‹ Tung pao. Toung pao (volume 3)Chapitre 23 sur 142 · D2 ROCHER · texte numérisé non relu

D2 ROCHER

ayant une aversion profonde pour la vallée du fleuve Rouge et la région des forêts, où ils ne peuvent descendre sans contracter des maladies incurables, les négociants qui désirent faire des affaires dans ces parages devront venir jusqu'à Mong-Tze qui est le centre du marché et de la production.

La route est parfaitement sûre, exempte d’embarras, la population est douce et hospitalière et les négociants chinois sont anxieux de voir arriver des marchandises et d'entrer en relations d’affaires.

Relations avec les Chinois. — Je ne saurais trop recommander à nos compatriotes, ne parlant pas la langue chinoise mandarine qui est le dialecte du pays, d’avoir à leur disposition des interprètes ou compradores capables de les aider dans leurs transactious avec les indigènes.

Ici, comme dans tous les grands centres des ports ouverts, l'intermédiaire chinois est indispensable; il voit mieux que nous ce qui convient à ses compatriotes, est très patient, discute avec un calme que nous ne possédons pas toujours, sait faire des concessions au moment voulu, et, comme le marchand du pays est toujours timide devant l'Européen qu’il connaît peu et avec lequel il hésite à traiter, le compradore supplée aux exigences de la situation.

Communications avec le Tonkin. — Mong-Tze est actuellement en communication avec le bureau de poste de Lao-Kai au moyen d’un service de courriers partant tous les cinq jours, assuré par les soins du consulat.

Indépendamment de la ligne télégraphique entre Lao-Kai et Mong-Tze, qui va être commencée le mois prochain et sera terminée avant la fin de l’année, notre ville est en communication directe avec l'Europe et l'Amérique par les lignes aériennes du Sse- Tchoan »vià Shanghaï et du Koang-Si »vià Canton.

Comme on le voit, le voyage de Hanoï au Yun-Nan ne pré-

sente aucune difficulté, si ce n’est un grand manque de confort; le

trajet peut être effectué dans des conditions normales entre 20 et

29 jours se décomposant ainsi:

Minimum. Maximum.

ÉlanoïiaLap-Kai:2,,: 2408. 14 jours. 20 jours.

Lao-Kai à Man-Hao ...... 4 >» TRES

Man-Hao à Mong-Tze .... 2 » DS:

Totalsra sou en 20 jours. 29 jours.

Le voyage de retour de Mong-Tze à Hanoï ne prend pas plus de 10 à 15 jours: | Minimum. Maximum.

Mong-Tze à Man-Hao .. 2 jours »/> 2 jours.

Man=Hao. à Lao-Kaï:: > > 9/2 "390 - Lao-Kai à Hanoï. ...... Ononese ATOS jt LORS se jours 1/2 14 jours.

J'ajouterai que, pour le voyage de retour, les jonques sont un peu meilleur marché: des pirogues de 150 à 200 piculs coûtent à Man-Hao de 10 à 12 taëls, pour le voyage; des bateaux d’un tonnage moindre, 4 à 6 taëls; quant aux coolies et aux chevaux, les prix sont absolument les mêmes. Je ne parlerai pas des jonques annamites: nos compatriotes du Tonkin sont plus à même que moi d’être renseignés à cet égard, tant pour la montée que pour la descente.

Considérations générales. — Je ne m'étendrai pas sur les avantages de la route du fleuve Rouge; ils sont assez connus pour n’avoir pas à en faire l'éloge.

Je ne saurais cependant trop répéter aux négociants qui s’intéressent à l'avenir de cette voie dans cette province que, bien que n'étant pas en communication directe avec les centres Han-keou, Shang-haï, Hong-Kong et que la route du Tonkin soit ouverte depuis

peu, les marchés n’en sont pas moins alimentés de produits euro-

b4 ROCHER.

péens par les voies longues et coûteuses du Sse-Tchoan par Han-keou et de Koang-Tong par Pei-Sse.

La voie qui vient d’être ouverte au commerce offrira à nos négociants et à nos fabricants des avantages importants et un immense champ d'action. Il est regrettable que jusqu'ici aucune tentative n'ait encore été faite par les commercants du Tonkin pour entrer en relations d’affaires sur notre marché. L'été et la saison des pluies, il est vrai, n’ont pas favorisé la reprise des affaires; néanmoins, espérons qu'après les crues annuelles du fleuve, mioctobre ou novembre, nos négociants ne perdront pas de temps et qu'avant peu les produits nationaux prendront sur ces marchés la place qui leur appartient.

Je ne dois pas cependant dissimuler à nos compatriotes qu'ils auront à lutter contre la concurrence étrangère bien établie et achalandée depuis des années, ayant des marchandises convenant à la consommation indigène et dont le prix, malgré les frais énormes qu’elles ont eu à supporter jusqu'ici, sont relativement bas.

Les Chinois, habitués à voir ou à acheter tel ou tel article avec telle marque, changent difficilement leur courant, même en leur proposant un article supérieur au même prix.

Ce n’est qu'avec le temps, beaucoup de patience, un personnel bien dressé pour ce genre d’affaires, que nos négociants, avec de l'énergie et un peu d'initiative, auront raison de ces difiicultés que je considère comme passagères.

Depuis l'ouverture du fleuve Rouge, il n’y a plus de doute, comme les pessimistes l’ont souvent mis en question, que les produits arrivant par cette voie ne puissent, non seulement approvisionner la province, mais aussi une partie du Sse-Tchoan et du Koci-Tchéou.

Nous ne sommes plus au temps des hypothèses, les faits ac-

complis en sont la meilleure preuve. Il suffit de consulter les sta-

tistiques pour voir que, depuis l’ouverture de la douane, les marchandises arrivant par la voie du Tonkin sont expédiées sous le couvert de passe de transit, non seulement jusqu’à Tali et toutes les villes de l’intérieur, mais aussi au Sse-Tchoan et au Koei-Tchéou où elles arrivent à meilleur compte que celles qui viennent par la voie du Sse-Tchoan par Hankeou ou de Canton par Pei-Sse. Les marchands indigènes usent largement de ces facilités et, avant longtemps, nous pouvons espérer un grand mouvement d’affaires.

La route est ouverte et facile, notre situation exceptionnelle et les négociants indigènes désireux de faire des affaires.

C’est maintenant à l'initiative privée, au commerce national, qu'il appartient de tirer parti de ces vastes débouchés. Nous sommes persuadés que nos négociants ne seront pas en retard et surtout

qu'ils ne se laisseront pas devancer par les étrangers.

VARIÉTES.

Page 1