‹ Tuberculose rénaleChapitre 15 sur 23 · FORMES ET MARCHE · texte numérisé non relu

FORMES ET MARCHE

A côlé des formes dans lesquelles coexistent tous les symptômes que nous venons d’indiquer, il faut signaler des types incomplets ou anormaux.

La tuberculose rénale peut trahir sa présence par l'éclat brusque d'un symptôme alarmant. J'ai vu une colique néphrétique franche, une violente hématurie , ou même une pyurie très abondante que j’ai appelée une vomique rénale constituer le premier accident, et je ne puis m’empêcher de faire ici un rapprochement entre ces accidents rénaux et le point de côté, l’hémoptysie, la brusque ouverture d’une collection purulente, qui marquent quelquefois le début d’une tuberculose pulmonaire.

J'ai été, au début de mes recherches, fort étonné de rencontrer des formes cliniques bien différentes du tableau classique. Chacun des symptômes

nous que avons étudiés peut exister seul comme expression de la tuberculose rénale. Ainsi l’hématurie légère et fugace peut devenir assez abondante, assez persistante — pendant des semaines — pour mettre en danger à elle seule la vie des malades, qui meurent d’hémorragie, et sans commander l'intervention. J'ai décrit celte forme hématurique 1 et de nombreux exemples sont venus depuis en démontrer la fréquence. Chez une de mes malades, l'hématurie persistait depuis des semaines avec une abondance telle qu’il était impossible de songer à mobiliser la patiente. Et cependant les lésions rénales étaient si peu marquées qu’on avait de la peine à les distinguer quand on avait le rein sous les veux. Souvent ce sont de véritables hémoptysies foudroyantes. C’est au début de la maladie qu'elles sont le plus marquées. J'ai vu d’autres malades chez lesquels des coliques néphrétiques subintrantes étaient le seul symptôme, constituant une véritable forme douloureuse , qui est trop souvent prise pour une lithiase rénale.

A côté de ces formes dans lesquelles la maladie s’annonce par des symptômes alarmants, il en est d’autres qui ne se traduisent que par Y augmentation de volume du rein. J'ai opéré plusieurs malades qui n’avaient jamais eu ni hématurie, ni douleurs vives, ni troubles de la miction, ni pyuric; l’unique symptôme était une tumeur du flanc, et l’absence de tout accident urinaire les faisait regarder comme atteints de néoplasme du foie ou de la rate. Chez l’un d’eux le rein distendu contenait un litre de pus. Cette forme fruste s’explique par l’oblitération primitive ou précoce et complète de l’uretère, la maladie évoluant alors en vase clos comme un abcès froid d’un parenchyme quelconque. Ces différentes formes cliniques ne comportent pas un pronostic aussi sérieux que le ferait croire l'intensité des accidents. Une de mes malades, atteinte d'une forme hématurique très grave, est très bien portante depuis cinq ans qu’elle est opérée; une autre, dont les accidents douloureux nécessitaient le séjour au lit, n'a aucun accident depuis quatre ans. La forme commune, pyélonéphritique, est plus grave; elle réunit les dangers de l’infection tuberculeuse et de la septicémie ordinaire. Mais l'ensemble de mes opérations me fait regarder ces lésions comme restant unilatérales au moins pendant très longtemps.

L'évolution de la tuberculose rénale est loin d'être rapide. C’est par années qu’il faut compter sa durée. Il est aussi difficile de préciser sa marche clinique que d’indiquer la marche d’une tuberculose d'un organe quelconque. L'histoire des malades que j'ai suivis montre qu’elle procède par poussées aiguës séparées par de longs intervalles de calme relatif. Peut-être l’évolution de la maladie est-elle différente suivant qu'il s’agit d'une tuberculose rénale simple, ou d’une bacillose associée à une infection urinaire. J'ai contribué autrefois à établir deux périodes dans l’histoire de la tuberculose de la vessie, une période de bacillose vésicale, et une période de cystite tuberculeuse due à une infection surajoutée. Pour le rein il en est de même, et on peut saisir dans l'histoire de certains malades

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