PAU -PEZ IL TON
graveur eut un mois de délai de plus que ses trois confrères pour livrer sa planche!). Et en 1769, le marquis de Mariguy, écrivant au frère d’Attiret à propos des dessins exécutés par celui-ci, n’hésitait pas à ajouter <quoiqu'à dire vray, étant faits dans le goût chinois ils soyent plus remarquables par la singularité de ce qu'ils représentent que par leur beauté» ?). Cette appréciation du Directeur Général des Bâtiments du Roi est confirmée par une remarque émanant de Cochin lui-même. Le 3 janvier 1770, un abbé Viguier écrivait de Besançon au marquis de Mariguy et offrait de lui vendre pour 25 louis deux recueils envoyés de Pékin par le frère Attiret et contenant l’un, des gravures: du Yuan-ming-yuan, l'autre, des planches qu'il croyait représenter les fêtes données en l'honneur du 60% anniversaire de la mère de K'ien-long. Le marquis de Marigny lut trop vite la lettre, pensa qu’on lui proposait des œuvres originales d’Attiret lui-même, et mit en note: «A montrer à Mr. Cochin pr ce qu’il pense des desseins du f. Attiret». Cochin répondit le 11 janvier 1770 qu'il s'agissait non de dessins originaux, mais de gravures faites d’après les dessins d’Attiret, qui, ajoutait-il,
«d’ailleurs étoit un médiocre dessinateur» #). En réalité, l'importance
1) Arch. Nat., 0:1924(2), n°* 6—10.
2) Arch. Nat., 0!1911 (5), n° 177. ‘
3) Cette correspondance se trouve aux Arch. Nat, 011912 (1), pièces 7, 8 et 9. Les albums dont il est question ici ne sont pas sans intérêt pour l’histoire de la gravure en Chine, et j'aurai occasion d’en reparler plus loin. Je reproduis donc les trois lettres. Voici d’abord celle de l’abbé Viguier, de Besancon, 3 janvier 1770: ,J’ai deux recueils envoyés de Pékin par le f. Attiret, premier peintre de l’empereur de la Chine, dont je me déferai en votre faveur pour vingt-cinq louis, s’ils vous conviennent. Le premier est un carton bleu renfermant deux livres chinois de la hauteur de 10 pouces, et de 6 de largeur avec quarante gravures pliées par le milieu. C’est la description d’Yven-ming-yven, ou des dernières maisons de plaisance de l’empereur, qui ont été bâties hors des murs de Pékin. L'autre recueil est un carton jaune qui renferme trois volumes dont l’un est chinois et les deux qui suivent contiennent 147 planches, toutes pliées par le milieu, hautes de 11 pouces 8 lignes et larges à proportion. Cette dernière collection est le détail des fêtes données vers l’an 1752 à l'occasion de la 60° année de l’impératrice mère. Les décorations
commençoient à Yven-ming-yven, et se terminoient au palais qui est dans le centre de
qu'on accorda en 1766—1767 à la c<commande» de l’empereur de Chine ne tenait en rien à la valeur des dessins. Mais on ne doutait pas que de belles gravures françaises ne dussent exciter l’admiration de K‘ien-long: elles vaudraient à la France un respect et un crédit qui la distingueraient des Hollandais, des Portugais et surtout des Anglais, et dont elle tirerait des avantages précieux au point de vue du commerce et de la religion.
Pour atteindre ce but, il fallait s'adresser à des artistes d’un talent reconnu; Cochin fut chargé de les choisir. Le 22 avril 1767,
Le Bas, Saint-Aubin, Prévot et Aliamet soumissionnaient chacun
Pékin, de la ville tartare. Elles occupoient un espace d’environ quatre lieues. Vous verrés dans les lettres édifiantes des PP. jésuites, quelques détails au sujet des curiosités que je vous propose. Le f. Attiret y donne une description assez exacte d’Yven-miug-yven, et le P. Amyot, celle de la fête célébrée en l'honneur de l’impératrice-mère”. La description du F. Attiret dont parle l’abbé Viguier est celle donnée dans la lettre à d’Assaut du 1° novembre 1743 {Lettres édif., éd. du Panthéon littéraire, III, 786—795); elle est antérieure à la construction des palais européens” du Yuar-ming-yuan. Quant à la lettre du P. Amiot, elle est du 20 oetobre 1752 (Lettres édif., mème éd., III, 832—841). Le 11 janvier 1770, Cochin éerivait à Marigny: ,Les Effets qui vous sort proposés ne sont point des desseins du P. Aétiret, qui d’ailleurs étoit un médiocre dessinateur, mais des gravures faites d’après ses desseins. Elles auront du moins le mérite de l’Exactitude et les manuscrits qui y sont joints peuvent être curieux. Le Prix que lon en demande ne me paroist point exorbitant, mais cette curiosité sembleroit convenir davantage à la Bibliothèque du Roy qu’au Depost des Bâtimens”. Le 4 [Zre 14?] janvier 1770, on répondit en conséquence à l'abbé Viguier de s’adresser plutôt ,à M. le Comte de St Florentin qui a la Bibliothèque du Roy sous ses ordres ou à M. Bignon qui en est le bibliothécaire”. Si Marigny s'était trompé en croyant qu’il s’agissait de dessins d’Attiret, Cochin faisait erreur à son tour en admettant que les gravures étaient faites d'après des dessins d’Attiret. En outre, rien n'indique dans la lettre de Viguier que les albums qu'il proposait fussent en partie des manuscrits, comme ladmet Cochin. Ce serait cependant possible s’il s'agissait bien des fêtes de 1751 (telle est la date véritable), car elles ne devaient pas encore être gravées en 1770, et on sait qu’on en avait envoyé en france au moins un exemplaire peint. Mais on ne voit pas pourquoi ce coûteux cadeau serait allé à l’abbé Viguier, et je montrerai plus loin que le second ouvrage possédé par l’abbé Viguier était sûrement l'album gravé représentant les fêtes du 66° anniversaire de K'‘ang-hi, en 1713, et non celui des fêtes du 60° anniversaire de l’impératricemère en 1751. Je ne sais si l’abbé Viguier s’adressa à la Bibliothèque du Roi; s’il le fit, la négociation ne dut pas aboutir, car la Bibliothèque Nationale, ni aux manuscrits, ni aux estampes, ne paraît renfermer aucun album répondant aux indications de la lettre de 1770
et qui soit entré vers cette époque dans les collections.
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pour l'exécution d’une planche qu’ils devaient faire <tout leur possible» pour livrer en octobre 1768, sauf Saint-Aubin, qui, chargé de graver le dessin du P. Jean Damascène, avait jusqu’à novembre 1768 1).
Les douze autres dessins arrivèrent en juillet 1767 ?); ils étaient accompagnés d’une lettre du Conseil de Direction de la Compagnie des Indes à Canton, en date du 10 janvier 1767, dont on trouve
aux Archives Nationales l'extrait suivant: ©)
Nous Vous Envoyons, M.M. Douze nouvelles Estampes ou sont représentées Les Victoires de L'Empereur de la Chine, Ces Douze Estampes sont renfermées quatre à quatre dans trois petites Boettes de Calice qui seront réparties sur les 3. V‘* Le Berryer et Le Penthievre vous en porteront chacun une, Le Duras aura La troisième. Le Conseil de la précédente Expédition vous en Envoya de pareilles, où du moins dans le même genre L'année derniere. Nous Vous prions, M.M. de prendre les précautions les plus sûres pour qu'elles soient faites dans le tems prescrit. L’honneur d’avoir Eté choisis entre les autres nations pour décorer Le Palais de Sa Majesté Impériale est assurement très flateur, mais il nous expose à des Embaras que nous eussions été plus aise d’Eviter. La route étant faite, nous avons Eté obligés de la suivre. nous tachons seulement de ne pas nous compromettre en ne déterminant point de terme pour L’Exécution où du moins en exigeant un terme si long qu'il ne Soit pas possible de manquer à nos engagements.
La Priere que nous vous faisons icy est d'autant plus juste et d'autant plus digne de votre attention qu'elle ne nous regarde pas personnellement; ce n’est pas nous qui Souffririons de votre peu d’'Exactitude, mais Elle pourroit Entrainer La ruine de vos principaux marchands et par contrecoup rejaillir infalliblement sur La Compagnie./.
Comme on le voit, le grand souci des agents de la Compagnie
des Indes était qu'un retard dans la livraison des planches ne
1) Arch. Nat., 011924 (2), n° 6—10; ce sont les originaux des soumissions.
2) Cordier, Les Conguétes, p. 10. Cette date, donnée dans une lettre de Bertin de 1769, est cependant un peu surprenante, car ce n’est que le 20 septembre 1767 que les Directenrs de la Compagnie des Indes avisent le marquis de Marigny de l’arrivée des 12 dessins; ils les lui envoyaient sans doute en même temps que la lettre, car le 21 septembre, Marigny leur accuse réception des 12 dessins placés en trois caisses (on va voir qu'ils avaient été en effet chargés sur trois vaisseaux différents); cf. Arch. Nat., 011924 (2), n°* 2 et 15.
3) Arch. Nat, 011924 (2), n° 4.
mécontentât l'Empereur et n’attiràt aux hanuistes des difficultés avec les autorités de Canton. Mais, malgré toutes les recommandations, le retard se produisit et fut de plusieurs années. Déjà lors des soumissions aux quatre premières planches, au lieu de la date de novembre 1767 qui était indiquée par la lettre de la Compagnie des Indes de décembre 1766, on avait dû se borner à demander aux artistes de faire «tout leur possible» pour livrer leur travail en octobre et novembre 17681). Ce délai même fut insuffisant, et deux planches seulement étaient complètement achevées le 17 décembre 1769. Encore ne furent-elles pas expédiées immédiatement, car une lettre du P. Benoist de la fin de 1773 montre qu'aucune des planches n’était arrivée en Chine avant un premier lot de sept planches qui parvint à Pékin au début de décembre 1772°). Je n’ai retrouvé les soumissions que pour 11 des 12 planches du second envoi; 2 sont du 2 décembre 1767 5), 8 du 1% février 1768 ), 1 du 26 mars 17685). Le travail se prolongea sept ans; les dernières quittances
sont de la fin de 1774). Je ne sais si des gravures étaient par-
1) Dans sa lettre à Cochin du 19 avril 1767, le marquis de Marigny insistait pour que les graveurs eussent fini fin 1768 alors qu'eux mêmes disaient qu’il leur fallait jusqu’à fin 1769, et le marquis ajoutait qu’,une année de retard peut Ôter à la France l'avantage de faire parvenir son ouvrage la première” (cf. Monval, Les Conquétes, p. 151—152). Mais la France seule avait recu commande, et par suite le sens de cette dernière phrase m'échappe.
2) Lettres édifiantes, éd. du Panthéon Littéraire”, IV, 222; et la lettre parallèle du 16 novembre 1773 à Bertin publiée par M. Cordier (partiellement dans Zes Conquétes, p. 16—18; intégralement dans 7‘oung Pao, 1917, 341—349). Un passage de T'oung Pao, 1917, p. 343, montre que les trois lettres reproduites l’une après l’autre dans les Zeffres édifientes, et dont la première était du 4 novembre 1773, étaient adressées au P. du Gad, ancien supérieur de la mission française de Chine. Les Lettres édifiantes ne donnent pas les dates exactes des 2° et 3° lettres; elles paraissent être de la fin de cette même année,
3) Arch. Nat., 0'1924(2) n° 19.
4) Arch. Nat, 011911(4) n°* 18 à 23.
5) Arch. Nat., 011924 (2) n° 21.
6) Et non de janvier 1774 comme l’a dit M. Monval (Les Conquéles, p. 154) et comme M. Cordier l’a répété d’après lui (Les Conquètes, p. 11). C’est ce qui résulte d’une lettre de Cochin du 6 décembre 1774, insistant pour le règlement du compte des . graveurs. Cette lettre contient en outre le passage suivant: ,Les planches de la Chine sont livrées, les estampes imprimées, le dernier envoi se fait dans deux ou trois jours”.