‹ Tung pao. Toung pao (volume 3)Chapitre 20 sur 142 · EST · texte numérisé non relu

EST

Paris, le 30 janvier 1890.

Cher Monsieur,

J'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint un croquis du cours du fleuve Rouge, dans sa partie supérieure, entre Lao-kai et Man-hao. La région comprise entre la première de ces villes et la mer, ayant été relevée, à plusieurs reprises différentes, par des officiers du corps expéditionnaire au Tonkin, je craindrais de ne vous communiquer qu'un travail déjà connu et de beaucoup moins exact que ce qui a été déjà fait, — m'étant fort peu adonné jusqu'ici à la topographie.

Ce croquis est divisé en cinq feuilles. Il indique les bancs de sable et de galets, les rapides formés par ces bancs, les noms des villages situés sur le fleuve et la hauteur de quelques montagnes.

À ce croquis, je prendrai la liberté d'ajouter quelques renseignements sur notre voyage au Yun-nan, et je prendrai pour point de départ Hanoi, ville reliée à Haiï-phong par un service quotidien de bateaux à vapeur. La durée du trajet entre ces deux villes varie de 10 à 24 heures selon la marée: l'entrée du canal des bambous étant très-étroite et très-peu profonde.

Entre Hanoi et Vietry, — au confluent du fleuve Rouge et de la rivière Claire, — il existe un service régulier de bateaux à va-

peur. Ce trajet est de 7 heures environ avec arrêt à Son-tay.

(Depuis l’été dernier, la Ci. des Messageries fluviales a prolongé ce service jusqu'à Tan-quan, village situé un peu au-dessous de Yen-bai.)

C'est à Vietry que nous trouvâmes les jonques qui devaient nous conduire à Lao-kai.

Le 29 mars 1889, — départ de Vietry à 7 h. du matin, arrivée à Hong-hoa à 5 heures du soir.

Le 30 mars, — départ de Hong-hoa, coucher à Ngioc-ktap. — Distance: 22 kilomètres. (Les distances indiquées sont celles par la route de terre.)

Le 31 mars, — départ de Ngioc-ktap, coucher à Phuong-vue. — Distance: 10 kilomètres.

Le 1° avril. — Départ de Phuong-vuc, arrivée à Cam-khe. — Distance: 17 kilomètres.

Le 2 avril. — Départ de Cam-khe, arrivée à Nooi-lao. — Distance: 18 kilomètres.

Le 3 avril. — Départ de Ngoi-lao, coucher à Yen-bai. — Distance de Ngoi-lao à Yen-luong: 10 k., de Yen-luong à Yen-bai: 14 k.

C’est à Yen-luong que l’on quitte le delta pour entrer dans la région montagneuse.

Le 4 avril — Départ de Yen-bai, arrivée le 7 avril à Lam. — Distance: 54 kilomètres. — (C’est au-dessous de Lam que se trouve le fameux rapide, le Ta-kai, qui avait été réputé infranchissable pour des bateaux à vapeur par une grande partie de la colonie européenne au Tonkin. — Je me permettrai de dire que lorsque M. Le Prieur, lieutenant de vaisseau, a tenté de franchir ce rapide, il avait une canonnière peu maniable. Cet essai n'était done pas concluant. Tous les doutes que l’on à pu avoir au sujet de la navigabilité du fleuve Rouge sont dissipés, je crois, maintenant que

M. d'Abbadie est remonté avec son bateau jusqu'à Lao-kai. Le

fleuve Rouge, d'après ce que j'ai pu voir, serait navigable en toute saison dans sa partie supérieure jusqu'à Lao-kai et même jusqu’à Long-po, — environ 60 kilomètres en amont, — si l’on voulait bien faire sauter les roches qui gènent la navigation et faire des draguages. Tout rapide disparaîtrait alors, et Lao-kai ne serait plus qu'à quatre jours de Hanoï.

Du 7 au 8 avril. — De Lam à Bao-ha. — Distance: 38 kilomètres.

Du 9 au 10 avril — De Bao-ha à Phu-lou. — Distance: 27 kilomètres.

Du 10 au 12 avril. — De Phu-lou à Lao-kai. — Distance: 37 kilomètres.

Notre voyage a donc duré 15 jours de Vietry à Lao-kai, c’est-à-dire pour faire un trajet de 350 k. environ, en tenant compte des sinuosités du fleuve. Je dois ajouter que ce voyage a été considéré comme le plus rapide de ceux qui avaient été faits jusqu'alors; mais, aujourd’hui qu’un bateau à vapeur remonte jusqu'à Yen-bai, on peut considérer ce laps de temps comme étant un maximum.

Lao-kai est le seul centre important que l’on rencontre depuis Hong-hoa. Il n'offre pourtant qu’un très-médiocre intérêt. Toutes les constructions dues à Lieou Yong-fou (Liu Vinh-phoc), — ancien chef pirate qui s’est acquis une certaine renommée pendant la guerre du Tonkin, — sont habitées, ainsi que la pagode, par les officiers et soldats détachés à Lao-kai. Tous les Chinois qui y demeuraient autrefois se sont retirés sur la rive droite du Nam-ti à Souphong, — place assez bien fortifiée. À l’époque où nous y sommes passés, le commerce était nul et Son-phong n'était qu’un ramassis

de soldats et de pirates.

De Lao-kai à Man-ha0.

De Lao-kai à Man-hao, la distance est d'environ 150 kilomètres. Le fleuve Rouge sépare le Tonkin de la province chinoise du Yunnan, entre Lao-kai et Long-po, c’est-à-dire pendant plus de 60 kilomètres. Le fleuve coule toujours encaissé entre deux hautes chaînes de montagnes généralement déboisées, sur le sommet desquelles on aperçoit de temps en temps des cultures appartenant à des familles Lolo. Les Pa-y habitent le bord du fleuve et sont assez bons bateliers, incomparablement plus vigoureux que les Annamites.

Nous quittâmes Lao-kai ( #5 ou {4 H#) le 20 avril 1889 à 8 heures du matin. Nous étions à 11 heures à Ban-ngo (%# fé } à Ba-xat chinois (JA #7} ) à 2 h. 30, et à Siao Long-po (oh HE #1] ) à 5 heures du soir, où nous passâmes la nuit.

Le lendemain nous étions à 9 h. 30 du matin à Tien-phong. C'est près de ce village que les membres de la Commission de Délimitation furent attaqués au mois d'août 1886. Le soir, nous couchâmes à Long-po (FÈ #1] 1

Ce village est construit entre le fleuve Rouge et la petite rivière de Long-po, sur une berge très-étroite qui sera enlevée à l’une des prochaines crues de cette rivière.

Pendant la journée du 22, nous ne pûmes faire que très peu de chemin à cause des nombreux rapides qui se succèdent et dont quelques-uns sont fort difficiles à franchir.

Le 4° jour à 11 heures du matin, nous étions à Sin-kai, village d'une cinquantaine de maisons. De Sin-kai à Mong-tse, il y a une route directe. Le trajet est de deux jours et demi à trois jours.

Le 5° jour fut entièrement employé à décharger nos jonques pour leur faire passer le Ta-t'an (grand rapide) et à les recharger.

Le 6° jour nous étions à Man-hao (6 *É) à 3 heures du soir.

Ce village n’est habité que par des Cantonnais, qui seuls peuvent

résister à ce climat torride. Toutes les hauteurs environnantes ont été très-fortifiées pendant ces dernières années. Il se trouve actuellement à Man-hao plus de 300 hommes de troupe, venant des provinces du Koang-tong et du Koang-si.

Le fleuve Rouge, à ma connaissance, n'a jamais été exploré plus loin par aucun Européen, sauf à Yuen-kiang où passa la mission de Lagrée. La distance entre ces deux points est de 150 kilomètres environ, et cette partie du fleuve n’est plus navigable que pour les sampans.

De Man-hao à Mong-tse (3 É ), il faut deux jours de marche par des chemins très-difficiles, (voir le profil de la route de Man-hao à Mong-tse que j'ai eu l’honneur de vous envoyer). On ne rencontre que les villages de Yao-t'éou (ZE BÂ), Chouei-tien (7K FH) et A-san-tchai (ff 3% *) habités par des Lolos. En entrant dans la plaine, la première ville que l’on voit, est Sinngan-so, gros bourg entouré de murs, situé à 15 lis environ de Mong-tse.

Avant de terminer le récit très-succinct de ce voyage, il me semble utile de vous donner un aperçu sur les différentes voies qui mettent la province du Yun-nan en communication, soit avec la mer, soit avec les autres parties de la Chine. Ces routes sont au

nombre de six.

1° Route de Siu-tchéou.

De Han-k'éou (ÉA EH) à Siu-tchéou (BK ff), — point terminus de la navigation du Yang-tse, — on compte de 65 à 75

jours de navigation. De Siu-tchéou à Yun-nan Fou, 22 jours de

marche, en passant par Ta-k'oan T'ing ( K Hé] EE ), Tchao-t'ong Fou (H 4 ff ) et Tong-tch'oan Fou (CK Ji] KT ).

2° Route du Koei-tchéou.

De Han-k'éou à Yong-ning (ZX 5) 60 jours de navigation.

De Yong-ning à Yun-nan Fou, 21 jours de marche, en passant par Pi-tsié (Æ fifi) et Ouei-ning (BK F5 je 3° Route du Hou-nan.

De Han-k'éou à Tchen-yuan Fou (&H jh FF) par Yao-tchéou (Re Ph] ), 39 jours de navigation. De Tehen-yuan Fou à Yun-nan Fou, 31 jours de marche.

4° Route de Canton.

De Canton à Pei-so ( À fi) par Nan-ning Fou, 50 jours de

navigation. De Pei-so à Yun-nan Fou, 22 jours de marche. 5° Route de Bhamo.

De Bhamo à Tali par T'eng-yué (J£ :Ek) et Yong-tchang Fou (ZX E KY ) de 18 à 20 jours de marche. — De Tali à Yun-nan

Fou on compte généralement de 13 à 15 jours de marche. 6° Route du Tonkin.

De Hanoi à Man-hao, on compte 25 jours de navigation. De Man-hao à Mong-tse, 2 jours de route par terre, et de Mong-tse à

Yun-nan fou, 9 jours.

Or, si l’on admet qu’un picul de marchandise coûte: 07,025 de transport par eau et 07,300 de transport par terre et par jour, on trouvera que la route du Tonkin est de beaucoup la plus économique et par conséquent la plus avantageuse au commerce. Le trans-

port d'un picul de marchandise rendu à Yun-nan Fou, coûtera:

1° par la route | 65 jours de navigation 1625 2 de Siu-tchéou [22 » par terre 6,600)

59 jours de navigation 11,475

21 >» par terre 6,300

2° par la route

77,775 du Koei-tchéou

3° par la route | 39 jours de navigation (0,975

10°,275 du Hou-nan (31 » par terre 9,300

4° par la route(50 jours de |: RU

de Canton 22 » par terre

d° par la route j : :

51 jours par terre - 15,300 - 15 ,300

de Bhamo 6° par la route(25 jours de navigation 07,625 F

À 3 ,925 du Tonkin ll > parterre 3,900

Ces chiffres sont, peut-être, le meilleur document que l'on puisse donner en faveur de la voie commerciale, à améliorer, dans notre colonie du Tonkin. ete. etc.

Il nous semble utile d'ajouter à la lettre de M. H. Leduc le rapport du Consul de France à Mong-tze, M. Rocher, publié dans le Journal officiel de la République française du 28 Janvier 1890 Nrr27.

Notes sur un voyage au Yun-Nan. — Renseignements commer-

ciaux. — Moyens de transport. — Navigabilité du fleuve Rouge. —

Monnaies. — Centre du marché. — Relations avec les indigènes. — Communications avec le Tonkin. — Considérations générales. — L’atten-

tion des chambres de commerce et des chambres consultatives des arts et manufactures est spécialement appelée sur le travail suivant dû à M. Rocher, consul de France à Mong-Tze, et qui contient un ensemble complet de renseignements sur les moyens propres à développer nos relations d’affaires avec le Yun-Nan par la voie du Tonkin:

Importation. — Les articles de toute nature à l'égard des indigènes, et plus particulièrement les tissus en laine, cotonnades, cotons filés, horlogerie, lampisterie et pétrole, mercerie (aiguilles), articles de bimbeloterie, coutellerie à bon marché, produits de Canton, vin chinois, tabac de Fou-Kien, allumettes, etc. trouveront ici un de-

bouché assuré.

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