‹ Tuberculose vertebraleChapitre 15 sur 76 · Abcès froids et tuberculose osseuse, Paris, 1881, p · texte numérisé non relu

Abcès froids et tuberculose osseuse, Paris, 1881, p

2. Morel-Lavallée, Bull, et Mi^m. de la Socidtë de chirurgie, 1858.

d'hui que Morel-Lavallée avait eu sous les yeux un exemple de cavité tuberculeuse transformée, marchant vers la guérison. Le liquide séreux se serait sans doute résorbé plus tard, si le sujet avait survécu.

La réparation proprement dite, conduisant à la consolidation du rachis par la soudure de ses deux tronçons, se fait fort lentement ; elle n'est complète qu'au bout de plusieurs années. Elle résulte de modifications de la paroi fongueuse du foyer qui suit une marche variable. Dans quelques cas assez rares, les fongosités s'organisent d'abord en une membrane fibreuse, épaisse, régulière, constituant ime sorte de cal fibreux. A l'autopsie d'une petite fille de six ans et demi qui présentait depuis longtemps une gibbosité dorsale, et qui a succombé aux suites d'une broncho-pneumonie tuberculeuse, nous avons trouvé cette variété de consolidation fibreuse du rachis. Les lésions osseuses portaient sur la neuvième vertèbre dorsale, qui était complètement détruite ; sur les septième, huitième et dixième dorsales, moins profondément atteintes. Le tronçon supérieur était fortement incliné sur l'inférieur, de sorte que la face antérieiu*e des septième et huitième dorsales s'était mise en contact avec le bord supérieur de la dixième. Dans l'ouverture de l'angle ouvert en avant existait une masse de tissu fibreux très dur occupant la partie médiane et les parties latérales. L'union des deux tronçons se trouvait si étroitement établie, qu'on ne pouvait leur imprimer aucun mouvement de latéralité ; il restait seulement une légère mobilité dans le sens de la flexion. Sur une coupe médiane antéro-postérieure, ces productions fibreuses avaient une épaisseur de plus d'un centimètre, et il n'y avait d'autre trace du ramollissement tuberculeux qu'un peu .de matière caséeuse desséchée au milieu du tissu lardacé. La guérison de la lésion locale était évidemment très avancée, mais il restait encore de petits séquestres adhérents aux surfaces des vertèbres ou libres dans la masse précédente. La consolidation se serait sans doute complétée plus tard par l'ossification

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du cal fibreux, si le sujet n'avait pas succombé à une complication pulmonaire. L'abondance du tissu fibreux de réparation était exceptionnelle dans ce cas. En général, la soudure osseuse s'effectue plus directement entre les surfaces rapprochées sans l'intermédiaire d'une hyperplasie conjonctive aussi abondante. Elle peut se faire de deux manières : par soudure intermédiaire, ou par jetée périphérique ; quelquefois par les deux processus simultanément. On pourrait donc, à ce point de vue, établir un rapprochement entre le mal de Pott et les fractures, en distinguant deux variétés de cal : un cal interfragmentaire et un cal périphérique.

Il n'est pas rare de trouver, à côté des masses fongueuses, des productions osseuses nouvellement formées à la surface des vertèbres malades. Ces ostéophytes sont en général peu abondantes, et c'est là un caractère commun aux lésions tuberculeuses : la néoplasie réparatrice est peu active. Cette observation se vérifie pour la tuberculose ganglionnaire, pour les ulcérations tuberculeuses, quel que soit leur siège, comme pour la tuberculose osseuse. Il serait facile à cet égard de faire ressortir le contraste existant entre l'hyperostose considérable qui se développe dans l'ostéomyélite infectieuse de la période de croissance, et l'hyperostose irrégulière et toujours beaucoup plus limitée de la tuberculose osseuse. Cependant des masses d'os nouveau peuvent se former au voisinage du foyer du mal de Pott, tantôt avec une forme régulière, tantôt avec une surface rugueuse et des contours déchiquetés; rarement elles s'étendent au loin. Toutefois, elles réunissent dans certains cas plusieurs vertèbres entre elles par des jetées périphériques. Ces jetées osseuses extérieures siègent de préférence sur les parties latérales des corps vertébraux, d'un seul côté ou des deux. .Les apophyses transverses et les extrémités postérieures des . côtes sont quelquefois englobées dans cette ankylose osseuse périphérique. Mais celle-ci manque souvent, et la consolidation se fait alors exclusivement dans l'intervalle des deux tronçons.

par un cal intermédiaire. La perte de substance se comble plus ou moins complètement par de l'os nouveau. Sur quelques sujets, dont la guérison était sans doute très ancienne, ce genre de réparation se voit à son degré le plus complet. Des fragments et des débris de vertèbres sont englobés dans une masse osseuse étendue de Tun des tronçons à l'autre ; la surface de ce cal est lisse et régulière ; son diamètre et sa forme se rapprochent sensiblement de l'état normal. Quelquefois une portion d'un corps vertébral déjetée latéralement peut rester isolée en quelque sorte en dehors du tissu de réparation. Enfin, dans beaucoup de cas d'aiïaissement complet, la soudure se fait directement entre les fragments engrenés, et l'on ne remarque alors que fort peu de tissu osseux de nouvelle formation.

Quel que soit le genre de réparation auquel on ait affaire, il persiste toujours des traces suffisantes de la perte de substance, pour indiquer à peu près sûrement, s'il en était besoin, la nature de l'affection. Même dans les cas où la réunion est parfaite, on retrouve encore quelque part une ou plusieurs cavernules remplies tantôt de tissu fibreux, tantôt de matière caséeuse et de grumeaux calcaires ; parfois même il s'y trouve un petit séquestre. Ces excavations sont apparentes et ouvertes à la surface du rachis, ou bien on ne les reconnaît qu'en pratiquant des coupes sur les corps vertébraux et sur la soudure. La connaissance de ce fait a son importance ; car elle sert à expliquer certaines récidives du mal de Pott, survenues après une période quelquefois longue d'une guérison qu'on avait toute raison de croire définitive.

Il n'y a pas lieu d'insister sur le processus histologique de la réparation. On peut le résumer en quelques mots : arrêt dans le travail d'envahissement tuberculeux, résorption ou élimination des produits de dégénérescence, néoformation fibreuse ou osseuse qui comble la solution de continuité en rétablissant une solidité plus ou moins grande et en général suffisante.

Les conditions qui favorisont la consolidation ne sont nullement en rapport avec retendue de la destruction osseuse, ni avec le degré de la déformation : tel sujet guérit avec une énorme gibbosité, tel autre succombe sans aucune déformation. L'étude clinique de la maladie déterminera les circonstances qui conduisent à une terminaison heureuse ou malheureuse.

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