Vigneron, Thèse de Paris
jaunâtres, caséeuses. Les granulations caséeuses se fusionnent, s'étalent, puis s'ulcèrent. Les ulcérations de la vessie peuvent occuper toute l’étendue de l'organe, au point qu’il n'existe plus de muqueuse. Les perforations de l'organe sont cependant rares : la musculeuse reste en effet généralement intacte, d’ailleurs il se forme autour de la vessie comme autour du rein une gangue fibreuse plus ou moins épaisse qui limite le processus ulcératif. J'ai souvent vu le maximum des lésions au niveau de l’embouchure de l'uretère.
L 'appareil génital de V homme , vésicules séminales, prostate, canal déférent, épididyme, est fréquemment envahi dans la tuberculose rénale secondaire : sur 482 observations de tuberculose urinaire, Vigneron a trouvé 74 cas de tuberculose urinaire isolée et 108 cas de tuberculose génito-urinaire et, dans 41 autopsies, 14 tuberculoses urinaires pures, 27 tuberculoses génito-urinaires. Mais il s’agit là d'autopsies qui ne préjugent rien au point de départ et de la durée des lésions.
La tuberculose génitale de la femme est au contraire des plus rares ; jamais nous ne l'avons rencontrée comme complication de la tuberculose rénale. En dehors de la sphère génito-urinaire on peut, à r autopsie , trouver de la tuberculose un peu partout : dans les poumons (moitié des cas), la plèvre (ouverture d'un abcès périnéphrétique à travers le diaphragme), les méninges, le péritoine , Y intestin, la rate, la capsule surrénale.
Évolution des lésions. — Les stades anatomo-pathologiques de la tuberculose devenue rénale sont très différents suivant son point de départ et surtout suivant qu’elle reste bacillose pure ou infection combinée. Quand elle débute au niveau de la substance corticale, c’est-à-dire quand elle est primitive, les nodules périglomérulaires forment des noyaux jaunâtres bien souvent très petits, non appréciables à la palpation, puis des abcès froids enkystés dans le rein, abcès qui s’ouvrent dans un des calices et évacuent leur contenu en laissant à leur suite une caverne rénale. Le reste du parenchyme est normal. Quand la bacillose est ascendante, l’infection a lieu par l'intermédiaire du bassinet, les granulations donnent lieu à des ulcérations irrégulières qui creusent le parenchyme ultérieurement. Quand les lésions sont anciennes, la bacillose se complique des lésions de l'infection urinaire surajoutée; et nous nous trouvons alors en face d’une pyélo-néphrite classique dans laquelle la nature tuberculeuse de la malade n’est plus indiquée que par les ulcérations et les foyers tuberculeux disséminés en d’autres points de l'arbre urinaire. La destruction lente, progressive et totale de l'organe est donc la règle.
Si la bacillose reste pure comme dans les cas où l’ uretère est oblitéré, elle peut subir la dégénérescence calcaire dont j'ai vu et publié un exemple curieux1 : les altérations revêtent l’aspect d'une bouillie crayeuse analogue à des top luis goutteux et l'examen bactériologique seul permet le diagnostic. Je verrais volontiers là une évolution curatrice de la maladie. Une autre évolution également favorable est l'envahissement, la substitution d'un tissu fibro- graisseux au parenchyme rénal.