GIBBOSITÉ
La gibbosîté apparaît en général d'une manière lente et progressive. Sur un malade qui se plaint déjà depuis quelque temps de douleurs extrinsèques, et souventr sans douleur locale appréciable, on voit se former insensiblement une légère saillie postérieure par la projection en arrière d'une ou de deux apophyses épineuses.
Les anciens, qui ne connaissaient qu'obscurément les lésions des corps vertébraux, et qui par conséquent n'avaient d'autre critérium que la déformation extérieure, attribuaient la gibbosilé aune luxation; le mal vertébral était pour eux une luxation de cause interne. Et, en effet, parfois la direction générale du rachis n'est pas encore modifiée ; seul l'arc postérieur des vertèbres malades est porté en arrière. Lorsque le mal siège au cou ou bien à la région lombaire, le premier effet de la déformation consiste à redresser la concavité normale de ces régions. Ce redressement, joint à la rigidité qui l'accompagne, est un signe important. La saillie postérieure augmente peu à peu ou s'accroît rapidement à une certaine période. En quelques semaines, elle est doublée. D'habitude elle n'acquiert les énormes proportions qui correspondent aux graves lésions que nous avons passées en revue, qu'avec une très grande lenteur. L'apparition subite d'une gibbosité est tout à fait exceptionnelle. Un malade, à l'occasion d'un effort, en portant ou en soulevant un fardeau, sent un craquement brusque au niveau du dos ou des lombes , et s'affaisse ; parfois une paralysie des membres inférieurs se montre du même coup. Nélaton rapporte des faits de cet ordre. Dans quelques cas, le début a été
encore plus singulier. Un enfant porteur d'une lésion absolument latente, el par conséquent ignorée, fait une chute d'un â deux mètres, peu importante en somme; il en résulte une gihbosité que les parents, et le chirurgien même s'il n'y prend garde, rapportent exclusivement h l'accident. On croit à une fracture vertébrale, et l'erreur est d'autant plus aisée à faire que lu récit du fraumatisme est naturellement empreint d'exagération , puisque , dans l'esprit des parents ou du malade, la succession des deux faits, accident el gibbosilé, ne peut guère être qu'une relaLioji de cause à effet. Quoi qu'il en soit, la gibbosilé qui se produit do cette manière est anguleuse ; les deax segments aupt^rieur el inférieur du rachis se réunissent sous un angle plus ou moins marqué dont le sommet n'est pas arrondi, étant formé par une ou deux apophycs épineuses seulement.
La gibbosité commune, celle qui s'agrandit lentement, revÉl aussi parfois ce caracll-re ; mais il ne faut pas partager l'erreur do quelques auteurs qui font de la forme anguleuse un caractère distinclif de la gibbosilc du mal de Polt, en l'opposant à la forme arrondie des courbures de la scoliose. Nous avons dH ailleurs, en ciret, que ta bosse du mal de Potl est le plus souvent arrondie h son sommet : tantôt c'est une courbure régulière k grand rayon; une grande partie du rachïs contribue à la former; le mal de Potl dorsal fournit bon nombre d'exemples do celle disposition; tantôt c'est, au cont-airc, une courbure de rayon moindre, pouvant comprendre six. Luit, dix vertèbres : nu-dessus et au-dessous, les deux tronçons du rachis reprennent une direclion recliligne ou concave en sens inverse.
On peut dire, d'une manière générale, que la gibbosilé anguleuse correspond à la destruction d'une, deux ou Irois vertèbres, au lieu que la gibbosîté arrondie se rapporte à des cas oiî un grand nombre de vertèbres ont disparu en partie ou en totalité. Le rayon de couibure est d'autant moins long que l'afTaissemcnt vertébral esl plus complet. Lorsque les deux fragment»
supérieur et inférieur viennent en contact, ou même se pénètrent Tun Tautre, bien qu'il y ait eu destruction de cinq, six, huit corps vertébraux, la gibbosité forme un arc ou un segment d'ellipse dont les extrémités ne sont pas éloignées Tune de Tautre de plus de 10 centimètres; nous Tavons désignée sous le nom de gibbosité en anse, et nous renvoyons à Tanalomie pathologique (p. 17 et suivantes) pour son interprétation.
La gibbosité tuberculeuse est postérieure et médiane : c'est là son caractère essentiel, celui qui sert à distinguer de prime abord le mal de Pott de la scoliose. Il n'est cependant pas absolu; nous savons que, par exception, la gibbosité peut être déjetée latéralement.
Lorsque Taffection a débuté dans Tcnfance et qu'on est appelé à examiner le rachis déformé beaucoup plus tard, alors que le sujet guéri est devenu adulte, on constate assez souvent la présence de fortes courbures de compensation audessus et au-dessous de la gibbosité. Et si, comme cela est observé parfois, celle-ci n'est pas médiane, il peut arriver que les déviations, dans leur ensemble, affectent une grande ressemblance avec celles de la scoliose ; la distinction présente alors de réelles difficultés. Pourtant d'autres détails cliniques, faciles à retrouver dans l'histoire du malade, viennent éclaircir ce diagnostic rétrospectif : tels sont les abcès froids, les paralysies, etc.
Les courbures de compensation se produisent lentement; elles augmentent aussi longtemps que le développement du rachis n'est pas terminé ; elles sont nulles ou peu marquées dans le mal vertébral de l'adulte.
Généralement le malade souffre peu ou même ne souffre pas au niveau de la gibbosité, surtout lorsqu'elle existe depuis un certain temps. A l'époque de sa formation, on constate assez souvent sur la partie culminante un certain degré d'empâtement des parties molles: la pression sur les apophyses épi-
neuses, qui sont un ppu plus écartées qu'à l'étal normal, développe à peine de la douleur; elle est souvent plus pénible sur les eôlés, au niveau des apophyses transverses.
Durant la période de développement de la glbbosîté, les malades ont conscience du défaut de solidité de leur colonne vertébrale et de leur impuissance à la maintenir droite; de là une attitude et un ensemble de précautions que Boj'er rappelle dans un excellent tableau, reproduit déjà par plusieurs auteurs. Lorsque « la déformation augmente, dit-il, la partie supérieure du tronc est déjetée de plus en plus en avant, et le coucher, la station, la marche, etc., deviennent remarquables el caractéristiques : le décubilus a lieu de plus en plus sur les côtés ; dans la station, les jambes sont légèrement lléchios, le col fortcmeol tendu el la face tournée en haut, en sorte que la nuque repose sur les épaules, que ces dernières paraissent plus élevées, ella région cervicale plus courte; ces derniers phénomènes sont remarquables quand la déformation de l'épine occupe la partie supérieure du dos. Dans la progression, les extrémités inférieures se déplacent suivant des lignes plus rapprochées, en sorte que le corps est moins ballotté de l'une à l'autre; les mouvements s'opèrent avec lenteur et précaution ; le tronc n'est point équilibré par le balancement alternatif des extrémités supérieures ; ces membres restent parallèles au tronc ; à une époque plus avancée et lorsque la déformation est plus considérable, le malade appuie les mains sur le haut des cuisses, en sorte que les extrémités supérieures prêtent un point d'appui à la partie supérieure du Ironc et le soutiennent par devant. Les malades évitent les occasions d'augmenter la tlexion du tronc en avant, el la flexion a lieu seulement dans les articulations iléo-fémorales; pour ramasser quelque chose par terre, ils écartent les extrémités inférieures, fléchissent les jambes et les cuisses, soutiennent le haut du Ironc en appuyant une main sur la face antérieure do la cuisse correspondante, et saisissent l'objet de l'autre à côté d'eux, ou entre leurs genoux.
mais jamais devant eux. « Cctic dt-rnifere expérience, qui consiste à faire relever un objet jeté à terre, constitue une épreuve importanlc, qu'il est bon de reproduire toutes les fois que le diagnostic n'est pas évident. Mais il ne faut pas confondre le sentiment de faiblesse éprouvé par un malade qui parait douter de sa propre solidité, avec ralTaiblîsaemcnt paralytique des membres qui peut survenir en même temps el qui ajoute à l'incertitude de la marcbe.
PAHALÏSIES, COSTnACTURES
La paraplégie est un symplAme fréquent dans le mal de Pott. En général, les mouvements sont atteints avant la sensibilité. Parfois, la tuberculose du rachis, latente jusque-là ou bien à peine indiquée par des douleurs vagues, se manifeste en premier lieu el avant toute déformation par la paralysie des membres; les faits de cet ordre sont exceptionnels, et liabituel- Icment la gibhosité précède la paralysie. La raison d'être de ces variations est fournie par l'anatomie pathologique. Les altérations médullaires ne sont point la conséquence de la compression produite par les vertfebres déviées, mais bien de l'envahissement du canal racbidien par le foyer tuberculeux. Or cet envahissement peut avoir lieu avant toute formation de la gibhosité ou pendant la période de sa production; de là une paralysie tantAt précoce ou tantôt tardive; cette dernière éventuatilé est de beaucoup la plus habituelle.
Les anciens n'avaient pas reconnu les rapports qui unissent la gibhosité el la paraplégie, et bien que Wedel, de Gotha, publie en 1671, dans VAcadéinip des curieux de la nature, une observation d'ailleurs assez brève, ayant pour titre Paralijsh a gibbere, et relate, en effet, un cas ^nilgaire de gibhosité suivie de paraplégie, il faut arriver jusqu'à la fin du siècle dernier pour trouver une description magistrale de cette espèce de paralysie des mem/ircs inférieurs f/ui accompagne souvent une
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courbure de l'épine, et qui eut supposée en dépendre. Ce fui l'œuvre de P. PoU. Dans son premier mémoire, l'auteur anglais s'attache à montrer que la paralysie des eslrémités inférieures est duc h. une lésion vertébrale (carie); dans le seconit, il on trace le tableau clini<nie avec une remarquable précision.
Si, par exception, la paraplégie peut survenir tout d'un coup, ce qui se voit, en parliculier, lorsque la gibbosité elle-même se produit brusquement ; si, un peu moins rarement, son développement, sans être instantané, est encore rapide et se fait en quelques jours, ordinairement le début de la paralysie est Icnl cl même insidieux. C'est ce qn'avail va P- Polt. « Les détails qu'on nous donne le plus siiiivent, dit-il, sont qu'on a observé que l'enfant, avant de ne pouvoir plus marciier, élail languissant cl nonchalanl; qu'il se fatiguait très promptement, qu'il ne se souciait point de se mouvoir, qu'on le voyait surtout broncber el trébucher quoiqu'il n'y eût aucun obstacle sur son chemin ; que, lorsqu'il se mouvait avec précipitation ou sans précaution, ses jambes se croisaient involontairement, ce qui le faisait tomber souvent et tout d'un coup ; que, s'il s'efforçait de se tenir debout et droit sans être soutenu par une autre personne, ses genoux chancelaient et pliaient sous lui; qu'il ne pouvait diriger avec précision el avec assurance l'an de ses pieds vers un poinl déterminé ; mais qu'en essayant de le faire, ses pieds se croisaient aussitôt involontairement ; que peu de temps après il se plaignait de pincements dans les cuisses, particulièrement lorsqu'il élailau lit, ctd'une seusalion gênante au creux de l'eslomac ; que, lorsqu'il élail assis sur une chaise ordinaire ou sur une cliaise percée, on trouvait presque toujours ses jambes repliées sous le siège ; enfin dans un court espace de temps, après avoir présenté ces parlicularilés, ilavaït totalcmonl perdu la faculté de marcher. " Ti es souvent la paralysie est incomplète et resle telle un certain temps, ou bien , après avoir été complète, elle rétrofjrade en partie. On voil alors
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reparaître quelques mouvfrnenls dans Ic3 orletls, les piods, la cuisse, quelquefois d'un côLé seulement.
La paralysie est flasque et peut conserver indéliriîmeiil ce caraclfere;mai9(l'habilude. au bout d'une certaine période, il a'v ajoute un nouveau phénomène, la contracture des muscles paralyses. Les malades i^proiiveiiL alors, sans aucune excitation extérieure, ou bien à l'occasion d'un changement de position, des soubresauts, des soulëvenienls partiels, des spasmes, des crampes douloureuses dans les membres paralysés. Plus tard la forme tonique, c'est-à-dire une contracture continue succède aux spasmes précédents. Les membres se raidissent; on n'arrive aies fléchir ou à les étendre qu'au moyen d'elTorls considérables, et en faisant éprouver des douleurs violentes au malade. Leur attitude est d'abord l'extension complète ; le pied lui-même s'allonge, et les orteils s'abaissent vers la plante. Plus lard, c'est la flexion qui domine : la cuisse vient toucher l'abdomen, la jambe se rapproche de la cuisse, les contractures varient en intensité depuis une légère raideur jusqu'à une rigidité absolue et invincible.
L'abolition des mouvements volontaires avec étal flasque de» membres indique une interruption dans la continuité physiologique des faisceaux blancs (conducteurs) de la moelle. Les spasmes et les contractures sont, au contraire, des phénomènes d'activité médullaire en rapport avec nne irritation de la substance grise.
Un autre symptôme d'e.\cilalion médullaire est la trépidation particulière désignée par Brown-Séquard sous le nom à'^pilepsie spinale. Lorsqu'on étend les orteils et qu'on fléchit le pied sur la jambe, on provoque des secousses convuisives qui agitent le pied, la jambe, et même le membre inférieur tout entier. D'autres fois, une légère excitation, pincement, cliatouillemcnl. déterminent le même phénomène. Ces contractions cloniques sont d'origine réflexe. Les excitations périphériques mettent enjeu les centres moteurs de la moelle, devenus
JS8 SYMPTOMES
BDonnalement excitables. .Mais il est dtIBcile de dire pourquoi cette trépidation musculaire est causée plus spécialement par l'exlensiorr des orteils et la flexion du pied, pourquoi elle est arrêtée par les mouvements inverses, tlesion du gros orteil et extension du pied.
La période des contractures coïncide, en général, avec nue atrophie considérable des muscles, et souvent avec d'autres troubles trophiques dont il sera bientàl question. Bien que ces symptûmes soient en rapport avec la dégénérescence et la sclérose descendante des faisceaux latéraux (Bouchard), ils n'entraînent pas un pronostic désespéré. Un assez graad nombre de sujets recouvrent les fonctions des membres, quelquefois même complètement, après avoir été contractures durant de longs mois.
Nous avons à peine besoin de rappeler que ni les contractures, ni l'épilepsie spinale ne so rencontrent exclusivement dans la paraplégie du mal de Pott, ni même seulement dans les paraplégies par compression; on les retrouve dans l'hémiplégie ancienne d'origine vérébiale, lorsque survient la dégénérescence descciidanlc; elles sont dans ce dernier cas locali.sées, comme la paralysie, h un seul ci>té.
ha semi/ji/ilé csl toujours moins altérée que le mouvement; elli) peut rester normale alors que la paralysie motrice est plus un moins Complète, cl lorsqu'elle est atteinte, ce n'est que postérieurement. On a dit (Holmes, Slichaud) que cette succession dnns les deux symplûmes, paralysie motrice et anesthésie, s'expliquait par ce fait que les faisceaux blancs conducteurs des mouvements, se trouvant placés en avant dans l'épaisseur de la moelle, étaient exposés à subir plus Iftt les altérations pathologiques, tandis que les colonnes grises, qui sont considérées comme les coniiucleura principaux do la sensibilité, sont protégées par les couches blancbes, et, par suite, atteintes plus tardivement. Celte explication est pcul-éirc vraie quelquefois. Mais les physiologistes ont aussi montré que la compression de la moelle
dans son cnseniMe enlralnail plus souvent la paralysie que l'ancslbésie. Quoiqu'il en soit, danslo mal de Potl, comme daas les autres cas de compression médullaire ou de myélite IransversG, lasensibililÉpeut être modifiéo ou abolie dans ses modalités principales : tact, sensibilité à la temporal itre, sensibilité à la douleur. L'anesthésie tactile survient la premifere, puis vient la " llifrmifjae;Vaiia///c'sieeslp\usTaTe\ cependant elle peut exister seule : le malade sent la piqûre elle pincement, maïs seulement comme un contact et sans éprouver de douleur. Tous les degrés sont observés : diminution légère, amoindrissement notable, abolition presque complète; mais rarement la sensibilité disparait d'une manière absolue. Une autre modification de la sensibilité consiste dans le relard de la perception : il y a un intervalle très appréciable, deux, trois et môme plusieurs secondes, entre le moment de la piqûre et celui où le malade perçoit la douleur. Enfin les sensations se pervertissent dans Certains cas; elles ne correspondent plus à une irritation pérîpbérique de la même manière qu'à l'état normal; une piqûre, par exemple, donnera lieu à une sensation de cbalouillement ou de fourmillement. Le retard et la perversion des sensations indiquent une altération organique de la moelle.
Tous les troubles nerveux précédents siègent exclusivement dans le territoire du corps, qui reçoit ses nerfs de la partie de la moelle placée au niveau et au-dessous de la lésion. Il sont 'généralement bilatéraux et d'une intensité h peu près égale des deux côtés ; il y a cepeudaiit, à cet égard, de nombreuses exceptions ; un membre est plus vile et plus profondément paralysé que celui du côté opposé ; de même pins tard le retour des fonctions se fait d'abord sur l'un des deux membres. Mais les formes exclusivement unilatérales ou hémiplégiques sont extrêmement rares, au moius lorsque la lésion siège au dos ou aux lombes; nous verrons que le fait est plus conuuun à la région cervicale supérieure.
Louis avait déjà observé une paralysie des membres supé-
rieurs causée par un mal île Polt dorsal, sans pouvoir donner l'esplicalion de cette anomalie. Un certain nombre d'observir lions analogues uni été constatées depuis lors : on peol eipBqucr ces phénomènes paralytiques récurrents de plusieurs m»niêres. Micbaud pense que la sclérose de la mj'élile Iransvene peut se propager à une certaine distance en haut comme en bas, sans afTecler la disposition fasciculée. L'altération ascendante se traduit alors par de nouveaux phénomènes paralytiques. N'est-il pas permis de supposer que, dans certains cas, la récurrence n'est qu'apparente, et qu'un abcès intra-racbidien ou un prolongement de fongosités remontent à une certaine hauteur, comprimant ou altérant la moelle au-dessus ds la gibbosité?
Enfin on observe parfois de l'incoordination dans les motwe- 7nenls des mem/irrs, fait qui s'explique par la dégénéralion de la substance grise et des faisceaux radiculaîres postérieurs.
L'isolement de la partie inférieure de la moelle, qui résulte de son interruption, supprime l'inlluencc cérébrale. Mais l'activité des centres médullaires réflexes persiste. La trépidation spinale qui résulte du relèvement du gros orteil constitue déji un genre particulier et anormal de niolricité réflexe. Le phénomène dit du genou, ou mouvement réflexe, produit par la percussion du tendon rotulien, est aussi conservé et généralement augmenté. D'un autre cûté, la lésion méduflaire agit parfois sui'^ l'enoépliale en provoquant des accidents épileptiformes. Les attaques do ce genre sont plus hahituclies dans le mal de Polt cervical, c'esl-à-dîre avec des altérations d'une région élevée de la moelle, et nous verrons qu'elles sont fréquentes dans le mal sous-occipital, où les altérations nerveuses portent directement sur le bulbe ; mais on les observe aussi dans le mal vertébral inférieur dorsal ou dorso-lombairc. Il est probable que le poinl de départ de ces réfle.\es généralisés se Irouve le plus souvent dans la myélite transverse ; cependant nous avons dit précédemment que des crises convulsives pouvaient déjà
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se produire au dijbul comme symptùme primitif, alors qu'il n'exislc aucune trace de paralysie. Ces faits peuvent s'expliquer non par une altération directe et grave de la moelle, comme la mvélite transverse, mais par une irritation médullaire do voisinage ou par des lésions des troncs nerveux.
La nutrition des membres paralysés est presque toujours altérée plus ou moins profondément. Dans les cas les plus légers, il y a seulement une atrophie générale, un amaigrissement de tous les tissus. Lorsque la paralysie est compliquée de contracture, les troubles Irophiqucs sont plus marqués, les muscles diminuent de volume et subissent la dégénérescence granulo-graisseuse ; la peau est sèche, squameuse, ou bien elle devient mince, lisse, tendue, luisante [fflossy skin), comme dans le cas de névrite. Le tissu cellulaire s'épaissit et souvent infiltre do sérosité dans les parties déclives, au voisinage du cou-de-pied, sur toute la jambe, ou même sur tout le membre. On observe parfois une éruption de zona, en rapport sans doute avec les lésions des troncs nerveux au niveau de la gibhosité. Il u'est pas rare que des escbares se forment au sacrum, aux talons, sur les parties qui subissent une compression habituelle, même légère.
Durant la longue évolution du mal de Pott, il survient quelquefois des troubles articulaires présentant doux formes cliniques distinctes : l'une est une arthralgte pure; l'autre est une arthrite subaigue se rapprochant beaucoup do l'hydarlbrosc manifestations locales. Sur dis cas que j'ai observés, les genoux ont été atteints six fois; le cou-de-pied et le poignet, chacun une fois; enfin j'ai vu h. l'autopsie un épanchement articulaire dans les deux hanches chez un sujet afTeclé d'un
al de Pott dorso-lombaire.
L'art/iralgie a pour unique symptùme la douleur; c'est une véritable névralgie articulaire. Cette douleur apparaît à un moment quelconque du cours de l'affection, quelquefois au début, plus souvent à la période de gîbbosité, surtout avant
l'ouverture des abcès ; lion no l'annonce, elle n'est on rapiMjrl avec aucun autre symptôme. Un malade qui semblait aller bien, qui ne soulTiait pas, est pris pendant la marche, moins souvent pendant une période de repos complet, d'une douleur au genou; il ressent spontanément, en dehors de tout attoachement et de tout mouvement volontaire ou communiqué, îles battements, des élancements, une piqûre, une brûlure, un sentiment (le constriction autour de l'articulation ; le sommeil en esl quelquefois troublé. Chez une fillette de douze ans, atteinte de gibbosilé cervîco-dorsalo, sans abcfes apparent, mais avec paralysie incomplète des membres inférieurs, il survint un jour une douleur d'une acuité des plus vives dans les deux genoux. Ces articulations étaient intactes ; on n'y constatait ni chaleur ni gonllcment, et le toucher n'y déterminait aucune sensation douloureuse ; il n'y avait pas d'hyperestliésie. Les douleurs spontanées durtrent environ six semaines chez celte jeune fille. D'habitude l'arthralgie est beaucoup plus légère ; elle apparaît sous forme de crises qui durent quelques heures dans la journée pour cesser ensuite. Dans d'autres cas, on ne trouve qu'un point douloureux péri-articulaire sans rapport avec une branche nerveuse dune certaine importance. Ailleurs même, ce n'est qu'une byperesthésîe limitée d'une durée variable, mais d'habitude peu longue, quinze jours ou trois semaines tout au plus.
iu'ai'tlirilf proprement dite se révèle en général par la constatation d'un épanchement que rien jusqu'alors ne faisait prévoir. Le sujet ne se plaint guère de soull'rir, et son état général n'est pas allcinl. L'épanchemcnt synovial, en tous points comparable à celui des hydarthroses, est plus ou moins abondant, d'habitude médiocre, sans grande tension articulaire. Ce n'est qu'exceptionnellement qu'il s'accompagne de chaleur, d'une légère rougeur et d'un empiïlement des parties molles. Sur un enfant atteint de gibbosité dorsale, il se déclara, au troisième mois, une arthrite tibio-tarsienne avec un certain degré de gonllement inilamniiitoire, de rougeur et de sensibilité à la
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pression; cette complication dura sept semaines. Dans un mal de Pott cervical, j'ai vu se développer sur le dos du poignet droit d'un enfant de cinq ans, dans la gaine des extenseurs, un empâtement qui m'a paru nettement isolé et sans atleinle articulaire. La gibbosité occupait la troisième et la qualrièrao vertèbres cervicales.
Ces arltiriles d'ordre tropliique ont en général une durée éphémère ; quinze jours ou trois semaines d'hahiludp suffisent pour qu'on assiste à la résorption de l'épanchcment. Elles sont apyrétiques, et on n'y rencontre que par exception de la douleur, de la chaleur, etc.
L'occasion d'en faire l'examen anatomique ne se produit presque jamais. J'en ai cependant vu un cas dont voici la relation. Une fillette du service démon collègue d'alors, le docteur Triboulet, ayant succombé à un mal de Pott dorsal suppuré, présentait une attitude fléchie des hanches qui avait attiré t'atteation dans les derniers temps de sa vie et que le docteur Triboulet ne s'expliquait gu^rc. J'en fis l'autopsie avec mon collègue, et nous constatâmes des altérations pour ainsi diro égaies dans les deux jointures coxo-fémorales. La capsule était de chaque côté distendue par un épanchcment séreux assez abondant; le ligament rond notablement relâché permettait la sortie de ta lète avec une facilité exceplionnelle. La tète du fémur était pourtant recouverte par son cartilage, qui avait conservé ses qualités physiques, sauf en un point, vers le centre, où il paraissait moins épais. La synoviale présentait h peine une légère injection dilTuse dans les culs-de-sac; la capsule était amincie. Il n'existait aucune déformation des cotyles.