PAUL PIE) L LOIR
dessins qui sont autant de vues de différentes parties de l’habitation bâtie à l’européenne dans la vaste enceinte de la maison de plaisance Impériale de Vuen-ming-yuen» ?). M. Combaz a signalé) qu'une note finale de l'édition du Voyage parue à Paris en 1798 annonçait que Van Braam Houckgeest venait d'offrir ses collections au Directoire et que celui-ci les avait acceptées. Je ne sache pas qu'on ait signalé jusqu'ici dans nos collections nationales d'objets provenant de ce Hollandais d’un républicanisme ardent, à l'exception précisément des dessins du Yuan-ming-yuan ). Ceux-ci se trouvent au Département des Estampes, Oe 18; il n’y en a que dix-neuf, qui portent chacun un titre en chinois, et, en regard, une traduction française de ce titre. Les dessins sont accompagnés de la note suivante {): ;
Les dix-neuf . dessins qui suivent présentent une série de différentes vues, de l’une des 36 maisons de plaisance de Sa Majesté Impériale à Yuen Ming Yuen. Cette habitation située à 25 lis seulement de Peking, n’a pas moins de 300 lis de circonférence. Elle a été construite entièrement dans le goût européen par le P. Benoît, missionnaire français, il y a environ 40 ans (vers 1750).
Ces dessins ont été copiés par des peintres chinois sur les Peintures originales exécutées par les missionnaires eux-mêmes à la demande et aux frais de Mr Van Braam Houckgeest, chef de la nation hollandaise à Canton en 1794.
La note ci-dessus et celles qui se trouveront en regard de chaque dessin ont été traduites du hollandais d’après le Manuscrit original autographe de M. Van Braam.
1) Ed. de Philadelphie, 1797—1798, t. 1, p. xxi. Le journal original de Van Braam Houckgeest, qui est inédit sous cette forme, est conservé depuis 1912 aux Archives de La Haye (cf. A. Chapuis, Ze montre chinoise, Neuchâtel, s. d. [19197, in-4°, p. 47); j'ignore s’il s’y trouve quelques détails sur les collections.
2) Les palais impériaux, p. 153.
3) Mais il est fort possible que si on procédait au Département des Estampes à un tri de ce qui vient, comme dessins chinois, de Bertin et de Delatour, on pût retrouver dans le reliquat un certain nombre de pièces que les préliminaires de la traduction de Moreau de Saint-Méry permettraient d'identifier.
4) Cf. Courant, Catalogue, n° 5551; Cordier, dans J. 4., 1909, II, 218—219; Combaz, Les palais impériaux, p. 153. La reproduction de cette note donnée par M. Combaz est inexacte en plusieurs endroits et, par inadvertance, le dernier paragraphe n’est pas in-
diqué comme une citation.
Il résulte de cette note que, lors de l'envoi des dessins par Vau Braam Houckgeest, il n'y en avait plus que 19 sur 20. Quant à l’origine de cette note, je crois qu’il faut la placer aux Etats Unis, où vivait Van Braam, et non en France. Il n’y a pas trace d’un manuscrit hollandais de Van Braam qui aurait pu être joint à l'envoi. D'autre part, les dessins, qui sont certainement ceux exécutés en Chine et non une copie faite aux Etats Unis, ne portent pas un mot de hollandais. On est ainsi amené à supposer que Van Braam avait rapporté de Chine, sur des feuillets à part (dans le manuscrit original de son journal?), l'explication des légendes, et qu'il fit traduire cette explication en français et la fit inscrire au regard des dessins quand il envoya ceux-ci au Directoire.
Cette explication des légendes chinoises est assez développée, et il paraît probable que Van Braam Houckgeest l'ait recueillie à Pékin, où il avait avec lui l'album des vingt dessins. Mais cela ne veut pas dire qu’il ait fait exécuter l'album à Pékin même. La note, de rédaction ambigüe 1), doit être interprétée en réalité de la manière suivante: «Ces dessins ont été copiés à Canton, en 1794, par des peintres chinois, à la demande et aux frais de M° Van Braam Houckgeest, chef de la nation hollandaise, sur les peintures originales exécutées par les missionnaires eux-mêmes. »
Qu'étaient les «peintures originales exécutées par les missionnaires»? M. Combaz a déjà remarqué qu'il y avait identité absolue entre les dessins provenant de Van Braam Houckgeest et les descriptions des vingt planches du Yuan-ming-yuan rédigées par le jésuite Avril et reproduites par Delatour ?). La raison en est bien
simple. C’est qu'il y a une double inexactitude dans la note jointe 1) Cette rédaction ambigüe a manifestement trompé M. Cordier ; cf. La Chine en France, p. 83.
2) Cf. Combaz, Les palais impériaux, p. 153—157. M. Combaz donne la liste des 19 dessins provenant de Van Braam Houckgeest et reproduit 3 d’entre eux avec les des-
criptions correspondantes des Æssais de Delatour.
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aux dessins: ceux-ci ont été copiés non sur des «peintures», mais sur les gravures en taille douce exécutées par ordre de K'ien-long, et on a vu que les auteurs des dessins originaux et des gravures n'étaient pas les missionnaires eux-mêmes, mais des Chinois qui avaient été les élèves des missionnaires. Cette conclusion, que l'examen seul des dessins me paraissait imposer, est confirmée par deux passages du Voyage de Van Braam Houckgeest, où on lit, sous la date du 3 février 1795, que Van Braam Houckgeest avait antérieurement «obtenu, à Canton, du marchand Paonkéqua |), vingt dessins des vues du Yuen-ming-yuen pour les copier», et plus loin, à la date du 15 février 1795: «Les dessins que j'en ai [du Yuan-ming-yuan] sont très exacts, ayant été copiés sur des gravures faites par les Missionnaires eux-mêmes, d’après les plans de cet architecte leur confrère [le P. Benoist].»?) Comme on le voit, les originaux étaient bien des gravures, mais l’erreur de les attribuer aux missionnaires remonte à Van Braam Houckgeest lui-même.
Les dessins copiés à Canton sur ces gravures pour Van Braam Houckgeest sont finement exécutés, et doivent reproduire fidèlement les originaux. Ils ont presque l'apparence de dessins au trait, et sugoéreraieut que les graveurs chinois, novices dans l’art de la
gravure en taille-douce, avaient évité de surcharger leurs planches. Ces dessins, à défaut des gravures originales, sont précieux pour nous faire connaître l’ancien aspect des bâtiments construits sous la direction du P. Benoist. Ils nous révèlent aussi les noms chinois des divers bâtiments, comme celui du F6 FÈ $È Yang-ts'io-long (la Volière), et surtout du bâtiment principal appelé #£ Le
1) , Paonkêqua” est le même nom que celui du ,, Pankeikoua” mêlé aux négociations pour la gravure des estampes des Conquétes. Mais c’était là en réalité le nom d’une maison hanniste, et rien ne montre que le chef de cette maison en 1794 fût encore P‘an T'‘ongwen comme en 1766.
2) Voyage, éd. de Philadelphie, t. I, pages 243 et 269,
Hai-yen-t'ang !). En avant de ce bâtiment principal, les dessins reproduisent les douze animaux cycliques aménagés par le P. Benoist et dont chacun, à tour de rôle, lançait un jet d’eau pendant deux heures. Les ruines actuelles ont encore gardé les lignes générales
de ce graud bâtiment.
La lettre du P. Benoît de 1786 nous à fait savoir que les vingt planches des bâtiments européens du Yuan-ming-yuan étaient le premier essai chinois de gravure sur cuivre en creux, eb que cet essai était de 1783?). Mais K'ien-long ne s’en tint pas là. J’ai mentionné plus haut incidemment une série de Trente sir vues de
Jehol; le Che k'iu pao ki en décrit deux exemplaires peints l’un
par HE = Æ Tehang Tsong-ts'ang, l’autre par Yk ML Chen Ying-houei ?). C’est l’empereur K'‘ang-hi qui avait choisi ces 36 sites, et il avait consacré à chacun d’eux, en 1711, une poésie appropriée en chinoïs; en 1741, K'ien-long fit lui aussi, pour les mêmes sites,
36 poésies sur les mêmes rimes qu'avait employées son aïeul #). q
1) On devrait retrouver ces noms dans les ouvrages chinois qui décrivent le Yuanming-yuan; je ne les ai pas actuellement à ma disposition.
2) Ou de 1782, si la lettre du P. Bourgeois était de 1785 comme Delatour paraît Vindiquer en un autre passage.
3) Cf. Houang tch'ao t'ong tche, ch. 113, f° 9 r° de l'édition photolith., et surtout Kouo tch'ao yuan houa lou, ch. 2, ff. 9—10 et 14 v°. Tchang Tsong-ts'ang et Chen Yinghouei vivaient sous K'‘ang-hi; le premier fut un des plus féconds artistes du ,bureau de la peinture”. Le titre des albums est SH 2 (ll mA = pa ns Pi chou chan tchouang san che licou king t'ou, , Tableaux des 36 vues du Pi-chou-chan-tchouang”. Pi-chou-chan-tchouang, la ,, Résidence de montagne où on fuit les chaleurs”, était le nom donné par K'‘ang-hi à la résidence estivale de Jehol.
4) Il y a une réédition lithographique récente publiée au K Al == Æ) Ta-t‘ongchou-kiu de Changhai, et où on trouve les 36 vues, les poèmes de K'‘ang-hi de 1711, ceux de K‘ien-long de 1741, et les commentaires joints à chaque poème par une commission de lettrés en 1741; elle porte le titre de fill pu Jh£ 24 [1] ma le] ik Fu tche pi chou chan tchouang t‘ou yong; je la possède, mais ne l’ai pas actuellement à ma disposition;
je n’ai jamais vu l’édition originale qu’elle reproduit, M. Franke a acquis un exemplaire
de cette édition originale de 1741; elle porte le titre de fi ii NES 4. LL] Dia ES