‹ Tung pao. Toung pao (volume 2)Chapitre 32 sur 50 · PAUL RP ET AATOL · texte numérisé non relu

PAUL RP ET AATOL

incendié par les Européens en 1860 et que la destruction en a été achevée par les pillards chinois. Mais, malgré un intéressant chapitre du livre de M. Combaz sur les Palais impériaux de la Chine!), l'histoire de cette résidence et son iconographie sont encore fort mal connues. Qu'il suffise de rappeler ici que le Yuan-ming-yuan ou «Jardin de la clarté parfaite» ?) avait été donné au futur Yong-tcheng en 1709, du vivant de son père K‘ang-hi; c'est Yong-tcheng qui y édifia la plupart des anciens bâtiments. K“‘enlong en fit à son tour sa résidence à la mort de Yong-tcheng ÿ). D'après M3! Favier, K'ien-long aurait chargé en 1737 le frère Castiglione, «de concert avec Soun-iou, Chen-iuen et d'autres mandarins, de tracer les plans généraux» #); plus tard, «il voulut avoir plusieurs pavillons à l'européenne, qui furent exécutés sous la direction du P. Benoist, d'après les dessins du frère Castiglione».

Je n’ai pas retrouvé le texte relatif à 1737 sur lequel s'appuie M3' Favier, et ne suis pas en mesure par suite de déterminer sûrement ce qu’entendait M3' Favier par «tracer les plans généraux». Mais les noms des personnages associés à Castiglione peuvent nous

mettre sur la voie. <Chen-iuen» est sûrement tk A Chen Yuan,

1) Gisbert Combaz, Les palais impériaux de la Chine, Bruxelles, 1909, in-8°, pp. 103— 158. Ce travail est un tirage à part des Awnales de la Soc. d’archéol. de Bruxelles, t. XXT. Ce que M. Combaz dit p. 137 de la bibliothèque du Yuan-ming-yuan et du 7 ‘ou chou si tch'eng est très inexact.

2) Mot-à-mot «Jardin de la clarté ronde»; le «Jardin de la clarté blonde» de M. Combaz (p. 110) est sans doute une faute d’impression. Mais le nom a joué de malheur. En 1743, le frère Attiret, bien qu'en Chine depuis cinq ans, l’expliquait par «jardin des jardins» (Lettres édif., éd. du Panthéon littéraire, III, 792), confondant ainsi les deux caractères différents, mais homophones, qui entrent dans le nom, et M Favier (Péking,

p. 378) traduit non moins à tort Yuan-ming-yuan par «Jardin de la prudence et de la

clarté». M. Combaz se trompe également en traduisant F4 Æ [é] Teh‘ang-teh'ouen-yuan par «Jardin du palais prolongé»; il faut dire « Jardin du printemps prospère». Le résumé de lhistoire des palais donné par ME Favier (p. 377—378) ou par M. Madrolle (C#ine du Nord?, p. 31) est assez exact; celui de M. Combaz (p. 110) est plein d’erreurs. 3) Cf. les ch. 32 et 33 du //ouang tck'ao t'ong fche. 4) Favier, Péking, p. 378.

DO a

un des membres du Bureau de la peinture sous K'ien-long, et qui collabora à plusieurs albums destinés à l’empereur !). «Soun-iou» est non moins sûrement Fk DA Souen Yeou ou Jf jh Souen Hou, du Kiang-sou, lui aussi l’un des peintres officiels de K'ien-long *). Et puisqu'il en était de même de Castiglione, on est amené à penser que la besogne de ces trois peintres et des «autres» consista à peindre un certain nombre de vues reproduisant l’ensemble des constructions du Yuan-ming-yuan; c’est en cela qu'ils en auraient «tracé les plans généraux».

Le malheur est que le Æouang teh'ao t'ong tche (ch. 113) et surtout le Kouo tch'ao yuan houa lou, qui nous renseignent abondamment sur de nombreuses séries d'albums, en particulier sur les albums des

Trente-six vues de Jehol ), Au Soivantième anniversaire de K'ang-h *),

1) Cf. Kouo tch'ao yuan houa lou, 1, 6 x°; 11, 25 v°—27 v°; Li tai houa che houer tchouan, 64. photolith. de Changhai, ch. 50, £° 2 v°.

2) Cf. Kouo tch'ao yuan houa lou, 1, 5 v°; II, 25 v°—27 v°; Li lai houa che houei tchouan, ch. 16, £° 5 v°. Le premier de ces ouvrages écrit Souen Hou, le second Souen Yeou.

3) Je parlerai plus loin de ces T'rente-sir vues de Jehol.

4) Cf. Houang tch'ao t‘ong tehe, ch. 113, f° 9 r°, et surtout Kouo /ch'ao quan houa ou, ch. 2, ff. 25 v°—26 r°, où sont indiqués les auteurs des 40 scènes, formant deux rouleaux. C’est en 1713 que K'‘ang-hi, né le 4 mai 1654, eut 60 ans à la chinoise; mais l’album ne fut peint qu’en 1717; il porte le titre de Ë = Wan cheou t'ou. Le Département des Estampes de la Bibliothèque Nationale possède (AA 5 Réserve, vol. Nanteuil-Tardieu) une peinture de très grand format, non signée, représentant ce cortège de 1713; elle est suivie d’une notice composée et calligraphiée en 1717 par le Grand Secrétaire + FR Wang Chan (1645—1728; cf. à son sujet le ch. 11, #. 24—37, du Kowo tch'ao ki hien Lei tcheng); cette peinture n’est pas mentionnée dans les catalogues de MM. Courant et Cordier. Les fêtes du 60° anniversaire de K'‘ang-hi ont en outre été l’objet d’un ouvrage imprimé considérable, le pt = Da H Wan cheou cheng tien, en 120 chapitres (cf. Sseu k‘ou ts‘iuan chou, ch. 82, {° 20). Je ne connais pas d’exemplaire complet de cet ouvrage, mais les ch. 41 et 42 en sont occupés par des planches, et la Bibliothèque Nationale possède trois exemplaires de ces deux chapitres. Deux de ces exemplaires sont indiqués par le Catalogue de M. Courant (n° 2314—2316), et l’un d'eux est aussi l’objet d’une notice dans le Cafalogue des albums chinois de M. Cordier (J. À., 1999, IT, p. 214— 215, cote Oe 10 du Département des Estampes). Mais M. Cordier se trompe en parlant de 75 planches imprimées; il y a en réalité dans l’exemplaire le ch. 41, qui contient 73 planches et le ch. 42 qui en contient 75, soit un total de 148 planches. Le troisième

exemplaire, qui n’a pas été identifié, est coté Oe 11, et porte sur le dos de la boîte-reliure

228 PAUL APET LRO

un titre fautif «Feste chinoise de 1752»; au dos est collé un rond de maroquin rouge avec nne tour en or. Quelque erreur dans l’ancien numéro d’inventaire fait qu’on ne peut fixer la date d'entrée de l’exemplaire au département des Estampes; mais une note de l’ancien possesseur, collée à l’intérieur, contient un extrait d’une lettre du 12 novembre 1772 où, en réponse à une demande de cet ancien possesseur, le P. Benoist l’avertissait que l’ouvrage ne représentait pas sans doute les fêtes de 1751 (la date de 1752 est fausse), mais celles de 1713; l’ancien possesseur ajoutait à la fin: «C’est bien cela» (cf. Cordier, dans 7, A., 1909, IT, 215). Et en effet, ce sont là simplement les ch. 41 et 42 du Wan cheou cheng tien. Cet ancien possesseur devait être, je suppose, L. F. Delatour (1727—1807), qui était en relations avec les missionnaires de Pékin et dont le cabinet, d’ailleurs déjà très diminué à la Révolution, fut vendu en 1808 et 1810 (cf. Cordier, dans .7. 4., 1909, IT, 210); la «tour» d’or lui aurait servi d’armes parlantes. On sait en effet que Delatour a publié anonymement en 1803, à 36 exemplaires, des Æssais sur l'architecture des Chinois (cf. Bibl. Sinica’, col. 59, et Premier catalogue des Livres, la plupart précieux, du Cabinet de Feu M. L.-F. Delatour, Paris, Tilliard et Merigot, avril-mai 1808, in-8° [Bibl. Nat. A 13155 et A 13130], introd., et p. 22). Or on y lit (p. 568) que Delatour possédait «deux volumes, petit in-fol., contenant les gravures, en bois, des superbes fétes données par l'Empereur Kien-Long à la soixantième année de l’Impératrice sa mère...» De même, dans le Second Catalogue des ouvrages Chinois, Tartares... du cabinet de feu M. L. F. Delatour (Paris, Tilliard et Merigot, janv. 1810, in-8°; Bibl. Nat. À 13155 et A 13130), figure, sous le n° 352, l’ouvrage suivant: « Collection de 294 planches, en bois bien finement gravées, représentant dans le plus grand détail les deux superbes fétes données par l'Empereur Caxg-Hi, avec la plus grande pompe, à la 60° et 70° années de l'Impératrice sa mère. On y remarque entr'autres l'entrée solennelle de l’ Empereur dans la ville de Péking, 2 vol. in-fol. br. Contenus dans une boîte in-folio relié. Avec quelques explications en chinois.» L'ouvrage s’est vendu 170 francs. Malgré l'intervention indue de l’impératrice-mère, qui montre une confusion avec les fêtes de l’impératrice mère de K‘ien-long, il doit bien s’agir du 60° anniversaire de K‘ang-hi lui-même. Les deux volumes et la boîte de reliure concordent avec l’état actuel de Oe 11. Quant au chiffre de 294 planches, il résulte d'une erreur de 147 au lieu de 148 planches, et en comptant pour deux planches chaque planche pliée en deux. D’autre part on a vu que l'abbé Viguier offrait au marquis de Marigny en 1770 trois volumes chinois, dont un de texte et deux représentant en 147 planches «le détail des fêtes données vers l’an 1752 à l’occasion de la 60° année de l’impératrice mère». Mais, en 1770, le recueil des fêtes de 1751 (non 1752), dont je ne connais d’ailleurs aucun exemplaire, n’était pas encore gravé; c’est ce qu’affirme la lettre du P. Benoist du 12 no= vembre 1772. Il me paraît dès lors évident que l’abbé Viguier a commis la même confusion que l’ancien possesseur de Oe 11. Le nombre même des planches, 147 selon l’abbé Viguier, concorde à une unité près avec les 148 planches des ch. 41 et 42 du Wan cheou cheng tien, et est identique aux 294 (— 147 X 2) du Catalogue de Delatour. Il ne semble pas par ailleurs que l’exemplaire de l’abbé Viguier puisse être Oe 11 lui-même, puisque celui-ci, dès 1772, ne comprenait pas le volume de texte dont parle l’abbé Viguier. Ce volume de texte était sans doute le ch. 40, et à ce titre il n’est pas impossible que l’exemplaire de Pabbé Viguier soit celui qui porte au Cataloque de M. Courant les n°° 2314—2315;" mais c’est là une solution hypothétique, puisqu'on ne trouve pas trace à la Bibliothèque

Nationale de l’autre ouvrage qu’offrait l’abbé Viguier ét qui, si l’offre avait été acceptée,

du Voyage de K'ang-hi dans le Sud1), ne soufllent mot d'aucun album de vues du Yuan-ming-yuan.

De tels albums ont cependant existé. On trouve assez couram-

ment en Chine un ouvrage en 2 pen, assez grand in-8, intitulé

{ip HF] [] ESS Vu tche yuan ming yuan che ou « Poésies

sur le Yuan-ming-yuan, composées par l’empereur». Les poésies, qui sont l'œuvre de K‘ien-long, accompagnent des vuës du Yuanming-yuan, et sont elles-mêmes commentées par des lettrés du temps. Le tout est précédé de deux préfaces de K‘ien-long tirées

aurait dû entrer à la Bibliothèque en même temps. Les trois exemplaires portent en marge

le titre + = D? H 49] #Ë ou «Première série du Wan cheou cheng tien» A la fin du ch. 42 est une note finale disant que la gravure a été surveillée par En JF Dit Wang Yuan-k‘i et + Dis Th Wang Yi-ts‘ing. Wang Yuan-k'‘i (1642— 1715) est un peintre célèbre; on voit par la date de sa mort que le Wan cheou cheng lien fut gravé avant l'exécution de l’album décrit au Kouo tck‘ao yuan houa lou et de la

peinture AA 5 Réserve, puisque ces deux dernières œuvres sont de 1717. Il y a cependant

un lien d’école entre toutes ces œuvres, car & 7 WE Kin Yong-hi, l’un des auteurs de l’album de 1717, était un disciple de Wang Yuan-k‘i, et Wang Yi-ts‘ing, qui surveilla avec Wang Yuan-k‘i la gravure des planches du Wan cheou cheng tien, était le fils de Wang Chan, l’auteur de la notice de 1717 jointe à la peinture de AA 5 Réserve. Je pense que c’est encore un exemplaire des mêmes planches qui figure au catalogue d’une vente faite les 2 et 3 mars 1914 par MM. Lair-Dubreuil et André Portier (p. 47, n° 553) sous le titre de Description des fêtes données à Pékin, à l’occasion du 60° anniversaire de l’empereur Kienlong (1736—1796). Edition impériale” Je ne connais en effet aucun ouvrage imprimé relatif aux fêtes du 60° anniversaire de K‘ien-long, et , K‘ien-long” me paraît être, ici encore, une faute pour ,,K‘ang-hi”.

1) Cf. Houang tek‘ao t'ong tehe, ch. 113, {° 9 r°; Kowo tch'ao yuan houa lou, ch.1, #. 7 v°, 14 v°. Le titre des albums est F4 x Nan siun t'on. Il ne faut pas les confondre avec l’ouvrage connu Van siun cheng tien en 120 ch. qui se rapporte au temps de K'‘ien-long (cf. Ssex k‘ou ts‘iuan chou, ch. 82, ff. 23—24); la préface impériale de ce dernier ouvrage est de 1771, et il y a une réédition photolithographique de 1882 (Bibl. Nat., coll. Pelliot, II, 539). En dehors de ce grand oavrage, le voyage de K'ien-long dans le Sud avait été l’objet d’un album de 46 vues gravées sur bois que le P. Amiot envoya en Frauce en 1765 (Département des Estampes, Oe 12; Courant, Catalogue, n° 5541; Cordier, dans J. A., 1909, II, 215—216). Ces vues ont été reproduites par Le Rouge dans

Les Jardins anglo-chinois à la mode (Bibl. Nat., Estampes, Hd 89 a). En outre, ff B Siu Yang avait retracé ce voyage de K'‘ien-long en 12 rouleaux intitulés F4 xs

Nan siun t'ou (cf. Kouo tch‘ao yuan houa lou, ch. 2, {° 16 r°).

230 PA ULLPETLITOT:

en rouge. Bien que le recueil ne soit pas daté, il ne me paraît pas douteux qu’il soit du premier quart du règne de K‘ien-long, c'est-à-dire antérieur à 17501). Je posséde ce recueil, mais ne l'ai pas actuellement à ma disposition, et mes notes n’indiquent pas le nombre des gravures. Toutefois il se confond à peu près sûrement avec un ouvrage illustré en deux chapitres qui se trouve au British Museum et comporte quarante planches ?). C’est évidemment là aussi, selon moi, l'ouvrage en deux livres, renfermant quarante vues du Yuan-ming-yuan, que l'abbé Viguier offrait de céder au marquis de Mariguy en 1770.

Dans ses Æ%ssais sur l'architecture des Chinois (p. 163), Delatour reproduit des extraits d’une lettre du P. Bourgeois écrite de Pékin en octobre 1786 %); le P. Bourgeois fait observer à Delatour qu'il y a beaucoup de palais proches les uns des autres, et il ajoute: «Vous verrez donc, M., 1° qu'il ne s’agit pas de trois ou quatre palais: car je vous envoie les planches, gravées en bois, de cinquante maisons impériales qui sont toutes situées dans le même endroit, dont Yuen-ming-Yuen n'occupe qu’une partie. Cependant comme c’est à Ÿuen-ming-Yuen que l'Empereur se plaît le plus, et que c’est là qu'il a fait bâtir des palais où il demeure quand il n’est pas à Pékin, on donne à toute l’enceinte le nom de Fuen-ming-Yuen.» Delatour met en note: «J'ai gardé les 50 planches gravées en bois;

elles sont de format graud in-4°.» Par contre, à la p. 188, Delatour

1) 11 y a en outre une réédition lithographique récente jointe à celle des Zrente-six

vues de Jehol; le titre y est donné sous la forme fil) pal EF} I ik Yu

tche yuan ming yuan tou yong.

2) Cf. Douglas, Catalogue, p. 270. Le titre y est fil) sil [al H} pq Je = ESS Yu 1che yuan ming yuan sseu che king che, ce qui ne signifie pas, comme l’a cru Douglas, ,Forty Elegant Poems on Yuen-ming-yuen””, mais ,, Poésies sur quarante sites du Yuan-ming-yuan”. Quant à l’impérial poète, Douglas a cru que c’était Yong-tcheng; mes notes indiquent nettement K‘ien-long.

3) Ces lettres du P. Bourgeois publiées en partie par Delatour ne sont notées ni dans

la Bibliothèque de Sommervogel ni dans la Bibhotheca Sinica.

NT

note qu’il a les gravures sur bois, grand in-4°, de 25 pavillons du Yuan-ming-yuan, sans compter des peintures en couleur de 6 de ces pavillons !). Ainsi, à la p. 188 de ses Æssais, Delatour ne parle plus que de 25 planches du Yuan-ming-yuan, mais, à la page 566, il revient au nombre de 48 on 50. Enfin, dans le Second Catalogue de sa vente, le n° 326 est ainsi libellé: «Vues (47) des jardins et palais d'Yuen-Ming-Yuen, de l’empereur Kien-Long, appelé par les Européens le Versailles de la Chine, à trois lieues de Péking, petit in-folio, cart. Ces planches sont gravées au trait sur bois». Malgré toutes ces indications contradictoires de 50, 25, 48 ou 50, 47 planches, je crois qu'ici encore il s’agit de l’album usuel, gravé sur bois, des Quarante vues du Yuan-ming-yuan.

La Bibliothèque Nationale n'a pas d'exemplaire imprimé de ces Quarante vues du Yuan-ming-yuan, mais elle en possède deux exemplaires manuscrits en couleurs, et il y en a un troisième au Louvre dans la collection Thiers. Ces albums ne sont pas d’ailleurs des copies des gravures, mais constituent des exemplaires qui s’in-

spirent des gravures dans la reproduction des mêmes sites ?).

1) Delatour donne (p. 189—207) une description détaillée de ces six peintures, rédigée pour lui par un M. Morel. Ces six peintures figurent au Second Catalogue de sa vente, n° 327.

2) Il y aurait même trois exemplaires si l'indication que donne M. Cordier (J. 4., 1909, IT, 210) pour AA 6 était juste. M. Cordier décrit ce numéro ainsi: ,, Vues du Palais d'Eté. Grand Album, acquis en 1862”. Mais il s’est produit là une confusion de fiche. Le »grand album acquis en 1862”, et qui contient en effet des vues du Palais d'Eté, n’est pas AA 6, mais l’album alors sans cote que M. Cordier déerit p. 211 et qui porte aujourd’hui la cote B9 Réserve; il en sera question tout à l’heure. Quant à AA 6, qui est aussi de la Réserve, c’est un album composite, qui, à côté de quelques autres pièces, contient les documents chinois suivants, fous de très grand format: 1° Quatre figures marquant les points où on peut pratiquer l’acupuncture d’après les trous du fameux homme de bronze”; ces figures sont accompagnées d’une note qui paraît être de la main du P. Amiot; 2° Un autographe du sixième prince”; il y en a un autre dans AA 5, vol. Nanteuil-Tardieu ;

3° Deux peintures de fleurs et une représentant un saurien; 4° Une belle peinture intitulée

Ft | É : ; FE 1 h A Tch'ouen hiuan wou tseu tou, représentant une poule avec cinq

poussins, et signée £È Pets Ts‘ien Siuan (ce peintre célèbre vivait aux alentours de l’an

Le) CO [Re

PAAUÉERP EL INONTE

L'un d’entre eux, Oe 21, ne nous arrêtera pas; c'est un album des 40 vues sur papier, d'exécution médiocre, et qui n’est ni daté ni signé). Il ne vaut pas davantage d’insister sur l’album de la collection Thiers ?). Mais le très grand album acquis en 1862 et qui porte aujourd’hui la cote B 9 Réserve est une véritable œuvre d'art®). Cet album était jadis divisé en deux parties, mais les planches de bois d’une des reliures ont été perdues ou détruites, et toutes les peintures sont aujourd’hui réunies entre les planches de bois du premier album. Les 20 peintures de chaque partie sont numérotées 2 à 21, ce qui semblerait indiquer qu'il manque un feuillet préliminaire à chacune d'elles. Sur la couverture est gravé le titre FX 1 YA 15 f € HA py de Le T'ang tai chen yuan ho houa yuan ming yuan sseu che king, «Quarante vues du Yuan-ming-yuan, peintes de concert par T'ang Tai et Chen Yuan». Une signature placée sur la dernière planche de chaque partie indique que T'ang Tai et Chen Yuan ont peint ces albums pour l'Empereur en 17444). En face de chaque peinture il y a un feuillet de texte callicraphié en 1744 par ŸÆ ss E% Waug Yeou-touen. Tous ces personnages sont parfaitement connus. Wang Yeou-touen (1692—1758), célèbre comme calligraphe et comme homme d'Etat,

fut ministre sous K'‘ien-long 5). Chen Yuan et T'ang Tai étaient

1300 ; cf, Zi fai houa che houei tehouan, ch. 18, {° 3 r°); 5° un certain nombre de grandes imageries sans intérêt. Une note d'entrée conservée dans les archives du département des Estampes montre que toutes ces pièces ont été confisquées chez ,l’émigré Bertin” en 1795. On sait que Bertin est mort à Spa en 1792. D'autre part, dans une note de ses Æssais sur l'architecture des Chinois (p. 244), Delatour dit que Bertin, ruiné, avait dû se défaire de ses collections dès avant 1791 et passer à l'étranger. La note dont je viens de parler montre que, même après 1791, il devait rester pas mal de choses chez l’ancien ministre.

1) Courant, Cafal., n° 5549; Cordier, dans .7. 4., 1909, II, 219.

2) N° 280; cf. Combaz, Les palais impériaux de la Chine, p. 122.

3) Courant, Catal, n° 5540 ; Cordier, dans .7. À, 1909, II, 211—212. M. Combaz a reproduit six de ces peintures (pl. XXI à XXVI de ses Palais impériaux de la Chine).

4) La date de 1754 indiquée par M. Combaz, Les palais impériaux, p. 122, est inexacte.

5) Cf. Giles, Biogr. Dict., n° 2255; c’est à tort que M. Courant, qui l'appelle bien Wang Yeou-touen à propos du n° 5540 de son Cafalogue, le nomme , Wang Yeou”, {seu »Touen-lin”, à propos du n° 5538.

tous deux membres du «bureau de la peinture» sous K'ien-long. Nous avons déjà vu Chen Yuan nommé à côté de Castiglione parmi les artistes à qui K'ien-long, selon M$ Favier, ordonna en 1737 de «tracer les plans généraux» du Yuau-ming-yuan. Quant à P D D Tang Tai (ou T'anv-tai?}), c'était un Mandchou, de l’école de Wang D D L D Yuan-k‘'i, et qui excellait surtout dans la peinture de paysage; les Ù q D diverses séries du Che k‘iu pao ki ont enregistré un grand nombre de ses œuvres 1). Le même Che k'iu pao ki mentionne en outre un album du HE] JE Pin fong t'ou, ou «Illustrations des Airs de Pin», où le texte de l’ode du «septième mois» de la section Pin- 7° 2 . . ., 7J ; fong du Che king était calligraphié par Hé W& Tchang Tehao (1691—1745), et dont les peintures avaient été exécutées en collaboration par Castiglione, Chen Yuan et T'ang Tai*): Castiglione D 1 D D . avait peint les bâtiments; les paysages étaient dûs à T'ang Tai; les hommes et les animaux étaient l’œuvre de Chen Yuan”). Bien : Re Be qu'il ne semble pas que Castiglione soit intervenu directement dans l'album de 1744, les bâtiments montrent, par leur perspective, que T'ang Tai et Chen Yuan s'étaient imprégnés de ses principes. Dans les Quarante vues du Yuan-ming-yuan, il n’y a pas trace des bâtiments «européens»; que ceux-ci qu’ils n’existaient pas encore en 1737 ou en 1744. Mais, en 1747 #), le P. Benoist aménagea au . . U , “ Yuau-ming-yuan les premiers 7k “E chouei-fa, ou à garder», et bientôt entreprit sur les mêmes emplacements la construction de À toute une série de pavillons «européens». Bien qu'ils aient, comme tout de Palais d'Eté, brûlé en 1760, leurs murs en maçonnerie pleine ont mieux résisté que les bâtiments chinois soutenus par des

charpentes en bois, et leurs ruines sont encore aujourd'hui assez

1) Cf. Kouo tch'ao yuan houa lou, ch. 1, F. 3—5.

2) Sur les Pin fong tou, cf. Pelliot, À propos du ,Keng che t'ou”, dans Mém. conc. l'Asie Orientale, 1 [1913], pp. 95, 108—109, 120.

3) Cf. Kouo tek‘ao yuan houa lou, ch. 2, 9 27 v°.

4) CE. Lettres édifiantes, éd. da Panthéon littéraire, IV, 120 et 226.

234 PAUL PELLIOT.

imposantes. Un jour vint que K‘ien-long désira avoir des vues de ces bâtiments «européens», et puisqu’aussi bien il avait reçu les estampes sur cuivre des Conguétes, il décida de faire reproduire les nouvelles vues par ce procédé qui était «européen» lui aussi.

Les meilleurs renseignements à ce sujet se trouvent dans une lettre du P. Bourgeois à Delatour, et que celui-ci dit datée de 1786. Voici ce qu'écrivait le P. Bourgeois !): |

I y a trois ans, Monsieur, que l'Empereur voulut avoir le plan de ses maisons européennes bâties à Yuen-ming-Yuen, pour les joindre à ceux des palais Chinois qui avoient été levés sur ses ordres. Il appela deux ou trois disciples du frère Castiglione: ils travaillèrent, pour ainsi dire, sous les yeux de ce Prince qui corrigea souvent leurs plans, puis il les fit graver sur le cuivre, et c’est le premier Essai du talent chinois pour la gravure en taille douce ?).

Par le moyen des deux Peintres élèves de Castiglione, je suis venu à bout d’avoir un exemplaire des planches que je vous envoie. C’est un des deux qui a tracé le plan général, et la situation respective de tous les bâtiments européens à Yuen-ming-yuen; Vautre avoit commencé à mettre en couleur la première planche, mais il tomba malade et n’acheva pas. J'ai mis son esquisse,

toute imparfaite qu’elle est, dans la caisse. Delatour continue comme suit:

Cet envoi précieux, avec la lettre ci-dessus, m'est parvenu à la fin de 1787, et certaint il étoit parti de Pékin dès 17853). Les XX planches gravées sur cuivre, comme collection de grandes estampes, sont rares, puisqu'elle présente la première tentative des Chinois dans ce genre de gravures, et du tirage qu'ils ont hasardé. Malgré toutes les imperfections que les artistes françois et les amateurs d’estampes pourront y trouver, il est difficile de s'empêcher d’admirer la facilité de ce peuple patient et laborieux à imiter les modèles qu’on

lui met sous les yeux....

1) Delatour, ÆZssais sur l'architecture des Chinois, p. 110—172; cf. aussi le passage de la p. 164 (et non 162 comme dit M. Combaz, Les palais impériaux, p. 149): ,, Vous jugerez mieux de ces maisons européennes bâties à Yuen-ming-yuen, par les XX grandes planches gravées qui les représentent, que je vous envoie. C’est le premier essai de gravure sur cuivre fait en Chine, sous les yeux et par les ordres de l'Empereur”.

2) Ceci est vrai, comme le dit le P. Bourgeois, de la gravure de dessins en taille douce. Mais antérieurement les Chinois, sous la direction des missionnaires, avaient déjà gravé au trait sur cuivre les cartes de l’empire, tant sous K'‘ang-hi que sous K‘ien-long. :

3) Ceci est impossible si la lettre d’envoi du P, Bourgeois est bien, comme le dit Delatour, de 1786.

Jai donné dans le temps un grand soin à la conservation de ces estampes, tirées sur un papier trop foible, quoique passé à l’alun. En doublant chaque feuille d’une feuille de papier de France mince, je les ai toutes préservées d’un déchirement inévitable de la part de celui qui les toucheroit sans précaution. Il peut exister en France un second exemplaire de la même collection, qui étoit entre les mains de M. Bertin le ministre; mais dans ses malheurs, dans la dispersion de son magnifique cabinet de curiosités chinoises, et le peu d'arrangement et d'ordre qui y étoit, il est possible qu’on n'ait fait aucune distinction de ce rouleau d’estampes et qu'il soit perdu.

Delatour ajoute qu’en 1793, avant sa détention «qui a été si longue», ïil a consenti à céder cette collection d’estampes des bâtiments «européens», mais qu'il a gardé la description des 20 planches, faite pour lui par son ami «M. Mai (le P. Avril, jésuite)»; il reproduit cette description, qui occupe les pages 173—186 de ses Essais.

L'exemplaire des 20 planches que possédait Delatour ne s’est pas retrouvé, non plus que celui qui a appartenu à Bertin !). Enfin, aucun exemplaire de ces gravures sur cuivre des bâtiments

) D «européens» du Yuan-ming-yuan n'a été signalé jusqu'ici ?). Une heureuse circonstance permet cependant de se faire une idée assez exacte de ce qu'elles étaient. En 1794—1795, la Compagnie hollandaise des Indes Orientales envoya en ambassade à Pékin Isaac Titsingh, accompagné, comme second, de A. E. Van Braam Houckgeest, chef du comptoir de Canton. Van Braam Houckgeest, qui a écrit le récit de l'ambassade, rassembla une importante collection de dessins et de curiosités chinoises, parmi lesquels le traducteur

et adaptateur du Voyage, Moreau de Saint-Méry 5), note «vingt

1) Sur lenvoi d’un exemplaire à Bertin, on devrait trouver quelques renseignements soit dans les lettres du P. Bourgeois, soit dans celles du P. Amiot. Mais la correspondance du P. Amiot avec Bertin est encore entièrement inédite, et la dernière lettre publiée du P. Bourgeois à Bertin est du 31 juillet 1778 (T‘oung Pao, 1917, p. 365—379).

2) Je crois avoir entendu dire que M. Casenave, ancien chargé d’affaires de France en Chine, avait acquis à Pékin un exemplaire de ces planches sur cuivre des bâtiments »européens” du Palais d'Eté; mais je ne l’ai pas vu. [Cf. infra les Addenda.]

3) Cf. Biblioth. Sinica*?, col. 2350—2351.

Page 1