CHAPITRE I
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Etiologie
a). Fréquence . — Jusqu’à Lebert les cancers de l’enfance étaient considérés comme des curiosités scientifiques. Longtemps ignoré, le cancer restait pour les auteurs Fapanage de la vieillesse. La fréquence croissante des autopsies ébranla seule cette croyance. Dans la Bibliothèque médicale , Rance publia F observation d’une petite fille de y mois, morte de tumeur abdominale, chez laquelle l’autopsie révéla la dégénérescence carcinomateuse des deux reins. En 1828 le London Medical Gazette rapporta l’observation de Bennett d’un enfant de quatre ans mort de cancer du rein droit, et une autre de Gorbauss concernant un enfant de quatre mois enlevé par la même maladie.
Rayer, en i84l dans son Traité des maladies des reins ne cite encore que quelques rares cas et
ne rappelle les deux observations de Bennett et Gorbauss qu'à titre de pure curiosité.
Ce n’est guère qu’à partir de cette époque que le cancer du rein de l’enfant entra dans la pathologie et la clinique. En 1862 Hirschprung, relevant les cas de carcinome chez l’enfant, put réunir quinze observations de tumeurs malignes du rein. Duzan dans sa thèse de doctorat (1876), réunit 47 cas chez des sujets âgés de moins de ly ans. En 1884, d’Espine et Picot portent ce nombre à 80 cas ; en i88y Taylor peut citer 1 44 cas.
Depuis lors l’étude du cancer rénal chez l’enfant fit l’objet de plusieurs thèses et leur fréquence absolue et relative y fut étudiée.
D’Espine et Picot, dans un tableau ayant trait aux cancers primitifs jugent ainsi la fréquence relative du cancer rénal de l’enfance.
Œil et annexes . 200 fois.
Rein . 80 »
Os . 67 »
Encéphale . ........ 28 »
Abdomen. Péritoine. Bassin . . 14 »
Le cancer du rein occupe donc par ordre de fréquence le deuxième rang parmi les* localisations cancéreuses.
Cette prédilection pour l’enfance attirait de plus en plus l’attention des auteurs. Rathery déclarait que le cancer du rein est le plus fréquent chez l’enfant parmi les cancers viscéraux. Ebstein, sur 02 cas, en
avait relevé 20 dans l’enfance, Monti en cite 5o cas.
M. le Dr Imbert (de Montpellier) fait remarquer que « contrairement à ce que Ton observe chez l’adulte pour les tumeurs malignes en général, celles du rein se rencontrent avec une grande fréquence chez les enfants. » Sur 5 80 observations de cancer rénal réunies par MM. Albarran et Imbert, 1^0 ont trait à l’enfance.
b) . Sexe. — Si les deux sexes se trouvent atteints, le cancer rénal semble s’attaquer de préférence au sexe masculin.
Dans sa statistique, Roberts, donne i5 garçons pour 9 filles. Guillet (thèse de 1888) trouve un nombre égal pour chaque sexe. Dumont (thèse 1889), réunit 29 cas de garçons et 3i filles.
Puig-Ametler (thèse de Montpellier, 1899) donne comme chiffres 42 garçons et 34 filles. Dans ses divers articles M. Albarran remarque également cette supériorité du sexe masculin.
c) . Age. — Le cancer du rein s’observe surtout dans les premières années de la vie.
En 1867, Roberts établit que ce cancer s’observe
surtout aux deux termes de la vie, et trouve sur
25 cas chez l’enfant :
Au-dessous de 1 an . 2 fois
Entre 1 et 2 ans . 6 —
— 2 et 3 ans . 6
— 3 et 5 ans . 8 —
- — 7 et 8 ans . 2 —
— 8 et 10 ans . .1 —
Guillet (thèse de Paris, 1888).
Au-dessous de 1 an . 7 fois
Entre 1 et 2 ans . 7 —
— 2 et 3 ans . 10 —
— 3 et 4 ans . 7 —
— 4 5 ans . 7 —
— 5 et 6 ans . 6 —
— 6 et 7 ans . 1 —
Pour Taylor l’âge dépasse rarement 4 ans et il donne comme moyennes ;
20 0/0 au-dessous de 1 an.
24 0/0 de 1 à 2 ans.
17 0/0 de 2 à 3 ans.
21 0/0 de 3 à 4 ans.
Puig Ametler réunit dans sa thèse 99 cas et trouve :
Nouveau-né :
5 à 6 ans
11 à 12 ans
0 à 1 an :
1 à 2 ans :
Indéterminé —
Dans le Rénal
Growths London
1898, Kelynach
donne le tableau
suivant :
Nouveau-né :
9 à 10 mois
4 à 5 ans :
2 à 3 mois :
5 à 6 ans
3 à 4 mois :
7 à 8 ans
5 à 6 mois :
1 à 2 ans
8 à 9 ans
6 à 7 mois :
7 à 8 mois :
En examinant les cas que nous avons pu réunir, cas où l'opération a été pratiquée, nous trouvons les âges suivants :
Nouveau-né : o Moins de i an 18
1 à 2 ans : 16
2 à 4 ans : 3o
4 à 6 ans : 23
6 à 8 ans : 6 14 à 16 ans : 2
Age indéterminé : io
8 à io ans : 4 io à 12 ans : 3 iq à i4 ans : 2
Ces tumeurs rénales se rencontrent aussi quelquefois chez le fœtus et bien que rares ou rarement observées, on doit citer les cas de Jacobi, concernant un fœtus dont le développement de l’abdomen devint une cause de dystocie. A Fautopsie on trouva des noyaux cancéreux dans le rein gauche, le foie, la capsule surrénale gauche. Seibert (Jahrb.f. Kinderkrank , XXX, p. 3oô), en relève plusieurs cas. Semb cite le cas d’un mort-né chez lequel il trouva un sarcome à cellules rondes pesant ^5o grammes. (Semb. Centr.für Gynœk , 1894, n° 441)-
Puig A me lier dans sa statistique relève un cas de Brindeau (1897), cité dans la thèse de Marquez (Montpellier, 1898).
Enfin dans quelques cas signalés (Kocher, Abercrombie, Doyo, Roberts), la nourrice a constaté à la naissance que l’enfant avait un ventre volumineux.
d). Hérédité. — L’hérédité du cancer rénal chez l’enfant ne parait guère démontrée et ne ressort pas des observations. Walker sur i45 cas la note cepen-
dant huit fois. Dans une observation de Cotton que nous reproduisons (obs. 108) le grand-père était mort d’un sarcômede la hanche.
e) . Traumatismes. — Walker constate dans 3o cas le traumatisme sous forme de chutes, coups de pied, coups de poing, sauts brusques, efforts violents de vomissements. Manzolini cite un cas où le début de la tumeur fait suite à un coup de pied. Guillet dans sa thèse rapporte une observation de Broca, l’enfant avait fait une chute de 2 mètres de haut. Dans l'une de nos observations, prise dans la thèse de Herresco, l’enfant avait reçu, deux mois avant, une balle dans la région lombaire.
Dans une de Stone (obs. 1 10) l’enfant avait fait une chute sur la région lombaire.
En général le traumatisme a une grosse influence sur la marche de l’affection, il rend plus rapide l’évolution de la tumeur.
f) . Calculs . Lithiase- Néphrites. — -Albarran écrit qu’on ne trouve pas chez l’enfant la lithiase en meme temps que le cancer. Walker en cite un cas. Haushalter (de Nancy) admet l'influence de la néphrite chronique.
g) . Race. — Aucune race n’est à l’abri de cette affection. Geddings a signalé un cancer rénal, chez un enfant nègre de 3 ans, etFerréol rapporte un cas analogue chez un nègre de 2 ans.
h) . Côté atteint. — Les deux reins sont rarement affectés en même temps. Kelynach (Rénal Growths- London,i8g8), sur 118 cas on trouve 12 tumeurs bila-
térales. Dans notre observation II, nous citons un cas de bilatéralité, le côté gauche paraît plus souvent affecté. Puig A me lier (thèse de Montpellier (1899), a trouvé :
Rein droit atteint, 35 fois ;
Rein gauche, 56 fois.
Dans nos observations où le côté atteint est spécifié nous trouvons :
Rein droit, 26 fois ;
Rein gauche, 4 1 fois.