PAUL PE LE LOI
Mais en outre, en 1754, K'‘ien-long baptisa à son tour 36 sites de Jehol; ce serait mal connaître sa fécondité littéraire que d'admettre qu'il laissa échapper une si belle occasion d'écrire 36 poèmes nouveaux 1).
Or il y a au Département des Estampes, Hd 90, un album qui est simplement qualifié «Paysages chinoïs» ?); ce sont en réalité 36 vues de Jehol. En face de chaque vue, il y a un texte manuscrit, mais les vues elles-mêmes sont des gravures sur cuivre en taille-douce. Bien que je n’aie pas actuellement à ma disposition les poèmes de 1711 et de 1741 pour faire la comparaison, il me paraît probable que nous ayons ici les 36 sites nouveaux choisis par K‘ien-long en 1754, avec les compositions qu’il ne manqua pas d'écrire à cette occasion. K'ien-long aura voulu que «ses» sites fussent gravés comme l'avaient été ceux de K'ang-hi. Mais il adopta pour cette nouvelle série le procédé récemment importé d'Europe. Et puisque les gravures des bâtiments européens du Yuan-ming-yuan exécutées en 1783 étaient le premier essai de gravure en taille douce en Chine,
il faut que l'album Hd 90 ait été gravé postérieurement à cette date #).
Yu tche pi chou chan tchouang che (cf. Franke, Beschreibung des Jehol-Gebietes, p. 61). La bibliothèque de Cambridge possède un exemplaire des poèmes de K‘ang-hi avec traduction mandchoue, et aussi un exemplaire de l'édition de 1741; cf. Giles, Catalogue of the Wade Collection, p. 86, et Supplementary Catalogue, p. 21 (mais les indications données sont insuffisantes; M. Giles ne dit rien ni des planches ni des poèmes de K'‘ien-long; de plus le titre ne signifie pas ,Poems from a summer retreat”, mais , Poèmes sur le Pichou-chan-tchouang”). C’est évidemment aussi un exemplaire de l'édition de 1741 que devait possèder Delatour et qui est décrit dans le Second Cataloque de sa vente, n° 351, comme ,,Recueil de 36 vues gravées sur bois” représentant les palais de Jehol; je ne sais ce que cet exemplaire est devenu.
1) M. Franke a donné une liste des 36 sites de K'‘ang-hi et des 36 sites supplémentaires de K'ien-long (Beschreibung des .Tehol-Gebietes, p. 91—97).
2) Cf. Cordier, dans J. À., 1909, II, 262. Je ne crois pas que cet album figure dans le Catalogue de M. Courant.
3) L’album Hd 90 ne porte aucune indication de possesseur ni d’origine. Néanmoins il est assez vraisemblable qu’il ait été envoyé de Chine à la fin du XVIII® siècle, et peutêtre trouvera-t-on quelques renseignements à ce sujet dans la correspondance encore inédite
du P. Amiot avec Bertin.
RC Cd mundos à 5 à
La gravure est en traits assez lourds, et qui dénotent une insuffisante maîtrise du procédé. Néanmoins, pour des bâtiments et des paysages comme c’est le cas ici, les graveurs chinoïs se sont mieux tirés d'affaire que lorsqu'ils s’essayèrent bientôt à des sujets
plus délicats, avec des animaux et des personnages.
Enfin, les campagnes de Dzoungarie et du Turkestan chinois
ne furent pas les dernières du règne de K'ien-long. Et puisque les
luttes contre les Dzoungars et les Musulmans avaient été si bien
illustrées par la gravure sur cuivre européenne, l’empereur ordonna de commémorer par le même procédé ses succès militaires dans d’autres régions. D’assez nombreuses séries de «victoires» en résultèrent. Exécutées par des graveurs indigènes attachés au %£ Ÿ}f FA Tsao-pan-tch'ou 1), elles célèbrent les conquêtes de la dynastie
mandchoue dans les deux Kin-tch‘ouan (aux confins du Tibet) °),
1) C’est ce que j'avais dit à M. Cordier, en ajoutant que certaines des gravures
d’exécution chinoise se trouvaient dans la collection Fan de Ning-po; mais son souvenir
Va ensuite trompé, et il a cru (Les Conquétes, p. 18) que je l’avais assuré que les planches vues par Sir John Bowring daus la collection Fan de Ning-po n'étaient pas les gravures originales. M. Ishida s’étonne à bon droit que j’aie commis une erreur qui va contre les données du catalogue bien connu de la collection Fan; les 16 planches sont en effet énumérées avec leurs sujets dans les préliminaires de ce catalogue intitulé Se = fx] EE H Tien yi ko chou mou, à côté des 12 planches relatives aux deux Kin-tch'ouan. Sur le Tsao-pau-tch'ou, cf. Paléologue, L'art chinois, p. 290—291; E. Hänisch dans Osfasiat. Zeitschr., NII [1918], p. 57.
2) La plus connue de ces séries d’exécution chinoise est celle qui célèbre les victoires
de Fry *£ A-kouei dans les Kin-tch‘ouan; on la désigne sous les titres de 2P: TE
rh & JII Lun fal P'ing ling leang kin tck‘ouan tchan t‘ou où simplement de Xix
tchk'ouan tchan t'ou. Elle est mentionnée, avec la série des planches relatives à la soumission des Dzoungars et des Musulmans, au ch. 113 du EI Hi] M] FA Houang tch'ao t'ong tche. L'énumération détaillée de la série des planches des deux Kin-tch‘ouan donnée dans les préliminaires du Tien yè ko chou mou comporte 12 planches. Il y en avait un exemplaire dans la bibliothèque impériale de Moukden (cf. Radakov, Bogdokhanskie dvorcy à Enigokhranil$Ÿa v Mukdeni, dans Zzv. Vostoë. Instituta, t. VII [19017], p. 29, où & JP Kin-tcheou est une faute de copie poar Kin-tch'onan). D’après M. Rudakov, l’exemplaire
de Moukden était en 16 feuilles; si l'indication est exacte, il faut que la série décrite
242 PAIULIPELITOR
à Formose 1), au Népal ?), en Annam), au Yunnan), au Hounan*°),
dans le Tien yi ko chou mou soit incomplète (d’après une note de M. Ishida, p. 416, la Library of Congress de Washington doit aussi avoir un exemplaire des batailles du Kintch‘ouan en 16 planches); quant aux morcéaux impériaux relatifs à chaque planche, ils sont, | pour les planches d’exécution chinoise, gravés dans le champ ou en marge de la planche, au lieu d’avoir été ajoutés sur des feuillets séparés comme les morceaux dont il sera question plus loin et qui se rapportent aux gravures exécutées à Paris. D’après M. Rudakov, qui s’appuie sur le DA ET FH fil] ff A Cheng king tien tche pei k‘ao, Venvoi à Moukden de la série du Kin-tch‘ouan fut fait la 51° année de K‘ien-long (1786). La campagne même était de 1775. Quelques unes des plaques de cuivre de Ja série du Kin-tch‘ouan . ont été acquises vers 1910 par le Museum für Vülkerkunde de Berlin (cf. aussi Münsterberg, Chines. Kunstgeschichte, I, 310), et un tirage de l’une de ces planches est reproduit dans A. Tafel, Meine Tibetreise, t. 11 [1914], pl. LI; elle ne paraît s'identifier à aucune des 12 planches décrites dans le T‘ien yi ko chou mou.
1) Un exemplaire de cette série, intitulée ñ ie ÉuA T'ai wan tchan L'ou, en 13 feuiiles (12 planches + 1 feuillet de composition littéraire?), se trouvait à la bibliothèque impériale de Moukden, où il avait été envoyé la 55° année de K‘ien-long (1790) (l’équivalence 1791 donnée par M. Rudakov, &4:d., p. 39, est inexacte); la campagne était de 1786. M. Rudakov paraît faire allusion (p. 39) à une autre série de gravures sur Formose qui aurait été envoyée à Moukden en 1800—1801; je doute qu'il y ait eu vraiment deux séries.
2) Un exemplaire de cette série, qui est intitulée JéfG EI LE Lun fe K'ouo-eul-k°a tchan t'ou, , Tableaux des combats [contre]les Gorkha [= Népalais}”, se trouvait à Moukden, où il avait été envoyé, selon M. Rudakov, en 1800—1801; la cempagne était de 1792. J’ignore combien cette série comporte de planches. M. Lo Tchen-yu en possède un exemplaire acheté en 1912 au prince Kong (cf. à ce sujet le texte de M. Lo que je cite plus loin). Dans la collection littéraire de + N Wang Kie (1725—1805; la date de 1724 donnée par Giles, Biogr. Dict., n° 2150, est fausse, de même que celle de 1760 au lieu
de 1761 pour l’année où il devint /chouang-yuan, et celle de 1785 au lieu de 1786 pour l’année où il devint grand tuteur de l'héritier présomptif), intitulée Â Æ F4] #£
Pao tch'ouen ko tsi, on trouve au ch. 2 un IN ik fill sil ER Rà h£ En la ;
c’est-à-dire une Notice [écrite] respectueusement à la suite [des morceaux] composés par
l'Empereur pour les Tableaux des combats [contre] les Gorkha”.
3) Cette série est intitulée a F4 El CA Nan nan kouo tchan t'ou et
comporte 6 planches. Un exemplaire s’en trouvait à Moukden, où il avait été envoyé en 1790 (M. Rudakov, p. 39, indique faussement 1791). M. Lo Tchen-yu en mentionne un exemplaire qu’il vit en 1915 chez un de ses amis. M. Rudakoy semble parler d’une autre série sur l’Annam envoyée à Moukden en 1800—1801; je crains qu’il n’y ait là quelque confusion. K‘ien-long avait fait six poésies sur ces six planches, et Wang Kie fit à son tour, sur les mêmes rimes que les poésies impériales, six poésies qui se trouvent au ch. 12 du Pao tch'ouen ko tsi.
4) Cette série en 4 feuilles fut distribuée la 10° année Kia-k'ing (1805; M. Rudakov
et une deuxième fois chez les Musulmans du Turkestan chinois !).
indique faussement 1806); je ne la connais que par M. Rudakov. Il doit s’agir d’opérations de 1795.
5) Cette série en 16 feuilles fut également distribuée en 1805; je ne la connais, elle aussi, que par M. Rudakov. M. Hänisch, qui dit quelques mots de ces séries sans indiquer le nombre des planches (Os{asiat. Zeitschr., VIT, 58), parle aussi de planches relatives au Kouei-tcheou; je ne sais si elles sont comprises dans la série des 16 planches du Hou-nan.
1) J'ignore le nombre de planches de cette seconde série du Turkestan chinois, gravée sous Tao-kouang (1821—1850); M. Lo Tchen-yu en possède un exemplaire acheté en 1912 au prince Kong. Je ne crois pas sans intérêt de traduire ici un passage du journal de voyage intitulé kr. a H jh, DE Ek Wou che je mong ken lou, et où M. Lo Tchen-yu, alors réfugié au Japon, raconte un bref voyage qu’il fit en Chine en 1915; ce récit de voyage est reproduit au 4° ‘ao du Æ A Æ 1] Siue ‘ang ts'ong ko; le passage en question est aux ff. 3]—32; M. Lo vient d'arriver à K'ai-fong-fou: ,Je me rendis chez mon compatriote M” EI Kouo, éseu ÉZ Pr. Tsin-tch'en. Tsin-tch'en me montra deux plaques de cuivre des planches représentant les combats pour la pacification de lAnnam et les combats pour la pacification du Turkestan chinois sous K‘ien-long; il les avait récemment obtenues à la capitale. La gravure en est très fine, et les traits sont entièrement en creux comme dans les planches de cuivre qu'on grave au Japon. Les planches des combats ne se rencontrent que très rarement ; au temps de leur exécution, il n’y eut que les grands serviteurs proches de l'Empereur à qui il en fut octroyé. Je les
ai vues à Changhaïi, dans la bibliothèque de Zikawei. En 1912, j'avais obtenu du prince
NS Kong les planches sur la pacification du petit Kin-tch‘ouan et des Gorkha sous K'ien-long et du Turkestan chinois sous Tao-kouang; mais jusqu'ici je n’avais pas vu les planches relatives à la pacification de l’Annam et du Turkestan chinois [sous K'ien-long]. Les plaques originales des planches des combats et celles de la carte de K'‘ien-long en 13 bandes CHE Æ Zn = #E Hh K'‘ien long che san p'ai ti t'ou) étaient toutes conservées au Wou-ying-tien. Au début de T‘ong-teche (1862—1874), comme on manquait de cuivre, le ministère des travaux publics, considérant que ces plaques étaient gravées en creux et qu’on ne pouvait en tirer d'épreuves, demanda à les fondre; mais un des ministres fit échouer ce projet; c’est ainsi que les plaques ont été conservées jusqu’à nos jours. Je ne sais où se trouvent actuellement les plaques de la carte. Mais je me rappelle que la 1" année de Sjuan-t'ong (1910), comme les livres du grand dépôt du Nei-ko devaient être remis au Ministère de lInstruction publique, je me rendis au Nei-ko pour les examiner; je vis que les cartes remplissaient deux meubles. Je désirai les regarder, et un des secrétaires me dit: ,Ce sont de vieilles cartes qui ne servent à rien et attendent qu'on les jette au
feu”. Effrayé, je le priai de surseoir, et en hâte saisis le Ministère; puis j'y transportai
les cartes qui furent déposées à la Bibliothèque de la capitale (King-che-t‘ou-chou-kouan).
De plus, dans la cour du grand dépôt, je vis des textes présentés au trône EH LAN l‘i-pen) qui, accumulés, couvraient le sol. J’en ramassai un au hasard: c’était un rapport militaire de A-kouei; j’en examinai d’autres, ils étaient de même nature; tant bien que mal, je les rangeai par années et par mois; c’étaient tous des matériaux historiques d’im-
portance. J’informai en hâte le Ministère, et ces documents, transportés dans plusieurs
244 à PA UT PELLIOT:
Les planches, d'exécution grossière, n’ont qu’un intérêt documentaire; on en possède plusieurs tirages plus ou moins complets à Hanoi, à Paris, etc. Il n’est pas à ma connaissance que personne leur ait
encore consacré une étude d'ensemble ?).
dizaines de charrettes, furent provisoirement placés au Kouo-tseu-kien; je ne sais où ils se trouvent maintenant”. Ce texte est intéressant en plus d’un sens. D’abord il montre l’état lamentable de l’organisation des archives en Chine. J1 donne également quelques renseignements précieux sur la ,carte en 13 bandes” de K‘ien-long; je compte reparler prochainement de cette carte et des autres cartes des jésuites en utilisant les travaux de MM. Baddeley et Herrmann. En ce qui concerne les planches des , victoires”, on notera que M. Lo paraît distinguer celles vues chez les Jésuites de Zikawei de celles relatives à la conquête du Turkestan chinois sous K‘ien-long; je soupçonne là quelque confusion. D’autre part, M. Lo ne paraît pas avoir été frappé par nne différence d’exécution entre les planches françaises et les planches chinoises; on serait presque amené à douter qu'il ait connu les planches françaises originales; et en effet je croyais me rappeler n’avoir vu à Zikawei que les réductions de Helman; mais mon souvenir doit être inexact, car M. Cordier dit (Za Chine en France au XVIIIe siècle, p. 56) qu'il y a une série des estampes originales dans le réfectoire des Jésuites de Zi-ka-wei”. Enfin il est intéressant de constater qu'en 1862, il n’y avait personne à Pékin qui sût tirer les planches soit des estampes, soit de la carte. M. Hänisch (Der chinesische Feldzug, p. 57) a fait dire à M. Paléologue (L'art chinois, p. 293—294) que le peintre cantonais Lan-koua avait pratiqué à nouveau indépendamment vers 1S30 le procédé de gravure introduit en Chine au XVIII® siècle par les Jésuites. C’est une erreur, et il n’y a rien de pareil dans le livre de M. Paléologue. Celui-ci ne parle que de dessins et peintures de Lan-koua, et non de gravures. Il n’est pas non plus question de gravures dans la source principale concernant Lan-koua, et qui est le livre de G. T. Downing, 7%e Fan-Qui in China in 1836—1837 (Londres, 1838, t. II, p. 90—114; cf. aussi la trad. de ce chapitre de Downing dans la Rev. de l'Orient de 1844, la note de l’Arziste de juin 1849, l’article de Delécluze dans la Revue française de 1839, p. 272—285, et les notes de Feuillet de Conches, dans Les peintres européens en Chine, p. 44 et suiv.).
1) En dehors des séries que je viens d'indiquer, il est possible qu’il y ait eu sous K'ien-long une série intitulée F5 ÀT LA ai Wou che tchan t'ou, , Tableaux des combats d'USf-Turfan}”. La campagne de Dzoungarie et du Turkestan s'était achevée en 1759. Mais en 1765, les Musulmans d'US-Turfan se révoltèrent; ils furent réduits au bont de quelques mois. Cette campagne fut illustrée par un tableau de DE #Æ E Tchang T'ing-yen, auquel K‘en-long joignit une poésie en 1768, et par un rouleau peint de
E À Kia Ts'‘iuan; les deux œuvres étaient intitulées 2 nE F5 {+ Lun P'ing ting wou che tchan l'ou, Tableau des combats pour la pacification d’US[-Turfan }”? (cf. Kouo tch'ao yuan houa lou, ch 1, f° 19; ch. 2, {° 7 r°). Un Wou che tchan t'ou est mentionné par le Æouang tch'ao t'on tche (ch. 113, f° 9 v°) entre les victoires sur les Dzoungars et celles du Kin-tch‘ouan. Comme ces deux séries ont été gravées, il est
possible que le Wou che tchan t'ou V'ait été également. Mais cela reste douteux, car le
Lors de l’envoi en Chine des planches originales gravées sous la direction de Cochin, il n’en était resté en France, on l’a vu plus haut, qu'un très petit nombre d'épreuves. Aussi, pour satisfaire à la curiosité du public entiché des choses de Chine, un élève de Le Bas, Helmar, en exécuta-t-il une réduction «qui parut en 1785
en quatre livraisons de quatre planches chacune», selon M. Cordier ?).
Houang tch'ao t'ung tche (ch. 113, £° 8 v° et 9 r°) mentionne aussi dans le même chapitre une série de 144 tableaux des combats des premiers princes mandchous en Mandchourie au début du XVII° siècle, et 8 albums des combats de T'ai-tsou des Ts‘ing; or ces œuvres sont sûrement restées manuscrites.
1) Cordier, Les Conquétes, p. 18. La série de Helman ne porte pas de date de publication, mais un certain nombre de ses seize gravures sont datées, et ces dates vont de 1783 à 1785; M. Hänisch fait donc erreur quand il dit (Der chinesische Teldzug, p. 58) que la suite de Helmau parut en 1784. D'autre part, Helman joignit bientôt aux 16 estampes réduites des Conguétes quatre autres estampes gravées par lui en 1786 et représentant Vune la Cérémonie du labourage faite par l'Empereur de Chine, les trois autres, qui se font suite, la Marche ordinaire de l'Empereur de la Chine lorsqu'il passe dans la ville de Péking. I est vraisemblable qu’il y ait eu une première table ne comprenant que la nomenclature des 16 estampes des Conquêtes; je n’en ai pas vu d’exemplaire, non plus que je n’ai trouvé l’origine du renseignement de M. Cordier sur la publication en 1785 des 16 estampes en 4 fascicules de 4 livraisons chacunes. La table de lexemplaire de la Bibliothèque Nationale Rés. On 624 a été gravée pour l’édition en 20 estampes, qui doit être de 1786, mais cette table a été retouchée en 1788. Cette année-là, Helman ajouta 4 nouvelles estampes (dont un banquet au Palais, auquel assistent plusieurs missionnaires), portant ainsi le nombre total à 24, et ajouta sur la planche de table les sujets de cette nouvelle addition, en même temps que l’annonce des Faits mémorables qui allaient commencer à paraître en avril 1788; les quatre planches additionnelles portent elles-mêmes la date de gravure de 1788; tel est l’état de l’exemplaire Rés. O?n 624. Ta Biblioth. Sinica*, col. 641—642, ne contient aucune indication sur ces divers états de la publication de Helman, mais cite, d’après un catalogue Rouquette de 1891, des ,, Batailles de la Chine, réduites d’après les grandes planches que l'Empereur Kien-long a fait graver. A Paris, chez Iocquart, 1788, 24 grandes pl. ou fig., in-fol., oblong”. Bien que l’exemplaire Rés. On 624 ne porte nulle part le nom de Hocquart, il me paraît évident que l’exemplaire que vendait Rouquette était un exemplaire du dernier état du recueil de Helman, c’est-à-dire comprenait les 16 estampes des Conguétes, les 4 estampes de 1786 et les 4 estampes de 1788. Le Guide de l'amateur de livres à gravures du XVIIIe siècle de Henri Cohen (6° éd. revue par Seymour de Ricci, Paris, Rouquette, 1912, in-8°) est d'une rare inexactitude en ce qui concerne les estampes des Conguéles; à la p. 1012—1013, il donne comme noms des dessinateurs les »P.P. jésuites Attiret, Damascus et Castillion”(!l); et, à la p. 480, il confond les Faits
mémorables et les Conquêétes, le ,P. jésuite Attiret” étant en même temps devenu l’unique
246 PASULIPELETOI.
Les gravures de Helman sont très inférieures à la série originale. « Toutefois, dit M. Hänisch !), les petites gravures de l'édition réduite ont sur les autres, outre qu’elle ne sont pas d’une si extrême rareté, l'avantage des légendes explicatives. Sur les gravures originales, quiconque n'est pas spécialement versé dans l’histoire de la campagne ne pourra comprendre le sujet de mainte scène.» En effet, : les gravures de la série originale, destinées à l'empereur de Chine, comportaient des signatures d'auteurs et de graveurs, mais rien qui indiquât le sujet des planches. L'édition de Helman supplée à cette lacune, et c’est des explications de Helman, acceptées déjà sans réserves par MM. Monval et Cordier, que part à son tour M. Hänisch pour donner un commentaire des deux gravures qu'il reproduit. Tout irait bien si les légendes de Helman étaient justes; c’est la question essentielle qui va maintenant nous occuper.
A l’arrivée des quatre premiers dessins en France dans le courant de 1766, on commit les plus étranges méprises sur ce qu’ils représentaient. Le 17 décembre 1766, la lettre des Directeurs de la Compagnie des Indes au marquis de Marigny disait que les quatre dessins avaient pour sujet «les victoires de l’empereur de la Chine sur les Tartares manchoux», ce qui était vraiment énorme,
puisque l’empereur lui-même était mandchou. Le Mémoire établi
auteur des dessins de ces dernières. Il y a eu au moins une réédition de la série des seize estampes en Extrême-Orient à la fin du XIX° siècle; elle porte un titre anglais extravagant que je reproduis d’après l’article de M. Ishida: Te Ta-Ching Empire’s Imperial War Atlas of the Tranquilation (or Pacification) of Hsin-Kiang. This map was originally engraved at Paris, France in the month of the Year of Keng-Yin of Kiwang-Hsü, Shaweitithe Germun reprinted it by a new plan (by photographing it into small pictures and mounted on the stone) and bound it up in one volume with 38 sheets... Il semble que ,Keng-Yin of Kwang-Hsü” soit ici pour ,Xerg-yin of Ch'‘ien-lung” (1770); ou peut-être est-ce la date de la réédition (1890), avec une rédaction fautive. J’ai vu en 1990, chez M. Véroudart, une réédition grand format des estampes de Paris, et qui avait été faite, je crois, à Chang-hai; peut-être est-ce celle de ,Shaweiti”. Je crois en outre avoir vu en 1910 une réédition (différente? plus petite?) à la Légation de Russie à Pékin, mais ne l’y ai pas retrouvée en 1916. é 1) Der chinesische Feldzug, p. 58.
vers la même date dans les bureaux de Bertin n'était guère plus exact quand il parlait de ces dessins où l’empereur de Chine avait fait représenter «des victoires qu'il a remportées sur des rebelles attachés à la dernière dynastie chinoise». Le 31 décembre 1766, Bertin lui-même écrivait aux pères chinois Ko (= Kao) et Yang, qui, après un long séjour en France, étaient repartis pour Pékin: «On assure que ces desseins seront suivis de douze desseins pareils qui traitent les mêmes sujets..... Il y a apparence que les seize desseins composent la suite des victoires de Tsong-te da ma-van, et de Chun tchi, Chef de la dynastie Tsing actuellement régnante à la Chine depuis la révolution de 1644, peut être aussy comme on l'a assuré que ces desseins représentent les Expéditions et les Combats que l'Empereur régnant a donné contre les rebelles qu’il a réduict, et dont on n'a eu aucune connaissance en Europe: vous me ferés plaisir de me marquer ce que vous en aurés appris des personnes instruites et des Missionnaires avec qui vous aurés eu occasion d’en conférer.» !). Ko et Yang répondirent, car, le 27 janvier 1769, Bertin leur écrivait à nouveau: «Je vous remercie de la note historique que vous me donnés des victoires de l'Empereur sur les Eludes [= Æleuths] et les Chuncards [= Dzoungars] qui sont décrites dans ces desseins. La modération et la clémence forment le caractère particulier de ce Prince qui après sa victoire a comblé de bienfaits son ennemi Tamacu [lire Tawatsi = Davaci]. Je désirerois savoir de quel côté des frontières de l’Empire ce Royaume des Eludes et des Chuncards est situé; quelle est à peu près son étendue et ses confins, vous me ferés plaisir de me le marquer afin d’en enrichir nos cartes qui sont toujours bien imparfaites sur ces Pays éloignés de nous. »?) Un mémoire explicatif fut en outre transmis par la Compagnie des
Indes; c’est ce qui résulte d’une note où un commis de Bertin
1) Cordier, Les Conquétes, p. 8.
2) Ibid., p. 10. La note historique dont parle Bertin n’a pas été retrouvée,
248 PAUL PELLIOT. Û
proposait de faire mettre au bas de chaque gravure «un cartel dans lequel on pourroit écrire le sujet» «tel qu’il est dans le Mémoire de la Compagnie des Indes» 1). Ce mémoire n'a malheureusement pas été retrouvé; il devait être très sensiblement postérieur à la «notice historique» envoyée par les PP. Ko et Yang. Enfin il n’est pas impossible que la «notice historique» des PP. Ko et Yang ou le «Mémoire» de la Compagnie des Indes soient à la base d’une brochure imprimée qu'on n’a pas retrouvée non plus jusqu'ici et qui est intitulée: « Précis historique de la querre dont les principaux événements sont représentés dans les 16 estampes gravées à Paris pour l’empereur de la Chine, sur les dessins que ce prince a fait faire à Pékin. Paris, 1791, in-40.» ©)
Les légendes des 16 estampes telles qu'elles ont été établies par Helman sont reproduites par M. Cordier d’après la table générale
mise en tête de la suite de Helman*). Il me paraît inutile de
1) Zbid., p. 12. M. Cordier ajoute en note: , Un. mémoire avait été en effet rédigé par la Compagnie des Indes pour donner l’explication des sujets; je n’ai pu le retrouver”. Cette note donnerait à penser que M. Cordier a rencontré ailleurs que dans la note du commis de Bertin une mention de ce mémoire; ce texte, s’il existe, m’a jusqu'ici échappé.
2) Cette brochure était jointe à un exemplaire de la suite de Helman relié par Busche et qui s’est vendu 23 francs (cf. Cordier, Bibl. Sinica?, col. 641, citant Brunet, Manuel, col. 1178). Je n’indique que sous réserves la , notice historique” ou le ,mémoire” comme source de cette brochure, parce qu'entre temps Amiot avait envoyé de Pékin à Bertin, en 1772, sa traduction annotée du monument de la conquête des Eleuths rédigé par K‘ienlong, et cette traduction était accessible à tous dans le t. I des Mémoires concernant les Chinois, paru en 1776 (p. 325—400); l’anteur de la brochure de 1791 a pu s’en inspirer. Une copie de cette brochure (ou de la ,notice historique” des PP. Ko et Yang? ou encore du ,;mémoire” de la Compagnie des Indes?) constituait sans doute le volume in-4° d’explications manuscrites” qui était joint à l’exemplaire des 16 estampes appartenant à Hüe de Miromesnil et fut vendu avec cet exemplaire en 1797 (cf. Cordier, Bibl. Sin.?, col. 641). J’ai vainement cherché un exemplaire de la brochure de 1791 dans les divers départements de la Bibliothèque Nationale.
3) Les légendes mises par Helman au bas de chaque estampe diffèrent seulement par des détails orthographiques de celles de sa ,table générale” reproduite par M. Cordier (Les Conquétes, p. 13—16). Par contre les signatures données par M. Cordier sont celles de la table préliminaire de Helman, qui prétend copier les signatures des planches originales ;
il ne le fait pas sans un certain nombre d’erreurs graves. Quant aux signatures des estampes
donner à nouveau ici toute cette énumération qui prendrait plusieurs pages; j'en citerai seulement au fur et à mesure ce qui sera nécessaire à ma discussion l). Quant à l’origine des légendes établies par Helman, M. Cordier a dit que Helman avait reproduit «les titres et les explications tels qu'ils étaient écrits en manuscrit au bas de chaque Estampe, daus les Appartements du Roi». Je n'ai pas retrouvé l'origine de cette indication, non plus que de celle relative à la publication de la série de Helman en «quatre livraisons de quatre planches chacune». On conserve à la Bibliothèque Mazarine une série des 16 estampes originales qui provient de la salle de billard de Louis XVI®?), et est dans ses cadres anciens; mais cette série, que j'ai vue, n’a aucune légende; si le renseignement de M. Cordier est exact, et si c’est de cette série qu'il s’agit, il faut que les légendes manuscrites aient été écrites autrefois sur des cartons fixés au mur au-dessous des cadres et qui ont aujourd’hui disparu; il n’y a d’ailleurs rien là d’invraisemblable $).
Qu'elles soient ou non copiées sur des explications qui se trouvaient au bas des estampes dans les appartements du roi, les légendes de Helman remontent, au moins en partie et plus ou moins directement, à des renseignements du P. Amiot; peut-être est-ce celui-ci qui avait fourni les éléments de la «notice historique» des PP. Ko et Yang et plus probablement du «mémoire» de la Com-
pagnie des Indes. L'intervention du P. Amiot se révèle en effet mêmes de Helman, le ,C. N. Cochin filius, Direxit” a naturellement disparu, et les noms des graveurs Masquelier, Aliamet, etc., ont été comme de juste remplacés par celui de Helman.
1) Toutefois, en donnant le tablean définitif des estampes reclassées par sujets, je reproduirai les signatures véritables, qu’il y a lieu de substituer à la liste inexacte de Helman.
2) Cf. Cordier, La Chine en France, p. 56.
3) Malgré les légendes de Helman et la rorrespondance des missionnaires, Abel Rémusat a commis l'erreur bizarre, dans l’article ,Khang-hi” de la Biographie Universelle, de dire que les 16 estampes ont été gravées en France sous K'‘ang-hi et représentent les batailles de Khang-Hi contre Galdan”.
250 PAUL PELLIOT.
dans les légendes des IX® et X° estampes de Helman, où il y a des fautes de lecture «<Hountchés» pour HE À Houei-t'ü et «Chonotés» pour #1 #4 ÆE Houo-cho-t'ü qui se retrouvent dans la traduction du Monument de la conquête des Eleuths due à Amiot ?). De plus, le «poème» impérial cité par la légende de la IX® estampe de Helman n’est autre que ce Monument lui-même; le passage correspond à la p. 375 de la traduction insérée dans les Mémoires concernant les Chinois. Mais la citation faite dans la lésende de Helman comporte des variantes et additions qui excluent un em-prunt direct à la traduction telle qu’elle a été imprimée. Cette citation doit donc remonter à Amiot non par les Mémoires concer-
nant les Chinois, mais par le mémoire explicatif de la Compagnie
des [Indes ?).
On aura remarqué que ceux qui, au XVIII siècle, ont parlé
du sujet des estampes n’ont tenu aucun compte des titres que l’édit
1) Ces noms sont écrits , Hountéhé” et ,Chonoté” dans les Mémoires concernant les
Chinois, 1, 374—375. I] est clair qu’Amiot a lu pat fautivement Æozen d’après l’analogie
» ee . . . 21 de ff louen, ete. l’origine de la finale est moins manifeste. Si , Hountéhé” est une erreur de lecture des éditeurs pour ,, Hountché” qu’aurait écrit Amiot, on peut admettre qu'Amiot
a confondu JE d'ü et FF tch'e. Mais alors, pour ,Chonoté”, il faudrait supposer qu’il
a pris fn houo en valeur sémantique, sans voir que ce mot faisant partie du nom des
Khochot. Si Amiot a écrit au contraire , Hountéhé”, on devra conclure que ,, Hounté” = Houei-t6, les Khoït, et qu'Amiot a réuni à leur nom la première syllabe oo, transcrite ici ,46”, du nom Houo-cho-t'ü des Khochot. Enfin l’# de ,Chonoté” serait fautive pour u. Tout cela est assez bizarre. Le fait certain est qu'Amiot a mal lu les noms donnés dans le »Monument” de K'ien-long, et il est invraisemblable que les mêmes erreurs aient été commises identiquement par d’autres; la source de Helman est donc Amiot, directement ou indirectement.
2) La ,notice historique” des PP. Ko et Yang est exclue en ce qui concerne cette citation du ,poème” ou ,monument” de la conquête des Eleuths. En effet Bertin était déjà en possession de cette notice en janvier 1769. Or nous savons par Amiot lui-même (Mém. conc. les Chinois, 1, 326) que ce n’est qu’en 1771 qu’il se procura le texte du »poème” impérial. En dernière analyse, c'est donc bien le , Mémoire” de la Compagnie des Indes, et non la , notice historique” des PP. Ko et Yang, qui a servi à Helman, soit que Helman ait connu ce mémoire directement, soit qu'il ait copié dans les appartements du
roi des légendes établies d’après ce mémoire,
1) Qt bi
du 13 juillet 1765 et le contrat des hannistes donnaient aux quatre premiers dessins envoyés en France. À vrai dire, ces titres étaient obscurs pour des profanes; d’ailleurs il n’est pas sûr qu’on ait eu une traduction complète du contrat des hannistes, et d'autre part on a vu que ni Bertin ni son entourage ne paraissent avoir lu la traduction de l'édit envoyée par Castiglione. Pour nous au contraire, les indications identiques de ces deux documents sont précieuses, et apparaissent immédiatement incouciliables avec les légendes de Helman.
Nous avons en effet des éléments de détermination suffisants pour identifier ces quatre planches, puisque les soumissions des graveurs et la correspondance de Cochin nous font connaître les noms des graveurs auxquels chacun des dessins fut attribué: Le Bas eut le dessin de Castiglione, Saint-Aubin celui de Jean Damascène, Prevosi celui de Sichelbart, Aliamet celui d'Attiret. Or ïil n’y a que deux dessins de Castiglione qui aient été gravés par Le Bas: ce sont les estampes qui portent chez Helman les n®% IIT et V. Mais le n° III à été gravé en 1771, et le n° V en 1769. Comme il s’agit de la première planche gravée par Le Bas, c'est évidemment la plauche V qui reproduit le dessin de Castiglione arrivé en 1766 1). Un seul dessin de Jean Damascène a été gravé par Saint-Aubin; c’est l’estampe VII de Helman, dont la gravure fut achevée en 1770*?). Un seul dessin de Sichelbart a été gravé
par Prevost; c’est celui qui porte chez Helman le n° VIIT, dont
1) Il y a aussi une planche gravée par Le Bas d’après un dessin dont l’auteur n’est pas indiqué; mais cette planche (n° IX de Helman) fut gravée en 1770; elle ne peut done, pour les mêmes raisons que celle de 1771, entrer ici en ligne de compte, même si on supposait que l’auteur anonyme de ce dessin était Castiglione. De plus, les noms des auteurs des dessins ont été indiqués par les graveurs chaque fois qu'ils étaient connus; or on connaissait les noms des auteurs des quatre premiers dessins envoyés.
2) L’estampe n° IV de Helman, gravée par Saint-Aubin en 1773, est à écarter pour les mêmes raisons qui ont été données à la note précédente à propos de la planche IX de Helman.
252 PA UENPBE LIL DTOL.
la gravure fut achevée en 17691). Un seul dessin d’Attiret a été gravé par Aliamet: c'est l'estampe XV de Helman, dont la date d'achèvement n’est pas indiquée. Il n’y a done pas à douter que les quatre dessins arrivés en 1766 correspondent aux estampes V, VIT, VIII et XV de Helman, et c’est en effet ce qu'ont déjà dit MM. Monval et Cordier ?).
Mais si nous uous reportons maintenant aux titres donnés aux quatre dessins par l'édit du 13 juillet 1765 et par le contrat des hannistes, nous voyons que ces titres ne concordent aucunement avec les légendes attribuées par Helman à ses estampes V, VII, VIII et XV: le n° V de Helman ne représente nullement la surprise d'un camp; le nom de K'‘ou-eul-man n'apparaît pas dans la légende de son estampe n° VII; la légende de son n° VIIT ne parle pas de la soumission des gens de l’Ili; il n’est pas question d’« Altchor» dans la légende de son n° XV. Par contre la légende de la planche XIV de Helman donne pour sujet de cette estampe la «bataille d’Altchour», où le nom est évidemment identique à l’«Alchor» ou A-eul-tch'ou-eul de l’édit du 13 juillet et du contrat des hannistes; or cette planche XIV à bien été, elle aussi, dessinée par Attiret, mais elle à été gravée par Le Bas et non par Aliamet; de plus le dessin est daté de 1766 5) et la gravure n’en a été achevée qu'en 1774, ce qui exclut doublement que le dessin original de cette planche ait fait partie du premier lot qui se trouvait déjà à Canton en 1765. La conclusion s'impose: les légendes de Helman et leur
attribution à telle ou telle estampe sont, au moins en partie, arbitraires.
1) Prevost n'a gravé qu'une autre des 16 planches; mais c’est le n° X de Helman, d'auteur inconnu, et dont la gravure ne date que de 1774.
2) Cf. Cordier, Les Conquêétles, p. 9.
3) La table préliminaire de Helman, et M. Cordier qui la reproduit (Les Conguétes, p. 15), datent le dessin de cette estampe XIV de 1764; mais c’est là une erreur de Helman; la planche originale de Le Bas a 1766. Ce n’est pas la seule erreur de ce genre chez Helman; il date le dessin de la planche XV de 1763, au lieu que l’estampe originale d’Aliamet a 1766.
Les soumissions des graveurs pour les douze dessins arrivés en 1767 nous indiquent les numéros que portaient onze de ces dessins, ce qui permet de suppléer aussi celui du douzième. Vérification faite,
ces numéros, qui ne tiennent pas compte des quatre premiers dessins
envoyés, sont de simples numéros d'ordre ajoutés soit à Pékin, soit à Canton, soit même à Paris, mais qui ne répondent à aucun classement véritable; ils ne nous sont donc d’aucune utilité.
Le problème risquerait ainsi de demeurer insoluble si nous étions réduits aux sources occidentales; heureusement nous pouvons nous
appuyer maintenant sur des documents chinois.
La D° G. E. Morrison Library a acquis récemment un exemplaire relié des gravures originales des Conqguétes, où chaque planche est accompagnée d’un feuillet de même dimension reproduisant en fac-similé une composition explicative composée et calligraphiée par K'ien-long. La comparaison des planches et des compositions et la reproduction des morceaux littéraires dus à K'ien-long occupent la majeure partie du travail que M. Ishida a immédiatement consacré à l'ouvrage entré ainsi dans la bibliothèque dont il est le conservateur l). La conclusion de M. Ishida, qui n’a d’ailleurs connu ni l’édit du 13 juillet 1765 jusqu'ici inédit, ni le contrat des hannistes publié en 1902 dans le 7‘oung Pao, est que les légendes de Helman sont gravement inexactes, et que l’ordre qu'il a adopté est faux dans 15 cas sur 16. D'après M. Ishida, l’ordre véritable doit être
restitué comme suit:
1) On sait que la bibliothèque du D' Morrison a été achetée par le baron Iwasaki, le fils, je crois bien, de celui qui avait acheté antérieurement la riche bibliothèque chinoise de Lou Sin-yuan. Bien que la bibliothèque réunie par le D' Morrison lui-même ne contienne que des ouvrages en langues européennes, ses acquéreurs lui ont adjoint un fonds en langues d'Extrème-Orient, et plusieurs manuscrits chinois et japonais importants ont déjà été
reproduits en fac-similé, avec des notes critiques, aux frais du baron Iwasaki.
254 PAUL PELLIOT.
Ordre véritable n°5 de Helman | Ordre véritable n°% de Helman
1 = VIII 9 = IIT