‹ Tung pao. Toung pao (volume 2)Chapitre 35 sur 50 · V 16 XVI · texte numérisé non relu

V 16 XVI

On notera toutefois que l’ordre indiqué par M. Ishida n’est pas nécessairement juste, puisque chaque planche était primitivement indépendante du feuillet de texte qui lui a été adjoint, et que M. Ishida ne fait que suivre ici l’ordre, jugé par lui meilleur, de l'exemplaire relié entré dans la D° G. E. Morrison Library. Mais rien ne montre a priori que le relieur de l’album ne se soit pas trompé en mettant telle planche à côté de tel feuillet de texte. C’est une question de fait à étudier, et qu’il est impossible de résoudre sans entrer dans des détails au sujet de ces feuillets chinois.

L'existence de ces feuillets chinois ne m'était pas inconnue. Dès 1901, j'avais acquis pour l'Ecole d'Extrême-Orient, des héritiers du fameux Tso Tsong-t'ang, un exemplaire complet des gravures originales et des feuillets de texte; il a malheureusement disparu peu de temps après d’une manière inexpliquée. Mais M. J. Flisch, alors élève-interprète à la Légation de France à Pékin, a rapporté de Chine en 1900 un autre exemplaire presque complet des gravures

et des feuillets de texte !); cet exemplaire appartient aujourd’hui à

1) Dans ce bel exemplaire, les gravures et les feuillets de texte ont chacun un numéro à l'encre, allant de 1 à 16. Il manque la gravure n° 15, correspondant à l’estampe VI de Helnan, et le feuillet de texte n° 16, à l’absence duquel la publication des 16 feuillets de texte par M. Ishida permet de suppléer. Les gravures sont à moins grande marge que dans l’exemplaire conservé au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale (0° 9),

mais le papier en est européen, et il ne me paraît pas douteux que ce soit là un des 200

de

M. Marcel Bouteron, bibliothécaire de l'Institut. Mon collégue M. Vissière m'a en outre signalé un exemplaire que la Bauque Industrielle de Chine a acquis en Extrême-Orient il y a quelques années 1).

Les feuillets de textes chinois sont au nombre de 18, à savoir 1 feuillet de préface, dû à K'ien-long, 16 feuillets de compositions impériales se rapportant aux 16 planches, et 1 feuillet de pa, ou de «notice finale», rédigé et signé par un certain nombre de grands mandarins.

La préface de K‘ien-long, datée du 1% mois du printemps (9 février —10 mars) de 1766, débute ainsi: € L'armée [qui opérait] dans l'Ouest a achevé sa tâche en ki-mao (1759) et ce n’est que sept ans après, en ping-siu (1766), que les dessins des combats ont été achevés. C’est que pour s'enquérir en détail de l'aspect des camps et des combats et pour en composer des dessins, il a fallu des saisons et des jours. Des officiers et soldats qui sont partis en campagne, cent sont morts pour un qui a survécu. Ils ont donné leur force pour l'Etat, et grâce à eux l’œuvre a été achevée; comment pourrais-je supporter qu’ils disparussent ignorés? (C’est pourquoi au Le > 4] Tseu-kouang-ko on reproduit actuellerient les

portraits des sujets qui se sont distingués ?). Quant à ces [dessins- Jci,

exemplaires tirés en France et expédiés en Chine; peut-être les marges ont-elles été rognées pour être ramenées aux dimensions des feuillets de texte, dont le papier est chinois.

1) Cet exemplaire est complet, mais fort usagé. Les feuillets de gravures et de textes sont tous pliés par le milieu, et reliés ainsi en un album qui porte sur la couverture le titre de fi} Dal pt Éih LA 1} Fu Li si che tehan kong t‘ou, , Tableaux des mérites [acquis] dans les combats par l’armée [opérant dans] l'Ouest, avec notices impériales”. Le tirage est assez médiocre, et le papier est chinois; il s’agit donc d’un des exemplaires tirés en Chine. La mention de Cochin a été grattée partout au bas des planches, mais les autres signatures subsistent,

2) Le Tseu-kouang-ko est un bâtiment bien connu, situé dans la partie occidentale des jardins du palais impérial de Pékin; c’est là que se donnaient les audiences des princes tributaires et c’est là aussi que les ministres européens eurent leurs premières audiences (cf. Cordier, Hist. des relat. de la Chine avec les puissances occidentales, 1, 474; IT, 117—118). Après la fin de la campagne de 1759, K‘ien-long ordonna d’y peindre les portraits de deux

séries de cinquante généraux qui s’y étaient distingués; on trouvera les noms des cinquante

D Qt (en)

PAUL PELLIOT.

ou s'est rendu dans tous les endroits où le sang avait coulé dans les combats, et on a retracé fidèlement les circonstances où on a attaqué des positions fortes, brisé l’ardeur [de l'ennemi], décapité ses généraux, enlevé ses drapeaux, afin de rendre hommage à tant d'efforts et de célébrer tant de courage. Dans tous les cas où, en ouvrant les bulletins de victoire, je leur avais déjà consacré des poèmes, je les ai écrits entre les feuillets [des gravures]. Quant aux [scènes] pour lesquelles je n'avais pas encore pris le pinceau, et qui sont au nombre de six, je leur ai consacré ici spécialement des poèmes supplémentaires. ...» !) Conformément à cette préface, les feuillets de texte comprennent dix morceaux composés par K'ien-long à des dates diverses, au fur et à mesure des événements, et six morceaux additionnels composés par lui en 1766 lors de l'achèvement des dessins.

La notice finale est un développement qui reprend en partie les

données de la préface impériale. Le début en est toutefois important:

premiers personnages dans le Kouo tck‘ao yuan houa lou de Hou King, ch. 1, ff. 20—21; l’empereur K‘ien-long écrivit les ,éloges” de chacun des cinquante premiers et fit composer par de grands mandarins les éloges des cinquante personnages de moindre mérite; tous ces textes occupent le 4° chap. préliminaire du 85 yu t‘ou tche. Une note jointe à la liste du Kouo tck'ao yuan houa lou montre que K'‘ien-long fit par la suite l’éloge des portraits de cinquante personnages qui s'étaient distingués au Kin-tch‘ouan, de vingt personnages qui s'étaient distingués à Formose, et de quinze personnages qui s’étaient distingués contre les Gorkha (Népal). On a vu que, parallèlement aux séries des portraits du Tseu-kouang-ko, il y eut aussi des séries d’estampes pour toutes ces campagnes. Les lettres du frère Attiret et celle d’Amiot en date du 1° mars 1769 adressée au cousin d’Attiret montrent que Je frère Attiret, à qui K‘ien-long fit peindre quelque 200 portraits de ses ofliciers employés dans la guerre de Dzoungarie, dut avoir, directement ou indirectement, une large part dans l'exécution des 100 premiers portraits du Tseu-kouang-ko. Cette indication est déjà donnée, en termes plus vagues, par M. Madrolle, CAine du Nord?, p. 21, mais la date de la campagne y est à lire ,1755—1759” au lieu de ,1761” et la date de 1776 indiquée pour l’exécution des portraits est trop basse d’au moins 10 ans.

1) La suite de la préface est un développement littéraire sans intérêt historique. Les six poèmes additionnels de 1766 dont il est question ici sont reproduits à la fin du 3° chapitre préliminaire du Si yu d'ou tche; ils y sont précédés de préfaces explicatives qui se trouvent aussi sans doute dans les éditions sur pierre et sur bois des œuvres de K‘ien-long,

mais que les feuillets de texte joints à nos planches ne donnent pas.

« Les 16 feuillets de dessins ci-dessus commencent par «la soumission de l'[li» et se terminent par «la présentation des prisonniers musulmans». Plus loin le texte parle des portraits du Tseu-kouang-ko, et nous fait savoir que K'ien-long, polygraphe et calligraphe impéüitent, avait composé sur la campagne de 1755—1759 plus de 220 poèmes; tous avaient été gravés sur des dalles qu'on avait ensuite encastrées dans les parois des couloirs latéraux du 5 Hk

EX Wou-tch'eng-tien 1). Cette notice finale est signée de {it Î

Fou-heng?), de FH % 3 Yin-ki-chan), de Æ] A) #J] Lieou T‘ong-hiun “), de Krf H = A-li-kouen ‘), de #T: DIS our Chou-hotô 6) et de 25 F4 FH} Yu Min-tchong 7). Elle n’est pas datée, mais

1) On retrouverait tous ces morceaux épars dans les diverses collections littéraires de K'‘ien-long.

2) Sur Fou-heng, mort en 1770, cf. Giles, Biogr. Dict., n° 584. C’est lui le premier des cinquante sujets méritants” dont les portraits furent peints au Tseu-kouang-ko à la suite de la guerre de Dzoungarie. Il est le père de Fou-k‘ang-ngan, le vainqueur du Népal.

3) Telle est bien la lecon du texte; le 1 Yi-ki-chan de M. Ishida est une inadvertance ou une faute d’impression. Yin-ki-chan vécut de 1696 à 1771; il remplit les plus

hautes charges à la métropole et en province (cf. le ch. 21 du Kowo tchao ki hien lei tcheng et Giles, Biogr. Dict., n° 2487).

4) Sur Lieou T‘ong-hiun (1699—1773), cf. Giles, Biogr. Dict., n° 1362. Lieou T'onghiun est qualifié ici de Grand Secrétaire, poste qu’il occupa de 1761 jusqu’à sa mort. Lieou T'ong-hiun est le père du célèbre calligraphe 2] h} Lieonu Yong (1719—1804; le Biogr. Dict. de Giles, n° 1381, dit 1720—1805, ce que je crois inexact).

5) A-li-kouen est mort en 1770 ; il est ici qualifié de Grand Secrétaire adjoint, poste auquel il fut nommé en 1764, et il quitta la capitale en 1768 (cf. Giles, Biogr. Dict., n° 1585, où il est dit à tort fils de À ÀT #1 Ngo-yi-tou; c’est naturellement impossible puisque Ngo-yi-tou vécut de 1562 à 1621 [et non de 1573 à 1662 comme le dit Giles, Biogr. Dict., n° 1589]; le père d’A-li-kouen s’appelait fi Yin-to; cf. Kozo tch'ao ki hien lei tcheng, ch. 27).

6) Chou-ho-tü vécut de 1710 à 1777. Il est ici qualifié de président de ministère, tre qu’il eut en effet en 1761, et qu’il abandonna en 1768 pour aller au Yunnan (cf. Giles, Biogr. Dict, n° 1737). C’est le ,Chou Ta-jen” ou ,, Excellence Chou”, dont il est souvent question dans les écrits des anciens missionnaires (cf. par exemple ?‘ouxg pao, 1917, p. 311, 316, et Mém. conc. les Chinois, 1, 397).

7) Sur Yu Min-tchong, mort en 1779 (ou plus exactement tout au début de 1780), ef. ma note dans les Mémoires concernant L’ Asie Orientale, t. 1 [1913], p. 75. C’est là

certainement le ,Yu Ming-tchong” dont Amiot avait envoyé à Bertin le portrait peint par

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