CHAPITRE
Depart de Trinquemalay pour le Pégu. — Description de la Rivière de Rangon et la manœuvre qu’il faut faire pour la monter.
Avant de partir pour le Pégu je pris un chargement de bled et de sucre destiné pour Gondelour et Pondichery. Je sortis de la baye de Trinquemalay le 11 aoust à 8 heures du matin ayant sur mon vaisseau 16 soldats du regiment "Aquitaine, 12 d’artillerie et plusieurs officiers passagers de differents corps pour les conduire à
la côte de Coromandel sous l’escorte de la corvette du Roy, l’Au-
1) Sorte d’animal quadrupede à pied fourchu, d’une taille fine et très bien prise, tres leger à la course. Il y en a de plusieurs espèees qui ont des differences entre elles. Il y a des gazelles d’Affrique qui approchent du chevreuil pour la taille.
2) Sorte d'animal de la classe des quadrupedes, espèce de gros lezard.
guste, commandée par M. Gelin, enseigne de vaisseau. La flûte du Roy, le Chameau, fut aussi destinée à remplir la même mission. Après avoir dechargé la cargaison dans les deux endroits cy dessus designés, nous fimes route pour le Péou.
Nous appareïillâmes de Pondichery le 12 7bre avec un beau temps et nous dirigeames notre route pour passer entre les isles Adaman !) et les isles Cocos: ?) nous mouillâmes à l’entrée de ce canal à 8 heures du soir, et le lendemain matin nous y sommes passés avec des vents du $S. O0. et un courant rapide qui portait au N. E.
Nous fumes prendre connaissance de l’isle Narcondam qui se trouve environ à 22 lieues à l’est des îles Cocos. La vue de cette isle est très nécessaire. Elle se voit dans un beau temps de 18 lieues.
Elle est tres élevée; sa longueur paroïit avoir à peu près une lieue,
et lorsqu'on peut la relever à cette distance, on dirige plus facilement sa route pour l’atterage du Pésu, parce qu’on est exposé à
des erreurs par la force des courants et leurs directions qui chan-
1) Cette isle paraît basse et couverte de bois dans la partie du Sud. On découvre dans son milieu quelques petites montagnes séparées; le coté du nord de cette isle forme une longue pointe qui a la forme d’une tête de marsouin, et au N. N. E. d'icelle paroit une petite isle qui forme un passage très etroit et qui doit être dangereux. Ces isles sont habitées par un peuple que l’on dit être anthropophage.
2) Les isles Cocos sont tres hautes. On peut voir dans un beau temps celle du Ouest à 8 lieues: elle est couverte d'arbres dans la partie de l'Est; il se trouve des élevations sur le bout du N.E. Cette isle paroit ronde quoiqu'il y ait plusieurs pointes qui s’avancent en mer. Sa circonference est d'environ trois lieues. On voit une anse de sable dans la partie du Ouest, et une dans celle de l’Est qui sont formées par deux pointes ou caps qui coupent tres courts. Il parait quelques rochers à fleur d’eau a la pointe de l’Est, et tres près de la terre.
Lorsqu'on est au S. O. de ladite pointe on voit un gros arbre sur l'extrémité d’icelle, qui s'incline en mer, et un peu au dessus une élevation sur laquelle se trouve un groupe d'arbres qui parait représenter une espece de bastion.
L’isle du Ouest paroïit bordée de sable blanc principalement dans les anses ce qui fait croire qu'on peut y mouiller. Environ une lieue au N.E. de l’isle du Ouest, il en paroit une autre plus basse. La longueur est à peu près d’une lieue du S. E. au N.O. et au bout du N.0O. de cette dernière est une autre petite, éloignée d’un tiers de lieue. Ces isles ne
sont point habitées.
gent suivant les parages où on se trouve. Aussitôt qu'on peut trouver le fond il faut faire souvent usage de la sonde; cette precaution est ivdispensable; et comme aux approches de la côte du Pégu il y a flux et reflux, il est necessaire de connoître l'heure de la pleine mer pour continuer sa route suivant les marées ‘), ce qu'on observe dans les differents mouillages qu'on est obligé de faire; principalement lorsqu'on se trouve à l'Est de la riviere de Rangon, le vent regnant au S. 0. il faut mettre à l'ancre au commencement du flot et profiter du zuzan pour s’elever au Ouest. On s’apperçoit de cette erreur par les courants qui ont leurs directions dans ces parages N. N.E. et S.$. O0. et si on se trouvoit au S.E. de Var de la rivière les flots porteroient au Nord et le zuzan au Sud au lien qu’au $. O. d'icelle leur direction est N. E. et S. O. En consequence il est toujours avantageux d'atterer au Ouest de la rivière de Rangon. On doit autant qu'il est possible venir chercher la sonde de la pointe de Baragon qui est la plus sud de la côte. On trouve 55 brasses a dix lieues au large de l'açore du banc de cette pointe et gouvernant au N. + N. E. l’eau diminue d’environ quatre brasses par lieues faites au nord. On peut courir jusqu'au dit bane où l'on trouve à l’açore 7 à 8 brasses d’eau fond de vase verte, un peu dure et quelques coquillages. Lorsqu'on est dans cette position on doit gouverner au N.E. et N. E.£E. pour prolonger la côte, observant de conserver toujours le fond cÿ dessus afin de se tenir à une distance raisonnable des bancs qui
bordent la côte. Celui de Baragon s’eloigne du sud de cette pointe
1) Nous avons remarqué etant environ 15 lieues au large de la côte, qu’au même instant que la mareé etait sur sa fin, et qu'elle se ralentissoit; le conrant contraire reprenoit aussitôt sa direction et sa rapidité, que les zuzants etait à peu près d’une demi heure, plus longs que les flots; et que leur force etoit plus considerable ce qui n’est pas difficile à croire par la grande quantité de rivieres qui se perdent dans la mer. Les eaux dans ces parages etoient tres blanches et epoisses. Nous y avons rencontré beaucoup de gros arbres avec leurs racines qui avoient été entrainés par le courant des rivieres que les pluyes de-
puis 6 mois avaient fait déborder.
environ cinq lieues; comme la terre est tres basse dans cette partie, ainsi que dans celle du Ouest, il est fort difficile de la voir.
De Baragon à la pointe du N. E. de la côte de Dala la terre court au N. E. deux degrés E. La distance est d'environ dix lieues. Cette dernière est beaucoup plus élevée. On y remarque plusieurs arbres qui en donnent connaissance.
De la côte de Dala à la fausse rivière la terre se separe en plusieurs parties. Les pointes sont situées E. N. E. et O. $. O. sur lesquelles on voit des arbres; principalement sur celle de l’ouest, paroïit un groupe qui ressemble à celui qui est sur la pointe de l'Elephant, et la partie de l'Est aux palmiers qui sont à l'Est de la rivière de Rangon, en sorte que si on ne faisoit pas attention, on pourroit se tromper en prenant la fausse rivière pour cette dernière; mais la latitude, les brasses d’eau, la nature du fond et la direction des courants doivent guider.
Il faut prendre garde ne pas trop approcher la fausse rivière à cause du banc qui court à l'E. S. E. et qui s’etend quatre lieues au sud de l’entrée de la rivière de Chinabaker.
De cette derniere jusqu’à la pointe de l'Elephant, la terre s’etend à l'E. N. E. deux degréz nord, environ six lieues elle est assez remarquable, c'est la plus haute de toute la côte et la plus garnie. L’Elephant se demontre par un groupe d'arbres avec quelques palmiers au ouest et au dessus. Cette pointe forme la côte du ouest de la rivière de Rangon. La partie de l’est est beaucoup plus basse, on ne voit que quelques palmiers qui servent de remarque et un petit groupe d'arbres; la terre se prolonge ainsi jusque dans l’enfoncement du Chetam courant an N. E.1N. Elle est bordée de bancs très etendus où se forme une barre. La mer marne tout à coup de 15 à 20 pieds. Le vaisseau le mieux construit qui toucheroïit sur ces bancs, seroit renversé par la force des courants: ils se decou-
vrent toutes les marées et dans le moment de la basse mer leur
elevation fait paroître des isles et des passages entre eux et la terre qui seroient fort dangereux à pratiquer.
On est toujours obligé d'envoyer chercher les pilottes lorsqu'on est au mouillage ou relevement cy dessous et indiqué sur la carte par une ancre {).
Mais si la force du vent ou le mauvais temps empêchoit de mouiller en cet endroit eb d’envoyer chercher les pilottes il faudroit maneuvrer de manière a attendre le tiers du flot pour donner dans la passe, eu se tenant toujours assez au vent de l'entrée à cause de la marée qui porte au N. E. avec violence et lorsqu'on seroit à ce relevement, il faudroit gouverner au N + N. E. en rangeant autant qu'il seroit possible, l’açore des bancs du Ouest, conservant toujours 4 à 5 brasses jusqu'à ce que Chinabaker A. soit au O.$. O. 5 degrés O, la pointe de l’elephant B. au N. N. O. 5 degrés O, et les palmiers de l'Est” au N. E.1N. 5 degrés N. alors on peut gouverner au nord en cotoyant les bancs du Ouest dans la crainte que le courant qui porte au N. E. n’entraine sur Mil de gronde ou banes de l'Est qu'on laisse a droite, et on peut continuer de même pour passer la barre ou l’endroit le plus etroit.
Lorsqu'on est au dernier relevement cy dessus, et pour ne pas trop approcher les bancs du Ouest ou tenir une pointe qu'on aperçoit au fond de la rivière E* une voile ouverte par la pointe de l'Elephant qu’on distingue facilement en agissant ainsi, on est assuré d'entrer dans le canal; on doit observer de ne pas trop l’ouvrir à cause des bancs de l'Est, Quand on releve la pointe de l’elephant au N. O.+0, et les Palmiers de l'E. au N. E. + N. alors on
peut mettre le cap sur la pointe qu'on ouvre à volonté par celle
1) A Il faut avoir la pointe de Chinabaker au Ouest et + S.O. B celle de l’Elephant au N. : N.0O. 5 degrés N. C les Palmiers de l'Est au N. N.E.
D et l’entrée de la riviere au Nord
de l'Elephant observant de donner un peu de tour à cette dernière, à cause d’un banc qui avance d’un quart de lieue.
On trouve dans la passe qui est l'endroit le plus etroit de l’entrée quatre brasses !) d’eau de basse mer. La force du courant fait croître l’eau en peu de temps. Il est pleine mer dans cet endroit à une heure dans les nouvelle et pleine lune; et la mer marne de 15 à 20 pieds.
Lorsqu'on releve l'Elephant au O.+$. O. on est en dedans du banc; alors le côté du ouest est toujours le plus sur, car celui de l’est de la rivière est bordé d’un banc qui se prolonge jusqu’à la pointe, qui sert de remarque et qu’on laisse à Tribord; au dessus d’icelle on trouve le premier choki *). Si arrivé à cet endroit on n’a pas de pilote, on envoie un canoë pour en prendre un au Rangon. Il faut avoir soin de prendre un garde dans le bateau; sans cette precaution l'officier envoyé pourroit être exposé à quelques disgraces de la part du gouvernement de cette ville qui doit être prevenue par les gardes de visite, de l’arrivée des vaisseaux.
Cette rivière est très praticable pour des vaisseaux de toute grandeur. Il y a des passages ou on approche la terre à pouvoir toucher les arbres avec les vergues et le beau pré.
Le lieu le plus dangereux est un banc de pierre qui se trouve au milieu de la rivière sur lequel il ne reste que deux brasses d’eau. Les Pilotes le nomment Manuel de $Sive. On pretend que ce sont les fondements d’une ancienne pagode; son etendue n'est pas considérable; il y a passage des deux côtés et on y trouve 10 à 15 brasses d’eau. Il est necessaire pour y passer d'attendre un tiers de flot monte parceque dans la basse mer la situation du banc cause une resistance au courant qui occasionnent ces remous des marées
considerables qui se font sentir à une lieue au dessus eb au des-
1) la brasse 6 pieds de France.
2) Corps de garde pour les visites.
sous. On evite autant qu'il est possible d'y jeter l'ancre, car les meilleurs cables auroient peine à resister au revirement du courant et à sa force. La profondeur qui est à chaque côté laisse à juger de l'effet de la marée au moment de la basse mer. On rencontre quelques autres bancs de sable jusqu'a Rangon, mais le canal etant passablement large, il est facile de les eviter. On se laisse deriver au courant si le vent n’est pas favorable. On est toujours assuré de trouver dans la basse mer au moins quatre brasses d’eau. Nous arrivâmes à l’entrée de la rivière le 30 7 ef nous mouil-
lâmes devant la ville de Rangon le 7 octobre à 11 heures du matin.
(à continuer).
PSS
PHILIPPICA DES CHINESEN TAN-I0K-PO
GEGEN DEN KAPITÂAN DER CHINESEN