DOCTRINES ANCIENNES SUR LES TUBERCULES DES OS
Les masses tuberculeuses que Ton connaît depuis Nélaton SOUS le nom de tubercules enkystés , semblent avoir été vues des les plus anciens temps de la médecine. Hippocrate, en parlant des individus porteurs de gibbosité sus-diaphragmatique de cause interne, définit anatomiquement leur maladie en ces termes : « Le plus souvent, ils ont dans les poumons des tubercules durs et crus; en effet, la cause de la gibbosité et la distension qui en résulte tiennent, la plupart du temps, à de pareilles agglomérations, avec lesquelles les ligaments voisins se sont trouvés en communication *. » Il est difficile de concevoir que les phymata d'Hippocrate désignent autre chose que des lésions tuberculeuses, quelle que fût d'ailleurs l'idée qu'on se fît de leur nature dans l'antiquité. Les commentaires de Galien* n'ajoutent rien de nouveau. Dans le moyen âge, la tradition hippocratique s'obscurcit. « Il y a aussi des causes internes, dît Guy de Chauliac, comme des humeurs crues, visqueuses et qui donnent occasion aux vertèbres de se déplacer facilement. Les vents peuvent aussi en être les causes, en frappant et en pous-
1. Hippocrate, loc, cit., des Articulations, § 41, Incurvation de Vépine par cause interne.
2. Hippocratis de Articulis libei' tft Galeni in eum commentarius tertius, Galien, éd. de Kûhn, t. XVHI , pars I, p. 492. — Quitus ob morbos 'irahuntur ut gibhum" efficiant.
sant les vertèbres hors de leurs articulations ; quelquefois il y a des tumeurs qui les poussent aussi ; d'autres fois, une toux violente et longue, ou une intempérie sèche, qui fait qu'elles se retirent et quittent leur situation naturelle *. >) Dans les doctrines arabes, tout est confondu ou bien incompréhensible. Disons seulement, au point de vue de l'histoire des mots, que le mal vertébral était pour les Arabes un sphia-ventosa, expression qui n'était nullement réservée aux maladies des petits os de la main et du pied. On voit quel rôle jouaient alors les humeurs et les ventosités.
A. Paré' nous parle aussi de la cause interne, qui « est une fluxion d'humeurs envoyées sur les rouelles de l'espine et sur leurs ligaments, ou de tout le corps ou de quelque partie ; ou l'imbécillité même des rouelles et ligaments qui amassent telles superfluités ; ou une douleur qui les y attire ». Nous ne rappelons ces anciennes opinions que pour montrer quel chemin il y avait à faire pour rentrer dans la voie de l'observation anatomique.
Au xvu" siècle, on revient à la doctrine d'Hippocrate et de Galien. Séverin décrit une gibbosité due à l'existence des tubercules vertébraux, mais il ne fait que commenter Hippocrate en citant longuement le texte de Galien , sans d'ailleurs en faire l'aveu'. C'est donc sans beaucoup de raison que quelques auteurs lui attribuent le mérite d'avoir le premier décrit les tubercules osseux. Il est juste du moins de lui accorder qu'il insiste sur la gravité du pronostic. Nélaton rappelle
1. La Grande Chirurgie de maislre Guy de Chauliac, médecin de l'Université de Montpellier, traduit par maislre Simon Mingelouscaux, médecin juré de la ville de Bourdeaux, édit. 1672. — Des Maladies du col et de la bosse du dos, p. 668.