‹ Tung pao. Toung pao (volume 3)Chapitre 36 sur 142 · M. L’ABBÉ FAVRE · texte numérisé non relu

M. L’ABBÉ FAVRE

M. l'abbé Favre, professeur de malais et de javanais, a succombé, en 1887,

à la maladie dont il avait contracté le germe pendant son séjour en Malaisie.

La vie tout entière de l'abbé Favre a été consacrée à l’étude et aux rudes et périlleux travaux de l’apostolat au milieu de populations sauvages. Né le 12 Février 1812, à Janville, dans le département d’Eure-et-Loir, Pierre- Etienne-Lazare Favre se consacra dès sa jeunesse 4 l’état ecclésiastique. Il exerca, pendant quelques années, les fonctions sacerdotales, en se préparant à la mission vers laquelle il se sentait entraîné. Envoyé en 1842 dans l'Indo- Chine, en qualité de missionaire apostolique, il se voua à la tâche difficile et souvent dangereuse d’évangéliser les peuples de la Malaisie. Rien ne put ralentir un zèle et une activité qui lui permirent de réunir les ressources à l’aide desquelles il fonda deux missions françaises, l’une à Malacea, l’autre au milieu des tribus inhospitalières de la Péninsule malaise. C’est aussi à M. l’abbé Favre que revient l'honneur d’avoir construit les églises et fondé les écoles françaises de Malacca et de Poulo-Pinang. Les moments que M. l’abbé Favre pouvait dérober à ses travaux évangéliques étaient consacrés par lui à des études de linguistique, d’ethnographie et de géographie, et, en 1850, il faisait part du résultat de ses recherches à la Société de géographie de Paris. Bientôt, l'influence d’un climat meurtrier et les fatigues de voyages incessants dans des terres insalubres altérèrent profondément la santé de M. l'abbé Favre. Il sollicita et obtint la permission de revenir en France. Les services qu'il avait rendus à ceux de nos compatriotes qui avaient exploré l’Indo-Chine ou s’y étaient établis avaient attiré sur lui l’attention du Département des Affaires étrangères. Par une décision ministérielle rendue le 27 novembre 1860, M. l'abbé Favre fut autorisé à faire un cours pratique de langue malaise à l’Ecole des jeunes de langues de Paris. La nomination de M. Dulaurier, professeur de malais, à la chaire d’arménien près l'Ecole spéciale des langues orientales vivantes permis au Ministre de l’Instruction publique de confier à M. l'abbé Favre le cours de malais et de javanais à la même Ecole (26 Février 1862). Pendant lés vacances de cette année, il fut chargé d’une mission en Angleterre afin d'explorer les dépôts publics et d'étudier les manuscrits malais et javanais qui y sont conservés ; l’année suivante, il se rendit dans le même but en Hollande et il fit connaître, par deux rapports, le résultat de ses recherches. Le 5 avril 4864, M. l'abbé Favre recut le décret qui le nommait professeur titulaire. Dès ce moment, il se consacra tout entier à son enseignement et à des publications dont il avait amassé les matériaux pendant son séjour en Malaisie. Il avait fait paraître à Venise en 1863, la Prière de saint Nersès Glaïetsi, patriarche d'Arménie , traduite en malais. En 4865, il publia une relation des tribus sauvages de la péninsule malaise, de Sumatra et de quelques îles voisines, suivie du récit d’un voyage dans les Etats de Johore et de Menangkabaw: An account of the wild tribes inhabiting the Malayan Peninsula, Sumatra and a few neighbouring islands with a journey in Johore and a journey in the Menanghabaw states

of the Malayan Peninsula (Paris, Imprimerie impériale), puis une Grammaire

javanaise (Paris, 1866), un Dictionnaire javanais (Paris, 1870), un Dictionnaire malais-français (Paris, 1875), une Grammaire de la langue malaise (Paris, 1876), et enfin, en 1884, un catéchisme en malais sous le titre de Pengajaran Mesehi. Cet ouvrage est le dernier qui soit sorti de la plume de M. l’abbé Favre. Sa santé déclinait rapidement, et il dut, au commencement de l’année 1885, confier à M. Aristide Marre le soin de continuer ses leçons. Il en reprit cependant le cours après une année d’absence, mais il dut bientôt reconnaître qu'il avait trop présumé de ses forces. Arrivé au terme de la vie, il voulut mourir debout; il fit appeler un vénérable ecclésiastique auquel l’unissaient les liens d’une ancienne et vive amitié. Il reçut de lui les dernières consolations et expira vers le milieu de la journée du 17 mars 1887. (Recueil de l'Ecole des Langues orientales, 1889, I).

Ch. SCHEFER.

BULLETIN CRITIQUE

L'Empire d’Annam et le peuple Annamite. Aperçu sur la géographie, les productions, l’industrie, les moeurs et les coutumes de l’Annam. Publié sous les auspices de l'administration des colonies, annoté et mis à jour par J. Silvestre, Administrateur principal en Cochinchine, Professeur à l’école des Sciences politiques à Paris (Paris,

Librairie Félix Alcan, 1889), in-12.

Cet ouvrage très intéressant pour la connaissance de l’Annam n’est en somme qu'une reproduction de l’Apercu sur la géographie etc. du royaume d’Annam, inséré sans nom d'auteur au Courier de Saigon en 1875 et 1876. Mais ce journal officiel n’était tiré qu'à un petit nombre d'exemplaires, ce qui

a été la cause que l'Aperçu en

question est presque ignoré en Saïgon, et entièrement en France et le reste de l’Europe.

M. J. Silvestre, qui a résidé luimême longtemps en Annam, et qui était à même de juger de la grande valeur de cet Aperçu, a demandé et a obtenu du Sous-secrétaire d'État aux Colonies l'autorisation de pouvoir rééditer le texte primitif, texte qu'il a enrichi de notes et de notices. Seulement, comme les renseignements sur Ce pays ne vont que jusqu’à l’an 1858, M. Silvestre a joint à l'ouvrage primitif un Appendice, suppléant l'aperçu primitif jusqu'à nos jours, et contenant une Histoire de l'Annam et des peuples qui l’ont successivement occupé; un article sur le cours du Mé-Kong; un aperçu de la rela-

tion de Baron touchant le Tonkin

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en 1685; une description de Saïgon | blement dans cette langue, mais

avant l'occupation française; une notice sur la houille au Tonquin, sur l'assiette des impôts, sur les finances de l’Annam et sur les lois militaires du code Annamite.

L'ouvrage est enrichi d’une carte de l’Annam en 1838 d’après Mgr.

Taberd, évêque de la Cochinchine et du Ciampa. Nous recommandons le livre de M. Silvestre à tous ceux qui s'occupent des études Indo- Chinoises pour la foule de renseig-

nements précieux qu'il contient.

Contes Chinois par le Général

Teheng Ki-tong. Paris, Calmann |

Lévy, 1889, in-18 jésus.

Lorsque, 1l y a quelques années, le général Tcheng Ki-tong publia son petit livre «Les Chinois peints par eux-mêmes» des doutes sérieux étaient entretenus par le monde savant si ce livre n’était pas une mystification de l’un ou de l’autre sinologue.

On ne put croire qu’un véritable Chinois eût appris la langue française tellement à fond, que non seu-

lement il sût s'exprimer convena-

même énoncer son dire élégamment dans un style nerveux sui generis. Depuis, on a bien dû reconnaître que tel était vraiment le cas, et un de mes amis Parisiens me dit un jour, en parlant de la facilité avec laquelle le général Chinois parle le Français:

«Vous savez, il est plus que Parisien, il est Boulevardier».

Nous avons donc le droit de nous féliciter que le général ait bien voulu se donner la peine de traduire en français quelques contes Chinois tirés du célèbre Recueil ll 7 ER Ft Liao-Tsai-tchi-i, écrit par Ni] #24 Ha Pou-Soungling, un célèbre savant de la province de Chan-toung vers 1710.

Ce que nous regrettons dans cet ouvrage, c'est que le Général ne nous ait pas donné une traduction complête des contes qu'il a publiés, mais qu'il a plutôt fait (comme il le dit lui-même dans sa préface p. VII) une adaptation qu'une traduction proprement dite.

Or la connaissance de la langue chinoise n’est pas encore tellement

avancée chez nous autres Euro-

BULLETIN

péens, qu'une traduction faite par un Chinois même, sachant leFrançais comme il le sait, ne nousaurait pas été d’une utilité immense. Ensuite, le Général a donné à ses contes d’autres titres que ceux qu'ils portent dans l'original, de

sorte qu'il est assez difficile de re-

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trouver les contes publiés par lui.

Nous avons pris la peine de collationner la traduction du général avec l'original, et nous donnons ici les titres adoptés par le général avec les titres correspondants Chinois ainsi que les numéros d'ordre

dans l'original:

1 La voix du sang Æ #E À N°. 215 du Recueil Chinois. 2 Un amour aquatique = AK ff RU Le VIII »

3 Un Dieu complaisant PE Fi > 17» » »

4 Une femme de coeur Æ a DOUÉ CAE. »

5 Un sacrifice héroïque FH À » 107 » Pr A MES 6 Les pivoines enchantées Æ EE» 50» » »

7 Une femme extraordinaire ff A2 026121 ls »

8 Un bon ennemi fu K Ma Ste »

9 Le Vampire nn J£ DATA is »

10 La maitresse légitime JE 4 > 66» » »

11 Une princesse de l'onde %£ A] ÆÆ 1fy > 109 » » » 12 Chrysanthème HT it 68» » »

13 Un rêve réalisé E É À TE» LWM6> » »

14 Une jeune rieuse 5e EX RE CE RE »

15 Un bonheur dans le malheur Hé Fe POUT ANT » 16 Malheurs dans le bonheur FE pe Un 71 0n 0 PREMIER » 17 Un nid d'amour # fill > 119 » » »

18 Un enfant terrible He Malle ters »

19 L’étui merveilleux L Les oP (ii POUILOMEEE 5» » 20 La lune de miel SHt 4 À == PU ASS > Ut >» » 21 La musique après la mort F5 >» 148» » »

22 Flagrant délit & Æ > 136» » »

23 Avatar

25 Le perroquet

26 Une avocate

Le collationnement susdit nous a permis de comparer continuellement la traduction française du général Tcheng Ki-tong avec le texte Chinois, et nous ne pouvons que rendre hommage à l'excellente et heureuse manière dont le traducteur a rendu le sentiment de l’auteur Chinois, et à la fidélité de la traduction.

Cependant il y a ça et là quelques inexactitudes. Pag. 193, le général rend les caractères Chinois HE À Es 5h par «on introduisit la compagnie des ÆRossignols; or le = ying n’est pas le rossignol, mais l'oriole (Oriolus galbula). Le nom Chinois du rossignol est ÀT 3% ou — ERA E; . Page 240,dansleconte de «l’Etui merveilleux», il a traduit la phrase fat Hi À FF A par le proverbe français «Quand on parle de la rose on voit le bouton», au lieu de «Il ne faut pas parler des gens derrière leur dos». Les équi-

valents du proverbe français en

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