ARGUMENTS INVOQUES È CONTRE LA DECLARATION OBLIGATOIRE
[lS sont multiples et d importance fort inégale; plusieurs, il faut lé reconnaître équitablement, ont une réelle valeur et ne doivent point être traités à la légère. Nous les avons, pour plus de clarté, groupés sous cinq chefs:
1° La déclaration obligatoife de la tuberculose est inutile; 2° elle est vexatoire à l'égard du médecin ; 3° elle est inhtmaine envers le malade : 4° elle est dangereuse pour la société ; 90° elle est, à l’heure actuelle. inapplic able en France où, en tous cas, elle y serait inefficace. ;
1° La déclaration obligatoire est inutile. — Les statistiques des spécialistes les plus compétents en matière de tuberculose et les plus dignes de foi, établissent, en effet, que 97 p. 100 de sujets adultes de l’espèce humaine habitant les pays civilisés sont tuberculisés. C’est done l’humanité tout entière où presque qu’il faudrait déclarer et isoler. ILest bien vain de tenter une lutte contre la contagion: celle-c1 est inévitable. Est-il seulement désirable de l’éviter? -Il ne le semble pas. Une première atteinte par la. bacillose provoque dans un organisme résistant la formation d'anticorps, et lui permet de se mieux défendre contre les’ attaques ultérieures. C’est une v: accination naturelle, la seule efficace, que nous possédions encore contre
la tuberculose. Ce n’est pas à la graine, au bacille, que doit s'adresser la véritable prophylaxie, c’est au terrain. La déclaration ne vise qu'un côté du problème et de beaucoup le moins important. Les mesures de propreté et les précaütions hygiéniques élémentaires paraissent suffire pour éviter cette maladie qui ne se développe guère que sur un terrain prédisposé.
La déclaration révèlera-t-elle les foyers tuberculeux ? Mais on les connaît déjà: ce sont les agelomérations malsaines, c’est le tandis encombré où règne l'alcool. Luttez contre | F2 alcoolisme, contre les logements insalubres, pour une meilleure hygiène physique et morale, c’est ainsi et
ainsi seulement, que vous ferez de la bonne prophylaxie. |
Créez des dispensaires, des sanatoria, des hôpitaux pour tubereuleux en-nombre suffisant: vous verrez rapidement
le fléau diminuer d’intensité et il ne sera point besoin de
recourir aux mesures de coerctition.
2° La déclaration obligatoire Lu une mesure v exatoire pour le médecin. — Le secret pr ofessionnel est une condition nécessaire, indispensable à 1’ exercice de la médecine : et au maintien de notre dignité. Allez- vous.nous obliger à le violer presque quotidiennement. Essay ez de hi
l’effet moral que produirait sur Je malade et sa famille
Ja déclaration? Cet effet serait déplorable et tel que peu de
médecins oserarent braver Ja réprobation. que soulèverait
l’accomplissement de ce devonr. Le praticien succombe
déjà sous le poids des responsabilités, ne l’accablez pas
outre mesure. Et puis pourquoi s arrêter en Si bon chemin? Aujourd’hui c’est la tuberculose, demain ce sera la syplilis, puis le cancer dont on exigera la déclar ation.
9 Le déclaration est inhumaine envers le maladie. —:
La tuberculose est encore considérée dans les milieux po-
HUE Le er
pulaires comme une maladie honteuse qu’il convient de dissimulér soignensement aux voisins. C’est un préjugé, sans doute, mais il existe, et celà suffit. Le tuberculeux déclaré sera un nouveau pestiféré; on le montrera du doigt, on fuiera à son approche. Les tousseurs et les cracheurs éviferont tout examen médical pour ne pas être dénoncés. La lutte contre la tuberculose sera devenue une lutte contre les tuberculeux. A FRE
La déclaration va:s’introduire dans la vie intime des”
individus, troubler des relations de famille, empêcher des mariages, nuire à des intérêts respectables, créer une race
de parias. Parmi les personnes déclarées atteintes de
tuberculose beaucoup seront des individus jeunes encore, chez lesquels l’affection sera peu avancée, beaucoup auront devant eux un grand nombre d’années à vivre pen-
dant lesquelles ils seront obligés de gagner leur pain et : celui dé leur famille. Chassés des usines, éloignés des ad- Hiinisbe ations, r'éponssés par es collectivités, quelles FES
sources leur restera-t-il ? Mers
2 j= es #. # AS > EC F js , a $ x 4° La déclaration obligatoire est daigereuse. — Ces
rafades à qui vous aurez enlevé leur gagne- pain, la aoetéte
devra leur venir en aide. Elle sera oblig oée de subvenir à
leurs besoins et aux besoins de tous ceux que leur ac tivité |
faisait vivre. Dès lors, ils viendront en 2T ‘and nombre vers vous, cetix qui toussent, ceux qui crachent, tous ceux (et ils sont légion), qui trouvent agréable de vivre sans travail
ler. Vous aurez supprimé des activités utiles, vous aurez
fait des paresseux.
Fest un cas aussi qu’il faut prévoir car nul - n’est SPA. lible, c’est lerreur de diagnostic. Le malheureux hâtivement et malencontr eusement déclaré, qui sera par la suite reconnu indemne de bacillose, que deviendra- t11? Oblige-
rez-vous légalement l’employeur à le reprendre? Et quel article de loi prévaudra jamais contre la méfiance et les préjugés des masses?
* La déclaration obligatoire est à l'heure actuelle inapplicable en France. = «€ On met la charrue avant les bœufs » (Béclère). Il faut d’abord multiplier les installations destinées à soigner les tuberculeux et c’est après seulement que la déclaration pourra se montrer efficace. A quoi bon signaler des malades que nous n aurons pas Ja possibilité de soigner? : :
En outre, l' application de cette mesure implique des charges budgétaires que l’état actuel de nos finances ne nous permet pas de supporter. La quantité des malades atteints de tuberculose est telle, en effet, qu’elle suppose l'existence d’agents sanitaires rétribués en nombre considérable, 1 faudrait aussi que nous ayons à notre disposition un matériel de désinfection extrêmement abondant et coûteux. Mentionnons enfin les lourdes charges qu’entraînerait l'assistance aux malades et à leur famille
Mais supposons un instant que nous puissions faire face à toutes ces dépenses, que même nous possédions ün nombre suffisant de sanatoria, de dispensaires, des hôpitaux, la déclaration obligatoire ne serait possible que si elle était désirée du public et que si elle obtenait le concours du Corps Médical tout entier. Or, des discussions toutes récentes prouvent qu’il n’en est rien.
- Pour toutes ces raisons, l'inscription de cette mesure dans la loi sera lettre morte;elle restera longtenmps nne simple formalité administrative vouée à un échec; elle mécontentera sans aucun profit le malade’ et le médecin. Tout au plus fournira-t-elle les. éléments d’une statistique | qui n'impressionnera guère que céux qui savent déjà.