KT XFE, HT, FRA, XIE
Il appelle donc K ff G'ond du ciel l'étoile polaire que la carte du XIII siècle nomme #]f A4. Le nom est équivalent et le Tien
yuan là li spécifie le caractère polaire de l'étoile: IH Æ# #] # #} U
K À K € fl IL. Cette étoile semble immobile, c'est pourquoi
elle est (considérée comme) le pivot du ciel.
Quant à l’astérisme qui entoure ce pivot du ciel, le Tien yuan li li, comme la carte, le nomme pu Hiÿ Les quatre supports sans indiquer de nom particulier à chacune de ses étoiles. Il dit que ces
quatre étoiles autour du pôle représentent les ministres qui entourent
(le Souverain). pu if py H En À XL # CA 75 US Fr K.
Ce trait est caractéristique, car les étoiles qui environnent la polaire symbolisent toujours, dans l’uranographie chinoise, les conseillers intimes de l’empereur (cf. T. P. 1910, p. 343, note).
On voit par là que le T'ien yuan li li, tout en employant l'appellation de fl comme nom spécifique de l'étoile appelée IL 44, lui applique également le terme de #}f A qui signifie l'étoile polaire À).
L'existence d’une étoile polaire de l'ère moderne est ainsi démontrée, à la fois par son nom, par sa position sur la fig. 30 et
par les attributs astrologiques de son entourage. Cette constatation
1) Les termes Sell et F5 sont équivalents et, dans le texte cité plus haut, le T'ien yuan li li emploie l'expression fr Xl: Or À ff *l. — que Schlegel a bien traduit par «Le domicilié du pivot» — est le nom de l’empereur jaune (Les origines T. P. 1910 pp. 263 et 284). L’empereur jaune placé au centre, correspondait au palais central, par conséquent au pôle et au Chang ti dont le culte était associé au culte des ancêtres impériaux. Plus tard les cinq empereurs ancestraux devinrent les cinq Chang ti; la tradition du Chang ti unique (alias T'‘ai yi où T'‘ien ti) fit placer an dessus d’eux une divinité supérieure, polaire, tandis que les cinq Chang ti inférieurs furent assimilés aux cinq éléments. Mais le nom de #7 fl *]} montre qu’à l'origine l’empereur du centre était également polaire. Il se trouvait ainsi y avoir deux empereurs centraux et polaires. Cest pourquoi, dans le culte de 7*ai yi restauré sous les ZZax, on plaça l’empereur jaune au S W, à côté de l’empereur rouge (S). La raison pour laquelle on le plaça au SW est la même qui fait placer le cheval et le mouton dans le ministère du sud dans le Zckeou li et qui fait placer la cinquième saison au SO dans le Zi-ki. (Les origines, T. P. 1910, pp. 253, 261, 604.)
Chalmers, qui cependant a écrit sur l’astronomie chinoise, a trouvé les noms de
ff #1 et des autres divinités cosmiques tellement incompréhensibles qu'il les a taxées
de « meaningless syllables» et leur attribuait une origine hindoue (L. P. 1910, p. 263).
est importante en ce qu’elle prouve qu’en dehors des grandes étoiles impériales æ et {3 de la Petite ourse, considérées successivement comme étoiles polaires depuis les temps lointains de la dynastie Fin?) il à pu y avoir d'autres petites étoiles considérées comme pivot du ciel au point de vue technique. Le cas de l'étoile #}} À montre que la tendance invétérée des Chinois à assimiler le pivot du ciel à l'Empereur s'est manifestée même sur cette petite étoile polaire technique à laquelle on a accordé un entourage de ministres quoique l'étoile impériale officielle fût déjà probablement x de la Petite ourse.
Cela n’est cependant point certain. Nous avons vu plus haut qu’au II® sièle de notre ère x de la Petite ourse se trouvait à la même distance du pôle que £. Comme elle avait alors un moindre éclat, elle n’a guère pu détrôner B que vers le IV® ou V° siècle. Or au début de notre ère il y avait une étoile qui marquait le pôle (fig. 28) et dès le V® siècle l'étoile $}} À était la plus proche du pôle. Il est donc fort possible que l'interrègne entre & et x de la Petite ourse ait été fait par une ou par deux petites étoiles polaires ?). Daus ce cas l'avènement de x n'aurait eu lieu qu’un peu plus tard lorsque la distance polaire de {3 serait devenue trop grande pour lui conserver la fonction impériale. Cet avènement est, en tous cas, antérieur au XIII® siècle puisque x porte (sur la figure 30) son titre actuel de = K fr Il est d’ailleurs probable que ce titre lui a été conféré par un décret officiel dont on trouvera peut-être la trace.
Il reste maintenant à identifier notre étoile XJ} A4 de la fig. 30.
1) La proximité polaire minima de 8 s’est produite au 12° siècle et cette étoile était la plus proche du pôle, parmi celles de grand éclat, depuis plusieurs siècles.
2) Gaubil (Observations, tome II) dit qu’au IT° siècle de notre ère un astronome découvrit que l'étoile polaire n’était pas exactement au pôle et tournait autour de lui. Quelle que fût la décadence où l’astronomie tomba à la fin des Zckeou, il est inadmissible qu'on ne sût pas sous les ÆJan que les grandes étoiles æ et & de la Petite ourse, toutes deux également fort éloignées du pôle, tournaient autour de lui. Il s’agit donc évidemment de la
petite étoile voisine du pôle au début de notre ère (fig. 28).
Ni Reeves ni Schlegel ne se sont aperçus de son caractère d'étoile polaire, faute d’avoir marqué sur la carte le trajet du pôle!) Schlegel dit: «L'astérisme T'ien-tchou fr (le pivot du ciel) n'a pas été vérifié par M. Reeves, mais doit également répondre à une étoile de la Petite ourse» ?). Cette étoile n’a donc été identifiée par aucun de ces deux auteurs. lle est cependant reconnaissable au fait qu’elle est la 5° de l’astérisme coudé commençant à JE eb ïf (> et B de la Petite ourse); en comparant les fig. 28 et 30, et en tenant compte du fait que ni le Tien yuan li li, ni la carte du XIII® siècle ne mentionnent d’autres étoiles entre notre Petite ourse eb la Haie occidentale, on voit que la ligne coudée commençant à y (n° 1) et B (n° 2) de la Petite ourse se continue par les trois étoiles marquées sur la fig. 28, dont la dernière (n° 5), très éloignée du n° 3, n’est autre que 4339 de la Girafe, qui fut effective-
ment polaire au VIII siècle de notre ère 5).
CONCLUSION
Dès les origines de la monarchie chinoise, l'étoile polaire a joué un rôle fondamental, par suite de la division homologue du Ciel et de la Terre en une région centrale, entourée de quatre régions périphériques, conception qui faisait du Fils du ciel, placé au centre de la Terre, l’image du Chang ti et de l’étoile polaire trônant au
centre du ciel.
1) Schlegel a bien vu que les expressions $ * ES < if < MT , indiquent la proximité du pôle, mais il a cru que ces termes faisaient allusion à la relative proximité de ces étoiles à la polaire &.
2) Nous avons vu que le 7‘ien yuan li li, suivi par Schlegel, nomme Fe fr la 5° étoile de l’astérisme (de même nom) qui correspond à l’étoile nommée XI JF (l'étoile polaire) sur la fig. 30.
3) « Etoile double qui porte les n°° 4337 et 4342 du catalogue » (Flammarion). Suivant
les systèmes de nomenclature, on l'appelle N 2668 et 32 de Hevel ; c’est à tort que Schlegel
la place parmi les py dl en laissant K El indéterminée (Ur. p. 525).
dits #2
À cette considération, d'ordre philosophique et religieux, qui attrait l'attention des anciens Chinois vers le pivot du ciel, s'adjoignait une raison d'ordre technique. Ayant entrepris de perfectionner la symétrie diamétrale du zodiaque luui-solaire asiatique 1), il leur fallait connaître exactement la situation du pôle pour choisir, sur le prolougement du cercle horaire des circompolaires, des étoiles diamétralement opposées, dans des régions équatoriales non visibles simultanément.
Précisément à cause de cette importance attachée à la notion du pôle, centre du ciel, l’astronomie chinoise a eu dès le début ce caractère équatorial qu’elle a conservé jusqu'à l'intervention des Jésuites. On ne trouve chez elle aucune trace de la notion du cercle oblique avant les Æun?). Et même dans l'ère nouvelle les divisions de l’écliptique sont subordonnées à celles de l'équateur. Par suite de cette habitude d'esprit, lorsque les Chinois découvrirent la loi de précession, ils l’interprétèrent comme équatoriale, c'est-à-dire comme si le centre de ce mouvement était au pôle. Ils n’ont done jamais soupçonné que le pôle, symbole de la rectitude et de l'immuabilité, ait pu varier au cours des âges. Ils ont calculé les solstices et les équinoxes du Yao-tien, maïs sans se douter que l’équateur de la haute antiquité n’était pas l'équateur actuel et ne correspondait nullement au pôle actuel. Ils n'ont donc jamais su, ni recherché, pourquoi certaines étoiles du palais central, actuellement fort éloignées du pôle, portent un nom caractéristique d'étoile polaire.
C'est Gaubil. qui, le premier, a été frappé par la singularité de ces appellations (K Ar pc — , Ge ñfs). Il vit l’analogie entre ces noms et le symbolisme de la littérature antique qui assimile
l'Empereur terrestre à l'étoile polaire et réciproquement. Il nota
1) Cf. Journal asiatique novembre 1919.
2) Même dans la partie la moins ancienne du Tcheow pi, la déclinaison du soleil est
attribuée à ce qu’il s’éloigne plus ou moins, dans Le plan équatorial, suivant la saison.
qne le fondateur de la dynastie Vin prit le nom de T'en yi et que, soit dans le Æong fan, soit dans la doctrine de Confucius, le Fils du ciel est comparé au pôle. Il constata que les commentaires astrologiques des uranographies chinoïses attribuent auxdites étoiles des fonctions impériales et polaires. Faisant alors le calcul de précession, il vérifia qu’en effet le pôle avait passé successivemeut, dans la haute antiquité, à proximité des petites étoiles T'ien y et T'ai yi, ce qui parachevait la démonstration.
En ce qui concerne T"“ai yi, Gaubil — qui cependant connaissait le chapitre T'ien kouan — ne semble pas avoir remarqué ce qu’en dit Sseu-ma Ts'ien. L'empereur Wou, étant tombé malade, alla consulter une magicienue qui révérait, au dessus de tous les dieux, une divinité nommée 7*a y. Le Fils du ciel ayant guéri, ses conseillers l'engagèrent à rétablir le culte de Tai yi: «Les cinq empereurs, disaient-ils, ne sont que les assistants de T“ai yi; il faut instituer le culte de T'ai y et l’empereur doit lui faire en personne le sacrifice kiao». Après avoir hésité, l'empereur Wow s’y décida et, le jour du solstice d’hiver, il fit solennellement le sacrifice kLiao à T'ai yi. Ce sacrifice est essentiellement identique à celui qui se faisait de nos jours dans" la banlieue de Pékin et à celui qui est mentionné dans les livres antiques.
Le culte même rendu à 7'ai yi montre que cette divinité est bien l'étoile polaire, puisqu'on la voit entourée des astérismes circompolaires, la Grande ourse ete. (M. H. III, p. 490) et qu’elle trône au centre, les cinq Chang ti au dessous d'elle, entourée des huit orifices (les bouches des huit vents, autrement dit la rose des vents correspondant aux huit trigrammes de Fou-hi, aux saisons et
demi-saisons) ?). D'ailleurs dans maint autre passage du Che ki,
1) En réalité cette proximité est encore plus remarquable que ne l’avait cru Gaubil, car il ignorait la variation de l’obliquité de l’écliptique (fig. 29).
2) J’ai montré que la doctrine des cinq Chang ti s’est constituée sous les T'ckeou
l'identité de Zlai yi avec l'étoile polaire est évidente: à la première page du Tien kouan chou, il est dit que cel'étoile polaire est la résidence de T'ai yir; et ailleurs: <Les sacrifices que le Fils du Ciel actuel a institués sont ceux à Tai yi et à la Souveraine Terre»
(M. H. III, pp. 339, 495, 517). «On fit des sacrifices à Tai yi et à la Souveraine Terre» (ep. Æ K 5 ). D'autre part, à propos
de la première apparition du terme Chang ti dans le Chou king (chapitre Chouen tien), les commentateurs chinois exposent que, dans la haute antiquité, le Chang ti n’était autre que l'étoile polaire ?). Et Ma touan-lin dit que T'ai yi est le nom donné au Chang ti
sous les Æan. On voit par là que l’équivalence des termes Chang ti LE Th: T'ai yi pe —, T'ien K: T'ien ti K fr"; est établie ?).
Si, à l'évidence des textes classiques montrant le caractère polaire de T'ai yi, on ajoute le fait que cette petite étoile, se trouve effectivement à proximité du cercle de précession et marquait le pôle aux environs du 23° siècle, on reconnaîtra, sans contestation possible, que le traditionalisme chinois nous a conservé la désignation de l'étoile
qui fut polaire avant l'avènement de la première dynastie (Hia). comme une conséquence de l’affaiblissement du pouvoir impérial et des prétentions des grands vassaux au titre de roi (T. P. 1910, p. 292). Ces cinq Chang ti, correspondant aux cinq éléments, sont placés au dessous de l’ancien Chang ti unique. C’est sans doute cet avènement de Chang ti inférieurs qui fit abandonner l’usage de ce terme pour désigner la divinité polaire suprême, que Confucius nomme toujours 7 ‘ien.
1) «Pour ma part, dit Chavannes, je ne vois pas de raisons scientifiques de rejeter cette explication » (M. H. I). Si l’éminent sinologue s'était souvenu de cette appréciation et avait remarqué le caractère astronomique du culte rendu à Z'ai yi, il n’aurait probablement pas vu dans cette divinité suprême «une création de la raison abstraite» (M. H.E, p. ):
2) Cette équivalence, toutefois, comporte une nuance. Dans la haute antiquité, comme le montrent bien plusieurs chapitres du Chow king, le Chang ti était anthropomorphique et l'étoile polaire n’était que sa résidence. A cette époque on n’aurait pas dit que « l'étoile polaire est la résidence de Z'ai yi» mais plutôt que « Z‘ai yi est la résidence du Chang ti». Dans les siècles suivants la doctrine se corrompt. Au début de la dynastie 7c/eou l'étoile polaire est appelée l'Empereur céleste; puis l'ai yi, qui est le nom d’une étoile, est adoré comme une divinité. On entremêle ainsi l'élément anthropomorphique et l'élément naturiste,
L'étoile devient la divinité et la divinité devient l’étoile.
L'étoile T'ien yi se trouve dans le même cas. Son caractère polaire est établi: 1° par son nom significatif, l'Unique du ciel ; 20 par le fait que ce nom fut porté par un empereur de l'antiquité; 30 par les attributs polaires que l’uranographie astrologique lui a conservés; 4° par le calcul qui montre qu'elle était effectivement l'étoile la plus rapprochée du pôle au 27° siècle.
Des cinq palais célestes de la haute antiquité nous connaiïssons donc les centres.
Le milieu des quatre palais équatoriaux (fig. 27 et 32) correspondant aux quatre saisons nous esb indiqué par le système chinois, tel qu'il apparaît dans les documents des Tcheou et des Aan, système qui conserve immuablement les saisons sidérales de la période créatrice avec leurs milieux (équinoxes et solstices) dans les sieou
Mao, Sing, Fang, Hiu; ce que confirme, d’ailleurs, le texte du ao tien.
Fig. 32. La sphère céleste chinoise.
Si, sur un globe à pôle mobile, nous plaçons les équinoxes et solstices dans ces quatre sieow, le pôle viendra automatiquement se placer entre les points P et P/ de la fig. 30, c’est-à-dire entre les étoiles J“ien yi et Tai yi, dans la situation occupée par le pôle céleste entre le 27° et le 23° siècles, précisément
à l’époque où la tradition chinoise place le règne des empereurs
légendaires créateurs de l'astronomie. Les noms de ces deux étoiles et le rôle joué par ces noms daus la littérature classique démontrant qu’elles ont été les étoiles polaires de la haute antiquité, nous connaissons done documentairement le centre du palais central: à l'époque où les solstices et équinoxes commençaient à se trouver simultanément dans les quatre sieou cardinaux, le centre du palais central était en P, près de Tien yi; à l'époque où l’équinoxe commençait à sortir de la division Æo (fig. 27) il était en P/, près de T'ai y.
A toute position des équinoxes dans le firmament correspond, naturellement, une position déterminée du pôle parmi les étoiles. La concordance entre la position des équinoxes, indiquée par les quatre palais périphériques traditionnels, et la position du pôle, indiquée par les anciennes étoiles polaires du palais central, est extrêmement intéressante.
Cette confirmation de la haute antiquité du système astronomique des Chinois, en dehors de sa portée d'ordre historique et philosophique, possède une valeur chronologique. La position des équinoxes et solstices dans les sieou cardinaux indique par elle-même les environs du 25° siècle pour l’origine du système. Mais il pouvait toujours
subsister un doute au sujet de l'exactitude des observations !). Sous
1) Ces observations, comme je l'ai exposé ailleurs (4rck. des se. ph. nat., mars, mai, novembre 1919) consistaient en ceci: 1° détermination de la date du solstice d'hiver par ombre du gnomon, opération très simple mais qui peut être entachée d'un ou deux jours d'erreur, laquelle s’élimine par la moyenne des années; 2° observation du lieu sidéral de la pleine lune à une date comptée à partir du solstice d'hiver, par exemple au 38° jour dans le sieou Tche ESA (n° 24, fig. 27); on en déduisait qu’à cette date le soleil était dans le sicow Fi diamétralement opposé et qu’un semestre plus tard, au (183 + 38 —) 221° jour le soleil serait en Zehe. Par ce procédé, qui fut la raison d’être des divisions symétriques du zodiaque lunaire, on comprend que les anciens Chinois aient vu parfaitement les lieux cardinaux du Contour du ciel correspondant aux dates cardinales de l'année, évaluée alors à 366 jours mais rectifiée par l'observation de la date du solstice.
D'autre part le moment du plein de la lune est facile à préciser puisque, ce jour là, la lune se lève au coucher da soleil, tandis que l'intervalle est de trois quarts d'heure la
veille et le lendemain,
ce rapport l'indication fournie par les étoiles polaires est décisive. Car, le choix d’une très petite étoile comme polaire garantit luimême son exactitude. L'adoption de 7"“ien yi, au détriment de la belle étoile x Dragon nous certifie que les Chinois du 27° ou 26° siècle procédaient à des recherches précises, très probablement pour l'élaboration de la symétrie des sieou. La période créatrice du système de divisions astronomiques qui s’est perpétué tout au long de l’histoire chinoise, paraît done avoir commencé au 27° ou 26°
siècle avant notre ère.
PAR
l'abbé RICHENET,
de la Congrégation de la Mission,
— 060 De —
Li, Origine de cette Mission.
Il y avait près de cent ans que les Jésuites Portugais avaient un établissement à Pékin, et c'était le seul établissement européen qu'il y eût, lorsque Louis XIV réussit à y établir des Jésuites Français. Les Portugais admettaient, à la vérité, parmi eux quelques sujets qui n'étaient pas de leur nation, mais ces étrangers étaient toujours soumis aux Portugais, dépendant d'eux. Envoyés de Lisbonne ou de Macao, ils étaient censés Portugais, et ne pouvaient avoir aucun rapport particulier avec leur patrie. Louis XIV, à qui aucune grande œuvre n'échappait, sentit l'importance d'y avoir de ses sujets établis d’une manière indépendante des Portugais, et réussit à y en introduire. Ces Envoyés, quoique Jésuites, furent d’abord un grand sujet de jalousie à leurs confrères portugais. Le zèle dont ils étaient animés, pour correspondre aux vues de leur souverain, les aida à supporter ces désagréments, qui furent encore adoucis par les égards,
l'estime particulière que leur témoigna bientôt l'Empereur de Chine,
1) Affaires Etrangères. — Asie. Mémoires et documents, 21.
118 RICHENET.
le célèbre Kamni. On sait, par les relations qui ont été rendues publiques, les ouvrages qu'ils entreprirent et exécutèrent par ordre de cet Empereur, ainsi que ce qu’ils ont fait et écrit, pour étendre en France les connaissances au sujet de cet Empire. On sait que cet Empereur, pour leur donner une preuve de sa satisfaction, ne tarda pas à leur accorder, dans l’enceinte même de son palais, une habitation qui a été ensuite augmentée, et forme maintenant une maison assez considérable, avec une Eglise à l'Européenne.
C'est dans les mêmes vues de Louis le Grand que depuis les Rois et le Gouvernement français ont constamment attaché le plus grand intérêt à cet établissement, dans lequel les Lazaristes ont remplacé les Jésuites en 1784 par ordre de Sa Majesté Louis XVI et un Bref du Souverain Pontife. Louis XIV fit des dépenses considérables pour le mettre sur un ton de dignité convenable à la grandeur de la nation qu'il gouvernait; et Louis XVI en y substituant les Lazaristes leur assigna douze mille francs par an, en attendant qu’on pût leur donner une pension plus considérable sur
des bénéfices ecclésiastiques.