuis quelque temps, et le moindre mouvement est pour lui l'occasion d'une crise pénible de dyspnée et de palpitations.
L'auscultation des poumons décèle des lésions très étendues de tuberculose fibreuse, très accusées particulièrement aux sommets, des deux côtés. Au cœur, souffle d'insuffisance aortique et de rétrécissement mitral.
Notons que le malade présente encore un nystagmus transversal et que son système nerveux central et périphérique ne dénote rien d'anormal. La mort survient au commencement de mai 1902, après une crise d'asystolie.
L'autopsie donne les résultats suivants :
Un peu de liquide pleural et péritonéal s'écoule à l'ouverture des cavités.
Du côté du thorax, les adhérences de la plèvre sont extrêmement fortes et serrées. Les deux poumons sont arrachés avec peine. L'adhérence du sommet du poumon gauche est particulièrement intime ; ce poumon est plus petit que le droit, et porte à son sommet les vestiges d'une caverne qui a laissé en ce point, sous forme de cicatrice, un parenchyme déchiqueté et scléreux.
Au pourtour se voient quelques petits tubercules, les uns crétacés,
les autres en voie de caséification. A la base, œdème et congestion.
Le poumon droit garde à sa surface toutes les empreintes costales marquées sous forme de véritables gouttières.
A son sommet prédominent de véritables étoiles fibreuses qui of frent à la coupe la largeur d'une pièce de cinq francs.
Au centre du lobe supérieur, de même à sa partie inférieure, se rencontrent des ectasies bronchiques de dimensions moyennes.
Ces dilatations sont remplies de pus et entourées d'une zone de petits tubercules, les uns durs, les autres en partie ramollis.
Les ganglions rétrobronchiques sont gros, durs et fibreux à la coupe.
Le foie, petit, pèse 1.100 grammes ; il est dur à la coupe, et montre à sa partie supéro-externe droite quatre mamelons délimités par l'empreinte de quatre côtes. A la coupe il présente un aspect très nettement muscade.
La rate est petite, pèse 70 grammes.
Le rein droit pèse 140 grammes. Le gauche 100. Tous deux se décortiquent facilement, sont pâles, et présentent avec des petits kystes, des cicatrices d'infarctus.
L'intestin, l'estomac, les vésicules séminales, la prostate, ne présentent rien de particulier. Il en est de même du cerveau, du bulbe et de la moelle.
Quant au cœur, il se fait remarquer par son augmentation de volume. Il pèse 530 grammes et montre un ventricule gauche puissant, charnu et dur ; sa pointe est entièrement déviée à gauche.
L'oreillette gauche volumineuse est remplie de gros caillots noirs. Le ventricule droit est dilaté.
La crosse aortique est dilatée transversalement, et le maximum de son diamètre transversal est à trois travers de doigt au-dessus de son origine. Pas d'athérome des parois, ni des valvules.
Néanmoins, celles-ci sont manifestement insuffisantes, elles laissent passer l'eau dans le ventricule et permettent le reflux.
D'autre part, l'orifice mitral n'admet qu'à grand'peine l'extrémité de la pulpe du petit doigt. Il est enserré par un véritable collier rigide, quasi-osseux à la palpation.
L'orifice mitral et la grande valve doivent être sciés plutôt que coupés, tant leur tissu est dur.
L'épaisseur de ce tissu quasi-osseux atteint en ce point 1 centi mètre, et sa coupe offre l'aspect d'un tissu rugueux ressemblant à de l'os spongieux
Les coronaires sont sinueuses mais ne présentent pas plus que l'aorte thoracique ou abdominale, d'athérome.
Un fragment de la valvule mitrale est décalcifié par un séjour prolongé dans une grande quantité d'acide picrique.
Sur les différentes préparations que nous présentons, traitées par l'hématoxyline-éosine, par la toluidine-éosine orange, la thionine, la méthode de van Gieson, on peut constater qu'il s'agit de concrétions calcaires enserrées dans du tissu fibreux.
Ce tissu est réparti dans toute l'épaisseur de la valvule mitrale sous forme de bandes compactes, les unes larges et continues, les autres plus minces et déchiquetées. Il est impossible dans le sein même de ce tissu de retrouver aucun des éléments constitutifs de la valvule.
Les coupes au van Gieson ne décèlent point de traces de dégénérescence hyaline ou colloïde.
Des préparations fortement colorées au Ziehl permettent de déceler, après l'examen de nombreuses coupes, des bacilles de Koch typiques, mais peu nombreux. Ces bacilles prédominent particulièrement dans le tissu fibreux, qui limite les zones calcaires.
Obs. XV (due à l'obligeance de M. le professeur Cadiot, d'Alfort). — Tuberculose du cœur chez le cheval. — Cheval boulonnais, entier, âgé de 7 ans, en très bon état, acheté en 1894. A fait un excellent service, on a remarqué seulement qu'il avait les bourses volumineuses.
A été envoyé à l'Ecole en mai 1896 pour y être châtré.
A l'examen de la région testiculaire, on constate l'existence d'une phlegmasie chronique du testicule droit et de ses enveloppes. L'animal n'ayant pas réagi à la malléine, on fit la castration de ce côté. Le testicule triplé de volume fut enlevé avec l'écraseur ; il était peu
altéré dans son parenchyme, la tête de l'épididyme avait le volume d'une orange, son tissu était blanchâtre, sclérosé ; le cordon était sain hors son revêtement séreux qui était couvert de granulations rougeâtres, du volume d'un grain de mil à celui d'un petit pois. On considéra ces granulations comme des productions inflammatoires banales.
L'œdème traumatique fut assez abondant ; mais il se résorba bientôt, et la plaie parut se cicatriser régulièrement.
A la demande du propriétaire, quinze jours après la première cas tration, on enleva l'autre testicule, aussi avec l'écraseur. Les dimensions étaient augmentées d'un tiers environ; dans la vaginale, on avait trouvé un peu de liquide citrin ; le cordon était légèrement tuméfié, son feuillet séreux était en partie recouvert de granulations comme celui du testicule droit.
Les jours suivants, l'état général fut assez bon ; l'opéré conserva tout son appétit. Cependant la réaction fébrile était forte ; la température s'éleva jusqu'à près de 40°. L'œdème scrotal fut abondant. Cet état persista pendant une semaine, sans modification appréciable, sauf un peu d'amaigrissement. Un matin, on trouva l'animal mort dans sa stalle. La veille, il avait consommé toute sa ration, et celui d'entre vous qui en était chargé n'avait rien remarqué d'alarmant.
A l'autopsie, on reconnut que le cheval avait succombé à la tuberculose. Les cordons étaient tuméfiés, indurés, farcis de granulations. De nombreux tubercules existaient dans le foie, la rate, les poumons, les ganglions sous-lombaires et bronchiques, sur le péritoine, la plèvre et le péricarde. La muqueuse intestinale, celle du gros côlon surtout était parsemée d'ulcérations. La plupart de ces lésions étaient très riches en bacilles. Le cœur offrait des altérations remarquables. Dans le ventricule gauche sur de larges surfaces, l'endocarde était épaissi, plissé, recroquevillé. L'examen histo-bactériologique y décela des follicules tuberculeux avec de rares bacilles. Un peu au-dessous de l'orifice aortique, on voyait, développé dans le myocarde, un abcès tuberculeux du volume d'une noix, dont le pus contenait de nombreux bacilles.
Avec une émulsion préparée en écrasant dans de l'eau stérilisée un morceau de ganglion sous-lombaire et un îlot tuberculeux de l'épiploon, j'inoculai, dans le péritoine, un chien, un lapin, deux cobayes et deux poules. Le chien, le lapin et les cobayes devinrent tuberculeux. Les poules résistèrent.
II.— LOCALISATIONS TUBERCULEUSES MULTIPLES ET CONTEMPORAINES SUR L'ENDOCARDE, LES SÉREUSES, LES VISCÈRES
Obs. XVI. — F. Bezançon, Pseudo-rhumatisme tuberculeux ; tuberculose généralisée des séreuses. Société médicale des hôpitaux, 1901. — X..., âgée de 24 ans, ne présente aucun antécédent tuberculeux et a toujours joui jusque là d'une bonne santé, troublée seulement par quelques crises d'hystérie. Fille d'alcoolique elle a un peu abusé du vin pur, de la bière et aussi des essences.
Le début de la maladie remonte au mois de février 1900, et se traduit par une faiblesse générale que rien n'explique en apparence et de temps en temps par des syncopes.
En juillet 1900, on constate pour la première fois une hydarthrose du genou, qui prend subitement un développement considérable et ne cède qu'au bout d'un mois, après compression énergique et application de pointes de feu.
Cette hydarthrose est bientôt suivie de phénomènes articulaires qui rappellent la polyarthrite rhumatismale.
Toutes les grandes articulations sont le siège de douleurs extrêmement vives, de tuméfaction et de rougeur ; les fluxions sont mobiles et ne se cantonnent guère plus de huit jours sur la même articulation.
La polyarthrite s'accompagne d'un état général grave, avec anorexie totale, nausées, céphalalgie, fièvre oscillant entre 38 et 40 degrés.
Bru il Ion 10
Le sulfate de quinine, l'antipyrine, le salicylate de soude ne déterminent aucun soulagement.
Pendant six mois les accès de polyarthrite avec lièvre élevée se suivirent sans interruption, déterminant un état d'anémie extrême.
En décembre 1900, époque où nous voyons la malade pour la première fois, celle-ci souffre de l'articulation du genou et de l'épaule droits qui sont le siège d'un gonflement très marqué ; la peau, au niveau de l'articulation, est rouge et chaude, extrêmement œdématiée ; l'impx*ession est qu'il s'agit de pseudo-rhumatisme infectieux et non d'arthrite rhumatismale. La température est très élevée, aux alentours de 40 degrés, à grandes oscillations ; les sueurs sont extrêmement abondantes, surtout la nuit.
La malade est d'une pâleur extrême ; les muqueuses sont décolorées ; à l'auscultation du cœur on. perçoit un souffle sijsto/ique très intense au niveau de la pointe ; le pouls est régulier.
L'examen de la poitrine décèle au niveau de la plèvre droite la présence d'un épanchement.
La rate est très volumineuse et perceptible à la palpation sous le rebord costal.
La pâleur extrême de la malade, l'hypertrophie de la rate pouvant être symptomatiques d'un état leucémique, l'examen du sang de la malade est pratiqué^par le D1' Leredde qui ne constate pas de leucocytose appréciable.
Dans l'hypothèse d'un kyste suppuré de la rate avec pleurésie de voisinage et pseudo-rhumatisme infectieux nous pratiquons une ponction exploratrice de la plèvre et retirons un liquide citrin, clair.
Le cyto-diagnostic de ce liquide, pratiqué selon la technique de Widal et Ravaut, révèle la présence de nombreux lymphocytes, sans cellules endothéliales ni leucocytes polynucléaires.
De décembre à avril, la malade continue à avoir de la fièvre à grandes oscillations, la température s'élevant parfois jusqu'à 41 degrés, l'accès s'accompagnant le plus souvent de sueurs profuses ; l'hyperthermie coïncide en général avec de nouvelles poussées d'arthrite, des coudes, des genoux, de la hanche ; ces poussées s'espacent d'ailleurs de plus en plus, et finissent même par disparaître.
L'épanchement constaté au niveau de la plèvre gauche ne tarde pas à diminuer et des frottements succèdent au silence respiratoire qu'on percevait à la base du thorax. Les frottements sont d'ailleurs perçus dans toute la hauteur de la plèvre aussi bien au sommet qu'à la base ; on les perçoit aussi au niveau de la plèvre droite, mais en moins grand nombre.
Le ventre de la malade est tuméfié, douloureux spontanément et à la pression, surtout lorsque après avoir déprimé la paroi on fait une décompression brusque ; le tympanisme est extrêmement marqué, et l'on constate tous les signes d'un épanchement libre dans la cavité péritonéale.
La malade a de l'anorexie, souvent des vomissements, des alternatives de diarrhée et de constipation.
En avril, pour la première fois depuis près d'un an, les poussées d'arthrite et de périarthrite disparaissent, les sueurs deviennent moins abondantes, l'appétit reparait ; cependant l'anémie reste extrêmement marquée et la malade a peine à se tenir debout ; le souffle systolujue persiste à la pointe ; la rate, extrêmement volumineuse, déborde de plusieurs travers de doigt les fausses côtes et tend à pointer du côté de l'ombilic. L'amélioration est de courte durée, la malade accuse une céphalée extrême, les urines deviennent rares, albumineuses et sanguinolentes, les membres inférieurs sont œdématiés. Après quelques semaines de régime lacté, l'albumine disparaît et la malade peut quitter Paris pour la campagne.
Là, au bout de quelques jours, la fièvre qui avait été très peu élevée pendant les périodes précédentes, reparaît, accompagnée de frissons et de sueurs profuses ; la malade a du délire nocturne, de l'anorexie complète, elle vomit tous les aliments, même le lait ; le ventre est très ballonné, douloureux ; le foie est tuméfié ; la rate, extrêmement augmentée de volume, descend jusqu'à l'ombilic ; dans le péritoine on constate du liquide en assez grande quantité.
Dans les premiers jours de juillet la malade meurt après avoir présenté de la raideur de la nuque, une agitation extrême et un état comateux terminal.
Obs. XVII. — Jeanselme et Emile Weil, Cirrhose hypertrophique tuberculeuse de la rate. Soc. méd. des hôpitaux, octobre 1904. — Pav..., 45 ans, découpeuse de boutons, entre à l'hôpital Tenon, salle Collin, n° 12, le 12 septembre 1903. La raison pour laquelle elle quitte son travail est que, depuis six semaines, elle souffre de son ventre dans la région du flanc gauche, en même temps que sa santé générale, depuis longtemps chancelante, est devenue tout à fait précaire.
Les antécédents de cette femme sont des plus chargés ; c'est une lamentable histoire de tuberculose. Sa mère est morte à 33 ans de la poitrine, après un an de maladie ; son père a succombé à 56 ans, d'un chaud et froid (?) ; un frère, resté au pays, fut enlevé par la tuberculose pulmonaire à 30 ans, et une sœur à 39 ans.
Cette femme, dont l'enfance semble avoir été assez épargnée, se marie à 20 ans, avec un homme bien portant, fait une fausse couche de six mois, et depuis n'a plus eu d'autre grossesse. A l'âge de 24 ans, une bronchite se déclare, qui depuis n'a jamais cessé, s' aggravant par instants, diminuant à d'autres ; de petites hémoptysies ont apparu à diverses reprises.
Il y a trois ans, la malade a souffert de son cou, sa tête s'est déviée : c'est un mal de Potl cervical qui en était cause ; cependant, la malade continue à travailler, sans se préoccuper de cette complication.
Aujourd'hui, on se trouve en présence d'une femme très amaigrie, d'aspect déjà vieillot; son teint est jaunâtre et contraste avec les lèvres légèrement violacées ; il est vrai que la malade est dyspnéique (36 respirations par minute). Les joues sont sillonnées de nombreuses varicosités capillaires.
Depuis trois ans, l'amaigrissement a été progressif et considérable. Actuellement, l'émaciation est énorme, par fonte non seulement de la graisse, mais des masses musculaires. Les muscles des jambes sont douloureux à la pression ; mais il n'y a pas de troubles de sensibilité cutanée, ni d'œdème aux jambes. On y constate, par contre, des taches récentes de purpura.
Le ventre est quelque peu météorisé ; la palpation en est cepen • dant très facile. Le foie semble gros, la rate volumineuse.
La rate est dure, régulièrement hypertrophiée ; elle est sensible à la palpation, niais non vraiment douloureuse. Elle déborde de cinq travers de doigt les fausses côtes ; ses dimensions paraissent être 18 centimètres de longueur sur 11 centimètres de largeur.
Le foie dépasse également les fausses côtes de deux travers de doigt ; sur la ligne mamelonnaire, la percussion lui donne une matité de 17 centimèti'es. La malade n'a jamais eu d'ictère ; elle nie toute habitude d'alcoolisme, et l'on ne retrouve chez elle aucun antécédent hépatique.
La langue est belle, l'appétit faible, les fonctions intestinales sont généralement régulières.
Les symptômes pulmonaires sont très peu marqués ; on trouve, au sommet droit, en avant, de la submatité, avec une respiration obscure ; en arrière, quelques craquements ; à la base gauche, la respiration est faible avec des bruits fins, inspiratoires, qui semblent dus à des frottements. La malade tousse et crache peu ; elle a des épistaxis assez fréquemment.
Les urines, peu abondantes, foncées, renferment une petite quantité d'albumine.
Rien à noter du côté du cœur et de l'appareil circulatoire.
L'existence d'un mal de Polt, en voie de guérison, n'est pas douteuse ; la tête est ankylosée, penchée en avant, sans déviation latérale ; les deux muscles sterno-cléido-mastoïdiens sont contractures. La région du cou, au niveau des troisième et quatrième vertèbres, est sensible à la pression et tuméfiée.
La température est normale et oscille autour de 37°.
À la fin du mois d'octobre, la malade fait une complication pulmonaire, qui se traduit par de la dyspnée, une fièvre élevée : 39° 1, des crachats muco-purulents et à l'auscultation par une bronchite fine généralisée, et des foyers broncho-pneumoniques.
En quelques jours, la malade, qui réagit peu, succombe.
Un examen du sang, pratiqué le 26 octobre, la veille du jour où débuta la broncho-pneumonie terminale, donne les résultats suivants :
Globules rouges 2.280.000
Globules blancs 25.600
Polynucléaires 85
Grands mononucléaires et macrophages 13.5
Globulins 1,5
On ne constate point d'éosinopbiles, pas de formes myélocytaires.
Les globules rouges présentent des lésions d'anémie chronique ; on a trouvé sur une lame un mégaloblaste.
A I'autopsie, les poumons sont fixés aux côtes par des adhérences diffuses, mais surtout notables à droite, au sommet et au niveau du diaphragme. A la coupe, on constate deux sortes de lésions : les unes, récentes, sont des foyers de splénisation et d'hépatisation banale, dans le lobe supérieur gauche et de la bronchite généralisée ; les autres, anciennes, sont de grandes bandes de sclérose qui sillonnent tout le parenchyme et sont très fortes et larges au sommet et à la base droite. Nulle part,»on ne trouve de tubercules, même en les recherchant soigneusement. Il n'y a pas non plus de ganglions tuberculeux dans le médiastin.
Le péricarde renferme un peu de liquide. Le cœur est peu volumineux : il pèse 240 grammes. On y constate une lésion, restée méconnue pendant la vie, un rétrécissement milr al pur ; les deux valves mitrales, rétractées, ont leur bord libre épaissi, dur, recroquevillé ; l'orifice ne laisse pas passer un pouce. La valvule tricuspidienne est également sclérosée et, au niveau de l'aorte, on trouve sur Pendartère et au niveau d'une valvule de légères altérations athéromateuses.
La partie sous-diaphragmatique de la cavité abdominale est le siège d'une inflammation chronique, beaucoup plus intense que celle que l'on constatait du côté des plèvres. L'estomac, l'intestin sont soudés entre eux et aux organes voisins par des tractus de péritonite chronique.
Le foie, encapsulé d'une coque fibreuse de 2 centimètres d'épaisseur environ, est difficile à libérer. Il est lisse, non granuleux, exsangue, augmenté de consistance et de couleur jaune chamois ; son poids est de 1.600 grammes. La vésicule renferme une petite quantité de bile jaune brunâtre.
Le pancréas est blanc, ferme et semble augmenté de consistance.
Les reins sont gros (380 grammes) et se décortiquent assez difficilement ; la substance corticale est blanchâtre avec des stries rouges.
La raie est volumineuse, très adhérente, entourée d'une coque fibreuse. Son poids est de 580 grammes. A la coupe, elle est d'un violet pâle, tirant un peu sur le jaune ; de consistance ferme, elle contient peu de sang et n'offre rien à noter d'anormal macroscopiquement.
A I'examen microscopique, on note :
Du côté du pancréas, une légère sclérose acineuse, sans autre modification notable : pas de lésions tuberculeuses, pas d'altérations cellulaires, pas de lésions des vaisseaux. Les îlots de Langer ha ns ne sont point modifiés.
Le foie est au contraire très altéré : la capsule, épaissie, présente plusieurs assises de tissu conjonetif adulte, entre lesquelles on trouve de nombreux néocapillaires dilatés et des amas de cellules embryonnaires. L'infiltration cellulaire pénètre dans la profondeur au sein du parenchyme hépatique ; superficiellement, elle se continue dans une couche graisseuse, qui recouvre la coque conjonctive ; elle est constituée par des lymphocytes petits ou moyens. Il n'y a point dë zone caséeuse.
L'architecture lobulaire normale a disparu ; les lobules de Kiernan sont remplacés par des îlots arrondis, plus ou moins volumineux, entourés par un tissu de sclérose jeune, cellulaire ; ils ne contiennent pas de vaisseaux adultes ; les cellules hépatiques n'y forment plus des travées, mais tendent à se grouper autour d'une lumière canaliculaire ; elles sont hypertrophiées, se colorent nettement, sans traces de dégénérescence. Le tissu de sclérose périphérique est formé par des cellules conjonctives, des cellules embryonnaires, des cellules hépatiques atrophiées, des néocanalicules biliaires abondants. Les vaisseaux portes sont atteints de vascularite hypertrophique ; les canaux biliaires ont également leur paroi épaissie.
En aucun point, on ne trouve de cellules géantes nettes, ni de nodules caséifiés ; les colorations spéciales n'ont pu déceler de bacilles de Koch.
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La rate présente une capsule épaisse, formée de plusieurs couches de tissu conjonclif adulte, où les néocapillaires abondent. Les artères sont logées dans des bandes de sclérose et leur paroi est augmentée de volume, mais il n'y a point d'endartérite. Les corpuscules de Malpigbi sont normaux, formés de lymphocytes.
La pulpe est le siège d'une sclérose cellulaire marquée ; la trame conjonctive est épaissie par elle-même et par un exsudât albumineux, que colore l'éosine. La macrophagie est extrêmement intense dans toute l'étendue de la rate ; grosse infiltration pigmentaire sous la capsule. Les capillaires dilatés renferment beaucoup de sang par place, ailleurs, seulement des lymphocytes. Les cellules de la pulpe sont presque uniquement des lymphocytes et des macrophages ; les frottis ont mis, en outre, en évidence des plasmazellen, des globules rouges nucléés en petite quantité et de très beaux mastzellen.
On sait que ces cellules sont nombreuses dans les ganglions chroniquement enflammés. Nulle part, on ne trouve d'altérations tuberculeuses ; on n'a pu déceler de microbes dans cette rate ; pas de dégénérescence amyloïde.