‹ Tumeurs Paravertébrales Avec Propagation Au Rachis Et Compression De La Moelle (Traitement Combiné Chirurgical Et Radiothérapeutique)Chapitre 10 sur 25 · MES PR · texte numérisé non relu

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traitement et on devait aller vite. Je fais appel au docteur THu- REL. Ce qu’il nous fallait tout de suite, c'était un neurochirursien pour parer au plus pressé et décomprimer la moelle. Il examine la malade qui présente un syndrome de compression médullaire à évolution rapide. C’est déjà une paraplégie flasque avec abolition des réflexes rotuliens et achilléens; seul persiste le réflexe cutané plantaire qui est en extension. A la paraplégie motrice se superpose une anesthésie portant sur la sensibilité cutanée et musculaire et remontant jusqu’à D 6.

Que la compression provienne de la tumeur intrathoracique, cela était certain, mais quant à la nature de la tumeur, elle ne pouvait être établie cliniquement avec certitude. S’agissait-il à coup sûr d’une tumeur? Une réaction de Weinberg négative était-elle suffisante pour éliminer le diagnostic de kyste hydatique ouvert dans le canal rachidien comme le docteur THUREL en avait observé un cas avec son maître DE MARTEL (1)?

La solution du problème étiologique sera donnée lors de l’intervention, qui est imposée par la compression médullaire mettant en danger les jours de la malade. Outre la libération de la moelle, l'intervention devait, en cas de kyste hydatique, apporter à elle seule la guérison et, en cas de tumeur, laisser le temps d’agir à la radiothérapie qui avait donné au docteur THUREL des résultats surprenants chez un autre malade, dont on trouvera plus loin l’observation.

Le 7 août 1940, la malade est opérée par le docteur THUREL à l'hôpital américain de Paris. Après avoir précisé la localisation exacte de la compression médullaire avec du lipiodol injecté par ponction sous-occipitale, il pratique sous anesthésie locale, la malade étant en décubitus latéral droit sur une table inclinée, une laminectomie portant sur les lames de D 8 - D 9 et D 10 et procède à l’ablation de deux bourgeons bien distincts, très turgescents, qui, passant par les trous de conjugaison de D 8 - D 9 - D 10, occupaient la partie gauche de l’espace épidural et comprimaient la moelle.

L'examen histologique de ces bourgeons est confié à Mademoiselle GAUTHIER-VILLARS, qui conclut à une tumeur de type hémopoïétique et la range parmi les sarcomes à cellules rondes.

L'opération apporte un soulagement presque immédiat des douleurs radiculaires et, dans les jours qui suivent, les membres inférieurs sont le siège de mouvements automatiques : en dehors de toute excitation externe et à intervalles réguliers, toutes les quinze secondes, se produisent trois ou quatre secous-

(1) DE MARTEL, GUILLAUME et THUREL. — Compression médullaire par echinococcose épidurale secondaire à un kyste hydatique thoracique (Rev. Neurol., 1936, I, p. 1528).

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ses cloniques du pied gauche; si le membre inférieur droit est en extension, il se met en flexion et conserve cette attitude. La réplétion vésicale favorise la production de ces mouvements automatiques, car ceux-ci disparaissent momentanément après sondage ou mixtion automatique. Très rapidement, en effet, on assiste au retour des mictions automatiques, d’abord inconscientes, puis conscientes.

L'opération était la première chose à faire, mais déjà, lors du premier examen, le docteur THUREL nous avait indiqué que le traitement radiothérapique suivrait la laminectomie s’il s'agissait d’une tumeur et que ce traitement était le seul espoir. C’est pourquoi, dès le septième jour, alors que la plaie opératoire est à peine cicatrisée, le traitement par les rayons X est commencé à l'hôpital américain par le docteur BissoN et sera poursuivi en province jusqu’en mars 1941 (7.000 r. répartis en 24 séances).

Les résultats obtenus ont dépassé nos prévisions, puisque, après la douzième séance, l’ombre paravertébrale avait complètement disparu et que, en octobre, notre malade pouvait se tenir sur ses jambes et faire quelques pas.

Par la suite, l’amélioration ira en s’accentuant et portera, non seulement sur la moitié des membres inférieurs permettant à la malade de marcher et même d’aller à bicyclette, mais également sur l’état général qui redevient ce qu’il était autrefois.

Tout allait pour le mieux, lorsque, à la fin de mars 1941, s’installe un état subfébrile avec quelques douleurs dans l’hémithorax gauche; l’examen met en évidence un épanchement pleural gauche et la ponction ramène un liquide hémorragique très riche en albumine. Appelé à nouveau auprès de la malade, qu'il n’avait pas revue depuis l’opération, le docteur THUREL procède tout d’abord à un examen neurologique : les membres inférieurs sont le siège de contractures avec exagération des réflexes tendineux et clonus du pied, mais ce ne sont là que des séquelles de la paraplégie, qui n’a fait qu’aller en s’améliorant.

L'examen radiologique montre, outre l’épanchement pleural de la base, trois ombres arrondies, étagées sur toute la hauteur de l’hémithorax et qui ne sont autres que des épanchements circonscrits de la partie postérieure de la grande cavité, comme l'indique l’existence de niveaux liquides surmontés par de l'air, qui a été introduit lors de la ponction pleurale.

Bien qu’il n’y ait plus trace de la masse paravertébrale, nul doute que les lésions pleurales ne relèvent du même processus pathologique et leur développement, malgré la radiothérapie, s’explique par leur situation en dehors du champ irradié; de fait, les rayons X dirigés contre elles ont rapidement raison de ces nouvelles localisations; après la cinquième séance, l’hémithorax gauche est redevenu clair dans toute son étendue.

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Qu’adviendra-t-il de cette malade? L'avenir nous réserve sans doute encore d’autres surprises, mais les résultats déjà obtenus nous donnent le droit d'espérer qu'avec de la persévérance et un peu de chance, nous en viendrons à bout (1).

OBSERVATION II

(Communiquée par le docteur THUREL.)

M. G... est âgé de 58 ans, lorsque, en mars 1936, les premières manifestations de la maladie font leur apparition, sous forme de douleurs, qui sont de deux ordres : des douleurs dorso-lombaires continues, augmentées par la marche, et des douleurs en ceinture à la base de l’hémithorax gauche, de courte durée et se répétant en série pendant une heure ou deux. Bientôt, aux douleurs s'ajoute de la faiblesse des membres inférieurs, qui s’accentue rapidement, aboutissant en moins de trois mois à une impotence presque complète; contrastant avec cette impotence, les membres inférieurs sont le siège de mouvements involontaires, qui se produisent surtout la nuit toutes les deux ou trois minutes, en séries plus ou moins longues, et qui ne sont autres que des phénomènes d’automatisme médullaire.

Le 17 juillet, nous examinons le malade. La motilité des membres inférieurs est réduite et s'effectue sans force; les réflexes tendineux sont faibles, le réflexe cutané plantaire se fait en extension des deux côtés; le pincement du pied et de la jambe déclenche un triple retrait du membre correspondant; les réflexes crémastériens et abdominaux sont abolis. À la.paraplégie motrice se superpose une paraplégie sensitive : hypoesthésie cutanée aux différents modes, remontant jusqu’à D 10. Les douleurs en ceinture sont devenues bilatérales.

Un tel tableau clinique oriente vers une compression médul-

(1) La surprise tant redoutée s’est produite : nous venons d’apprendre que notre malade a succombé chez elle à un nouveau retour offensif de la maladie se manifestant par de nombreuses métastases, pour la plupart osseuses (crâne, clavicule gauche, côte, sacrum, tibia gauche) ; il en existait également dans la cavité abdominale, perceptibles à la palpation sous forme de nodosités profondes, mais aucune vérification n’a été faite. Nous n’avons pas eu à intervenir et sans doute la radiothérapie, telle qu’on l’applique actuellement, aurait-elle été impuissante contre une pareille dissémination du processus néoplasique ; il faudrait pouvoir irradier le corps tout entier. En attendant qu’il en soit ainsi, les chances de réussite seront d'autant plus grandes que le diagnostic aura été plus précoce et la radiothérapie de la tumeur primitive appliquée avec plus d'énergie et de persevérance.

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