RÉPARATION DES LÉSIONS OSSEUSES
La giiérison du mal de Polt est d'observation journalière ; on doit en étudier le processus anatomique.
L'apparition du travail réparateur dans le foyer vertébral n'implique nullement un arrêt de l'envahissement tuberculeux. On voit souvent la lésion tendre à la guérison par certains côtés, tandis qu'elle progresse sur d'autres ; de telle sorte que dans une autopsie on peut rencontrer tous les degrés et toutes les variétés de la réparation.
A l'exemple de Bouvier, nous envisagerons trois cas différents : l'érosion superficielle, la caverne limitée sans déformation extérieure des vertèbres , la coupure complète des corps vertébraux.
L'érosion ou carie superficielle (Boyer) guérit fréquemment, surtout chez les jeunes sujets. La raréfaction du tissu osseux se ■limite ; il se produit une lame mince de tissu compact sur toute la surface ulcérée. L'abcès, s'il en existe, disparait, soit par évacuation de son contenu, soit par résorption ; sa paroi fongueuse se rétracte, se transforme en tissu fibreux, et il reste finalement une cicatrice adhérente à la surface de l'os.
Une caverne tuberculeuse peu étendue, ne modifiant pas la forme générale du corps vertébral, peut guérir par enkystement de son contenu ; celui-ci se transforme, la partie liquide se résorbe ; il se réduit à une masse dure, pâteuse, desséchée, et souvent infiltrée d'une certaine quantité de sels calcaires. D'autres fois la caverne ouverte à la surface des vertèbres évacue son contenu, puis se comble de fongosités qui s'organisent en tissu fibreux persistant ou destiné à s'ossifier plus tard.
Lorsque le foyer de destruction est plus étendu et comprend une ou plusieurs vertèbres, le travail de réparation ne
diffère pas, quant à son processus général, de ce qu'il était dans les cas précédents. Cependant il présente certaines variétés qu'il convient de faire connaître ; elles portent sur la manière dont le contenu du foyer se résorbe et dont la paroi s'organise. Le contenu se trouve évacué dans les diverticules des abcès, lorsqu'il en existe ; mais si le foyer est nettement limité à la région malade, sans aucun prolongement, il se résorbe souvent en grande partie ; on n'en retrouve le plus souvent que quelques débris sous forme de mastic durci ou de matière crétacée. Ces débris peuvent persister fort longtemps. Plusieurs années après la guérison la plus complète, il y en a le plus souvent encore au milieu de la soudure osseuse. Il est beaucoup plus rare que la résorption se fasse en sens inverse, et qu'après disparition des éléments solides il reste une collection séreuse enkystée dans le foyer en voie de réparation. Nous avons rencontré plusieurs fois ces kystes séreux d'origine tuberculeuse dans les abcès froids rattachés ou non à une lésion du squelette, et je ne crois pas qu*on leur ait encore donné leur véritable interprétation. Nous avons vu à la fois, sur un même malade, un abcès froid à contenu purulent et une collection séreuse juxtaposée. Ces deux collections, toutes deux rattachées à une lésion de la neuvième côte, montraient deux périodes différentes de l'évolution d'une même lésion pathologique *. Dans le mal de Pott, de pareilles collections séreuses n'ont été vues que très rarement ; Morel-Lavallée en a rapporté un exemple à la Société de chirurgie *. A l'aulopsie d'un jeune enfant qui avait succombé avec une gibbosité, ce chirurgien avait trouvé, « à la place d'une vertèbre, une cavité spacieuse, régulière, circonscrite par une membrane épaisse et lisse, et renfermant un liquide transparent semblable à du mucus ». Il demandait à la Société « de quelle nature était cette singulière affection »• La question ne reçut alors aucune réponse ; on peut dire aujour-