PAUL PELLE T'OT
les noms et les titres de ses signataires montrent qu’elle ne peut être postérieure à 1768. Comme à ce moment les 16 dessins étaient en France, il est probable que, comme la préface de K‘en-long, la notice finale est du moment où tous les dessins furent achevés, c’est-à-dire du printemps de 1766. Toutefois, même à ce moment,
les quatre premiers dessins étaient déjà en route pour l’Europe.
L'ordre des 16 feuillets de textes chinois se rapportant aux 16 estampes peut être considéré comme acquis. Il est en effet le même dans le Tien yi ko chou mou, dans l’exemplaire de la D° G. E. Morrison Library, dans celui de M. Bouteron, et, à une exception
près, dans celui de la Banque Industrielle ?).
Voici quel est l’ordre des 16 feuillets de textes chinois:
1° poème: 2 *E f# #4 S RÆ , «On recoit la soumission de l'Ili». Poème écrit par K‘ien-long en 1755 *).
Panzi; Bertin en accusait réception le 16 novembre 1781 (cf. Cordier, La Chine en France au XVIIIe siècle, p. 83; dans Cordier, Giuseppe Panzi, p. 9, le nom est imprimé par erreur , Yu Nimg-Tehoung”). Une notice sur Yu Min-tchong, écrite par Amiot le 26 septembre 1780, se trouve dans le tome IX des Mém. conc. les Chinois, p. 45—60; il résulte d’un passage de cette notice (p. 51) que, si Yu Min-tchong avait vécu jusqu'en 1795 (l’équivalence de 1796 donnée en note est fausse), il aurait eu alors 82 ans à la chinoise, c’est-à-dire 81 ans pour nous; il a donc dû naître en 1714.
1) L’exemplaire de la Banque Industrielle renverse l’ordre des feuillets de texte XIV et XV. La seule anomalie apparente de la classification ainsi admise par toutes nos sources est que la notice finale de l'album, rédigée par Fou-heng et autres, dit que la série des 16 estampes s’achève par la présentation des prisonniers, au lieu que dans tous nos exemplaires la dernière planche est le banquet du Tseu-kouang-ko; Ja présentation des prisonniers est Ja 14° planche dans trois exemplaires, la 15° dans celui de la Barque Industrielle. IL faut admettre que la 16° planche, et sans doute la 15°, qui sont des félicitations à l’armée, ont été considérées comme en quelque sorte hors série. l'importance de cette petite divergence est d’ailleurs faible, puisque l'essentiel pour nous est de pouvoir déterminer le sujet de chaque planche; ceci acquis, l’interversion d’un ou deux numéros d'ordre ne tirerait pas en elle-même à conséquence.
2) Il s’agit de la première soumission de l’Ili en 1755, quand Amur-Sana était au
service de K‘ien-long. Les généraux représentèrent à K'‘ien-long que la population les avait
28 poème: #4 2% #1 Hi Ar #%, «On force le camp [établi] à Güdän-
üla». Poème de 1755 ?).
832 poème: #] sn FL ll 2 ik, <Le combat d'Oroï-jalatu».
Poème additionnel de 1766 ?).
4% poème: fl va #È tr res FE, « La victoire de Khorgos». Poème
de 1758 $)..
accueillis à bras ouverts. Cette soumission fut bientôt suivie de la révolte d’'Amur-Sana. Les formes turques et mongoles rétablies ici pour les noms que le texte fournit en transcription chinoise sont presque toutes sûres; je dirai d’ailleurs en note les raisons qui m'ont déterminé dans les cas où les noms sont incertains. Beaucoup des formes indiquées par M. Ishida sont à rectifier d’après le tableau que je donne. Dans son article de 1918 sur la campagne de l’Ili en 1755, M. E. Hänisch a rétabli les noms d’après les transcriptions mandchoues qui offrent souvent plus de garanties que les transcriptions chinoises; leur valeur toutefois n’est pas absolue, car il ne manque pas de cas, par exemple dans les recueils des biographies des princes tributaires, où ces transcriptions mandchoues ont été faites elles-mêmes non pas sur les formes turques ou mongoles originales, mais sur les transcriptions chinoises de ces formes. Dans le cas présent, des formes mandchoues Kasigar (Hänisch, p.71) pour Kachgar et mène Barikôl (p.68) pour Barkôl [= très probablement *Bars-kül] ne doivent avoir aucune autorité. J'ajouterai que le , Yerechim” de Helman, qui a embarrassé M. Hänisch, est Yarkend (p. 59); le Tseng Kouo-fan de la p. 64 est un lapsus pour Tseng Ki-tsü; la rédaction de la p. 65, qui paraît faire écrire par Tehou Hi une histoire où il est question des Ming, n'est pas très heureuse.
3) Sur le Gädän-ola, ou Mont Gädän, à environ 100 Z au Sud-Ouest de Kouldja, cf. Popov, Ment-ry-10-My-13H, p. 140, 445, et surtout le texte original beaucoup plus détaillé au ch. 13 du AMong kou yeou mou ki; aussi Hänisch, Zoc. laud., p. TS, 84 (mais je ne sais où M. Hänisch a pris la distance de 500 Z au Sud-Ouest de Kouldja); Si yu ‘ou tche, ch. 22, F. 8—9. Il s’agit du raid où le Kalmouk K] ë A-yusi (Ayusi), passé au service chinois, força en 1755 avec quelques hommes le camp de Davaci, établi sur le Mont Gädän. Le poème de K‘ien-long est reproduit dans le Si yu ‘ou tche, ch. 22, ff. 8—9, sous le titre de Chant d’Ayusi, composé par l'Empereur”. Castiglione a peint un rouleau qui illustre l’exploit d’Ayusi (cf. Kowo fch'ao yuan houa lou, ch. 1, fol. 15 v°). Cf. aussi Hänisch, Der chines. Feldzug, p. 65, 81.
1) La restitution Oroï-jalatu est celle que fournit le Si yx £‘ong wen tche, ch. 1, f° 18. Tehac-houei y surprit de nuit en 1756 Daëi-Cärän, mais les Dzoungars assiégèrent les Chinois, que des troupes de secours vinrent enfin délivrer; Tehao-houei dut alors reculer jusqu’au Barkôl (cf. S2 yu ‘ou tche, 3° chap. préliminaire, f£° 11 r°).
2) Un Khorgos est porté sur nos cartes au Nord du fleuve Ili, et est en effet connu des géographes chinoises (cf. Si yw t‘ou tche, ch. 13, f° 1 r°). Mais il doit s'agir ici d’un autre Khorgos, qui était à 10 Z à l'Ouest de Manas (cf. Si yu tou tche, ch. 10, f° €, où le poème de K'‘ien-long est reproduit). Les partisans d’Amur-Sana y furent défaits av
printemps de 1758 par le prince Cübdän-Jab, à qui ils avaient tendu une embuscade.
260 PAU PEL LOL:
5€ poème: Ji FE % 7 Hk, <Le combat de Khuruñgui». Poème de 1758 1).
6° poème: 5 {FT à re FR BR &. <Le chef d'Uëf-Turfan] se soumet avec sa ville». Poème de 1758 ©).
poème: F1 7k LE] ff, «La levée du siège de la Rivière Noire (Khara-usu)». Poème de 1759 $).
8° poème: n£. RS vi JR. «La grande victoire de Qurmau». Poème de 1759 {).
1) Le mont Khuruñgui est au Nord du Fleuve Ili. Quand les partisans d'Amur-Sana eurent été défaits à Khorgos, ils voulurent franchir l’Ili, mais l’armée chinoïse les pressait ; ils allèrent alors au Mont Khuruñgui où Tchao-houei et ses lieutenants les attaquèrent de
plusieurs côtés pendant la nuit. Cf. le ch. 22, f° 8 r°, du Si yu t'ou tche.
2) Sur la soumission du 4eg ss #£ KJ Houo-tsi-sseu d'US-Turfan en 1758, cf. aussi 52 yu t'ou tche, ch. 17, f° 1, où le poème de K‘ien-long est reproduit. Dans ce poème, il est question des moutons qu'on amène à l’armée impériale. La transcription mandchoue du nom de Houo-tsi-sseu est Hojis (cf. Hänisch, Der chines. Feldzug, p. 82); quelle que soit la forme originale véritable, il s’agit d’un Musulman, et ce doit être par inadvertance que M. Hänisch (:4:4., p. 85) donne le nom comme tibétain.
3) Malgré l’équivalence (mongole) Khara-usu indiquée par le poème de K‘ien-long, la scène se passe au Turkestan chinois, et le nom véritable -doit donc être turc, par conséquent Qara-su. Khara-usu (Qara-su) était, selon le S2 yu ‘ou tche (ch. 28, ff. 3—4, où le poème de K'‘en-long est reproduit), le nom de la branche de la rivière de Yarkend qui coule au Sud et à l'Est de la ville. Au 10° mois de 1758, Tchao-houei, ne réussissant pas à réduire Yarkend, -amena par l'Est quelques centaines d’hommes qui franchirent le Qara-su, mais durent le repasser vite et furent assiégés à leur tour par les rebelles. Quand, en 1759, Tchao-houei apprit que les troupes venant d’Aksou avaient battu les Musulmans à Qurma, il fit une sortie, brûla les bastions ennemis et se dégagea.
4) Qurma ou Qurman était entre Yarkend et Maralbaëi, à 130 Z au Sud-Ouest de Barëuq (qui était tout voisin de l'actuel Maralbaëi); cf. Si yu ‘ou tche, ch. 18, #. 7—8, où le poème de K'‘ien-long est reproduit. Bien que le nom ne figure plus aujourd’hui sur nos cartes, les documents européens ne l’ignorent pas, car c’est le Horma de Benoît de Goes; cf. Yule et Cordier, Cathay and the way thither®, IV, 228 (où 1756 est une faute d'impression pour 1759). M. Sven Hedin s’est trompé lui-même en taxant d’erreur le Horma de Benoît de Goes (Southern Tibet, 1 [1917], p. 161; presque toutes ses hypothèses sur cette partie de l'itinéraire de Benoît de Goes sont d’ailleurs malheureuses). Quand Tchaohouei fut assiégé au Qara-su à la fin de 1758, des troupes furent envoyées d’Aksou pour le délivrer. Le 3 février 1759, le général ec fi Fou-t6, qui n’avait avec lui que 600 hommes, se battit à Qurma contre plus de 5000 Musulmans et les défit après un lorg et
dur combat.
92 poème: ff HE JÆH #4 55 7 @&, «Le combat de Tonguzluq». Poème additionnel de 1766 1).
102 poème: Hÿf Ji LÉ 0 A ik, «Le combat de Qoÿ-quiag».
Poème additionnel de 1766 ?).
11° poème: Pr] A9 < ik, Le combat d'Arëul». Poème
additionnel de 1766 à).
12° poème: f# DE ÿH Jr Rà DE F3 < k, «Le combat du Yeëil-
kôül-nor». Poème additionnel de 1766 4).
13° poème: {% É Li #F # #R , «Le khan du Badakh$an demande
à se soumettre». Poème de 1759.
14° poème: 2P RE ll ER FF : «On offre [à l'Empereur] les
1) Tonguzluq siguifie ,l’endroit où il y a des pores”; j’en ignore l’emplacement exact. D’après la préface mise en tête de ce poème additionnel dans le Si yx ‘ou tche (3° chap. préliminaire, f° 11 v°), il semblerait qu’il s’agît d’un épisode qui se place à la fin de 1758, quand Tchao-houei essaye pour la première fois de réduire Yarkend.
2) La forme que j'ai rétablie est douteuse; elle s’appuie sur la glose , paire d'oreilles” qui est jointe à la poésie de K‘ien-long. Mais le S2 yu Lou tche, ch. 17, f° 10 v°, écrit
1 {T Ji ER LL Houo-che-k'‘ou-tchou-k'o, c’est-à-dire *Qo$-kütük. Les Khoja, après
s’être enfuis de Yarkend, furent défaits en 1759 dans cet endroit par HF Fi Ming-jouei. C’était ur col, à 500 Z à l’Ouest de Kachgar. Cf. aussi Si yu ‘ou tche, 3° ch. prélimin., PAL NE,
3) Le nom est douteux; le 82 yu ‘ou tche (ch. 17, f° 11 r°) écrit KI mi] RE #]] A-la-tek‘ou-eul, que le Si yu t‘ong wen tche (ch. 5, £° 18 r°) interprète par Ara-tül. Les Khoja, après avoir été battus au col de *Qoë-kütük, se réfugièrent à *Artul, situé à 300 Z plus à l'Ouest et y furent à nouveau battus. Les Mém. conc. les Chinois, 1, 393, écrivent ,Altchour”. Cf. aussi S2 yu t‘ou tche, 3° ch. prélimin., f° 12 r°.
4) Le Si qu d'ou the (eh. 17, 1° 12 v°) écrit BE {T À Jr ff Ye-che-lo-k'ou-lo. La localité ainsi désignée se trouvait à 200 Z au Sud-Ouest d’*Arëul, et an Nord du Badakh$an. Elle devait son nom à un lac, d'où le pléonasme YeXil-kül-nor de certains textes, où #ül et nor signifient tous deux ,lac”, l’un en ture, l’autre en mongol. C’est là le »lsil-kol” de la légende XV de Helman, que M. Hänisch a eu tort de rétablir tacitement (p. 60) en ,Isik kol”. Toute cette nomenclature ancienne de la région des Pamirs devra être reprise en détail. Le nom d’*Artul est l’,Alitchour” de Cordier, ist. générale de la Chine, VII [19207, 348, qui suit en outre Imbault-Huart dans l’équivalence Yesil-kôl — »Siri-koul”. C£. aussi Si yu t'ou tche, 3° ch. prélimin., f° 12 r° et v°. K'‘ien-long fit par la suite graver là une inscription dont le texte chinois est reproduit au ch. 28 du Si yx
L‘ou tche.
[Re (en [Re]
PAUL PELLIOT.
prisonuiers [faits lors] de la pacification des tribus musulmanes». Poème de 1760 1).
15° poème: AL LA [rl FD DK T} 6 4 E.<{L’Empereur se rend] daus la banlieue pour prendre [personnellement] des nouvelles des officiers et soldats qui se sont distingués dans la campagne contre les tribus musulmanes». Poème de 1760 2).
16° poème: Eh En DX 1 K LEA +, «{(L'Empereur] offre un banquet de victoire aux officiers et soldats qui se sont distingués ».
Poème de 1760 à).
Nous connaissons donc désormais, par les poèmes de K‘ien-long, les sujets des 16 planches et l’ordre dans lequel ces sujets doivent se succéder; jusqu'ici nous sommes en plein accord avec M. Ishida. Les difficultés commencent quand il s’agit de déterminer la planche qui représente chacun des 16 sujets. Grâce aux noms des auteurs des quatre premiers dessins envoyés en 1765, nous avons déjà pu constater que les légendes de Helman étaient réparties de manière fantaisiste. Maintenant que nous connaissons les sujets des 16 planches, nous pouvons en outre déterminer les numéros des quatre dessins. Appliquons ce critérium au tableau dressé par notre confrère japonais.
Le dessin de Sichelbart, intitulé «Les habitants de l’Ili fout leur
soumission» et qui fut gravé par Prevost, est évidemment le sujet
1) Les prisonniers furent présentés à l'Empereur à ?T- F4 Wou-men, c’est-à-dire à la poste méridionale du palais de Pékin; on offrit aussi à K‘ien-long la tête du Khoja Houo-tsi-tchan. C'est là qu'avait eu lieu en 1755 une autre présentation de prisonniers musulmans, sur laquelle K‘ien-long fit également un poème (Si ya ‘ou tche, 2° ch. prél, {° 3 v°) et qui fut représentée en peinture par A #3 Sin Yang (Kouo /ch'ao yuan Aoua lou, ch. 2, f° 16 v°).
2) Le poème de K'‘ien-long spécifie que sur une terrasse ronde on avait planté les étendards pris à l’ennemi.
3) Ce banquet fat donné au Tseu-kouang-ko. L’estampe correspondante, et qui pour une fois est d'accord avec l’ordre de Helman (mais non avec sa légende), représente en effet le Tseu-kouang-ko vu par le Sud, avec en arrière à droite le Pont de Marbre que
domine dans le lointain le Pai-t'a.
du poème n° 1, intitulé «On reçoit la soumission de l'Ili». D’après M. Ishida, qui s'appuie sur l’ordre de reliure de l’exemplaire qu'il étudie, la planche correspondant à ce poème n° 1 est la planche VIII de Helman. Cette équivalence est sûrement exacte puisque nous avons déjà vu, pour d’autres raisons, que cette planche VIII de Helman était la seule à pouvoir entrer ici en ligne de compte.
Le dessin de Castiglione, intitulé «Le camp [enlevé] par ruse par Ngai-yu-che», a été gravé par Le Bas. Ngai-yu-che est une transcription d’Ayuëi, autre forme (et plus correcte) d’Ayusi. Nous avons vu que l'enlèvement du camp de Dawaci par Ayusi est le sujet du poème n° 2. D'après M. Ishida, la planche correspondant à ce poème n° 2 est la planche IV de Helman. Mais la planche IV de Helman est anonyme et a été gravée par Saint-Aubin, et non par Le Bas; elle ne fut d'ailleurs achevée qu’en 1773, et n'est pas de celles arrivées en France en 1766.
Le dessin de Jean Damascène, intitulé <Qurman» et gravé par Saint-Aubin, est le sujet du poème n° 8. D'après M. Ishida, la planche correspondant au poème u° 8 est la planche V de Helman. Mais la planche V de Helman a été dessinée par Castiglione et gravée par Le Bas.
Le dessin d’Attiret, intitulé <*Arëul» et gravé par Aliamet, est le sujet du poème n° 11. D'après M. Ishida, la planche correspondant au poème n° 11 est la planche XV de Helman. La planche XV de Helman est bien en effet l'œuvre d’Attiret et a été gravée par Aliamet.
Ainsi, l’ordre adopté par M. Ishida d'après l'exemplaire de la D' G. E. Morrison Läibrary aboutit dans deux cas sur quatre à
des solutions impossibles. IL est donc clair que, si cet ordre est