Broca, Bulletin de la Soc, de chirurgie, 1864, p. ICO
des os, non plus qu'à admellre que les cartilages ont été alieînls en premier lieu. Comme jusqu'ici on n'a jamais observé une altération tuberculeuse isolée des disques, et que, d'autre part, on a fréquemment l'occasion de suivre le mode d'envahissement inverse, c'est-à-dire des os aux cartilages, je crois que le rachis ne fait pas exception à la règle générale qui s'applique à toutes les articulations. Le mémoire de Ripoll*, considéré comme l'un des plus importants sur ce sujet, n'apporte absolument aucune preuve qui puisse faire admettre l'arthrite primitive. La plupart des observations manquent de la sanction, ici nécessaire, de l'examen direct par l'autopsie. Les seules données anatomiques qu'on y trouve sont empruntées à Nichet. Mais, dans les observations de Nichet ^ comme dans celles ^'Azam, les os sont malades en même temps que les fibro-cartilages. Les lésions osseuses y sont même assez prononcées, ï • comme dans celle où on lit : « La colonne vertébrale est dénu-
dée dans toute la hauteur des régions dorsale et lombaire ; les corps vertébraux, recouverts par une bande de matière purulente et concrète ; les cartilages des troisième et quatrième dorsales, des deuxième et troisième lombaires, étaient détruits. » On voit que les lésions osseuses ne manquent pas, et rien ne montre qu'elles n'ont pas devancé celles des cartilages. Il en est absolument de même des faits invoqués par Brodie ' qui, lui aussi, se demande s'il est possible de distinguer clinîquement les lésions primitives des os de celles des cartilages.
Loin de nous cependant la pensée de nier d'une manière absolue qu'on ne puisse voir apparaître primitivement des éléments tuberculeux dans les disques intervertébraux. Ce sont des organes vasculaires à leur périphérie ; leur nutrition paraît assez active, et d'autre part on a, d'une manière tout à fait
i. Ripoll, Essai sur Varthrite vertébrale, thèse, Paris, 1850.
2. Nichet, Sur la nature et le traitement du mal vert, de Pott : Gaz. méd., 1833, p. 529-545. Deuxième mémoire sur le même sujet : Gaz. méd., 1840.
3. Brodie, Pathological and surgical observations on the diseases of the joints, Fifth édition, 1850. — Ch. m ; obs. LXV, LXVl et LXVIlî.
excoplionnollo, signalé des tubercules dans les cartilages des côtes (llayem) *. Mais ce que nous pouvons avancer, c'est que dans toutes les observations connues d'arthrite tuberculeuse, l'arthrite parait secondaire, et la destruction des fibro-cartilages semble liée à leur envahissement par les fongosités émanant de l'os ou du périoste, ou bien à un trouble de nutrition qui amène leur désagrégation et leur nécrose.
Le terme d' « arthrite vertébrale » ne nous parait donc pas justifié, l'arthrite étant consécutive à l'affection tuberculeuse des vertèbres. Du reste, il en est ici comme de la tuberculose des articulations mobiles, du genou ou de la hanche, par exemple. Ces arthrites tuberculeuses ont aussi leur point de départ à peu près exclusivement dans une lé sion primitive des os, qui, latente à son origine, envahit plus tard les parties molles et la cavité articulaire, et si on leur applique l'épithète d'arthrite, c'est pour ainsi dire à tort, et uniquement en raison de l'importance prédominante des troubles articulaires. Mais au rachis cette raison ne saurait prévaloir, attendu qu'en dehors de la non-justification anatomique, il n'en découle en clinique aucune considération nouvelle qui mérite qu'on s'y arrête. Cependant, dans le cas de tuberculose superficielle, la destruction des fibro-cartilages intervertébraux joue mécaniquement un rôle ; elle constitue une solution de continuité dans la série des corps vertébraux ; de là une inflexion de la colonne vertébrale, qui ramène au contact deux vertèbres superposées. Lorsque cette inflexion n'est pas empêchée par les jetées osseuses extérieures, qui la préviennent assez souvent, il se produit une certaine courbure antérieure, dont les degrés s'additionnent en raison directe du nombre des fibrocartilages détruits. Nous n'avons pas besoin d'insister sur ce fait que la gibbosité ne présente pas en général le carac-