ALTÉRATIONS PROFONDES DU RACHIS. — FOYERS OSSEUX
Dans la tuberculose profonde, celle que nous étudions d'fibord, le foyer de destruction a son centre au niveau de la gibbosité, ou mieux dans Tangle rentrant qui lui correspond en avant. Si les altérations se prolongent à une certaine distance au-dessus et au-dessous, elles y restent plus superficielles.
L'étendue delà portion détruite, résorbée ou nécrosée, varie d'un cas à l'autre. Au degré le plus simple et le moins commun, la destruction, pour ainsi dire linéaire, consiste en une simple coupure transversale d'un corps vertébral dans toute son épaisseur. D'habitude elle comprend une portion plus considérable d'un corps vertébral, un corps vertébral tout entier ; elle peut porter sur deux, trois, quatre, six, huit vertèbres, et même davantage. Dans une statistique de 81 cas de mal de Pott, Bouvier a trouvé 22 fois plus de deux vertèbres complètement détruites. Le môme auteur, considérant h la fois les altérations superficielles et les profondes, donne une idée de leur étendue
parles chiffres suivants. Dans les mêmes 81 cas précédents, il a rencontré des altérations :
De 1 ou 2 vertèbres 31 fois.
De 3, 4, ?i vertèbres 26 —
De plus de 5 vertèbres .... 24 —
Cette statistique de Bouvier se rapporte à des malades do tout âge et comprend les variétés superficielle et profonde du mal de Pott.
Lorsque l'interruption du rachis est limitée à une seule vertèbre, le corps vertébral est transversalement détruit; quelquefois il a complètement divsparu ; enfin il peut être frappé de nécrose» Dans ce dernier cas, la loge qui tient la place de la vertèbre contient un ou plusieurs séquestres de forme et de volume variables, depuis la presque totalité d'un corps vertébral jusqu'aux fragments les plus ténus. Ces séquestres sont irréguliers, arrondis ou aplatis en lame, déchiquetés à leur surface. Parfois une portion de la vertèbre, échappée à la mortification, reste adhérente à Tun des fibro-cartilages voisins, supérieur ou inférieur.
Le foyer de destruction est souvent étendu à plusieurs vertèbres : quatre, cinq, six corps vertébraux et même davantage peuvent avoir disparu en totalité ; d'autres ne présentent plus que des débris *.
Il est de règle qu'il n'y ait qu'un centre principal d'infection tuberculeuse, qu'une seule solution de continuité de la colonne
1. Pièce n" 258-B. M. Diipiiytrcu. — Cette pièce présente peu de déviatiou, et il n'y a pas trace de réparation. Lea troisième, quatrième, cinquième, sixième corps des vertèbres dorsales ont disparu complètement; les sq)tjème et huitième sont ulcérés profondément en avant et en haut.
Pièce n* 238-C. — Gibbosité à angle droit, réparation très complète. Le malade était guéri de sa lésion rachidienue. Les troisième, (piatrième, cinquième, sixième et septième corps dorsaux sont entièrement détruits; il ne reste que des vestiges du deuxième et du huitième. La première et la deuxième vertèbres dorsales sont venues se souder à la face antérieure de la huitième.
vertébrale ; s'il existe au-dessus et au-dessous de ce foyer d'autres lésions, elles sont moins profondes, ne compromettent pas la solidité du squelette, et, par suite, ne sont pas suivies d'une déviation nouvelle ou surajoutée. Il est tout à fait exceptionnel d'observer deux coupures du rachis amenant deux gibbosités superposées et à une certaine distance l'une de l'autre. Dans ces cas, les vertèbres intermédiaires sont d'ailleurs tantôt saines, tantôt altérées superficiellement. Le fait indiqué ci-dessous * appartenant à un enfant est un exemple de cette disposition : on y trouve deux interruptions dans la série des corps vertébraux. Tune dorsale inférieure, Tautre lombaire, et deux gibbosités correspondantes. On est autorisé à voir dans ce cas un exemple d'infection de proche en proche. En effet, on constate entre les deux gibbosités l'existence d'une série non intej'rompue de lésions qui indiquent le chemin suivi par la propagation du mal. Dans quelques observations rares, il en est autrement; les deux maux de Pott coexistants sont indépendants l'un de l'autre, au moins anatomiqucment.
D'habitude les altérations destructives s'arrêtent d'une manière brusque, soit au niveau d'un fibro-cartilage intervertébral resté intact, chose rare, soit en plein tissu osseux au milieu d'un corps vertébral. Au-dessus et au-dessous, tout est dans l'état normal. Cette délimitation nette s'observe plus fréquemment chez les jeunes enfants. Mais le contraire est assez commun chez l'adulte. Un certain nombre de vertèbres des deux segments séparés présentent alors des altérations superficielles jusqu'à une certaine distance du foyer principal ; ce sont des dénudations partielles, de petites excavations qui, siègent sur la face antérieure, sur les parties latérales des corps vertébraux,
1. Pièce no 262. M. Dupuytrcu. —Destruction des huitième, neuvième et dixième vertèbres dorsales; là colonne vertébrale est affaissée; le septième corps dorsal est en contact avec le onzième. Les onzième et douzième dorsales et la première lombaire ne présentent que des lésions superficielles. Mais le corps de la troisième est résorbé en grande partie, celui de la quatrième l'est complètement. En ce deruicr point existe une deuxième et légère inflexion du rachis.
au niveau de leurs bords supérieur et inférieur, ou même assez souvent en arrière du côté du canal rachidien*. ( V. pi. II, p. 56.)