CHINE
L'Université de Pékin prépare l'ouverture d’une section de phonétique, qui aura pour but l’étude des dialectes chinois, et devra ultérieurement poursuivre des recherches sur l’ancienne phonétique chinoise. Ce nouveau département sera confié à un Américain, M° Douglas M. B£aou. D'autre part on nous dit que l’indianiste bien connu baron de STAËL-HOLSTEIN, qui se trouve depuis plusieurs années en Extrème-Orient, a été nommé professeur de sanscrit à
l’Université de Pékin.
PAR
PAUL PELLIOT.
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Les orientalistes et les artistes connaissent la suite de seize estampes gravée à Paris de 1767 à 1774 sous la direction de Cochin et représentant les «Conquêtes de l'Empereur de la Chine». M. Jean Monvaz en 19051) et M. H. Corptrer en 1913 ?) leur ont consacré des études. M. Hazniscn a raconté récemment la campagne chinoise de 1755 dans l'Ili et a commenté à ce propos deux planches qui sont censées en rappeler des épisodes#). Enfin un article de M. 4 #$ © H} Isuioa Mikinosuke vient de reprendre l'explication des seize estampes à la lumière des textes chinois qui leur ont été adjoints 4). Malgré tous ces travaux, dont aucun n’est négligeable, il m'a paru qu'il restait encore beaucoup à tirer des matériaux que j'avais réunis en partie dès 1913 et dont M. Cordier annonçait dès
ce moment la prochaine publication.
1) Jean Monval, Les Conquétes de la Chine. Une commande de l’Empereur de Chine en France au XVIIIe siècle (Revue de l'Art ancien et moderne, 1905, t. X VIII, pp. 147—160).
2) H. Cordier, Les Conquétes de l’Empereur de la Chine (Mémoires concernant l'Asie Orientale, t. 1, 1913, pp. 1—18).
3) Erich Haenisch, Der chinesische Feldzug in Ili im Jahre 1755 (mit zwei zeilge-
nôssischen franzüsischen Kupferstichen), dans Ostasiat. Zeitschrift, T° année, avril-sept. 1918, pp. 57—86.
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ITR ré « À propos des planches des victoires lors de la soumission des Dzoungars et des Musulmans, gravées à Paris sous K'ien-long» (extrait du Tüoyogaku-}o de
septembre 1919, t. IX, n° 3, p. 396—448).
184 PAUL 4PELLEON:
Il est bien connu que les dessins d’après lesquels furent gravées les planches avaient été exécutés à Pékin par ordre de l’empereur K'ien-long lui-même, et que quatre des dessins furent expédiés en Europe dès 1765, avant les douze autres. MM. Monval et Cordier ont dit que l'envoi des planches <en France» avait été prescrit par un édit impérial du 13 juillet 1765, mais le texte même de cet édit n’a pas été publié. Il existe cependant, sinon dans le texte chinois original et que je n’ai pu retrouver, du moins dans une version française conservée aux Archives Nationales !), et son contenu est trop intéressant à plus d’un titre pour que je ne reproduise pas
ici le document en entier. Le voici:
Décret publié par ordre du Grand Empereur de La Chine Kieslung ?) Le 26° de la 5° lune l’an trentième de son Empire c’est-à-dire le 13 juillet 1765.
Je veux que les Seize Estampes des Victoires que j’ay remportées dans la conquête du Royaume de Chumgar et des Païs mahométans voisins que j'ay fait peindre par Lamxinim (françois joseph Castiglione Italien de la Société de Jesus) et par les autres Peintres Européens qui sont à mon service dans la Ville de Pekin-Soient envoyées en europe ou l’on choisira Les meilleurs artistes en Cuivre afin qu’ils puissent rendre parfaitement et dans toutes leurs parties chacune de ces Estampes, sur des Lames de Cuivre. je donne ordre que le Prix de cet ouvrage soit payé sans aucun retardement. je veux que l’on profite des premiers vaisseaux qui partiront pour L'Europe pour y envoyer seulement quatre de ces estampes sçavoir 1" celle appelée Nyaïzuxi chayen 3) peinte par Lamxinim ou frere joseph Castiglione Italien S.J. 2° Celle apellée Alchor peinte par Vanchichim ou frere Denis attiret françois de la Compagnie de Jesus. 30 Celle appellée Ysligin min Theu hiam #) par Nyaikimum 5) ou Pere Ignatien Sichelbarte allemand de la Compagnie de J. 40 Enfin celle appellée Curman
1) Les documents concernant les seize estampes et leurs gravures sont en majeure partie réunis aux Archives Nationales dans une jiasse qui a déjà été utilisée par M. Monval et qui occupe la 2° partie du carton 011924; les pièces portent en outre un numéro d’ordre au crayon; le texte reproduit ici fait partie de la pièce n° 1. i”édit en question n’est pas mentionné dans le Tong houa lou. Il y a également quelques documents dans les cartons 011116 et 01911 à 011913.
2) Lire « Kienlung ».
3) Lire « Ngaïyuxi chayim ».
4) Lire «Yli gin min theu hiam».
5) Lire « Ngaïkimum ».
peinte par Nyantey !) ou le Pere jean Damascene Italien augustin déchaussé de la Congrégation de la Propagande.
Je désire que cet ouvrage soit exécuté avec la plus grande célérité possible, et qu'après avoir tiré cent exemplaires de ces estampes sur la planche de cuivre, ces cent exemplaires et les Planches me soient renvoyés.
Quant aux douze autres Estampes, j'ordonne qu’on les envoye en Europe pas trois voyes différentes dont quatre par chaque voie. Ce Décret sera exactement observé./.
Cette traduction du décret impérial est suivie, dans la pièce 1
de la liasse 011924 (2), du document suivant:
Lettre du frere Joseph Castiglione ecrite de Pekin Le treize Juillet 1765 au très illustre Président de l'académie de Peinture. Salut
Quoique Le Decret de L'Empereur qui accompagne ma lettre suivant son ordre soit suffisant pour que l'artiste qui sera chargé de graver Les Estampes se conforme exactement aux originaux, j'ay crû pour ne rien laisser à désirer à L'Empereur, et pour la Célébrité des artistes Européens, devoir vous recommander deux choses.
La première, soit que ces Estampes soient gravées au Burin ou à l’eau forte, d’avoir soin qu’elles scient exprimées sur le Cuivre avec la délicatesse la plus grande et la plus Gracieuse, que l'artiste y mette la Correction et la netteté la plus exacte telle que demande un ouvrage qui doit être de nouveau présenté à un si grand Empereur.
20 Si après La quantité d'Exemplaires portés dans le mandement de L'Empereur, les Planches se trouvoient affoiblées ou usées, il faudroit nécessairement Les retoucher et les réparer pour être envoyées en Chine, à fin que les nouveaux exemplaires qui enSseront tirés dans le Pays puissent avoir les mêmes beautés que les premieres./.
Ainsi le texte même du décret impérial de 1765 nommait les auteurs et indiquait les sujets de chacun des quatre premiers dessins; c’est là un point important pour la discussion que nous aurons à instituer par la suite. Quant aux quatre artistes Castiglione, Attiret, Sichelbart et Jean Damascène, on sait qu'ils sont aussi les auteurs des douze dessins envoyés ultérieurement, ou du moins de tous ceux de ces douze dessins dont les auteurs sont connus. Sur ces quatre
artistes qui travaillaient alors au Palais pour K'‘ien-long, il est
1) Lire « Ngantey »v.
186 PAUL PELLIOT:
possible de rectifier et de compléter les renseignements qui ont été
donnés jusqu’à présent !).
1° Josepn CasriGcions. Le frère jésuite Joseph Castiglione, de son nom chinois El$ fH ne Lang Che-ning *), est à bon droit le plus connu des quatre; c'est lui qui avait le plus de talent, Né à Milan en 1688, il arriva à Pékin en 1715 et y travailla jusqu'à sa mort survenue le 16 juillet 1766 #). Quoique Italien, il appartenait à la mission des jésuites portugais de Pékin. Sous son nom chinois de Lang Che-ning, il a gardé en Chine jusqu’à nos jours une réelle notoriété. Les Européens de Pékin connaissent son portrait d’une concubine de K‘ien-long, la musulmane À À Hiang-kouei-fei, représentée casquée et revêtue d’une armure européenne de fantaisie. Je possède la photographie de deux enfants jouant, peints par Castiglione: ce tableau faisait partie de la col-
lection du vice-roi Touan-fang 4). Mon ami B. Laufer m'a envoyé 1) Les missionnaires employés aux travaux du Palais passaient la majeure partie de l’année à Hai-tien, dans un bâtiment dépendant du Yuan-ming-yuan, et dont les Lertres
Edifiantes orthographient le nom tantôt «Jouy-koan », tantôt «Jou-y-koan». D’après une
lettre du P. Benoist (Delatour, Æssais, p. 164), « Jou-y-quoan signifie maison d’amusement ».
Il semblerait donc que le nom fût Ab # ÊE Jou-yi-kouan; on le retrouvera d’ailleurs sûrement dans les ouvrages chinois.
2) Telle est l’orthographe que j’ai toujours rencontrée dans les textes chinois. L’ortho-
graphe FL Leang donnée par M. Cordier dans 7‘ouxg Pao, II, 111, 305, et Les Conquétes de l'Empereur de la Chine, p. 3, n’est pas exacte.
3) Je n’ai malheureusement à ma disposition ni le Ca/dlogus Patrum, ni les Nofices biographiques autographiées du P. Pfister, et suis par suite mal en mesure de choisir parfois entre des indications” contradictoires. M. Cordier (Les Conquétes, p. 3) dit que Castiglione arriva en Chine en août 1715, au lieu que le P. C. de Rochemonteix (Josep* Amiot, Paris, 1915, in-8°, p. 15) dit qu’en août 1715 il arriva à Pékin. D’aütre part, M. Cordier fait mourir Castiglione en 1764 (Les Conquétes, p. 3; Giuseppe Panzi, p. 1), au lieu que le P. de Rochemonteix, d’accord avec le P. Sommervogel, indique le 16 juillet 1766. Castiglione ne peut être mort en 1764, puisque la lettre de lui que je publie ici est du 13 juillet 1765.
Le P, de Rochemonteix doit donc avoir raison dans le second cas; je pense au contraire
que c’est M, Cordier qui a raison dans le premier. Dans les Mém. conc. les Chinois, t. VIN,
pr. 283, il est dit que Castiglione mourut en 1768. 4) CE. B.£.T.£.-0., IX, 574, où je parle de ce tableau.