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porte orientale de la première Grande Muraille, a son pendant exact dans la procédure observée jusqu’à nos jours à la porte de Kia-yükouan, à l’ouest de Sou-tcheou, ainsi que j'ai eu déjà plus d’une fois l'occasion de le signaler soit dans Desert Cathay, soit dans Serindia À).
Pour mieux apprécier les conditions dans lesquelles Hiuan-tsang effectua sa traversée du désert, jetons un rapide regard sur l'aspect général de la route telle qu’elle existe aujourd’hui, et sur les traits topographiques qui distinguent certaines de ses étapes. Aux yeux des Chinois, dont on connaît la partialité marquée pour la vie eivilisée, cette route désertique doit avoir été de tout temps un véritable épouvantail, en quelque qualité qu’ils eussent à l’affronter, comme soldats, comme marchands, ou comme voyageurs d'occasion. Nous en avons tout-de-suite eu l'impression en passant, au cours de notre marche, d'une minable petite étape à l’autre. Celles-çi sont toutes établies, avec leurs huttes de terre pleines de fumier et leur petite caserne, en un endroit où quelque vague dépression du terrain fournit chichement un peu d’eau de source ou de puits. Çà-et-là seulement, elles offrent des coins de pâturage, faits de brousse ou de roseaux. Les conditions du trafic, telles qu'il m'a été donné de les observer en traversant ces étendues complètement stériles de gravier, de rocs émiettés ou de sable apporté par le vent, qui séparent ces lamentables haltes, n’ont guère dû changer depuis l'antiquité.
La difficulté de se procurer assez de puille de roseaux et d’eau pour les bêtes de somme, jointe à la disette non moins grande de combustible, doit avoir, de tout temps, sérieusement gêné les déplacements d'ordre commercial ou militaire le long de cette route. Les conditions elimatériques du Pei-chan central sont rendues ex-
trêmement pénibles, tant par ses ouragans du nord-est, si redoutés
1) Voir Desert Cathay, II, p. 148, 154, 282; 8erindia, ch. XX VII, sec. I, 11.
et si fréquents en hiver et au printemps, que par sa brûlante sécheresse et ses orages de poussière pendant l'été: forcément, elles ont toujours impliqué de graves risques pour les voyageurs isolés. Aujourd'hui encore, en l'absence d’un guide, ceux-ci courent, sur certaines portions de la route, le risque de s’égarer: et évidemment, ce danger doit avoir été beaucoup plus grand pendant les périodes où l'isolement politique de la Chine empéêchait tout trafic régulier. Si uniforme qu'il soit dans sa morne stérilité, le terrain traversé par la route se laisse néanmoins diviser en certaines sections distinctes. Sur les cartes détaillées qui accompagnent Serindia, nous pouvons aisément les reconnaître, et même la carte de Desert Cathay suffit à en marquer les limites. Les cinq premières marches à partir de Ngan-si conduisent à travers une série de chaînes de collines étroites, toutes orientées (ou peu s’en faut) de l’est à l'ouest, et à peine surélevées au-dessus des larges vallées, en façon de plateaux, qui les séparent. On trouve de l’eau de source aux trois premières étapes (Pei-tan-tzeu, Houng-liou-yüan, Ta-ts'iuen) et à Ma-lientching-tzeu et Sing-sing-hia, on atteint la nappe souterraine par des puits qui ne dépassent pas 6 à 8 pieds de profondeur. Apparemment, ce n’est pas sans raison que la frontière entre la province de Kan-sou et celle de Sin-kiang ou Turkestan chinois est à présent fixée tout près de Sing-sing-hia; car, au-delà, le caractère du terrain subit une transformation marquée et qui n’est nullement à son avantage. On rencontre quantité de saillies rocheuses et de détritus pendant les deux marches suivantes vers Chats'iuen-tzeu et K‘ou-chouei, en même temps qu'on descend graduellement d'environ 2000 pieds au-dessous du niveau moyen des étapes précédentes. La plus humble sorte de végétation se fait de plus en plus rare, tandis que l'eau devient nettement saumâtre, comme l'indique à juste titre le nom de X'ou-chouei, «l'Eau Amère».
Mais c'est la marche suivante jusqu'à la halte de Yen-toun,
qui est, de toutes, la plus redoutée des voyageurs chinois. Sur une distance d'environ 35 milles, elle descend par des pentes de gravier absolument dénudées dans une sorte de grand bas-fond à 1500 pieds au-dessous du niveau de K'ou-chouei. Totalement dépourvue d’eau ou d’abri d'aucune sorte, cette longue marche ne laisse pas d’être dangereuse, soit en raison de la grande chaleur qui y règne l'été, soit à cause du vent glacé du nord-est qui la balaie en hiver et au printemps. Des carcasses de bêtes de somme jalonnent le chemin à partir de K‘ou-chouei, et les pertes de vies humaines ne sont pas un accident sans exemple sur cette partie de la route. Après Yentoun, une autre marche, mais cette fois beaucoup plus courte, à travers de semblables étendues d’aride gravier, amène le voyageur aux sources de Tchang-liou-chouei 1), à la lisière méridionale d’une large ceinture de loess qui reçoit souterrainement l’eau des neiges du Karliktägh, et qui se couvre d’une abondante végétation, brousse et champs de roseaux. À Tchang-liou-chouei on rencontre le premier petit bout de terrain cultivé de Hämi, et, après deux marches faciles, on atteint la ville de Hämi ou Koumoul, dans l’oasis centrale. Telle ess la physionomie actuelle de la route; et il est possible de démontrer que les points essentiels de l’histoire du voyage de Hiuan-tsang à travers le désert sont en accord étroit avec ces données topographiques. Cet accord paraît d'autant plus remarquable quand on songe à l'imperfection du texte de la Wie par Houeï-li et à l'impossibilité où nous sommes de contrôler son exposé à l’aide de la relation écrite par Hiuan-tsang lui-même. Nombre de détails ou de faits personnels contribuent à renforcer l'impression que Houei-li recueillit des lèvres mêmes du maître le pittoresque récit de ses aventures dans le désert, et qu'il l’a fidèlement reproduit. On connaît trop la pieuse ardeur et la naïve crédulité de Hiuan-
sang pour se laisser induire en méfiance par quelques allusions à
1) Chang-liou-shin sur la carte à 1: 3.000.000° est une faute de lecture.
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des événements surnaturels: il ne faut y voir que de pures illusions subjectives, telles que des moments de grande tension et de réel péril devaient tout naturellement en provoquer dans un esprit animé d’une dévotion si fervente.
Du récit que nous fait Houei-li, nous dégageons les principaux faits suivants 1). Abandonné peu après avoir passé le Sou-lo Ho par le «jeune barbare» qui devait lui servir de guide, le pélerin poussa seul en avant, se guidant sur les os des animaux morts et le crottin laissé par les chevaux le long de la route. Des visions de troupes armées se mouvant dans le lointain lui causèrent de l'inquiétude: eMais, en les voyant disparaître au moment où il les croyait près de lui, il reconnut que c’étaient de vaines images créées par les démons». Evidemment, il s’agit de mirages analogues à ceux que j'ai fréquemment observés au cours de mes toutes premières marches au-delà de Ngan-si. Après avoir couvert une distance de 80 Zi, Hiuan-tsang arriva à la première tour de guet. Dans l'espoir de passer inaperçu, il se cacha jusqu’à la nuit tombante. Quand il essaya de remplir sa gourde à la fontaine voisine de la tour, les hommes de garde le reçurent à coups de flèche. Sur sa déclaration qu’il était un moine venu de la capitale, ils le conduisirent devant le commandant du poste.
Celui-ci, un certain Wang-siang, natif de Touen-houang, lui fit subir un interrogatoire très serré. Ayant reconnu en lui l’aspirant pélerin à la recherche de la Loi, au sujet duquel un rapport lui avait été envoyé de Liang-tcheou, il fut pris de pitié et le traita avec bienveillance. N'ayant pas réussi à le persuader de revenir sur ses pas, il lui recommanda au matin de se diriger droit sur la quatrième tour, commandée par un de ses parents. Quand Hiuantsang y parvint dans la nuit du méme jour, les incidents de la
veille se répétèrent. Il fut arrêté par une flèche que lui lança
1) CÊ, Juiren, Vie de I-4, p. 23 et sqq ; Bear, Life of H.-t. p. \8 et seq.
l'homme de garde, puis amené devant le commandant. Au reçu du message de Wang-siaug, cet officier l’accueillit de façon hospitalière ; mais il l’avertit de ue pas approcher de la cinquième et dernière tour de guet: car elle était occupée par des gens d'un caractère violent. Il lui conseilla, au contraire, de gagner une source éloignée de 100 Zi, et appelée Ve-ma-ts'iuen, «la source des chevaux sauvages» 1), et d’y renouveler sa provision d’eau.
«A une petite distance de là, il entra dans le désert appelé Mo-ho-yen, qui a une longueur de huit cents li et que les anciens appelaient Cha-ho ou le Fleuve de sables. On n’y voit ni oiseaux, ni quadrupèdes, ni eau, ni pâturages». Dans ce désert le pieux voyageur fut à nouveau inquiété par des visions démoniaques, entendez des mirages, contre lesquelles il se protégea par la lecture de son texte sacré favori, le Prajña-paramitä-Sütra. Après avoir fait cent li, il s’égara et ne réussit pas à découvrir la «Source des chevaux sauvages». Pour comble de malheur, il laissa tomber la grande outre d'eau qu'on lui avait donnée à la quatrième tour et répandit à terre son précieux contenu. «De plus, comme le chemin faisait de longs circuits, il ne savait plus quelle direction suivre. Il eut alors la pensée de retourner du côté de l'est, vers la quatrième tour à signaux». Mais, après avoir fait 10 /: dans cette direction,
il se rappela son serment de ne jamais retourner vers l'est avant d'avoir atteint l'Inde: là-dessus, €priant avec ferveur Kouan-yin (Avalokiteçvara), il se dirigea vers le nord-ouest. Il regarde de tous côtés et découvre des plaines sans bornes où l’on ne voyait aucune trace d'hommes ni de chevaux». Pendant la nuit, il était tourmenté par des lumières qu’allumaient de mauvais esprits, et pendant le
jour par de terribles orages de poussière: «Au milieu de ces cruels
1) Le nom de Ye-ma-ts'iuen est encore fréquemment employé pour désigner des loca-
lités dans le désert au-delà de la frontière du Kan-sou.
Re CE à émet, à te
assauts, son cœur restait étranger à la crainte»; mais la soif le faisait cruellement souffrir.
Après avoir ainsi voyagé sans eau pendant quatre nuits et ciuq jours, il tomba épuisé. Au milieu de la cinquième nuit, après avoir adressé de ferventes prières à Avalokiteçvara, il se sentit ranimé par une brise fraîche et trouva du repos dans un court sommeil. Une vision divine qui lui apparut en rêve l’incita à tenter un nouvel effort. Après avoir fait environ dix , son cheval, qui avait, lui aussi, retrouvé assez de forces pour se remettre sur ses jambes, changea brusquement de direction, et, au bout de quelques ki, le mena jusqu’à une pièce d’herbage vert. Après qu'il eut laissé brouter son cheval, comme il se préparait à pousser plus loin, il découvrit un étang dont l’eau était claire, et il comprit qu'il était sauvé. Il fit halte tout un jour à cet endroit, puis reprit son voyage avec une provision fraîche d’eau et de fourrage, et après deux jours de plus, il émergea du désert et arriva à I-wou ou Hämi.
Si nous comparons cette relation abrégée de la traversée du désert par Hiuan-tsang avec la topographie actuelle de la route de Ngan-si à Hämi, nous ne pouvons manquer de reconnaître, d’une part, leur accord étroit, de l’autre l'existence d’une lacune évidente dans le texte de la Vie. D’après celle-ci, le pélerin se rend en une seule marche de la première tour de guet à la quatrième. Mais cela est clairement en contradiction avec le passage précédemment cité du même texte, où se trouvent rapportés les renseignements recueillis par Hiuan-tsang à Koua-tcheou: «Au nord-ouest, en dehors de cette barrière, il y a cinq tours à signaux........ Elles sont éloignées l'une de l’autre de cent Zi». Nous sommes ainsi obligés d'admettre que Hiuan-tsang eut en réalité quatre marches à faire à partir de la rivière avant d'atteindre la quatrième tour, et que, dans le récit
tel qu'il nous est parvenu, deux de ces marches ont été passées
sous silence,
Cette lacune n’a malheureusement que de trop fréquents pendants dans la Vie et s'explique aisément par l’état présent du texte. Une fois qu’elle est admise, rien n’est plus facile que de suivre les étapes et les incidents du voyage à travers le désert. La position indiquée pour la première tour de guet désigne clairement, ainsi qu’on l’a vu plus haut, la halte actuelle de Pei-tan-tzeu, la première
après Ngan-si. Les 480 li, comptés depuis le Sou-lo Ho jusqu’à la
cinquième tour de guet, coïucident remarquablement avec les 96
milles relevés au ceyelomèêtre au cours de nos marches entre la rivière et Sing-sing-hia, la cinquième halte sur la route actuelle. Au-delà de la cinquième tour de guet s'étend, nous dit-on, le désert redouté de Mo-ho-yen: et, en effet, peu après Sing-sing-hia, le caractère da terrain empire de façon marquée. Et il n’est pas moins aisé de prouver que tous les renseignements d'ordre positif que nous fournit le récit des aventures de Hiuan-tsang dans le désert sont parfaitement compatibles avec les données de la carte.
Nous y lisons que le voyageur, après avoir reçu l'avis d'éviter
la cinquième tour de guet, c’est-à-dire Sing-sing-hia, abandonna
la grand’route à la hauteur de la quatrième tour pour se diriger
vers Ja «Source des Chevaux sauvages», située à une distance de 100 %. Quand il ne réussit pas à trouver cette source et songea à regagner la quatrième tour, il revint pour un moment sur ses pas en marchant «vers l’est». Cela montre clairement que la source Ve-ma-ts'iuen, vers laquelle on l'avait aiguillé, se trouvait quelque part à l’ouest. Or, si l’on jette un regard sur la carte russe des régions au-delà de la frontière, on voit que la route de Touenhouang, telle qu'elle a été relevée par l'expédition du capitaine Roborovsky, passe à une distance d’environ 30 milles à l'ouest de Ma-lien-tching-tzeu avant de rejoindre la route Ngan-si - Hami à
K'ou-chouei, et qu’un de ses points d'étape et d'eau se trouve à
peu près à cette distance dans une direction ouest-nord-ouest de
Ma-lien-tching-tzeu. Ainsi l'existénce, passée et présente, d’une source äpproximativement située à l'endroit indiqué pour le Ye-ma-ts'iten vainement cherché par Hiuan-tsang devient infiniment probable. Que, faute de guide, le pélerin ne soit pas parvenu à la découvrir, c'est là une fâcheuse expérience que j'ai eu trop souvent l’occasion de faire moi-même en traversant, pendant le mois de septembre 1914, dés parties encore inexplorées du Pei-chan oriental 1).
En tout cas, il est certain que si, de nos jours, un voyageur venant de Ngan-si avait quelque raison pour éviter d'être vu à Siüg-sing-hia, il ne pourrait mieux faire que de quitter la grand’ route à Ma-lien-tchiug-tzeu et d’obliquer vers l’ouest-nord-ouest. Il aurait à passer, dans cette direction, un prolongement de ce qui paraît être la plus haute des chaînes de collines en voie de désagrégation du Peï-chan, celle-là même que la grand’routé traverse par des gorges torbueuses, juste au-dessus de Sing-sing-hia. Sur un pareil terrain, il serait évidemment difficile de marcher en droite ligne, et cette circonstance explique à merveille le passage du récit où il est dit: «Comme le chemin faisait de longs circuits, il ne savait plus quelle direction suivre». Après avoir vainement cherché la «Source des chevaux sauvages» et coupé court à sa tentative de regagner la quatrième tour, Hiuan-tsang, nous dit-on, reprit résolument la direction du nord-ouest et poursuivit son voyage sans se laïsser abattre par la soif ni par les périls du désért. C'était une décision qui demandait toute la ferveur religieuse et la vaillance du grand pélerin: mais c'était aussi ce qu'il y avait de plus sage à faire, du moins pour quelqu'un capable de ne pas dévier de la direction choisie. Et que Hiuan-tsang possédât à la perféction cet instinct de l'orientation si répandu parmi les Chinois dé toutes conditions sociales, les renseignements topographiques qu'il nou$ a
laissés dans son Si yx ki le prouvent abondamment.
1) Cf. Geographical Journal, XLVII, p. 200,
Comme le montre la carte, cette marche vers le nord-ouest devait forcément amener le voyageur, à travers le glacis de gravier complètement stérile des environs de K‘ou-chouei, au fond de la dépression de Yen-toun, et, par-delà celle-ci, à la lisière sud-est de la ceinture de loess, où le drainage souterrain descendant du Karlik-tagh entretient quelque végétation. On nous dit que durant sa traversée du désert de Mo-ho-yen, le pélerin resta sans eau pendant quatre jours et cinq nuits, jusqu’à ce qu'enfin, après que le repos de la cinquième nuit leur eût rendu quelques forces, sa vaillante monture le conduisit, quelques milles plus loin, à un pâturage et un étang. Ici encore, nous constatons que l'évaluation approximative des distances, telle qu’elle est consignée dans la Va, présente avec les données de la topographie, uu accord aussi étroit qu’on pouvait raisonnablement l'espérer; car nous venons de voir que par la route de caravanes actuelle, cinq marches, formant un total de 106 milles, sont nécessaires pour amener le voyageur de Ma-lien-tching-tzeu, c’est-à-dire de la quatrième tour de guet, jusqu’à Tchang-liou-chouei, le premier eudroit où l'on trouve de l’eau de source et de la verdure en approchant de Hämi.
Il est vraisemblable qu’alors comme aujourd’hui, il y avait des puits sur la route régulière conduisant de la cinquième tour de guet à Hämi, à des endroits correspondant, ou peu s'en faut, à Chatsiuen-tzeu, K'ou-chouei, Yen-toun. Mais combien :il eût été difficile, sinon impossible à Hiuan-tsang de les trouver, une fois en dehors de la route des caravanes, mon expérience personnelle ne me l'a que trop bien appris quand j'ai eu à traverser des terrains désertiques du même genre. De toute évidence, le tracé qu'il a suivi était sensiblement parallèle à cette route. Pourtant, il y avait toutes les chances du monde pour que celle-ci échappät à son observation, alors même qu’il n’en eût été séparé que par quelques milles.
En fin de compte, ce fût soit l'odorat, soit la mémoire topo-
graphique de son cheval qui permit à Hiuan-tsang d'atteindre la source du salut avant de mourir de soif et d'épuisement; ce trait renforce encore ma croyance en l’autenthicité du récit qui nous a été transmis par Houei-li. Nous y avons lu comment Hiuan-tsang, au moment où, à Koua-tcheou, il se préparait à son aventureuse expédition, avait eu la sagesse d'échanger son cheval contre celui d'un «vieillard barbare», qui avait fait plus de quinze fois sur son dos le voyage de Hämi et retour !). La façon remarquable dont, dans le désert, chevaux et chameaux peuvent soit flairer l’eau et l'herbage à des distances considérables, soit localiser correctement les endroits qu'ils se rappellent avoir visités précédemment, est un fait trop connu pour avoir besoin d’être confirmé par mon témoignage personnel. Ce dernier peut toutefois n'être pas superflu en ce qui concerne le fait qu’un cheval, habitué à voyager dans le désert, est fort capable, dans le froid d’un hiver de l'Asie centrale, de se passer d’eau pendant cinq jours. Quand j'ai traversé le Taklamakän pour aller rejoindre l'extrémité de la rivière de Kériya, nos quelques poneys restèrent sans être abreuvés pendant quatre jours pleins ?); néanmoins, à en juger par leur condition quand, à la fin, nous atteignimes la rivière, ils auraient probablement pu tenir une couple de jours de plus. Notons d’ailleurs que la marche sur les pentes et plateaux de gravier du Pei-chan est, vu leur caractère uni, beaucoup moins fatigante pour les chevaux et les gens que la traversée des régions couvertes de dunes du Taklamakan.
L'exactitude du récit qui nous a été conservé par la Vé se vérifie jusqu’au bout: car les deux jours de plus qu’elle fait passer en route par Hiuan-tsang avant d'atteindre Hämi correspondent exactement aux deux marches que l’on compte actuellement pour
franchir les 35 milles ou euviron, qui séparent Tchang-liou-chouei 1) Voir ci-dessus, p. 340.
2) CE. Descrt Cathay, II, p. 391 et sq.
Dal AUREL STEIN.
de la ville de Häami. Nous fermons donc ici le livre sur une assurance bien faite pour nous plaire; même ce chapitre initial des voyages du pélerin qui, en raison des graves périls et de la quasimiraculeuse délivrance qu’il rapporte, aurait, plus facilement que tout autre, pu se prêter à l’exagération et à la fiction, est resté dans la narration de Houei-li, à peu près tel qu'il était tombé, selon
toute vraisemblance, de la bouche même du Maître de la Loi.
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