‹ Tumeurs et calculs de la vésicule biliaireChapitre 3 sur 63 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Tumeurs bénignes. — Dégénérescence tuberculeuse et kystes hydatiques. — Tumeurs malignes de la vésicule : secondaires ; primitives.

— Cancer, épithélioma. — Anatomie pathologique. — Symptômes.

— Diagnostic.

Les néoplasmes de la vésicule biliaire sont presque constamment des tumeurs malignes, cancers et surtout épithéliomas. On a décrit cependant quelques cas exceptionnels de tumeurs bénignes. On trouve parfois à la surface interne de la vésicule des polypes muqueux. L’exiguïté de leurs dimensions permet de ne leur accorder aucune importance quand ils siègent dans la cavité même de la vésicule. Nous verrons plus loin quelles conséquences ces tumeurs peuvent entraîner quand, siégeant

TUMEURS DE LA. VÉSICULE

dans les canaux excréteurs, elles obstruent leur lumière.

Albers (1) rapporte un cas de fibrome développé dans le tissu sous-muqueux de la vésicule, et offrant line épaisseur d’environ deux lignes avec un diamètre comparable à celui d’une pièce de cinq centimes. La muqueuse,

à ce niveau, était ulcérée.

Von Schueppel (2) a trouvé, à l’autopsie d’une femme de cinquante ans, la vésicule diminuée de volume, mais représentant une tumeur consistante. Les parois étaient épaissies : la cavité était occupée par une tumeur papillaire insérée à la muqueuse par un large pédicule., et se terminant par de nombreux prolongements villeux, plus ou moins longs, mous, transparents ôu laiteux. Les espaces libres entre ces prolongements étaient occupés par un mucus épais sans traces de bile. Au microscope, la tumeur présentait les caractères d’un myxome recouvert à la surface par une rangée d’épithélium cylindrique court ; dans l’épaisseur du tissu néoplasique se rencontraient des lacunes, des capillaires dilatés et des points de dégénérescence graisseuse.

Cette observation n’offre qu’un intérêt: elle présente avec les tumeurs décrites sous le nom de cancer villeux la plus grande analogie : il nous suffit de rappeler que la confusion est possible. Enfin, d’après Rokitansky, il se formerait quelquefois du tissu adipeux dans le tissu conjonctif sous-péritonéal de la vésicule, dans la polysarcie (Cornil et Ranvier).

(1) Albers. Atlas d'anat. path., IV, pi. 38 et texte, IV, p. 490.

(2) V. Schueppel. Ziemssen. Vol. VIII. Krankheit. der Gallenwege, p. 68.

CALCIFICATION

A côté de ces tumeurs bénignes, il convient de rappeler les cas, d’ailleurs peu fréquents, de calcification des parois de la vésicule. Benni (1), Haldane (2), Leloir (3), etc., en ont rapporté des exemples. Dans ces cas, probablement consécutifs à un état inflammatoire de l’organe, la vésicule présente ses dimensions normales : ses parois sont épaissies, rigides et contiennent disséminées des plaques calcaires, plus ou moins nombreuses et étendues. Dans une observation de Murchison (4), on voit la muqueuse complètement incrustée de concrétions blanchâtres que l’examen chimique montra constituées par du carbonate de chaux. Andral (5), Alison (6), Topinard (7),

Tuck (8), Pluyette (9) ont considéré les plaques dures contenues dans les parois comme dues à un processus réel d’ossification.

Aucun de ces observateurs n’a mentionné la présence d’ostéoplastes révélée par l’examen microscopique. De nouvelles recherches sont nécessaires pour que l’on puisse admettre, à côté de la calcification, une ossification véritable des parois de la vésicule. D’ailleurs, dans

il) Benni. Société anatom., 1866, p. 391.

(2) Haldane. Edimb. med. Jour., 1874-75, XX, p. 836.

(3) Leloir. Société anatom., 1881, p. 144.

(4) Murchison. Maladies du foie. Traduction du Dr Cyr, p. 316.

(5) Andral. Clinique méd . de la Charité. Paris, 1839, IV éd., obs. LU.

(6) Alison. London med. gaz., 1844-45, XXV, p. 137.

(7) Topinard. Société anatom., 1856, p. 239.

(8) Tuck. Boston M. S. Journ., 1872-73, p. 148.

(9) Pluyette. Comité méd. des Bouches-du-Rhône, 1879-80,

TUMEURS DE LA VÉSICULE

aucun cas, la lésion ne s’est révélée pendant la vie par des symptômes appréciables. Ce sont là de simples trouvailles d’autopsie. Cependant un examen attentif de là région aurait pu faire reconnaître la présence de certaines de ces tumeurs, et la rigidité des parois pourrait être la cause d’une erreur de diagnostic. D^autre part, ces modifications s’accompagnent presque constamment de cholélithiase. Si une intervention chirurgicale devenait nécessaire, leur présence entraînerait des difficultés considérables.

La vésicule biliaire peut encore être le siège de lésions tuberculeuses, malgré l’assertion contraire de Von Schueppel. L’observation suivante, due à M. Lancereaux (1) en fait foi.

«[Une femme de 32 ans, entre, le 21 février 1866, à l’Hôtel- Dieu. Elle accuse, dans la région de l’hypocondre droit, une sensation douloureuse qui date déjà de quelque temps. Pâleur, amaigrissement. A la palpation de l’hypochondre droit, on sent au niveau du rebord costal une saillie en tumeur mal délimitée, une sorte d’empâtement profond qui conduit à diagnostiquer une affection chronique du foie, sans plus grande précision. D’ailleurs, il existe une teinte subictérique, qui s’accroît les jours suivants, et finit par un véritable ictère. La faiblesse augmente. Mort le 1er mars.

Autopsie. — Quelques granulations tuberculeuses dans les poumons : ganglions médiastinaux caséeux. Le foie déborde les côtes. La vésicule n’existe plus, car ses parois sont intégralement transformées en un magma caséeux qui cède sous le doigt et laisse profondément voir le parenchyme glandulaire.

(1) Lancereaux. Anat. path. T. I, p. 70.

Page 1