AS QE
tats intéressants obtenus l’ont été avec des bacilles vivants, qui réalisent la prime infection expérimentale de l’animal, et encore l’immunité conférée est-elle de courte durée, ne faisant que retarder la mort du sujet. Il faut bien le dire actuellement : il n’y a pas de vaccination expérimentalement démontrée de la tuberculose; une restriction doit cependant être faite en faveur des résultats obtenus chez les bovidés par M. Vallée, à l’aide de son vaccin à « excipient irrésorbable » dont nous avons parlé précédemment.
Une ébauche de vaccination est pourtant réalisée dans la nature par l’infection que reçoivent dans leur enfance les individus des peuples tuberculisés quand cette infection ni trop massive, ni trop répétée, ne tue pas d'emblée. C’est l’immunité ainsi acquise qui permet à ces individus de vivre en contact journalier avec le bacille, alcrs que ceux provenant des pays vierges de tuberculose présentent une telle sensibilité à l’infection quand ils la rencontrent pour la première fois. Un des derniers exemples, le plus démonstratif à ce sujet, est fourni par l’arrivée des troupes noires en Europe pendant la guerre. (Tuberculose des troupes noires, M. A. Borrel, Annales de l'Institut Pasteur, n° 3, mars 1920).
On ne peut donc parler ici de vaccination et il semble préférable à tout point de vue d'abandonner ce terme, qui risque d'évoquer dans l'esprit l’idée de barrière infranchissable à la maladie.
C’est dans cette pensée que notre maître, M. Louis Bazy, disait, dans une communication à la Société de Chirurgie, le 18 avril 1923 « Sur le traitement des tuberculoses chirurgicales par le vaccin antituberculeux » : « Je pense tout d’abord qu’il est utile de s’entendre sur la signification des mots vaccin antituberculeux, vaccination antituberculeuse. Les deux termes, qui sont couramment employés, me paraissent particulièrement
Re
mal choisis lorsqu'il s’agit, comme c’est le cas dans les affections chirurgicales, de porter remède à une manifestation de la tuberculose constituée. Les mots vaccin et vaccination impliquent, et à juste titre, pour tout le monde, Pidée d’immunité. Appliqués au traitement de la tuberculose, ils laisseraient donc supposer qu’en utilisant les différents produits actuellement proposés sous le nom de vaccin antituberculeux, on ne se contente pas seulement de guérir un accident local de la tuberculose, mais que, ce faisant, on confère à l'organisme une résistance plus grande que celle qu’il possédait; qu’on le vaccine, en un mot, contre d’autres accidents ultérieurs. Or, cet espoir n’est pas encore réalisé. » (1)
IT. — Quel a été le mode d'action de l'extrait bacillaire que nous avons injecté et à quoi peut-on attribuer les effets observés ?
Pour répondre à ces questions, il suffit de comparer les réactions que nous avons notées chez nos malades au triple point de vue : local, général, focal, et les réactions depuis longtemps connues qui accompagnent la sous Cuti-réaction à la tuberculine et sur lesquelles on se base pour établir le diagnostic d’imprégnation tuberculeuse. ,
La réaction locale n’a jamais manqué chez les sujets que nous avons traités, allant de la simple auréole rouge, de trois à quatre centimètres de diamètre, au large placard inflammatoire infiltré, œdémateux, douloureux, s’accompagnant de réaction ganglionnaire.
À la suite de la sous cuti-réaction, il existe une manifestation de même ordre qui, d'après M. Calmette, « ré-
(1) Bulletin de la Société de Chirurgie du 24 Avril 1973.
Rate Re
sulte de la pénétration d’une petite quantité de tuberculine dans le derme ».
Nous retrouvons les mêmes analogies en ce qui concerne la réaction générale. « Le thermomètre s'élève progressivement jusqu’aux environs de 39°5, parfois 40° vers la douzième heure, puis redescend, pour revenir à la normale, vers la vingtième heure (Calmette) ». Nos courbes de température figurées plus haut et qui, à peu de chose près, répondent à ce que nous avons observé dans tous les- cas, sont exactement superposables. Il en est de même des phénomènes généraux respiratoires et autres qui accompagnent la poussée thermique.
Enfin, les réactions de foyer sont également celles que nous avons observées et qui n’ont, pour ainsi dire, jamais fait défaut, sauf dans les lésions très anciennes fibreuses. |
Ce sont ces réactions de foyer, inconvénients de la sous cuti-réaction, que nous avons cherché à mettre à profit dans les tuberculoses externes que nous avons traitées.
Les réactions que nous avons observées sont donc celles de la sous-cutiréaction, ce sont celles que l’on observe également dans la tuberculinothérapie et que M. Kuss a si minutieusement décrites dans son article du traité de « Thérapeutique respiratoire et de la tuberculose » (Bibliothèque de thérapeuthique), article auquel nous avons déjà fait allusion dans la conclusion de notre chapitre consacré aux tuberculines.
Nous n’avons donc fait en somme que pratiquer une tuberculinothérapie — on peut considérer, en effet, comme tuberculine tout extrait bacillaire renfermant en totalité ou en partie les toxines du bacille — ou, si l’on veut réserver ce terme aux essais thérapeutiques faits avec la tuberculine ancienne de Koch et ses dérivés
ie
. < . < immédiats, nous avons fait, suivant l’expression de M. Jousset, une « toxinothérapie ».
D'ailleurs, il y a plus dans notre essai que l’emploi d’un extrait bacillaire différent, il y a une tendance un peu spéciale.
Nous n’avons pas cherché, en effet, à accoutumer l’organisme aux poisons bacillaires, comme le voulait Sahli (1), à élever le chiffre des anticorps, ordinairement faible ou même nul dans les tuberculoses externes et sans grand intérêt au point de vue de la défense de l’individu; aussi n’avons-nous pas multiplié le chiffre des injections.
« On ne saurait considérer les anticorps comme les éléments essentiels de la défense contre linfection tuberculeuse; ils paraissent être plutôt les témoins des réactions cellulaires contre les produits toxiques excrétés par les bacilles dans les tissus parasités, ou contre la tuberculine introduite artificiellement dans l'organisme sain ou malade. Mais ils ne neutralisent pas celle-ci. Il n'existe aucun parallélisme entre leur présence dans le sérum d’un sujet et son aptitude à réagir à la tuberculine, et, s’il est démontré que leur disparition chez les sujets gravement atteints est d’un pronostic très fâcheux, il paraît bien établi que leur abondance plus ou moins grande ne révèle en aucune manière un état d’immunité ou de résistance à l’infection. » (Calmette).
C’est de l'accélération évolutive focale, provoquée par
(1) D'après SauLr « Le seul but de la tuberculinothérapie est et doit être la mithridatisation, c'est-à-dire l'accoutumance progressive à la tuberculine ».
11 est juste de remarquer que Koch avait une conception différente et que loin de chercher l’accoutumance à la tuberculine il la considérait comme nuisible, Il croyait par contre à la nécessité des réactions locales légères.
Tout ceci visant surtout la tuberculose pulmonaire.