‹ Tuberculose Pulmonaire et Déclaration ObligatoireChapitre 7 sur 9 · ER RO · texte numérisé non relu

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se contaminent par les poussières, c’est pas le contact intime et prolongé avec un bacillifère qu’on contracte la tuberculose; le bacille est moins ubiquitaire qu’on ne l’a prétendu et par conséquent il ne se sounstrait pas forcément à toute mesure prophylactique. La guerre au microbe doit tenir le premier rang dans la lutte contre la tuberculose. La déclaration obligatoire est la solution qui s’impose et découle forcément de la notion de contagion de la maladie. Avant même de combattre il faut être renseigné sur l’étendue du mal, or la déclaration obligatoire seule est capable de faire connaître la mortalité et la morbidité par tuberculose, la répartition de la maladie suivant les localités et les habitations, suivant les professions, la marche progressive ou régressive de l’endémie tuberculeuse dans un pays en général et dans les foyers tuberculeux en particulier; ces données sont d’un intérêt capital pour l’organisation de la lutte antituberculeuse.

Pour lutter efficacement contre un fléau, il faut en eonnaître le point de départ. Le tuberculeux dangereux est celui qui continue à mener son existence antérieure; c’est celui qui, à l’heure actuelle, échappe à la surveillance et. aux conseils du médecin; c’est le grand-père bacillaire chronique dont l’un des petits-fils fait une coxalgie, l’autre nn mal de Pott, le troisième une méningite tuberculeuse. Criminel inconscient, il sème la mort autour de li, mais il n’échappera pas à la déclaration et la société pourra alors le rendre inoffensif, On ne fait rien actuellement pour protéger l’entourage des bacillaires car, la plupart du temps, le médecin n’a pas le courage dé révéler au malade qu’il est un danger pour les siens. L'enfant ne pourra être mis à l’abri que lorsqu'on saura qu’il existe dans la famille un tuberculeux contagieux, et on ne le saura que par la déclaration.

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La déclaration n’est pas seulement nne mesure de défense contre les tuberculeux, elle prétend encore leur fourmir la possibilité de guérir. En effet, il est essentiel pour le traitement que le diagnostic soit précoce; la déclaration obligatoire amènerait ce résultat en obligeant le médecin à rechercher le bacille.

2° La déclaration obligatoire n’est pas Une Mesure vexatoire pour le médecin. — Loin de nous la pensée de nier la valeur et la beauté du secret professionnel; mais on admet bien la déclaration obligatoire pour d’autres maladies; on ne voit vraiment pas pourquoi la tuberculose, maladie essentiellement contagieuse, échapperait à la liste des maladies contagieuses à déclaration obligatoire. Le médecin qui, pour le respect du secret, ne voudrait pas déclarer un cas de choléra jouerait un assez triste rôle et encourrait une lourde responsabilité. Pas plus que la searlatine ou la variole, la tuberculose n’est une maladie secrète par sa nature, En outre, il faut remarquer que la déclaration ne serait point faite aux autorités publiques; elle sérait remise entre les maing d’un médecin sanitaire ‘astreint lui-même au secret qui, par conséquent, ne serait nullement violé. A

La déclaration obligatoire n’est pas inhumaine. — Elle s’adresse au tuberculeux contagieux pour l’isoler ;. elle lui enlèvera provisoirement le moyen de gagner si vie, mais, en même temps, elle lui fournira la possibilité de se soigner et de vivre. Il est évident que cette mesure ne se conçoit qu’à la condition d’appartenir à tout un Sys-, tème de préservation et d'assistance. Et jamais ces secours aux malades ne devront être distribués sous forme d’aumône : solidarité n’est pas charité. L'aide sociale aux

tuberculeux est un devoir qui devient chaque jour plus impérieux pour faire face au fléau bacillifère frappant de préférence les individus les plus dénués de ressources et les familles pauvres. |

La désinfection peut se faire très discrètement. Le but poursuivi c’est de rendre le tubereuleux inoffensif; quelques crachoirs, un chaudron suffisent. Le médecin traitant, ou le visiteur envoyé sur sa demande par le service sanitaire, explique comment les erachats doivent être recueillis et aseptisés, comment les linges doivent être isO= lés, conservés et désinfectés, tout celà sans bruit, SADS apparat, sans que les voisins soient incommodés, sans que la maison soit signalée à l'attention publique.

4 La déclaration obligatoire est dès maintenant appli. cable en France. — L? opposition du Corps médical n’est pas aussi farouche qu’on veut bien le dire. Le nombre des partisans est, à l’heure actuelle, supérieur à celui des adversaires. Chaque jour la déclaration fait parmi les praticiens de nouveaux adeptes. Quant au public il est encore beaucoup plus disposé à à accepter cette mesure. Le docteur , Coureoux, en 1919, s’est livré dans le milieu ouvrier à à une Sedéta t fort dt de par ses résultats. Sur 1564 rérecueillies, 1.480 furent favorables à à la déclaration

t $4 seulement défavorables.

. loi du 18 octobre 1915 a organisé une prophylaxie obligatoire chez les militaires réformés pour tuberculose: secours, surveillance à domicile, ete. Aucune réclamation | ne s’est élevée. Cependant il est incontestable qu’il reste beaucoup à faire; l'éducation des masses est à peine commencée, Il faut prouver au tuberculeux Qu'il y a un inté. rêt majeur pour lui-même et pour les siens à ne pas dissimuler sa maladie et à Se soumettre aux règles de Phy-

je giène ; il faut lui répéter sans cesse qu'il tue par son crachat, il faut lui donner des erachoirs et lui en apprendre l'usage. D’autre part, il est nécessaire de renseigner le publie, de le convaincre par tous les moyens possibles que c’est le Contact immédiat qui crée le péril, que le tuberculeux qui prend des précautions hygiéniques n’est pas dangereux. Car on a vu des exemples navrants, contentons-nous dé signaler celui-ci intéressant notre région : En 1916, 16 docteur Roux avait été chargé par la Direc- © tion du Service de santé de l’Etablissement des hôpitaux Sanitaires de Ta NVI° région, M. X.., avait accepté, sur Ses instances, de mettre son château à la disposition de la Société de la Croix-Rouge Française pour y établir un “hôpital de tuberculeux, mais le Conseil mumicipal de la commune de C… (Hérault) prit la délibération suivante:

& Considérant que la situation élevée du château, au point culminant du village, fait que‘les eaux d’écoulement se déversent sur une partie du village et dans ses abords les plus immédiats du côté de la gare;

» Considérant que, dans ces conditions, le voisinage d’un hôpital de tuberculeux est un grave danger pour la santé publique, à l’unannnité, le-Conseil émet le vœu que le château de M. X.. ne soit pas affecté à un hôpital de

. tuberculeux ». Se \ De tels faits sont déplorables. Est-cé à dire que, en raisou de l’insuffisante éducation du publie, il convient de retarder la mise en vigueur de la déclaration? En aucune : facon, car, ainsi que l’a fait justement remarquer Armand - Delilie, la déélaration obligatoire aura par elle-même une valeur éducative incontestable.

La déclaration obligatoire sera, de plus, immédiatement efficace parce que les œuvres d'assistance existent déjà en grand nombre, mais elles n’ont entre elles aucune liai-

LÉO son. La lutte antituberculeuse est un problème trop vaste pour qu’il soit possible de le résoudre par des efforts isolés; elle exige une coopération incessante et solidaire. « La prophylaxie de la tubereulose sera œuvre sociale ou. ne sera pas » (Gimbert). Seule la déclaration obligatoire permettra de grouper nos moyens de défense et d’attaque.

Le nombre des tuberculeux est trop grand, a-t-on dit, pour qu’on puisse songer à appliquer cette mesure. Cette objection est assez singulière car elle revient à dire que, si un péril est grave, il ne faut pas songer à le combattre. Loin d’être un obstacle c’est un argument de ‘plus Ro se dresser contre la maladie. g Le projet de loi Mourier comporte des allocations aux familles, une demande de crédits pour création d’hôpi- (aux, dispensaires, sanatoria, centres de désinfection, des prévisions de dépenses annuelles, des traitements élevés pour les médecins départementaux sanitaires, ete. Il va créer des charges budgétaires énormes il est vrai, mais comme le dit fort justement Calmette, à raison de 85.000 décès annuels par tuberculose, et en évaluant à 50.000 fr. Ja valeur moyenne du capital social que représente la vie d’un adulte de 20 à 40 ans, on peut aisément calewer que ia tuberculose nous fait perdre chaque année, du fait de l'insuffisance de mesures prophylactiques, une. somme approximative d’environ cinq milhards. La déclaration ne nous coûtera pas autant.

Il est possible aussi d’alléger en partie les charges de PEtat: les grandes administrations et industries pourraient faire les frais de l’organisation antituberculeuse dans leur personnel à l’aide de caisses d’assurance contre l’invalidité. C’est ainsi que les choses se passent en Allemagne.

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5° Enfin la déclaration obligatoire prouve son efficacité par les résultats obtenus dans Les pays où elle est appliquée. — Le seul argument scientifique valable est fourni par l’expérience; celle-ci a parlé. Jetons plutôt un coup d’œil sur les statistiques :

Depuis vingt ans, les décès par: tubes culose ont diminué.

En Amérique, à New-York de 55 p. 100 (Selskar Gunn); à Boston, de moitié (33,5 p. 100 en 1890, 15,6 p. 100 en 1912) ; | |

En Eco ose, à Edimbourg, de 45 p. 100 (Philipps);

En Danemark, de moitié, de 3 p. 1000 à 1,52 p. 1000;

En Allemagne, de 3,1 p. 1000 à 2.

I} ne faut pas objecter que la mentalité des er. etrangers n’est pas comparable à la nôtre. Partout, en effet, en Amérique, comme en Allemagne et en Angleterre la déclaration de la tuberculose a été combattue, à ses débuts, aussi violemment qu’elle l’est aujourd’hui en France. |

La déclaration nous permettra d'attaquer le mal où il se trouve, de protéger les individus sains, de teñter avec le plus de chances possible la guérison des tuberculeux, d? opposer à ce fléau social une prophylaxie sociale.

« Elle est une vérité indiscutable et un devoir social » (Chauffard). |

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