DE LA GIBBOSITÉ. INFILTRATION TUBERCULEUSE ET TUBERCULES
ENKYSTÉS
En multipliant sur les corps vertébraux voisins de la gibbosité les coupes faîtes au couteau, on constate parfois les altérations initiales dont l'évolution ultérieure conduit aux vastes fovers destructifs précédemment décrits. Nichet et surtout Nélaton en ont distingué deux formes, que Ton rencontre quelquiefois juxtaposées sur la même pièce anatomique.
Après la deuxième observation de son premier mémoire, Nichet fait les réflexions suivantes, qui méritent d'être rappelées : « Cette observation remarquable, dit-il, méritait d'être rapportée dans tous ses détails, parce qu'on y trouve réunies toutes les circonstances qui se rattachent à l'histoire des tubercules dans les vertèbres. Je vais les rappeler succinctement : 1° la matière tuberculeuse occupe à la fois l'intérieur et la surface du corps des vertèbres ; elle soulève les ligaments antérieur et postérieur ; 2° on la trouve sous le double état d'infiltration et d' épanchement ; 3° les cavités qui renferment les masses tuberculeuses , ouvertes ou closes , sont tapissées par des membranes cellulo-vasculaires ; 4° des dépôts de matière tuberculeuse se sont développés dans le tissu cellulaire , dans les muscles, dans les poumons, sans doute par la même raison interne qui a produit ceux des vertèbres. » Ces quelques lignes contiennent l'indication brève de tous les traits principaux de la maladie ; elles renferment en outre la distinction, plusieurs fois répétée dans le même mémoire , entre les deux formes enkystée et infiltrée. Mais ce fut Nélaton qui s'attacha tout particulièrement à établir cette distinction en montrant les caractères propres à chacune des deux formes et leur évolution différente.
Pour être plus démonstratif, Nélaton a peut-être même un peu forcé l'opposition entre les deux tableaux qu'il trace. Jusqu'alors
on étudiait à l'œil nu surtout, et cependant !e secours de ITiislolog-ic est indispensable pour constater les analogies qui existent entre les dt'ux étals d'inli 11 ration et d'cnkystement ; l'un et l'autre ont une origine identique d'ailleurs ; et si l'évolutioD est diiïérenlo plus tard, si dans un cas il y a perto de substance du (issu osseux, c'esl-à-dire ulcération, et dans l'autre silMiucslralion, cela ne lient ni à la nature ditTérenle de l'élément infectant, ni à une évolution particulière du processus spécifique ; mais bien à un envahissement plus étendu et plus rapide dans un cas que dans l'autre. A côté de ces deux formes, Nichcl, Nélaton, et tous les auteurs après eux ont accordé encore une place à une entité morbide qu'ils ont cru être distincte de la tuberculose : je veux parler de la carie. On ne pouvait qu'à l'aide du microscope faire la lumiëre sur la nature de cette dernière alfection, non plus que sur celle de»fong^osités qui remplissent en partie les foyers tuberculeux, qui forment les parois des abcès froids, ou qui infiltrent les aréoles élargies du tissu osseux. C'est là une œuvre toute récente, à laquelio nous avons contribué pour une certaine part cl qui iiou* occupera plus loin.
HUllie KSKÏSTÉK; fiBASULATIOSS TrDERCL'LEUSES DES OS, UCUR IlÉVELOPPtSIlINT; i;A YEUSE TL'BEBCULEUSE, SON ÉVOLUTION
Delpech' avait déjd signalé la granulation tuberculeuse des . OS et l'avait assimilée aux mêmes granulations des parties molles. I. Dans le tissu de la peau, dit-il, dans celui des organes qui en tiennent lieu et qui présentent comme elle une surface libre, dans le tissu cellulaire sûus-cutané ou internuisculaire, dans le tissu des muscles ou des tondons, des ligaments, des vaisseaux, des nerfs, des os eux-mêmes, on voit se former sponta,nément, le plus souvent du moins sans provocation connue, uq
4. Di'lppch. Traité des maladies répulifes chimrgkalei . 1816; chapitres du Tubffculf acfophidrux, p. G29, et ilu Mai vfrU'Iiral .
PliEMlÈUE LEÇOiN 41
OU plusieurs grains sphériqucs d'un blanc de perle , demi-transparents, d'une consistance demi-cartilagineuse, d'une texture homogène, mais tout à fait différente des organes environnants, et cependant en continuité avec eux. » On ne peut douter que Delpech ait vu la granulation tuberculeuse des os : Nichet et Nélalon l'ont décrite. Ce dernier insiste sur les difficultés qu'on éprouve à la découvrir, motif qui a fait longtemps révoquer en doute son existence. Cependant, comme le dit encore Nélaton*, « ces granulations présentent une identité parfaite avec celles des parties molles ; on les trouve sur des pièces pathologiques qui présentent en même temps des tubercules avancés, et cette coïncidence porte à penser à première vue qu'il s'agit bien de véritables tubercules. Mais la granulation grise peut être la seule lésion tuberculeuse qui se rencontre sur un os. On peut même ne rencontrer sur-aucun point du squelette de lésions plus avancées que ces granulations. » Ranvier constate aussi leur existence isolée dans différents os spongieux des phtisiques, entre autres dans le sternum et dans les vertèbres ^ J'en ai observé un grand nombre de fois, dans les vertèbres, dans les épiphyses des os longs, dans la moelle des diaphyses, sur des sujets atteints de mal de Pott ou de tuberculose articulaire. Mais il faut, dans ce genre de recherches, multiplier les coupes au couteau, diviser les vertèbres en tranches minces. En se contentant d'une ou deux coupes, on a grande chance d'arriver à un résultat négatif, mais aussi sans valeur.
On sait aujourd'hui, et nous n'avons pas à y insister, que la granulation grise constituée à sa périphérie par une zone d'éléments cellulaires jeunes, à son centre par des cellules dégénérées, par une substance granuleuse, est déjà une lésion adulte et complexe. Elle est formée par une agglomération d'éléments tuberculeux plus simples, qui sont les nodules. Ces petits amas de cellules j"eunes apparaissent dans l'épaisseur de la moelle
1. Nélaton, Pathologie chirurgicale, 1" édition, t. H, p. 64.