‹ Tuberculose rénaleChapitre 5 sur 23 · Cornil et Ranvier, Manuel cThistol. pathol · texte numérisé non relu

Cornil et Ranvier, Manuel cThistol. pathol

3. Semaine médicale , 1896, p. 509. — tl s’agit d’une jeune femme de 26 ans qui présentait tous les signes d’une néphrite épithéliale intense aiguë. En raison d’une bacillose pulmonaire coexistante et bien que celle-ci fût minime, M. Potain, en l’absence d’ailleurs des causes habituelles de cette néphrite, considéra l’alfection rénale comme étant de nature tuberculeuse. Le point de départ de cette double lésion devait être placé selon lui dans une ancienne salpingite tuberculeuse momentanément éteinte, mais qui serait resté un foyer d’infection lequel, sous des influences inconnues, aurait donné naissance à une tuberculose aiguë granuleuse à prédominance rénale, en raison peut-être de la stase circulatoire d’origine cardiaque présentée par la malade (elle avait une insuffisance mitrale).

4. Pousson, Journ. de méd. de Bordeaux, 1895. — Arch. clin, de Bordeaux, 1896.

nous n’avons à retenir que ce fait :

voie circulatoire.

l'inoculation possible du rein par la

II. L’infiltration tuberculeuse ou rein chirurgical se présente sous des aspects variés :

1° Infiltration nodulaire avec ou sans abcès froid ;

2° Pyélo-népbrite tuberculeuse;

Fig-. I. — Tuberculose rénale. Néphrectomie. Le 1/3 inférieur du rein porte une plaie provoquée par la néphrotomie antérieure (Tufficr).

3° Dégénérescence massive du rein;

4° Hydronéphrose tuberculeuse.

Toutes ces formes peuvent exister isolées ou associées.

1° L'infiltration nodulaire (fig. I) se manifeste sous forme de masses d'un gris jaunâtre, arrondies, faisant quelquefois saillie à la surface de l'organe. Le rein est augmenté de volume, sa surface est unie, lisse ou légèrement bosselée, de couleur pale ou jaunâtre, dure en certains points,

molle et fluctuante en d’autres. Cette augmentation de volume, alors que la masse n’est pas encore ramollie, peut atteindre le double du volume du rein et former réellement tumeur. A la coupe on trouve de gros noyaux d’un gris jaunâtre, de la grosseur d’une noisette à celle d’une mandarine, inclus dans le parenchyme. Ces nodules sont multiples; les uns sont encore durs, les autres ont leur centre caséifié, d’autres, enfin, sont de véritables abcès froids occupant surtout la région corticale, parfaitement enkystés et séparés les uns des autres. Le bassinet peut être intact.

L 'abcès froid intra-rénal (fig. II) est constitué par une collection nette¬

ment enkystée dans l’épaisseur du parenchyme et faisant un relief plus ou moins saillant à la surface de l’organe. Il siège de préférence dans la substance corticale ou à la base des pyramides. Son volume varie de la grosseur d’une noisette à celle d’une orange. Il est unique ou multiple; en général il est accompagné de noyaux tuberculeux jaunâtres plus ou moins disséminés. Sa paroi interne est lisse ou villeuse, assez régulière, peu épaisse et l’on voit souvent des follicules tuberculeux dans son épaisseur. Son contenu ne diffère en rien du pus des abcès froids des autres régions.

2° Pyélo-néphrite tuberculeuse (fig. III). — L’augmentation de volume des noyaux dont nous venons de parler et leur ramollissement les amènent à s’ouvrir dans le bassinet, donnant lieu à une véritable vomique rénale , et nous sommes alors en présence d’une caverne du rein, déversant ses produits dans le bassinet. L’organe est plus ou moins détruit, creusé d’excava-

[319] ANATOMIE PATHOLOGIQUE a

lions à bords irréguliers, déchiquetés et indurés. Il est souvent difficile de distinguer ces lésions de celles d’une pyélonéphrite simple, quand on ne trouve pas dans le reste du parenchyme des noyaux indurés; cependant, au lieu d’une poche distendue, les cavernes tuberculeuses ont une paroi ulcérée, irrégulière, criant sous le scalpel. L’examen histologique y montre trois zones différentes : une zone interné, formée d’un détritus d’éléments caséifiés; une zone moyenne, d’infiltration tuberculeuse avec tendance à la sclérose, une zone externe enfin constituée par des éléments

embryonnaires avec ou sans sclérose. — Cette même pyélonéphrite se trouve dans le cas d 'évolution ascendante de la tuberculose urinaire; le bassinet et les calices ne forment plus qu’une même grande excavation dont les parois anfractueuses sont formées de tissu lardacé et infiltré, avec de nombreuses granulations. L’aspect macroscopique de ces lésions indiquerait suivant Dupasquier1 une tuberculose d’origine génito-urinaire; cependant, d’après les pièces que j’ai pu étudier, cette pyélo-néphrite tuberculeuse pourrait se développer d’emblée par ulcération née dans les calices et le bassinet et ayant envahi progressivement le reste du rein.

Enfin, indépendamment de la pyélo-néphrite tuberculeuse et à côté d'elle, il peut se produire dans l’intérieur du rein d’énormes collections purulentes occupant l’uretère et les calices dilatés; mais, le plus souvent, il s’agit alors

1. Dupasquier, Contrib. à V étude de la tuberc. rénale , Thèse Paris, 1893.

d'bydronépbroses infectées secondairement, et qui se sont formées par . altération tuberculeuse primitive et oblitération de l’uretère, en sorte qu’on ne trouve aucune trace de pus dans l’urine.

L'évolution ultérieure du processus dépend de Y état de l uretère. S'il est perméable ou élargi , fait moins fréquent qu’on ne le croit, le rein augmentera peu de volume. Si, au contraire, il est rétréci, il se formera une pyélo-népbrite avec distension, ou même une pyonéplirose avec décharges

Fig. IV. — Tuberculose massive du rein avec oblitération de l’uretère (Tufficr).

intermittentes de pus. Quand Yuretère est oblitéré rapidement ou primitivement très rétréci , on peut voir se développer les deux formes de tuberculose dont nous avons établi la relation avec l'imperméabilité uretérale1. Ce sont la dégénérescence massive du rein et l'hydronéphrose tuberculeuse.

3° Dégénérescence massive du rein (lig. IV . — L'organe est représenté par une membrane mince, transparente, enfermant une masse solide, dense, exactement semblable à du mastic de vitrier, et je ne puis mieux comparer son aspect qu'à celui du contenu d’un gros kyste dermoïde. Cette

1. Tuberculose du rein, Archives générales de médecine, 1892.

321 j ANATOMIE PATHOLOGIQUE 7

masse informe est incomplètement divisée par de minces cloisons parlant de la membrane d’enveloppe. Elle peut remplir le rein elle bassinet, et se. prolonger dans l'uretère : dans tous les faits de ce genre que j'ai signalés et dans ceux que j’ai recueillis, ce conduit était le siège d’une oblitération complète.

4° L’hydronéphrose tuberculeuse (fig. V) ne diffère en rien des dilatations aseptiques du rein en général. Une coque fibreuse à cloisons incomplètes forme la paroi. Le contenu est un liquide légèrement citrin, absolu¬

ment transparent, analogue en tous points au liquide de l’hydronéphrose. L’examen bactériologique du liquide montre l’absence de tout microorganisme, en dehors du bacille de Koch. Ce bacille lui-même est rare; l’examen sur des lamelles n’en décèle pas la présence; mais l'inoculation de ce liquide est positive : il détermine la tuberculose. Il est probable que les volumineuses pyonéphroses bacillaires sans aucun trouble de l'urine sont des lésions de ce genre devenues septiques. Je ne puis expliquer autrement les cas que j’ai observés U

Les lésions histologiques de la tuberculose miliaire du rein n’ont pas à être décrites ici : le seul point intéressant consiste dans le siège des

Page 1