CONGRÈS INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES
(Suite.)
Après avoir parlé de ce qui pouvait intéresser nos études dans le Congrès, nous allons décrire les fêtes que le Roi, le Comité d’organisation, les municipalités, la nation ont données avec une splendeur sans égale à l’occasion de cette réunion scientifique. À tout seigneur, tout honneur. Le roi Oscar avait convié les Orientalistes à une soirée dans le château royal de Drottningholm sur le lac Maelar; rien de plus charmant que la vue de ce lac avec ses innombrables villas, cette foule de curieux sympathiques, qui sur les bords, agitaient leurs mouchoirs au passage des trois vapeurs, le Tessin, le Victoria, le Vaxholm portant les invités, accompagnés de musiques installées sur une multitude d’embarcations. Les présentations furent faites au Roi à Drottningholm dans une grande salle décorée des por- . traits de tous les souverains règnant en Europe il y a quelque trente ans ; dans d’autres salles de ce palais intéressant, nous retrouvons de superbes tapisseries des Gobelins, signées d’Audran , de vieilles porcelaines de Chine, des émaux cloisonnés , des souvenirs de Gustave IIT:
dans l'escalier, de magnifiques soldats portant encore cet uniforme des célèbres trabans de Charles XII, rangés immobiles comme des statues, regardent passer les orientalistes, la plupart en habits ou en uniformes, faisant contraste avec la tenue négligée de trop de personnes qui donnaient quelquefois à ce défilé l'apparence pittoresque mais dénuée de goût d’une bande de touristes de la maison Cook. Il faut d’ailleurs remar-
quer que Ja façon dont les buffets ont été pris d'assaut, dans toute la durée de ce congrès, a permis avec juste raison de supposer que parmi les représentants légitimes de sciences dont les adeptes doivent par les préceptes du Coran, de la Bible, ou de Confucius, se faire remarquer par leur calme sérénité et leur grande sobriété, s'était glissé un grand nombre d'individus qu’une souscription acceptée trop légèrement peut-être, autorisait à fréquenter des salons de palais et d’hôtels de ville, quand leur rang social et surtout leur éducation, eussent dû les reléguer dans les antichambres et dans les cuisines. Le retour de Drottningholm à Stockholm a été vraiment féerique; des maisons de campagne illuminées , des fanfares à droite ou à gauche, des feux d'artifice imprévus, partant de çi, de là; la tour Eiffel surgissant tout à coup sur un rocher; au milieu du bruit et de la lumière, la lourde masse des navires formant des silhouettes noires, me rappelaient parfois les visions fantastiques du premier acte du Faust, donné par Henry frving au Lyceum- Theatre.
Et avec cela, un temps admirable, et tous les jours, la joie de œæs bonnes gens rangés devant le grand Hotel et l'hôtel Rydberg pour voir passer les uniformes !
On ne peut s’imaginer que ce superbe quai, que ces ponts spacieux, Norrbro, Wasabron, aujourd’hui ensoleillés, sont couverts tant de mois de neiges qui semblent éternelles; de ma fenêtre du
Grand Hôtel, je vois en-bas cette foule immense, ce bras qui réunit la mer au Moelar et en face, ce vaste Palais Royal, triste, majestueux et laid comme une caserne; immédiatement à ma gauche, une dépendance de l’Hôtel où sont logés les invités du Roi, le Musée National; au delà de petites collines, des coupoles, des villas et encore des villas; à droite sur le quai, l'Opéra, condamné à disparaître, plus loin le Norrbro qui coupe la masse d’eau avec un parterre tous les soirs illuminé; plus loin encore, le maigre clocher de l’église de Riddarholm où sont enterrés les rois, enfin au dernier plan, le Moelar : c’est charmant ; partout des jardins avec de la musique, et ce punch suédois, doré, insidieux qui laisse la tête calme, et fait vaciller les jambes, — j'en parle par ouiï-dire.
Le mardi 3 Septembre, M. le Comte et Mme la Comtesse de Landberg offraient une fête dans les appartements de gala du Grand Hôtel. Nos hôtes s'étaient donné beaucoup de mal pour nous recevoir, trop de mal peut-être; on avait réquisitionné tous les domestiques de l’hôtel, aont la mine peu orientale faisait ressortir l’étrangeté des costumes que n'avaient certainement signés ni Delphine Baron, ni Babin. On avait parfois l'impression d’une cérémonie en l’honneur de Monsieur Jourdain: le muphti manquait ; il était remplacé par quelques danseuses que je crois élégantes sur parole, car il m'a été impossible d’apercevoir soit une tête, soit un mollet. Le Roi, qui assistait à cette soirée, se montrait particulièrement gracieux à l’égard d’un grand nombre d'invités; il est regrettable que les comparses n’aient pas secondé les excellentes intentions de leurs patrons magnifiques.
Le mercredi 4 septembre, les membres du Congrès étaient conviés à une fête au vieux Upsal (Gamla Upsala). Le vieil Upsal est à une petite distance d’Upsal méme, et la légende veut que les monticules qui s’y élèvent soient les tombeaux des antiques dieux scandinaves Odin, Thor, Frey. D’assez bonne heure, les étudiants précédés des bannières de chaque nation, sétaient réunis à Gamla Upsala; lorsque tous les hôtes furent arrivés, le gouverneur de la province le Comte de Hamilton, le Comte de Landberg, chargé de remettre au Congrès de la part du Roi une corne à boire, puis le
Rector magnificus ayant prononcé des discours applaudis, on fit circuler de vastes cornes dans lesquelles les assistants burent fraternellement l’hydromel des dieux. Le spectacle était fort imposant, mais entre nous, je dois dire, que l’hydromel des dieux m’a fait l'effet d’un vieux «coco» sucré avec de la mélasse.
La marche de Carmen nous a accompagnés jusqu’au train qui nous a amenés à Upsal, que j'avais visité le matin; heureusement pour moi, car Upsal est une ville mal pavée, et la longue promenade que nous avons dû faire, quatre par quatre, de la gare à l’Université, n'avait rien de récréatif pour les habitués du pavage en bois des grandes capitales continentales. En revanche, nous avons été frappés par la cordialité des jeunes gens qui nous ont accueillis; on sentait que l’on se trouvait parmi des gens hospitaliers et gais; les choeurs d’Upsal sont remarquables: des voix de tête blanches qui donnent une impression saisissante; on avait eu le tort, et ceci n’est pas de la faute de l’Université, d'intercaler au milieu de ces réjouissances, quelques discours parfaitement inutiles, sauf celui du Recteur, et que l’on a pris le soin religieux de ne pas écouter ; les asiatiques seuls ont eu le succès dans ce tournoi oratoire: le prêtre parsi de Bombay et surtout l’interprète de notre excellent Cadi de Tlemcen. J’ai remarqué la splendeur des deux grandes Universités suédoises: celle de Lund, fort belle, n’a cependant pas l’étendue de celle d’Upsal, mais je ne saurais trop recommander aux excursionnistes, de s’arrèter à Lund, qui possède une des plus belles églises romanes que je connaisse, avec une superbe crypte et un passé légendaire qui fait la joie d’un folk-loriste. Upsal n’a pas un monument qui mérite d’être comparé à l’église de Lund; cependant sa cathédrale, dûe à un artiste français, a de la grandeur. Quoiqu'en réparation, nous l'avons visitée: elle contient de fort beaux monuments, en particulier celui de Jean III; le tombeau de l’illustre Gustave Wasa est placé dans la chapelle absidiale ; près de là, on montre l'endroit où Saint Eric fut assassiné; la ville est dominée par le grand château à deux tourelles de Wasa, dans les dépendances duquel se trouve une cloche qu’on appelle le moine, à laquelle se rattache une histoire que nous conterons peut-être quel-
EE nd pote mn dre étés ne he mn ét li
VARIÉTÉS
que jour. L'Université est un des plus !
somptueux bâtiments de ce genre que
j'aie vus dans mes voyages: l’Aula est. | immense; avant le monument de M..
Nénot, le grand amphithéâtre de notre
vieille Sorbonne avait médiocre apparence, comparée aux superbes salles de cérémonie de Berlin, d'Upsal, de Christiania, et surtout de Vienne. Nous avons eu grand plaisir en parcourant les rues
de la ville à voir le volume, nouvellement | imprimé, des Mélanges écrits par les |
élèves suédois de M. Gaston Paris, qui a été offert à notre compatriote le 9 Août 1889,
Le jeudi 5 Septembre, il y avait à |
l'Opéra royal, représentation de gala à laquelle assistait le Roi: on donnait Aïda, traduit en suédois par Hjalmar Sandberg sur l'original italien de A.
Ghislanzoni. L’opéra de Verdi a été fort bien interprêté, particulièrement par M.
Üdmann (Radamès), Mn: Ostberg (Aïda) et Melle Jungstedt (Amneris). Le bâtiment de l’opéra tombera bientôt sous la pioche des démolisseurs, mais il est aujourd’hui encore ce qu’il était il y a un siècle, et il évoque le terrible souvenir de l’assassinat sur la scène, dans un bal masqué, le 16 mars 1791, du roi Gustave II, tué d’un coup de pistolet par Ankarstrom : il est curieux de noter que ce sujet tragique à fourni au même Verdi, dont nous applaudissions ce soir l’Aida, le livret d'il ballo in Maschera, trans-
formation de la pièce de Scribe, Gustave |
IT ou le bal masqué.
Le lendemain, Vendredi 6, un groupe important d'habitants de Stockholm offrait une soirée aux orientalistes à Hasselbacken. Hasselbacken est un Jardin, dépendance luimême du Djurgärden, promenade à la mode, qui est pour les Suédois ce qu’est le Bois de Boulogne pour les Parisiens, Hyde-Park pour les Anglais, le Thiergarten pour les Berlinois, le Prater pour les Viennois. On se rend à Hasselbacken, dont les restaurants et les concerts sont très fréquentés, soit par bateaux mouches, soit par tramways:
somme toute, c'est une espèce de Tivoli.
La musique était excellente; si à propos d’une réunion scientifique, on peut parler d’art culinaire, je n’hésite pas à dire que le souper offert à Hasselbacken a été de
- beaucoup le meilleur qui nous ait été
servi pendant le congrès,
Le Samedi 7, après la clôture du Con- |
grès de Stockholm par le Roi, avait lieu au Grand Hôtel un superbe banquet offert par le comité d'organisation; le clou de cette soirée a été le menu ; chacun des plats y est l’objet d’un commentaire daus une langue orientale avec la traduction. Le texte n’est pas toujours d’un goût irréprochable; ainsi je trouve que l’on aurait pu se dispenser de cet exemple: «Le fromage ressemble à la femme et non à la rose: Le goût en est bon, mais mauvaise est l'odeur». Mais l’exécution typographique en est admirable :
c’est un chef d'œuvre qui fait le plus grand honneur à la maison Brill, qui a été chargée de ce travail auquel ont collaboré : MM. le Comte Carlo de Landberg (arabe vulgaire d'Egypte, schnaps suédois), Gustave Schlegel (chinois, potage à la suédoise), A. Dillmann (Ge’z, rissoles à la russe), F. Max Müller (sanscrit, saumon à l’impériale), Klinkert (maluis, filet de bœuf à la parisienne), Th. Nôldeke (syriaque, chaud-froid de suprême de volaille à la périgord), E.
Kautsch (hébreu, timbale de gélinottes à l’orientale), Georges von der Gabelentz (mandchou, paté de foie gras), A. C.
Vreede (javanuis, jeune coq), À. H. Sayce (accadien, salade), Ahmed Midhat Bey (langue ottomane, agneau au riz à la bédouine), E. Amélineau (copte, artichauts au beurre), J. Lieblein (}iérogliphique, gâteau à la victoria), D. H.
Müller (himyarite, glace), H. Almkvist (bichüri, fromages assortis), Dr. Isuboi (japonais classique, dessert international), À. Vambéry (djagatai, fruits divers), de Goeje (arabe classique, champagne), Paul Haupt (/angue de Babel, vin de Bordeaux), Habib d’Isfahän (persan moderne, remerciment pour le repas).
Immédiatement après le diner, branlebas général; à bas les habits noirs, rentrées les décorations, sortis les vestons de voyage et les couvertures de nuit:
on part pour Christiania! Dans le vestibule du Grand Hôtel, on enregistre les bagages, on se bouscule : deux trains sont en partance, l’un à 40 h. ‘Z, l’autre à 11 h.10; le nombre des voyageurs est grand, et celui des sleeping-cars restreint; le voyage est long, comment passera-t’on la nuit? je le sais maintenant et on ne my reprendra pas. Le réveil a été agréable; à la gare gaie de Charlottenberg,
un premier déjeuner nous attendait, et nous lui avons fait honneur. On est arrivé à Christiania fort tard, dans l'après-midi, grâce à un accident de -machine: les bielles s'étaient cassées.
Semblable accident nous était arrivé en 1878, en allant à Florence entre Chambéry et Modane; dans le même train que moi, se trouvaient, comme aujourd’hui, M. Oppert et M. Sayce qui me rappelle ce souvenir.
L'arrivée à Christiania, c'était un Dimanche, a été triomphale; je n’ai jamais vu un pareil concours de population; il y avait des gens jusque sur les toits; lés voitures ne pouvaient avancer qu’au pas; d’ailleurs, nous n'avions pas de temps à perdre, grâce au retard du chemin de fer, car il nous fallait assister à une réunion amicale qui a eu lieu le soir même à la loge maçonnique.
Le lendemain, lundi 9, avait lieu à l’Université l’ouverture, sous la présidence du prince Eugène, de la seconde session du Congrès. Dans l’après-midi, des bateaux à vapeur nous ont conduits à Bygdg. Après une visite au château moderne d’Oscarshall, admirablement situé sur le fjord de Christiania, on nous a fait voir les anciennes constructions norvégiennes dont quelques-unes remontent au Moyen Age, et qui ont été transportées aux frais du Roi, de différents endroits à Bygdg: l'église (Stavekirken) du Hallingdal, la cabane (Stuen) et le grenier sur pilotis (Sfabur) du Thelemark, la cabane enfumée (Rggstuen), du Saetersdal et le «Loft» du Gudbransdal.
On pourra d’ailleurs consulter sur ce sujet si intéressant la brochure contenant le discours prononcé par M. le professeur Dietrichson, de l’Université de Christiania, membre de l’Académie des Beaux-Arts de Stockholm: l'Eglise en bois de (ol el les autres bätiments d'ancienne construction norvégienne rebätis en Bygdg par la munificence de S. M.
le Roi Oscar IT. Ensuite M. le chambellan Holst, intendant en chef de la cour de Norvège, a fait les honneurs d'un ‘souper au Bygdo Kongsgaard. Le retour à Christiania a d’ailleurs été très brillant.
La journée du 10 a été assez fatigante ; nous sommes allés à Hônefos, au N. E, de Christiania, voir d’eau. Le trajet, qui n’est de 31 lieues,
de fort belles chutes |
HRSES:
VARIETES
ne dure pas moins de quatre heures et demie: les chutes de Hünefos n'ont pas toutefois la grandeur de celles que nous avons vues “depuis à Trollhättan ; cette excursion nous à d’ailleurs per mis de parcourir une certaine partie du pays, fort intéressante, remplie de moulins, de scieries; partout on voit des trains de bois. La population de Hünefos nous a fait l'accueil le plus charmant et après un très bon diner sous un grand hangar, une vraie bataille de fleurs s’est engagée entre de jeunes Orientalistes et d’aimables voyageuses demeurant dans hôtel voisin. Au retour, il y avait souper à Drammen, ville importante et pittoresque à une douzaine de lieues de Christiania; les dames de cette ville s'étaient donné la peine de venir ellesmêmes nous faire à la gare les honneurs de ce souper; il y a vraiment dans toute cette population un sentiment très digne de l’hospitalité exercée sans fracas.
Le Mercredi 11 Septembre, c'était au tour de la ville de Christiania d'offrir un banquet pendant lequel la musique de la 2e brigade d'infanterie, sous la conduite de ses chefs, MM. Ole Olsen et Chr. Alme, a joué une série de morceaux, parmi lesquels nous avons eu le plaisir de retrouver des fragments de Sylvia, de Léo Delibes. Il existe trop de relations entre la Norvège et la France pour que nous n’ayons pas rapporté de la capitale du Nord, la plus agréable des impressions; nous n'avons eu garde, pendant notre séjour dans cette ville, de ne pas visiter cette relique de l’archéologie norse, la grande barque des Viking, qui est conservée dans un bâtiment spécial dans le jardin derrière l’Université. Cette barque a été déterrée en 1880 dans une commune de Gokstad près de Sandefjord, vers l'embouchure du fjord de Christiania. Ce navire servait de tombe à un chef; il devait porter environ 32 rameurs.
Christiania possède quelques beaux monuments, un peu trop neufs, tels que l’Université, le palais du Parlement (Storthing), le Palais-Royal, la terrasse Victoria, construite à la place d’un vilain quartier, l’Athenäum, mais la partie vraiment intéressante est le fjord dans lequel la presqu'île où sont construites les
| fortifications forme deux golfes, deux
ports: Bjürviken, Piperviken. La princi- .
pale rue dans laquelle se trouve l’Uni-
! versité et qui conduit au Palais-Royal,
VARIÉTÉS
est la Karl Johans Gade, ainsi nommée en l’honneur de Bernadotte; c’est dans cette rue que s'ouvrent les grands magasins de ces vieux bijoux de paysans norvégiens, bien connus à Paris depuis l'Exposition Universelle. N'oublions pas de noter que l'éditeur Carl Varmuth a dédié aux Membres du Congrès des Orientalistes un Souvenir de Christiania, qui renferme 50 morceaux de musique nationale dont nous ferons notre profit pour la Revue des Traditions populaires.
Mercredi 11 Septembre, 10 heures du soir : répétition de la scène du départ de Stockholm ; nous allons quitter la Norvège et rentrer en Suède. Gothembourg sera notre dernière étape, mais nous ferons un arrêt à Trollhättan. — 9 h.
du matin, grand tumulte, lumière intense, brouhaha infernal, train arrêté; y a-t-il un accident? tout le monde se précipite par les portières dans les costumes les plus pittoresques; nous sommes à la frontière de Norvège, à Fredrikshald ; une foule énorme encombre le quai de la gare, un souper nous attend: la municipalité de la ville n’a pas voulu nous laisser passer sans nous donner un témoignage de l'intérêt qu’elle porte à nos études; nous jetons un dernier coup d’oeil sur la vieille forteresse où fut tué Charles XII en 1718, et qui, éclairée de feux de Bengale, domine toute la ville.
Nous envoyons un souvenir amical à ce bon peuple de Norvège: nous voici à Trollhättan; cascades, écluses, dont vivent papeteries, scieries, industries de toute espèce; un soleil admirable éclaire un magnifique paysage et nous reprenons presque avec regret à 2 heures le train pour Gothembourg. A Gothembourg doit sonner l’heuredela séparation, mais la municipalité nous offre à l'hôtel Haglund un dernier banquet inspiré par la même cordialité que les précédents (jeudi 12 septembre). Cette belle ville de Gothembourg à d’ailleurs un intérêt particulier pour moi, car elle était le siège de l’ancienne Compagnie royale de
Suède dont j'ai été l’historién, et j'y retrouve avec plaisir les bâtiments encore intacts.
Dès le lendemain, départ général: les uns, par Malmoe et Copenhague, les autres, directement à Rotterdam, Anvers ou Hull; je débarque à Frederikshavn avec mon ami le Dr. Schlegel et M.Meyer, de Batavia, et nous descendons ensemble la route longue, fastidieuse et plate du Jutland jusqu’à Hambourg où nous trouvons un repos bien gagné.
Ces magnificences ne devraient laisser que d’agréables souvenirs à ceux qui en ont été l’objet ou les témoins: en effet, elles ont mis au cœur de tous ceux qui ont assisté au Congrès, un sentiment de profonde gratitude pour les peuples de Suède et de Norvège et leur Roi; il est mème surprenant que pendant un congrès qui a duré douze jours, la sympathie qu'on nous a montrée n’ait pas fléchi un seul instant et qu'aucune expression de lassitude à l'égard d'hôtes peut-être trop nombreux ne se soit manifestée; personnellement, je me souviendrai toujours des gracieusetés dont j'ai été comblé.
Il n’y a qu’une ombre à ce tableau :
quelques membres du Congrès ont pensé qu’il serait peut-être opportun d'établir des règlements généraux pour les réunions futures, et leur donner une consécration officielle. Il y avait sans doute quelques réformes à apporter, mais les propositions qui ont été faites, ne l’ont pas été avec la réserve nécessaire, afin de sauvegarder le légitime amour-propre des principales nations intéressées dans la question: de là, des dissentiments, un schisme. Comment se terminera-t-il ?
Probablement par la continuation d’une tradition qui a donné jusqu’à présent des résultats prospères. Mais n'est-il vraiment pas désolant de clore l’historique de ce fastueux Congrès par ces mots: la discorde est au camp d’Agramant.
HENRI CoRDIER.
ALLEMAGNE
— M. le Professeur Dr. F. Hirth a publié dans la «Zeitschrift für Ethnologie» (Heft II) un article sur les anciens tombeaux impériaux dans l’Asie centrale, ainsi qu'une histoire du chat domestique en Chine.
— Dans le «Globus» (Vol. LVIT, N°. 24) le professeur Dr. F, Marthe donne un aperçu des résultats provisoires de l’expédition russe au Thibet par le colonel Pjefzof.
— La «Oesterreichische Monatsschrift für den Orient» contient dans son N°. de Mai les articles suivants: Dr. H. Weipert, « Die Ehe in Japan »; Gustav Troll, «Die Genussmittel des Orients» (l’opium et le tabac); Edwin Arnold, «Ein Bild aus dem Chinesischen Leben», extrait du Daily Telegraph ; et une notice extraite des «Mittheilungen aus dem Gebiet des Seewesens» sur l’arsenal maritime Chinois à Kiang-nan.
— M. Yorikadzu de Matsudaira à publié un gros volume «Die Vülkerrechtlichen Verträge des Kaiserthums Japan» (Deutsche Verlags-Anstalt, Stuttgart, Leipzig, Berlin, Wien).
— Un livre extrêmement curieux et savant «Die bildenden Künste bei den Dayaks auf Borneo», richement illustré, a été. publié par M. le Professeur Alois, Raimund Hein (Vienne, Alfred Hôlder).
— La Sinophobie qui règne maintenant en Europe, puisqu’en raison des demandes exorbitantes des ouvriers européens, les fabriquants commencent à introduire des ouvriers Chinois, a poussé M. Curt Abel à publier un violent article «Chinesen in Deutschland» (Berlin, C. F. Conrad).