‹ Tung pao. Toung pao (volume 2)Chapitre 17 sur 50 · LE · texte numérisé non relu

LE

Importance de cette Mission.

Outre les motifs religieux, outre la grande importance de conserver, de propager dans ce vaste empire la Religion chrétienne, de procurer le salut éternel à tant d'âmes qui en seraient privées sans les Missionnaires européens, la France, une nation aussi grande, aussi éclairée, aussi empressée à étendre les connaissances, pourraitelle regarder comme indifférent de recevoir de temps en temps des renseignements concernant l’Empire de Chine, qui intéresse sous tant de rapports, son antiquité, son gouvernement, ses productions, son commerce, ses mœurs, son immense population, etc.? Mais ces

renseignements, comment les obtenir? Les négociants qui vont ä

Canton ne peuvent guère être informés de ce qui se passe dans l'intérieur de l'Empire. Comme ils communiquent avec très peu de Chinois, la plupart de classe inférieure, et dont ils ignorent la langue, ils ne peuvent être informés qu'imparfaitement, même de ce qui concerne Canton. Ils ne peuvent entrer dans la ville: ils n’ont d'accès que dans une petite partie d’un faubourg. Il n'en est pas de même des Missionnaires de Pékin, qui, à raison de leur situation et de leurs fonctions, communiquent avec les différentes classes de la société. D'ailleurs, les nouveaux Missionnaires, en vivant un certain temps avec les anciens, qui ont étudié tout ce qui concerne le pays, acquièrent insensiblement l'expérience et les connaissances qu'ils se sont transmises successivement depuis 200 ans. Aussi qu'a-t-on appris en Europe concernant la Chine, si ce n'est ce qu'en ont éerit les Missionnaires? On leur a reproché quelques défauts. On s'est plaint qu'il leur était échappé quelques fautes dans les nombreux mémoires qu'ils ont faits. Mais ces accusations sontelles fondées? Quoiqu'il en soit, ce qu’ils ont envoyé n'est-il pas encore ce qu'il y a de moins imparfait sur la Chine? Qui doute maintenant que ceux qui ont voulu les critiquer en Europe ne soient tombés eux-mêmes dans des fautes grossières, et n'aient défiguré la Chine, à un point qu’elle n’est pas reconnaissable? Outre les traductions, les nombreux mémoires que les Missionnaires ont envoyés, et qui ont été imprimés en France, ils conservent encore à Pékin des manuscrits dont il n’a rien paru en Europe.

Il convient de chercher à détruire les préjugés grossiers dont les Chinois sont remplis contre les Européens. Il peut être important de chercher ainsi à se concilier leurs esprits, et à rapprocher leurs idées des nôtres. C’est un moyen propre, et en quelque sorte indispensable, de préparer les voies à des traités avantageux pour les peuples. Or ce but, qui peut mieux le procurer que des Mission-

naires? Il est prouvé par le fait que la régularité de leur vie, la

120 RICHENET.

sévérité de leurs mœurs et les œuvres de charité auxquelles ils s'appliquent les rendent beaucoup plus propres à se concilier l’estime et l'affection des Chinois. Ce qui frappe un Européen, qui passe de Canton à Pékin, est l'idée toute différente que les Chinois se sont formée des Européens, dans ces deux villes. À Pékin les Européens sont estimés, on n’en dit que du bien. Tous les Grands de la Cour leur donnent accès et les traitent honorablement. À Canton, ils sont injuriés, hués par la populace dans le peu de rues du faubourg où on leur permet d'aller. Malgré tout l'argent et les richesses qu'ils apportent, ils n’ont aucun accès auprès des mandarins, des lettrés. Le Chinois, tout avide qu’il est d'argent, accorde néanmoins plus volontiers son estime au Missionnaire qui n'apporte que sa vertu, qu'au négociant chargé de tout ce qu’il y a de plus brillant en Europe. Cette impression avantageuse que font les Missionnaires sur l'esprit de ceux qui les voient à Pékin, gagne peu à peu dans les provinces. Ceux qui l’ont reçue, les négociants, les mandarins surtout, qui, par leur profession, se répandent de la capitale dans les différentes parties de l’Empire, la portent partout avec eux. Si donc les Chinois ont déposé en partie les préjugés grossiers qu'ils avaient contre les Européens; s'ils ont fait quelques pas vers le but de rapprochement

dont on vient de parler, ce ne peut être qu'aux Missionnaires qu’on peut l’attribuer. On ne fait qu'insinuer l'avantage qui peut résulter de là pour le bien public. Il est aisé d'en conclure, ou au moins d'espérer qu’en soutenant efficacement cette mission, la mettant sur un bon pied, il pourra se rencontrer des circonstances favorables, dont le Gouvernement Français pourrait tirer le plus grand parti.

Plusieurs nations d'Europe sentent tellement l'importance de cet établissement, qu’elles ne cessent de nous l’envier. Quelques-unes tâchent depuis longtemps de pouvoir au moins avoir un Résident

accrédité à Pékin: elles en achèteraient la permission à grand prix.

Plus d’une fois elles ont tenté le patriotisme et la fidélité des Mis-

sionnaires français, pour qu'ils aidassent, appuyassent leurs vues.

YIE Fonctions des Missionnaires Lazaristes en Chine.

Ils ne sont admis par le Gouvernement Chinois que pour le service de l'Empereur, par conséquent seulement à Pékin, en qualité d'artistes, peintres, horlogers, machinistes, et surtout mathématiciens, astronomes, pour faire le calendrier lunaire, calculer les éclipses, etc. Ils sont aussi interprètes de la Cour pour la correspondance avec les étrangers, surtout avec les Russes, dont les rapports sont plus fréquents: c’est M' Lamiot, français, qui remplit à présent cet office. Il y en a toujours trois qui sont mandarins, membres du Tribunal de mathématique. Actuellement ces trois mandarins sont Portugais; ils sont tous Lazaristes.

Quoique les Chinois prohibent la religion chrétienne, cependant, comme ils savent que les Missionnaires ne se prêteraient point aux services qu’on leur demande, qu'ils ne viendraient et ne voudraient point rester à Pékin sans avoir le libre exercice de leur religion, on ne les gêne nullement à cet égard. Ils peuvent librement chanter la messe, les vêpres, etc. Les Chrétiens Chinois peuvent assez librement fréquenter les églises, assister aux offices, entendre les instructions, et recevoir les sacrements, excepté dans les temps de persécution. Il y a dans le diocèse de Pékin environ quarante mille chrétiens, dont cinq à six mille sont dans la ville.

Comme les Missionnaires Européens ne sont point en nombre suffisant pour administrer les secours spirituels, vu surtout le vaste espace dans lequel les Chrétiens sont dispersés, un de leurs soins principaux est de former des prêtres indigènes pour les aider. A cette fin, ils ont deux collèges ou séminaires à Pékin, un dans

la maison francaise et l’autre dans la maison portugaise. Pour la Le]

122 RICHENET.

même raison et la même fin, ils sont obligés d’avoir un certain nombre de catéchistes laïques, qui précèdent ou accompagnent les prêtres dans les différents districts, où ils vont remplir leurs fonctions. Ils sont aussi obligés d'entretenir à la maison quelques lettrés, pour les affaires délicates, et pour les écrits chinois qu'ils ont à faire; car quoique les Européens apprennent suffisamment la langue chinoise pour l'entendre et la parler, il est rare qu’ils puissent l'écrire assez correctement pour oser le faire sans être aidés en quelques circonstances. Toutes ces circonstances rendent la maison de Pékin nécessairement nombreuse, et exigent beaucoup de dépenses.

Outre l'établissement de Pékin, les Lazaristes français sont chargés d’administrer les secours spirituels aux Chrétiens, dans plusieurs provinces. Ils ont dans la province de Aou-pé deux Européens avec quelques prêtres Chinois; leur administration est sur un espace de plus de cent lieues de diamètre. Ils ont un autre district dans la province de Ho-nan, un dans la province de Kiang-nan, un dans la province de Tché-kiang, et un autre dans la province de Kiang-si. Au défaut d’Européens, ces districts ne sont administrés que par des prêtres chinois, formés par les Lazaristes français et dépendant d'eux.

Il y a dans l’Empire de Chine trois Evêchés ordinaires, et trois Vicariats Abpostoliques. Les trois Evêchés sont ceux de Pékin, Nankin et Macao. C’est le Roi de Portugal qui présente au Pape les sujets pour ces trois Evêchés, et il ne présente guère que des Portugais. L'évêque de Nankin, qui est un Lazariste portugais, est attaché à la mission de Pékin, et pour cela ne peut pas aller à son diocèse. Celui de Pékin, qui est aussi un Lazariste portugais, est à Macao depuis plusieurs années; il n’a pu encore obtenir la permission du gouvernement chinois pour se rendre à Pékin. Ces évêques ne sont point connus comme tels par les Chinois. Celui de

Pékin n'est admis que comme les autres Missionnaires, en qualité

Mes:

de mathématicien, etc., et souvent se trouve moins employé, moins élevé en dignité ou en rang que les autres. Celui de Nankin n’est nullement avoué; il ne pourrait visiter son diocèse qu’en secret: il se trouve membre de la Mission de Pékin parcequ'il y avait été

admis, comme mathématicien, avaut qu'il ne fût évêque. Celui de

Macao exerce publiquement ses fonctions pour les Européens de

cette ville, mais il ne peut les exercer que secrètement pour Îles Chinois. Il n'entre jamais dans l’intérieur de l'Empire, et n'a aucun rapport avec le Gouvernement.

Les trois Vicariats Apostoliques sont ceux de Chan-si, Su-teh‘uen et Fo-kien. Ce sont des Religieux Italiens, de l’ordre de St François qui sont chargés du premier. -—- Messieurs du Séminaire des Missions Etrangères, rue du Bac, à Paris, sont chargés du second; — et des religieux Dominicaius espagnols sont chargés du troisième. Tous ces Vicaires Apostoliques sont évêques titulaires, ou ix partibus, soumis immédiatement à Sa Sainteté et à son tribunal, la Congrégation de la Propagande qui les nomme. Quoique leur juridiction soit déléguée, ils ont chacun en particulier dans leur district respectif, tous les pouvoirs des évêques ordinaires. Ils ont communément un coadjuteur ainsi que les autres évêques. Les Européens de Chine n'ont plus de différends entre eux. Ils sont tous d'accord et en rapport de bons offices mutuels, d'union et de charité,

Il n’y à pas beaucoup plus de deux cent mille chrétiens dans

tout l'Empire.

Situation critique dans laquelle se trouve l'établissement français de Pékin.

Cette Mission ayant été privée de tout secours d'Europe depuis la Révolution se trouve actuellement dans l’état le plus afiligeant,

dans un danger imminent de tomber si l’on ne vient promptement

124 RICHENET.

à son secours. De dix Missionnaires qu’il y avait, il n’en reste plus qu'un. S'il venait à mourir avant qu'il lui arrivât quelques confrères pour l'aider et lui succéder, il est très à craindre que l'établissement ne fût perdu pour la France, que l’on ne pût plus y introduire de Français. Les Lazaristes portugais qui sont à Pékin auraient peut être les moyens et la bonne volonté de conserver cet établissement à leurs confrères français, mais supposé que le Gouvernement chinois s’y prétât, ce qui n’est pas certain, le Gouvernement portugais n’y mettrait-il pas des obstacles? Ne défendrait-il pas à ses sujets de faire aucune démarche pour les Français? Il y a bien des raisons

de le craindre.

Secours, moyens indispensables pour soutenir et conserver cette mission.

Le besoin le plus urgent est évidemment celui de sujets. On ne peut pas se dissimuler que depuis la persécution commencée en 1805 par le Gouvernement chinois contre les Chrétiens, et qui fut, pendant quelque temps, spécialement contre des Missionnaires, l'admission des Européens à Pékin est devenue beaucoup plus difficile. Quand même nous en aurions maintenant quelques-uns tout prêts, je ne pourrais pas me flatter de les faire entrer promptement. Mais il est important d'en préparer et d'en avoir quelques-uns prêts, lorsque le moment favorable de les faire entrer sera arrivé. On sait positivement que, malgré les difficultés que le Gouvernement chinois oppose depuis quelque temps à l'entrée des Missionuaires européens à Pékin, il a à cœur d'y en avoir toujours, parce qu'il en a besoin, surtout pour faire le calendrier. Il est sûr que lorsqu'il en manquera quelques-uns de ceux qui sont en place, il sera disposé à en recevoir d’autres. Il est même probable qu'on pourrait en faire

entrer plus tôt: il ne faut pour cela qu’un changement dans le

Gouvernement, et il peut arriver bientôt. Peut-être même que sans ce changement, une représentation faite à propos, accompagnée de quelques présents, suffirait. Il est de la plus grande importance de saisir le premier moment favorable, puisque, si on le laissait échapper et si le seul Français qui reste à Pekin venait à manquer, il y a tout lieu de craindre qu’ensuite on ne pût y en introduire aucun, et que cet établissement fût perdu pour la France.

Pour les provinces, il n’y a pas la même difficulté. Comme on les introduit secrètement et qu'ils y restent de même, on pourrait y eu envoyer plus tôt.

Il est donc urgent de préparer des sujets pour envoyer tant à Pékin que dans les provinces de Chine. On dit préparer, car il faut des talents, des qualités particulières pour cette mission. Il faut du temps, des soins pour connaître et former les sujets qui seraient disposés à s'y consacrer. En envoyer qui n'auraient pas ces qualités particulières, eussent-ils d’ailleurs de la vertu et des talents, serait un véritable mal, et exposer l'établissement à de grands inconvénients, peut-être à sa perte.

Pour se former une idée de l'importance de ces qualités particulières, il suffirait de considérer les mœurs, les usages des Chinois, leur différence, ou plutôt leur opposition presque générale avec les nôtres, et que néanmoins il est nécessaire de se faire le plus httéralement possible à ces usages, quoique diamétralement opposés aux habitudes que l’on a contractées, aux idées que l’on s’est formées. Quel renoncement à soi-même, quelle prudence, quelle patience ne faut-il pas pour réussir dans une telle carrière? L'esprit de docilité, de simplicité pour écouter et pour profiter des instructions, des avis des supérieurs, des confrères instruits par l'expérience, ainsi qu'une stricte uniformité de principes et de conduite avec eux est une qualité non moins nécessaire. Un esprit tant soit peu singulier, ou

particulier, quoique animé de bonnes vues, gâterait tout. C'est

126 RICHENET.

spécialement à cause de l’importance de cette uniformité de principes et de conduite qu'il est essentiel que les Missionnaires envoyés dans une telle mission, soient des hommes de communauté et d’un même corps.

Il faut aussi considérer soigneusement, pour le Choix des sujets, le tempérament, la constitution physique. Il faut pour cette Mission une certaine force, surtout une certaine souplesse de constitution, c'est-à-dire une facilité, ou au moins une aptitude à supporter les différentes positions par lesquelles on a à passer, sans que la santé en soit sensiblement affectée, verbi gratia la fatigue de voyages (celui d'Europe en Chine, malgré les gênes qu'il occasionne, est bien moins pénible que celui de Canton à Pékin), la différence de climat et de nourriture, l'extrême rigueur du froid et du chaud, ainsi que l'humidité et la sécheresse. Ces degrés extrêmes tiennent communément ceux qui n’y sont pas faits dès l'enfance, dans un état habituel de malaise et de contrainte. Une constitution susceptible, délicate, ne tarderait pas à succomber.

Pour les Missions Etrangères en général, il est grandement important de bien choisir les sujets, parceque, si ensuite on s’aperçoit qu'ils ne conviennent pas, il est très désagréable, très dispendieux de les renvoyer. Mais cette importance est beaucoup plus grande encore pour la Chine, surtout pour Pékin, parcequ'on ne pourrait pas les renvoyer. Dans quelques Missions Etrangères, ainsi qu'en Europe, si un sujet ne convient pas à telle place, à tel endroit, on peut le faire passer dans un autre. A Pékin on n’a pas cette ressource; il n’y a pas d’autre place à lui donner dans l'Empire. Un Missionnaire qui est admis à Pékin ne peut plus le quitter. Il faut pour y aller, être disposé, déterminé et s'attendre à y passer toute sa vie. Il n’y a, comme je l'ai dit, aucune autre place à lui donner dans l’Empire, et il est extrêmement rare qu’on puisse ob-

tenir la permission d’en sortir. On ne peut non plus tenter de

quitter furtivement: ce serait compromettre notablement toute la mission, et peut être occasionner des suites désagréables à tous les Européens qui sont en Chine.

Ce léger aperçu des dispositions et des qualités qui sont nécessaires aux sujets employés dans cette mission fait assez sentir que cet établissement, quoique sous un rapport il soit principalement civil ou politique, ne pourrait guère être soutenu par d’autres que par des Missionnaires. La piété a fondé cet établissement, la piété seule peut le soutenir. Il faut pour uue telle mission, ce grand fonds de religion, qui porte à un renoncement total. Tout autre motif agit trop faiblement sur le cœur humain pour commander d'aussi grands sacrifices. Dire adieu à ses parents, à ses amis, renoncer pour toujours aux agréments de sa patrie, et d'une patrie telle que la France; aller se renfermer à Pékin pour se livrer d’abord à une étude aussi longue et aussi sèche que celle de la langue chinoise; vivre avec un peuple dont les mœurs et les habitudes contrastent si étrangement avec les nôtres, et auxquelles cependant il faut se plier totalement, malgré son dégoût et sa répugnance; avoir à considérer que quelques désagréments que l’on puisse rencontrer dans cette terre étrangère, quelques privations que l’on éprouve, il n’y a aucune espérance de pouvoir en sortir. Ces considérations et celles de la restreinte (sic) continuelle dans laquelle il faut se tenir, firent une telle impression sur les artistes qui accompagnaient lord Macartney à Pékin que, quand même le Gouvernement chinois aurait permis que quelques-uns restassent, il aurait été impossible

de les y retenir.

CONCLUSION

Enfin, pour préparer les sujets nécessaires à Pékin, il faut 1° une maison, et cette maison doit être le chef-lieu des prêtres

de la congrégation des Lazaristes, puisque ce sont les prêtres de la

128 RICHENET.

dite Congrégation qui doivent connaître, choisir parmi leurs élèves ceux qui seront propres et les former; et c'est dans le chef-lieu de la Congrégation que les élèves doivent être réunis.

20 1 faut des fonds convenables pour entretenir ces élèves, ainsi que les directeurs, et aussi pour payer les maîtres particuliers qui pourront être nécessaires. Aussitôt que le Gouvernement aura jugé à propos d’avoir uue maison convenable et les fonds nécessaires, le supérieur des Lazaristes s’empressera d'inviter les jeunes gens de bonne volonté à s’y réunir, tant pour cet objet que pour les autres fins de leur iustitut.

3° Comme les présents sont un article essentiel à Pékin, et que l'on ne peut presque rien y faire sans cela, il serait grandement utile d’avoir une certaine somme pour se procurer et envoyer les objets que l'on sait y être bien accueillis et désirés. Outre les occurences ou circonstances particulières dans lesquelles ces présents sont de grande utilité, tous les ans à trois époques fixes, les Missionnaires sont obligés d'en offrir à l'Empereur et à quelques principaux de la Cour.

Les Jésuites de Chine, outre les secours qu'ils tiraient de leur Société et des particuliers qui s’intéressaient à cet établissement, avaient viugt-deux-mille livres de revenu fixe en France. Depuis la suppression de leur Société, ces biens cessèrent d’être employés à cet usage; en compensation, on leur accorda des pensions viagères qui ont été éteintes à leur mort. En leur substituant les Lazaristes, ou assigna à ceux-ci une somme de douze mille francs par an, en leur faisant espérer qu'on leur en accorderait une plus considérable sur des bénéfices. La Révolution étant survenue, cette promesse n’a pu s'effectuer, ils n’ont même plus rien reçu des douze mille francs qui leur étaient alloués. L'Assemblée Révolutionnaire, en supprimant les Communautés et en s’emparant de leurs biens, accorda des

pensions aux individus qui les composaient. Les Missionnaires de

Chine y avaient droit, ce semble, à double titre, et comme membres de la Congrégation des Lazaristes, et comme envoyés par le Gouvernement: ils n’ont néanmoins jamais rien reçu. On conçoit aisément dans quelle gêne ces privations ont dû les réduire. Ils auraient pu tirer d’ailleurs des secours, et peut-être des sujets, en se donnant à une nation quelconque. Mais des hommes qui se sacrifient pour la religion, n’en demeurent que plus fortement attachés à leur patrie. Aussi ont-ils préféré vivre pauvrement, et s’exposer même à manquer absolument, en vendant ou engageant quelques portions de ce qu'ils possédaient à Pékin, afin de pouvoir subsister.

C'est spécialement pour représenter les besoins de cette mission que le soussigné, informé des heureux changements arrivés en France,

est revenu de Chine où il a demeuré près de quinze ans.

Ricuengr, prêtre de la Congrégation de St Lazare,

Procureur des Missions de Pékin.

Paris, Rue du Bac N° 132.

30 juillet 1817.

Jean-François Ricnener, rentré en France en 1815, a écrit sur la demande du Gouvernement cette note ainsi qu'une deuxième Sur les moyens ou le mode de rétablir le commerce français en Chine datée du 3 août 1817 que nous avons reproduite dans le T'oung Pao,

1903, pp. 290 —294. M. Richenet est mort le 9 juillet 1836. — H. C.

CENTRAL-ASIAN RELIGS OF CHINAS ANCIENT SILK TRADE

BY

Sir AUREL STEIN.

It is a well-known historical fact that the export of China’s silk fabrics had played à very important part in that earliest expansion of Chinese trade aud political power into Central Asia which commenced under the great emperor Wu-r1, of the Former Han dynasty, towards the close of the second century B.C. These Notes are culled from Serindia, my detailed report on the scientific results of my second journey, completed in 1918 and now approaching publication at the Oxford University Press.

The relics deserving first mention consist of two silk strips discovered at a ruined watch-station, T. XV. a, of that ancient Chinese Zimes in the desert west of Tun-huang (or Sha-chou) which my exploration of 1907 proved to have been constructed during the closing years of the second century B.C. and for a great part of its length to have been garrisoned down to about the middle of the second century A.D. !) Both strips marked (T. XV. a. 1.3)

1) A fairly detailed account of those explorations has been given in my personal narrative, Ruins of Desert Cathay (Macmillan, 1912), IT, pp. 125—126. All archaeological, historical and geographical facts bearing on this westernmost portion of the Han border line will be found fully discussed in Chapters XV—XX of my Serindia. or a suceinct preliminary record of my explorations of 1914 by which I traced this ancient Zimes castwards to the Etsin-gol, see À f#ird journey of exploration in Central Asia, in Geographical Journal, 1918, XLVIII, pp. 193 sqq.

originally belonged to the same piece of undyed creamy silk and were found together in one of the extensive refuse-heaps adjoining that post on the Zimes wall. Among the Chinese records on wood recovered here and elucidated with hundreds of other Chinese documents from the Han ZLimes by my lamented great collaborator M. Chavannes a number bear precise dates, extending from 67 A.D. to A.D. 137, and conelusively proving when that particular refuseheap, T. XV. a. 1, had accumulated. !)

One of those strips?) bears the ink impression of a Chinese seal not as yet deciphered, and by the selvages retained at both ends is shown to have come from a piece or roll of silk which had a width of about 19.7 inches or 50 centimetres. The other

strip, 12! inches long and incomplete at one end bears a Chinese

iuscription read by M. Chavannes: {1 Hÿ [4 nr Sa #3 — [JL fa E = RTE USE HE NÉ SÈ 7 EH — + /X. He translates it: “A roll of silk from X'ang-fu in the kingdom of Jeu-ch'eng; width 2 feet and 2 inches; length 40 feet; weight 25 ounces; value 618 pieces of money” *). M. Cuavannes has pointed out that the kingdom of Jén-ch'êng was established A.D. 84 and is represented by the present Chi-ning-chou in the province of Shan-tuug.

M. Chavannes has already in a general way called attention to

“the historical importance of this text which furnishes us with

1) Cp. Chavannes, Documents chinois découverts par Aurel Stein (Clarendon Press, 1913), pp. 116 sqq.

2) These strips are described by M. Chavannes, Documents chinois, p. 118, under No. 539 and in part reproduced in Plate XV.

3) In a note written down for me at our last meeting October 3, 1917, M. Chavannes thus corrected his previous reading of the record. “Les mots que j'ai lus Æow-fou ont été corrigés par M. Wang Kouo-wei (Zieou cha to kien, chap. I, p. 43°) en K'‘ang-fou, et cette heureuse rectification permet de donner maintenant une traduction exacte: K'ang-fou est le nom d’une sous-préfecture située dans le royaume de Jen-tch'eng et qui était à 50 li

de la ville actuelle de Tsi-ning tcheou dans le Chan-tong”. PL sa K'‘ang-fou, — P. P.]

precise indications as to the origin, the dimensions, the weight and the price of a piece of silk at the close of the first century or at the beginning of the second century of our era”. But there are several special considerations which increase the antiquarian interest of this record.

In the first place it deserves to be noted that this “find” dates precisely from the period to which relates the famous classical record about the direct silk trade of the West with the land of the Seres as learned by Marinus of Tyre from the Agents of Maës the Macedonian and preserved by Ptolemy in a well-known extract ?). Next we may attach distinct significance to the fact that the Limes station T. XV. a, where this inscribed silk was found, :s proved by conelusive archaeological evidence to mark just the point where “the new route of the north”, opened by the Chinese in A.D. 2 through the desert ranges of the Kuruk-tägh towards Turfän and the oases along the T'ien-shan, passed outside the Zimes to the north-west ©). This makes it very probable that the roll of silk specified in the inscription had found its way there in connection with China’s silk export ware as carried to Central Asia and the distant West about the close of the first century A.D.

Finally it may be pointed out that some fortunate “finds” in the course of the same exploration enable us to test and confirm the information contained in that record by independent archaeological evidence. The inseribed strip indicates the measure of 2 feet 2 inches for the width of the silk piece in question. Now the exact value of the (decimal) Chinese inch and foot during the Later Han

period is accurately determined by two wooden measures brought

1) Cf. Ptolemy, Geographia, ed. C. Müller, I, xt, 6. Regarding the approximate date of Marinus of Tyre’s great cartographical work (about 100 A.D.) cf. Herrmaun, Seidenstrassen, p. 19.

2) See Chavannes, Les pays d’occident d’après le Wei lio, T'oung-pao, 1905, pp. 533 sq ; Serindia, Chap. XIX, section vr.

to light by my excavations along the Limes west of Tun-huang !). The measure T. VIII. 4 shows a foot divided into ten inches, each ;% or 22,9 millimeters long. The other measure, T. XI. 11. 13, a slip of cane, is marked by inch divisions of exactly the same length.

The measures were found at watch-towers which can both be proved, from dated documents recovered there, to have been occupied during the first and second century A.D.?) Accepting the value of 22.9 mm. for the inch of the Later Han period, we get 50.38 cm. (or 19.83 inches) as the equivalent of the measurement, 22 Chinese inches, indicated as the proper width in the inscription of T. XV. a. 1. 3. And with this the actual width of 50 em. practically coincides. This mutual confirmation of the recorded measurement and the wooden measures has its special value in view of the apparent uncertainties besetting early Chinese metrology 5).

That the width of 22 Chinese inches or approximately 50 cm. may be considered to have been the standard one for Chinese silk fabries throughout Han times is proved by another interesting relic of that ancient export trade of China found at the same ZLimes station, T. XV. a. At another of its refuse heaps, marked T. XV. a. 111, which ïs shown by datable Chinese records on wood to have accumulated in the course of the first century B.C. and the first few years of the first century A.D. #), there were Put together two strips of fine silk, undyed. One of the strips, about 13 inches long, is incomplete, having one end hemmed, the other torn off. But the other strip still retains the original selvage at either end

and shows that the piece of silk from which it was cut, had a

1) For reproductions see Ruins of Desert Cathay, Vig. 175; Serindia III, Plate LIV. 2) Cf. Chavannes, Documents chinois, pp. 126, 145. 3) Cf. Chavannes, Les livres chinois avant l'invention du papier, Journal Asiatique, 1905, janvier-février, p. 18, note.

4) The time limits extend from 53 B.C. to the downfall of the Former Han dynasty, A.D. 9; cf. Chavannes, Documents chinois, pp. 99 sq.

width of about 195 inches or close on 50 cm. At one end of the strip there appears, written in bold upright Braähmi characters, a short inscription of eleven aksaras ?). At the very time of discovery the writing had struck me as showing the type of the S'aka or early Kusana period in India.

When early in 1917 I was able to turn my attention to this little relic of Indian writing and presumably Indian language from the ancient wall guarding the Far East, the analogy of the inscribed silk strip T. XV. à. 1. 3, with its almost identical breadth, led me to hazard the conjecture that the Brähmi legend, too, might prove to contain some record descriptive of the silk roll from the edge of which this strip had been cut off. There was some support for it in the word pata (Sanskrit patta “piece of fabrice”) which alone seemed then clearly decipherable. Subsequent painstaking scrutiny of the legend by that exceptionally qualified collaborator, M. Boyer, has been rewarded by gratifying results. With the exception of the initial aksura which owing to a hole in the silk remains uncertain, he determined the reading as: [ai] stasya pata gisti saparis’'a.

M. Boyer ‘interprets the short record in a manner which is philologically very convincing and accords remarkably well with archaeological considerations. Accepting pata in the obvious sense of ‘piece of ‘cloth”, he takes saparis’'a as a Prakrit equivalent of Skr, sat-catvärims’at ‘‘forty-six” ?). This reading of the word as a numeral suggests that the preceding word may designate a measure. No such term is found in Sanskrit, but it is just from such a form

that we can most appropriately derive the word otffh, gith, meaning

1) M. Boyer in support of his interpretation refers to the fact that in the Prakrit of my Kharostht documents from the Niya Site Skr. ca/värims at appears as caparis’a and that in Pali the same decimal numeral is contracted from ca//älisain into /@lisam when compounded with single numerals, e.g. in cultalisain.

2) I owe the reference to Kashmtri gi to Sir George Grierson who rightly notes in

this form the confusion between cerebral and dental typical of Dardic or ’Pis’äca’ languages.

its V4

“span’’ which is quoted by M. Boyer from modern Panjabi and is found also in Käshmiri gith |).

This interpretation of gisti appears to me all the more convincing because if the record referred to the roll of silk itself — it is always in this form that silk is carried in Chinese trade nowadaÿs, just as it is shown for antiquity by another “find” to be mentioned presently — there was an obvious reason for its indicating the length of the piece. Other details such as the Chinese inscription of that strip from T. XV. a. i records, as to weight, price, ete., were not essential for the foreign trader carrying his purchased fabrics to distant countries with different measures, money, etc. The width of the silk was always visible to him and its purchasers. But the length he had certainly to note for his own convenience if troublesome unrolling was to be avoided on each occasion.

In short, while the Chinese inscription is of a kind as would recommend itself to the producer or wholesale exporter, the Brähmi record in a strange script and language was just a brief memo intended by the trader from the distant west for his own guidance. TI well remember having seen similar markings in Persian or Turki on the fabries which the caravans of Muhammedan traders in Chinese Turkestan are accustomed to carry, whether silks exported from Ssü-ch'üan or British cotton goods brought from Kashmir and Yarkand.

Accepting then gisti > gitth to mean a “span” and assuming that the note referred to the complete piece of silk, we may attempt to determine its approximate original length, It is certain that by

the modern Indian giffh is meant a span measured between the

1) Sir George GRIERSON connects the term gis{i gif with the Dardic or ’Pis’aca” language group. Its use in our brief record might then point to the region where these languages or their influence is traceable, But the area thus covered is a very wide one, extending perhaps from Käbul in the west along the Hindukush and K’un-lun as far east

as Khotan,

tips of the thumb and the little finger. Such a measure cannot have an exactly fixed value nowadays; still less we know what its accepted value may have been in Central Asia about the time of Christ. So it seems better to base our attempt on the assumption that the standard of length had been approximately the same about the beginning of the first century A.D. (T. XV. a. 111. 57) ‘as about its end (T. XV, a. 1. 3). There is distinct support for this in the fact to be noted presently that the width of the silk exported from China had undergone no change between the beginning of the first century A.D. and the third or early fourth century A.D.

If then we suppose the 46 gisti or spans of the note in Brahmi to have been the equivalent of the 40 Chinese feet recorded in the inscription of T. XV. a. 1. 3, we arrive at the equation of lg LE = 19.9 em., or close on 8 inches. The result coincides closely with the average span of the hand in India and the Middle East and thus indirectly offers some support for M. Boyer's interpretation of both gisti and saparis'a. |

Leaving the initial word [aïlstasya to be discussed in Serindia, I may content myself here with an observation or two of some historical interest. The Brahmi record proves that already during the period between 61 B.C. and A.D. 9, roughly comprising the last reigns of the Former Han dyuasty, traders accustomed to use an Indian seript and language must have made their way across the Chinese Limes for the sake of the “silk of the Seres”. It would be useless to make guesses as to the origin and race of the particulier trader to whose hand we owe this curious relic of the early silk trade across Central Asia. So much seems clear, however, that a Prakrit mixed with Sanskrit words must have been used for purposes of secular record in the region where that ancient trader

was born or settled 1).

1) C£. Ruins of Desert Cathay, 1, pp. 296—291 ; Serindia, Chapter XI, section 1—v.

The form in which Chinese silk fabrics found their way into Central Asia and thence to the regions westwards does not appear to have undergone appreciatie change in the course of the century following the downfall of the Later Han dynasty, A.D. 221. This

is proved by an interesting “find” made by me at the ruined site

. Of ‘‘ancient Lou-lan’”’ in the waterless wind-eroded wastes of the

Lop desert. The remains Î explored there in 1906 and again in 1914 have been fully described elsewhere. They mark the position of an importaut Chinese military station established on the ancient trade route which the emperor Wu-ti had first opened through the Lop desert and which formed the nearest line of communication between Tun-huang and the great northern cases of the Tarim Basin, From many dated Chinese documents recovered there it is certain that this station on the early Chinese ‘route of the centre” continued to be occupied also under the Chin dynasty until it was finally abandoned to the desert in the first half of the fourth century A.D.

On clearing the ground near the foundation walls of a structure L. A. I. completely destroyed by the erodiug force of the wind I found there, flush with the original flooring, a small roll of yellowish silk. Tightly rolled and evidently unused it had become so dry and brittle that when first lifted it broke into two. Its actual width was 18% inches, its diameter 25 inches. It is useless to speculate how it bad come to be left behind when the structure once standing here was abandoned or how it had escaped those who during the immediately succeeding period are likely to have searched the deserted station for any objects of value or practical use.

It is true that on comparing this silk roll from the Lou-lan Site with the inscribed silk strips of the Han Zümes we find its actual length to be 18% inches or about one inch less than the standard width as above determined. But a glance at the reproduction in my

Desert Cathay, Fig. 197, or the larger one in Serindia. Plate XXX VIT

shows that both ends of the roll have become frayed through abrasion, and this circumstance, together with the probable shrinkage of the fabrice during so many centuries’ deposit in dry sand, is amply gufficient to account for the slight difference.

We are thus justified in coneludiug that the standard width for silk, as established during Han times, remained the same also under the Chin dynasty. The dimension of the Chinese inch, on the other hand, had been altered considerably in this later period, if we may judge from the foot measure found near by at another structure of the same station, L. A. IT. vr, which shows decimal divisions of 1% or 30.16 mm. each. It is only natural that an important article of foreign export remained unaffected in its trade dimensions by this change in the units of measurement. In any case there can be no doubt that this strangely preserved relic has shown us for the first time the actual form in which that most famous product of the silk-weaving Seres used to travel from China to the distant West.

[Notes additionnelles. — 1° Le TA vb ES ff] Lieou cha to kien a été publié par M. Lo Tchen-yu en 1914; lui-même et M. + Et] f{E Wang Kouo-wei y ont repris l'étude des documents recueillis par Sir Aurel Stein et édités par M. Chavannes. En dehors de la

rectification Jp $€ K'ang-fou au lieu de + DE kou-fou, M. Wang

Kouo-wei apporte, à propos de la bande de soie où ce nom figure,

les renseignements nouveaux suivants:

x) Sur l’envers de cette bande de soie, il y a un sceau et une courte inscription, desquels M. Chavannes n’a pas parlé. M. Wang Kouo-wei n’a pas déchiffré le sceau, mais lit Jp yuan le dernier mot de la courte inscription qui est à gauche du sceau. Cette lecture est en effet très vraisemblable, mais ne permet aucune interprétation,

car les sens de yuan sont nombreux.

B) La largeur de 2 pieds ?/, et la longueur de 40 pieds étaient si bien établies sous les Han pour les pièces de soie que Pan Kou, dans le Ts'ien han chou (ch. 24r, {0 1 r°), attribue l'institution de ces mesures au duc de Teheou (XII® siècle av. J.-C.), et que le Chouo wen (début du II° siècle de notre ère) défiuit purement et simplement [JL p'i, «pièce [de soie]», par «quatre tchang», autre. ment dit par <quarante pieds».

y) Parmi les princes de Jen-tch'eng figure ZA] Æ Lieou Tch'ong, qui reçut ce titre à la mort de son père vers 120 et mourut vers 150 A.D. Sa notice biographique (Æ/eou han chou, ch. 72, f° 8 r!) dit qu’eau temps de l’empereur Chouen (126 —144), les barbares = K'iang (= les tribus tibétaines de la Chine occidentale) se révoltèrent à plusieurs reprises. [Lieou| Tch'ong offrit alors de l'argent (& kin) et des pièces de soie CE po) pour aider aux dépenses des frontières». Le renseignement est intéressant, mais je ne vois pas qu'il y ait lieu, comme le propose M. Wang Kouo-wei (sous réserves d’ailleurs), de chercher un lien entre ce don et la présence

de soieries de Jen-tch'eng au delà de Touen-houang.

2° Le morceau de soie dont il s’agit ici est appelé fe kien ; c'était là une espèce de soie spéciale, distincte du #5 kiuan, ou taffetas de soie ordinaire, et plus chère que lui. Les diverses dénominations des soieries anciennes ont été étudiées par {1 Kk US Jen Ta-teh'ouen (1738 —1789; et non 1737 —1789 comme il est dit dans Giles, Biogr. Dict., n° 926), dans un travail spécial en 1 chap., intitulé fE He] Che tseng, «Explication des soieries», qui se trouve aussi bien dans la collection partielle des œuvres de Jen Ta-teh'ouen dite jt J£ fé TL PO J'en hi l'ang wou tchong que dans le ch. 503 de la collection bien connue /Zouang ts'ing king kiai. Mais toute cette

terminologie ne pourrait être traduite sans un long commentaire,

3° M. Wavwg Kouo-wei a écrit vers 1916 un traité en 2 chap. intitulé À BE Che pi, «Explication des pièces de soie», qui a été édité presque immédiatement dans le € LA ZA Siue l'ang ts'ong ko de M. Lo Tchen-yu. M. Wang y étudie les dimensions et le prix des pièces de soïe sous les diverses dynasties. D’après M. Wang, les dimensions (en nombre de pieds) usitées sous les Han, et qui sont celles du fragment inscrit retrouvé par Sir Aurel Stein, étaient déjà usitées sous les Tcheou et se sont maintenues en principe pendant plusieurs siècles après les Han, malgré les changements dans la longueur du pied; ceci ne cadre pas avec les observations de Sir Aurel Stein (supra, p. 137—138). D'autre part, et bien que le pied eût beaucoup grandi des Han aux T'ang, la pièce de soie

valait beaucoup moins cher sous les T'ang que sous les Han.

4 Sir Aurel Stein a trouvé 220M,9 pour le pied des Han postérieurs, et 30°%,16 pour le pied des Tsin. L'archéologue connu 4 KE Wou Ta-tch'eng, mort vers 1900, avait laissé en manuscrit un travail sur les anciens poids et mesures, intitulé A F5 JE TE [= He FE 4 K'‘iuan heng tou leang che yen k'ao et qui a été édité en 1915 par M. Lo Tchen-yu. D'après cet ouvrage, les Teheou auraient eu 3 pieds, de 192M,5, 210,85 et 18CM,9; le pied des Han valait 23%M,5; celui des Han du Sseu-tch'ouan (III® siècle), 192M.2; celui des Tsin, 22°M5; celui des T'ang du VIII® siècle, 242,75; celui des Song, 27%; celui du ministère des Travaux publies sous les Ts'ing, 302,80. Ces mesures de Wou Ta-tch'eng ne sont pas autrement convaincantes. Bien que son manuscrit autographe soit reproduit en fac-similé, les dimensions relatives qu'il indique entre les divers pieds ne cadrent pas avec les longueurs de fait données par ses figures. La longueur de 302,80 pour le pied du ministère des Travaux publics me paraît plus courte de 2 millimètres que la

longueur véritable de cette mesure moderne; peut-être toutefois

est-ce un effet de la reproduction en fac-similé ou du retrait du papier. D'autre part, la plupart de ces mesures sont des déductions. En dehors du pied du Ministère des Travaux Publics, les seules mesures qui soient celles de pieds connus directement sont: 1° celle du pied des Han, connu par un pied en bronze de 81 A.D. qui est actuellement conservé dans la famille de Confucius à K'iu-feou du Chan-tong (mais le même pied, reproduit en tête du Tao tchai ki kin lou de Touan-fang, y a 23°%,1); 2° celle du pied des Tsin, connu par un estampage pris sous les Song d'un pied de bronze des Tsin. En réalité, si on tient compte de l'insuffisance des reproductions du pied de 81 A.D., on peut admettre que ce pied des Han était de 23% environ (22.9 de Sir Aurel Stein). Je doute que le pied des Tcheou ait été plus beaucoup petit. En effet, dès l'aube de la civilisation chinoise, nous trouvons la notion que la taille moyenne de l'homme est de 8 pieds. Or il n’y a aucun indice que la race chinoise ait été autrefois sensiblement plus petite ou plus grande qu'à présent. La taille considérée comme normale devait donc être aux environs de 1.70, et ceci suppose un pied de 21 à 29CM, Mais il semble bien que le pied soit en principe allé en augmentant chaque fois qu'il ne restait plus stationnaire, et je ne crois guère par suite qu'on ait eu d’abord un pied de 21 à 22°, qui serait tombé sous les Tcheou à 19°® pour remonter à environ 23CM sous les Han. Par ailleurs, il est tout à fait extraordinaire que les Tsin de 300 à 400 de notre ère aient déjà eu un pied de 30€M, dimension qui n’a été atteinte, pour autant que nous sachions, qu’à l’époque moderne. D'imaginer l'emploi simultané de divers pieds pour divers usages, comme ce fut le cas sous la dynastie mandchoue, ne nous avancerait guère. Je n’entrevois pas de solution satisfaisante

actuellement. — P. Pelliot.]

Page 1