‹ Tung pao. Toung pao (volume 4)Chapitre 15 sur 64 · TOTAL PS A · texte numérisé non relu

TOTAL PS A

Sur ce total, 6 avaient commencé leurs études au printemps 1900. Dans le cours de l’année scolaire 1901—1902, 4 sauront assez de chinois pour s’en servir en Chine; À a cessé momentanément d'assister aux cours: 4 ont poursuivi leurs études; 3 ne peuvent être comptés comme éléments coloniaux français. J'ajouterai qu'un jeune Russe, étudiant de langue chinoise à Saint- Pétersbourg, se trouvant pour quelque temps à Lyon, est venu régulièrement à mes dernières leçons.

À Berlin, après la mort de M. le Prof. Carl ArenDT dans la nuit du 29 au 80 janvier 1902, le cours de chinois au Séminaire des Langues Orientales à été fait successivement pendant l'année scolaire par le Dr. MerxriNenaus, M. von Varcamix et le Dr. F. W. K. Mücrer, du Kgl. Museum für Vôlkerkunde; ce dernier a continué le cours jusqu’à la fin de l’année 1902; au 1% janvier 1903, M. le Dr. A. Forxe, de Chang-Haï, a dû prendre définitivement possession de la chaire.

L'autre chaire de chinois de Berlin, celle du regretté Georg von der GABELENTZ, est toujours vacante; elle avait été offerte à M. le Dr. J. J. M. de Groor, de Leyde, qui a décliné l'honneur qu'on lui faisait. Et l’on a laissé partir le Dr. Fried. Hirrn, pour les Etats-Unis!

En Italie, M. Lodovico NocenriNi a été transféré de Naples à

l'Université Royale de Rome. — En Belgique, la mort de Mgr. de Harzez laisse inoccupée la chaire de chinois de l’Université de

Louvain.

En Angleterre, M. T. L. Burrocx occupe définitivement la chaire du Dr. Legge à Oxford. Il vient de publier un volume d'Exercices gradués de chinois écrit ‘). M. Herbert A. Gixes, à Cambridge, et M. R. K. Doueras, à King's College, Londres, continuent leur enseignement. Un cours de chinois pratique a été créé à l’'Imperial Institute pour M. George Brown *), ancien consul à Kieou-Kiang. Enfin, M. E. H. Parker fait un cours à Owen College, Manchester; il a fait sa leçon d'ouverture le 2 Octobre 1901: An Outline of Chinese History.

Aux États-Unis, une chaire de Chinois a été créée par le général Horace W. Carpenter, à New-York, à Columbia University; le Dr. H. A. Grzes, en Mars 1902, a inauguré le cours par une série de six conférences qui ont été réunies en volume *). Le Dr. Friedrich Hierx, de Munich, est parti au mois de Septembre dernier,

pour occuper définitivement la chaire.

Je ne vois rien à signaler en Autriche, ni aux Pays-Bas.

(à suivre.)

1) Progressive Exercises in the Chinese Written Language by T. L. Bullock, Professor of Chinese in the University of Oxford. London, Sampson Low, 1902, in-8, pp. vi + 1 f. n. ch. + pp. 266.

2) Elève-interprète en Chine, 3 juillet 1871; il a pris sa retraite le 17 Mai 1896.

3) China and the Chinese by Herbert Allen Giles, LL.D. Professor of Chinese in the University of Cambridge Lecturer (1902) on the Dean Lung Foundation in Columbia University. New York, the Columbia University Press, 1902, pet. in-8, pp. Ix—229:

I. The Chinese Language. — II. A Chinese Library. — III. Democratic China. — IV. China and Ancient Greece. — V. Taoïism. — VI. Some Chinese Manners and Customs.

PAR

Nous avons, à diverses reprises, entretenu nos lecteurs du premier essai qui à été tenté dans l’Extrême-Orient, de réunir en des assises scientifiques les savants du monde entier qui s’intéressent aux choses d'Asie. Ce Congrès s’est tenu du Mercredi 3 Décembre au Mercredi 10 Décembre avec le plus complet succès. Pour distinguer cette réunion de la série régulière des Congrès Internationaux des Orientalistes, il a été décidé qu’on lui donnerait le nom de Premier Congrès International des Etudes d’Extréme-Orient.

Dans la séance préparatoire du Mercredi 3 Décembre, le Bureau du Congrès a été constitué de la façon suivante: Président: M. Fino1'; Vice-présidents: MM. Héscer, LieBreiN et Takakusu; Secrétaires: MM. Perzior et Sroënner; Trésorier: M. Commarrie. Les trois Sections du Congrès ont formé ainsi leur Bureau: I. (7nde) Présidents: MM. Macuizzan et Purré; Secrétaires: MM. P. Corpter et de Foxrarnieu. IT. (Chine et Japon) Présidents: MM. Bonix, FLoRENZ et Nocenrint; Secrétaires: MM. Leavenworrx et Maîrre. LIL. (7»do- Chine) Présidents: MM. Brannes et GErinr; Secrétaires: MM. M1- DROLLE et Parmentier. En outre des Commissions de transcription, d’un manuel de philologie indo-chinoise et d’un Dictionnaire bouddhique

chinois-sanscrit ont été constituées. Comme au Congrès de Hambourg,

il a été décidé que les communications restaient la propriété de leurs auteurs et que le Congrès ne publierait qu’un compte-rendu analytique des débats.

Le Jeudi 4 Décembre, a eu lieu, à dix heures du matin, dans une des Salles de la Société philharmonique, la séance d'ouverture sous la présidence de M. Bsau, Gouverneur-Général de l’Indo-Chine française, assisté de M. Bourrocus, secrétaire-général du Gouvernement, M. BRont, résident-supérieur, M. Baie, résident-maire, et

M. KFinor, directeur de l'Ecole française d'Extrême-Orient, président du Congrès.

Le Gouverneur-général à prononcé le discours suivant:

En ouvrant le premier Congrès des Orientalistes réuni en Indo-Chine et en leur souhaitant la bienvenue, je suis heureux tout d’abord de constater l’empressement avec lequel les Gouvernements et les corps savants, tant de France que de l'étranger, ont répondu à l'invitation qui leur avait été adressée par la Colonie.

Cette réunion d’un aussi grand nombre de savants éminents, maîtres dans la philologie orientale et extrême-orientale, montre de la façon la plus palpable combien l’idée était féconde de réunir, à l’occasion de l’Exposition de Hanoï, un Congrès scientifique dont les résultats complèteront et couronneront cette imposante manifestation de travail et de progrès.

L'Ecole d’Extrême-Orient, par l'enquête méthodique qu’elle a instituée sur place depuis deux ans et par les premiers résultats qu’elle a obtenus de ses recherches, a déjà fait prévoir tout ce que l’étude du passé de l’Indo-Chine pourrait apporter de nouveau à la science et à l’histoire de la civilisation.

Par sa situation intermédiaire entre la Chine et l’Inde, ce pays s’est trouvé le théâtre séculaire où les deux grandes variétés de l’espèce humaine, la Mongolique et l'Indo-Chine aryenne. se sont rencontrées et ont lutté pour la conquète et l’hégémonie. Les traces de cette lutte sont encore inscrites sur le sol et sur les traits des races qui l’habitent et nulle autre partie de l’Asie n'offre un champ aussi riche et aussi varié pour l’étude des langues, des religions et des civilisations qui se sont disputé cette partie du monde.

Aussi les études que vous poursuivez, et dont vous venez ici nous faire Connaître les résultats en les soumettant à l’épreuve d’une discussion amicale et éclairée, ne sont-elles pas seulement d’ordre théorique et destinées à satisfaire

votre curiosité scientifique. De vos recherches sur le passé de la grande pénin-

sule indo-chinoise, sortent les plus utiles renseignements que nous puissions recueillir pour le Gouvernement des peuples si divers qui l’habitent.

En utilisant la source précieuse de documentation que vous nous apportez, nous nous préserverons de bien des erreurs et nous apprendrons à faire meilleur usage des ressources de toute nature que ce pays nous offre. De plus, en pénétrant, par l’histoire du passé, jusqu’au fond encore si fermé de la pensée des races indigènes, il est permis d’espérer que nous arriverons à les comprendre, à nous faire comprendre et même aimer d'elles: et ainsi nous parviendrons peu à peu à réaliser la mission que la France s’est imposée en prenant charge du Gouvernement de ces peuples, qu'elle doit, par les voies supérieures de la science, de la justice et de la civilisation, faire évoluer vers un avenir meilleur.

Je déclare ouverte la session du Congrès des Orientalistes de 1902.

Puis M. Finot a pris la parole en ces termes:

Monsieur le Gouverneur Général,

J'exprime le sentiment unanime du Congrès en vous adressant ses respectueux remerciements pour le témoignage de haute bienveillance que vous avez tenn à Jui donner en venant inaugurer ses travaux et pour les paroles de bon accueil que vous venez de lui adresser.

Messieurs,

Le Congrès qui s'ouvre aujourd’hui est un nouveau signe de ce besoin général d’entente et de coopération qui s'affirme, de notre temps, dans tout le domaine des études orientales. Jadis, les savants préféraient le travail isolé. Chacun était soigneux d’un fief où il ne tolérait pas volontiers les incursions. On était, en général, peu disposé à s'associer à d’autres pour atteindre plus tôt un but où l’on espérait, avec le temps, arriver seul. L'important n’était pas de faire vite une découverte, mais d’être le premier à la faire. Les questions de priorité suscitaient d’âpres polémiques et les divergences philologiques dégénéraient souvent en hostilités ouvertes.

Je ne crois pas m’abuser en constatant que le monde savant d’aujourd’hui domine un horizon plus large. On y est moins préoccupé d'autonomie que d'union, moins attentif aux personnalités qu'aux résultats.

Depuis trente ans treize Congrès ont rapproché les orientalistes dans une croissante harmonie de travail, et l'on a vu, de l'un à l'autre, des œuvres excellentes germer, se développer et mürir. C'est la que sont nées ces deux grandes associations internationales pour l'exploration archéologique de l’Inde et de l’Asie centrale, et orientale, qui vont reprendre l'enquête historique avec une vigueur nouvelle et de plus puissants moyens d'action. C’est sous leur

inspiration que s'élaborent ces œuvres collectives, telles que la Bibliographie

ilalienne, l'Encyclopédie musulmane auxquelles ne saurait suffire l'initiative individuelle: et que l'union des efforts achèvera.

S'il est, Messieurs, une partie du monde dont l'étude réclame cette association de forces, c'est assurément l’Extrême-Orient.

D'une part, en effet, la connexité des faits qui composent la trame de son histoire, interdit le morcellement des recherches; d’autre part l’infinie diversité des races et des langues oppose à une étude intégrale des obstacles presque insurmontables. Mais cette antinomie apparente s’évanouit, si un échange régulier de communications s'établit entre tous les travailleurs de ce vaste domaine, si l'information, bornée de chacun de nous peut se compléter par les connaissances spéciales d’un confrère mieux renseigné.

C’est pour préparer les voies à cette organisation plus rationnelle du travail scientifique qu’un groupe d'Orientalistes français a pris l'initiative de cette conférence. Il leur a semblé, qu’un ensemble de conditions favorables désignait l’Indo-Chine comme un centre propice de réunion.

Située au milieu des pays d’Extrème-Orient, à la jonction des deux grandes civilisations qui se sont partagé l'Asie Orientale, l’Indo-Chine est comme le rendez-vous des races et des religions qui font l’objet de vos études. Ici au bord de la mer de Chine se trouvent à la fois l'habitat actuel du peuple annamite, de la domination chinoise, le berceau probable de la race malaise et les vestiges extrèmes du brahmanisme indien; à lOuest, au Cambodge et au Laos, les monastères, peuplés de moines en robe jaune nous mettant en contact avec le bouddhisme singhalais. Et derrière ce rideau de populations civilisées, un complexe mélange de tribus sauvages attend encore les investigations des ethnographes.

Qu'il me soit permis aussi de mentionner, au nombre des circonstances qui recommandaient l’Indo-Chine comme siège du Congrès, l’existence d’une institution vouée déjà à une tâche analogue. Lorsqu'il créa l'Ecole Française d'Extrème-Orient, M. Doumer — dont le nom doit être rappelé ici avec gratitude, ne voulut pas en faire une sorte d’institut d'histoire locale, il lui assigna comme champ de travail l’'Extrèéme-Orient dans son ensemble. C’est conformément à ces intentions maintes fois rappelées que les membres de l’École ont successivement visité Java, la Chine, le Siam, l’Inde, le Japon, nouant ainsi les premiers liens de cette fédération scientifique de l'Asie Orientale, qui deviendra, si elle se réalise, un incomparable agent de progrès.

Certes, Messieurs, l'Ecole à qui fut commis le soin de vous recevoir, était

encore bien jeune pour un tel honneur; elle avait à peine trois ans d'existence.

Néanmoins, vous n'avez pas hésité à venir à elle, à l’exemple des bonnes fées qui aiment à se grouper autour des berceaux.

Soyez rererciés pour avoir répondu avec tant d’empressement à notre appel. Au nom du Comité d'organisation, je vous souhaite la bienvenue.

Nous nous sentons particulièrement obligés envers les gouvernements

d’Autriche-Hongrie, des Indes Néerlandaises, d'Italie, de Siam, qui nous ont fait le grand honneur d'envoyer ici des représentants.

Je suis heureux de saluer, en la personne de leurs éminents délégués, les Musées d’ethnographie de Berlin et de Vienne, les Universités de Bologne, de Christiania, de Rome, de Tôkyô, de Yale: les branches de Bombay et Chang-Haï de la Société Asiatique de Londres; l'Institut royal de La Haye; la Société asiatique italienne; l’Institut royal de Naples; la Société allemande pour l'étude de l’Asie Orientale; la Société orientaliste du Japon: le Gouvernement de l'Inde française: la Société Asiatique de Paris; la Société de géographie; le Muséum d'histoire naturelle; l'Ecole des Hautes-Etudes; la Société française d’archéologie; la Société des études Indo-Chinoises.

J'adresse notre cordial salut à tous ceux qui sont venus prendre part en personne aux travaux du Congrès, et notre affectueux souvenir aux confrères absents, qui n’ont pu que nous envoyer de loin leur adhésion et leurs vœux.

Vous êtes, Messieurs, en présence d’un champ de travail immense et en grande partie inculte; en y appliquant vos communs efforts, vous justifierez les sympathies qui vous entourent et qui saluent dans votre réunion l'espoir

des moissons futures.

M. le Conseiller Hrçcur (Gouvernement impérial d’Autriche- Hongrie), M. le Dr. Branpes (Gouvernement des Indes néerlandaises), M. Nocenrixi (Gouvernement royal d'Italie), M. le Comte Puzré (Ministère de l’Instruction publique d'Italie), M. le Colonel Gerint (Gouvernement royal du Siam), M. LreBieiN, au nom des Sociétés étrangères d'Europe, M. le Dr. Bazzz, au nom des Sociétés étrangères d'Extrême-Orient, M. H. HugerT, au nom des Sociétés françaises ont pris ensuite la parole.

Voici les discours de M. le Comte Puzré et de M. H. Hugerr:

M. le Gouverneur général, MM. les Membres du Congrès.

J'ai l'honneur de présenter au nom du Ministre de l’Instruction publique d'Italie quelques exemplaires de la collection des Studi Italiani de Filologia indo-iranica, et au nombre que l'Ecole française d’Extrème-Orient pensera lui être utile ou agréable.

Depuis le XI° Congrès international des Orientalistes en 1897 à Paris où je présentais le 4% de ces volumes, bien du chemin a été fait par l’activité intellectuelle de la France, et pour l'entente de nos sentiments.

J’admirai alors la loyale franchise de M. Lebon, votre Ministre des Colo-

nies, lorsqu'il affirma le droit de la France aux conquêtes coloniales au nom

de ses conquêtes scientifiques et nous assura pour l’avenir que les intérêts matériels de sa patrie auraient marché toujours de conserve avec les intérêts de la science dans ces régions de l'Orient.

En attendant qu'Alger où la France donne encore son hospitalité au prochain Congrès des Orientalistes. nous fasse connaître les bienfaits de la France pour Ja culture du continent noir, nous constatons ici en ce moment et sur place que les intérêts de la civilisation et de la science ont parcouru chez vous la même route que les intérêts d’autre nature.

Oui, ses anciennes promesses, votre noble pays les à tenue en galant homme Cette Ecole qui surgit, la première parmi les institutions de la plus jeune de vos colonies, pleine de vitalité et de foi dans l’avenir, est un bien grand exemple aux nations, de l’esprit et des méthodes des conquêtes modernes.

Elle est placée ici, cette Ecole, sur ce point éloigné, comme avant-garde de la mentalité européenne, pour éclairer de la lumière tranquille de la science le chemin de la civilisation en marche.

C'est en appréciant, en suivant avec la plus vive sympathie cette nouvelle manifestion de la France jeune, de la France démocratique et laïque, que nous sommes ici, les envoyés d’un peuple frère: de ce peuple d'Italie que les sentiments intimes et profonds, les lois d’une origine et d’une organisation communes, les nécessités d’une même destinée rallient et rallieront toujours à la France lorsqu'il s'agira des luttes suprèêmes pour les revendications séculaires de notre progrès social et intellectuel. C’est dans ces sentiments, M. le Gouverneur Général et MM. de l'Ecole Française, que nous vous remercions de nous avoir invités pour assister à la nouvelle affirmation d’une renaissance de l’ancien latin, langue gentile dans ces pays de l'Orient que le génie de Rome, la mère commune, avait à peine entrevue, mais que l'esprit des peuples issus d’elle ont de tout temps poursuivie. Merci, de nous avoir invités à prendre part à une œuvre si belle et si noble dont l’immanquable réussite nous souhaitons avec toute la

force et la sincérité de nos cœurs.

Monsieur le Gouverneur Général, Messieurs,

Je prends la parole au nom des Institutions et des Sociétés Françaises qui s'intéressent de près ou de loin à l’Indo-Chine, tant de celles qui sont représentées ici que de celles qui n’ont pas pu vous envoyer leurs représentants. Je tiens une place que devraient remplir des savants sanscritistes et sinologues Français dont vous regrettez l’absence à ce congrès. Je les connais cependant assez et je connais assez bien les sentiments qu'ils professent à l'égard de vos œuvres et de ceux d’entre vous qu’ils connaissent, pour ne pas craindre de les dénaturer en vous apportant, avec le nôtre, leur salut et leur hommage.

Peut-être, aurez-vous plaisir à constater, messieurs, la diversité des intérêts

et des préoccupations qu’apportent à votre congrès ceux qui vous viennent de P

France. Vous trouverez parmi nous des Orientalistes que ne connaissent pas les congrès européens du même nom. Je vous prie d’y voir un signe de l'intérêt très général qui s'attache là-bas au travail d’ici. Nous aurons à poser ensemble, messieurs, et vous aurez à résoudre des problèmes dont la solution importe à des branches fort diverses de la science. J’ajoute que cette diversité de préoccupations s’attachant à un seul objet est l’image de la science nouvelle qui atteint à ses fins par la collaboration des disciplines.

Messieurs, j'exprimerais mal, je le crois, les sentiments de ceux pour lesquels je vous parle ici si je vous laissais penser qu’ils sont venus par amour de la science spéciale, Je vous laisserais ignorer la joie profonde et la véritable allégresse que nous sentons à nous trouver parmi vous à Hanoï. Nous sommes venus fêter avec vous, Messieurs, une sorte de jubilé du Tong-king français. L'heure en est venue très tôt. Nous nous en applaudissons avec vous et nous sommes venus vous féliciter, Monsieur le Gouverneur Général, d’avoir été appelé à présider à cette fête. L'histoire est encore bien récente.

Nous avons parmi nous un de ces héros.

Il faut que les choses aient marché bien vite pour que nous ayons à nous occuper maintenant de concert avec la Nouvelle Ecole française d’Extrême-Orient d'organiser l’étude scientifique des terres gagnées à si grand peine. L'avenir que vous inaugurez, messieurs, nous le montrera. Monsieur le Gouverneur Général nous à dit que ce n’était pas une œuvre de luxe. Ce serait en tous cas un de ces luxes seigneuriaux qui font la dignité des grands peuples, que nous aimons par tradition et dont nous nous enorgueillissons de nous être donné notre large part.

Je ne sais, Messieurs, si vous êtes aussi bien placés que nous pour apprécier la grandeur, j’emploie mes mots à dessein, de l’œuvre scientifique qui a déjà été accomplie ici. Un hommage public a été rendu récemment par le congrès international des orientalistes de Hambourg aux travaux de l'Ecole d’Extrème- Orient, à son directeur et à l'initiative de ses fondateurs. Nous venons encore voter ici cet hommage. Ce n’est pas la première fois qu'il aura été dit que le Gouvernement général de l’Indo-Chine a le droit d’être fier de cette nouvelle institution, sœur des Ecoles d'Athènes, de Rome, et du Caire, qui depuis de longues années ont pu faire apprécier leurs services effectifs. Celle-ci a déjà fait ses preuves et elle a plus à faire que ses aînées.

Messieurs, ce congrès marque un moment de recueillement dans votre effort à vous qui travaillez pour la science et pour la patrie en Indo-Chine. C’est aussi un moment de repos pour nous qui venons de France. Avec le repos le rire est permis et peut-être aussi l’utopie. Nous retomberons assez tôt au labeur.

C’est en tous cas une belle chose et qui doit nous réjouir le cœur, à vous, qui nous recevez, comme à nous, que de voir réuni un congrès international pour une œuvre commune et une œuvre humaine dans cette jolie ville française d'Orient. J'y vois un signe des temps et le sceau de ce qui s’est fait ici. Peut

être vous verrez avec moi, Messieurs, que nous avons là le salaire de ceux qui

sont morts à la tâche, et une source profonde d’orgueil pour ceux qui survivent. Quant à moi, Messieurs de l'Ecole française, qui représente ici une Ecole où votre Directeur a professé et dont vous serez sans doute un jour les maîtres,

ce que je vous apporte pour ma part, c’est un tribut d’amitié.

Voici le Compte-rendu des séances, d’après les procès verbaux qui viennent de paraître récemment:

Jeudi, 4 Décembre; 2 h. — Sections réunies. Présidence de M. Hecer. — M. NocenriNr présente le texte et la traduction de la relation sur le Tong-king du P. Baldinotti (1626); M. Branpes présente des remarques sur les antiquités de Java; M. Gerixr offre au Congrès une collection d'ouvrages siamois et expose le plan de son livre en préparation sur la géographie ancienne de l’Indo-Chine: M. Takakusu présente un mémoire sur la Samkhya-kärik4 étudiée à la lumière de sa version chinoise; M. FLorenz présente un mémoire sur la poésie archaïque du Japon; M. HuBerT résume les données actuelles sur le Préhistorique de l’Indo-Chine.

Vendredi 5 Décembre; 8 h. ‘}, matin. — Sections réunies. Présidence de M. Finor. — M. Marrre donne lecture d’une note de M. CAHEN sur l’enseignement des langues orientales en Russie; M. LieBLEIN présente deux mémoires: l’un sur le nom d'Aménophis IV, l’autre sur le mythe d'Io; M. Peccror donne lecture d’un mémoire de M. CHavanxnes sur les deux plus anciens spécimens de la cartographie ancienne de la Chine; M. Purré présente le résultat de ses recherches sur la Cartographie de l’Inde au moyen-âge; M. ProuNpes présente quelques aperçus sur l'iconographie et la liturgie du bouddhisme japonais. — 2 h. après midi: Section [I (Chine et Japon). Présidence de M. NocenTiNI. — M. Lemière lit une note sur l’histoire de la Presse au Japon; M. Marre lit une note de M. ArrGa sur l’idée de souveraineté dans l’histoire du Japon; M. FLorexz présente une traduction allemande du drame japonais Tsubosakadera,

due à M. Oxamoto; M. Taxaxkusu fait l'historique du voyage de

Kanshin au Japon (A.D. 742 —754); M. FLorewz lit une étude sur Ibara Saikaku, romancier naturaliste japonais du XVII® siècle; M. Mairre résume ses recherches sur la littérature historique du Japon depuis ses origines jusqu’à la fondation du Shôgunat de Kamakura (1192); M. Fusisaima présente une brève histoire de la secte Shin.

Samedi 6 Décembre, 8 h. ‘}, du matin. — Section [ (Inde). Présidence de M. Puzré, puis de M. Macmizrax. — M. MacmiLLan étudie la métrique d'une chanson populaire marathi; M. P. Corprer signale un certain nombre de manuscrits médicaux sanscrits découverts par lui dans l'Inde; M. Frxor signale et commente une 1nscription inédite, relatant la fondation d’un hôpital par un roi du Cambodge, au XII siècle; M. de Fonrarnieu lit une étude de M. Vocez sur une statue du Gandhära conservée au Musée de Lahore; M. Maomwizcan lit un travail de M. Shams-ul-Ulma Jivanji Jamshedji Moor sur les mentions de la Chine qui se trouvent dans les anciens livres des Parsis. — Section IIT (Indo-Chine). Présidence de M. Branpus. — M. Parmentier lit un mémoire de M. d'Exyoy sur la femme dans la société annamite; M. Parmentier lit une note de M. Lewrre intitulée: «Moïs et Océaniens»; M. Cnéox lit une étude de M. Son Diep sur les Légendes concernant la région du Bassac (Soctrang); M. Marre lit un mémoire de M. Ed. Huser sur une version populaire chinoise d’un conte indo-européen; M. Bonrraoy lit une étude sur la poésie populaire des Mans du Tongking; M. Hygcgr résume ses travaux sur les tambours ancieus en bronze du Sud-Est de l'Asie; M. ParMenTiER expose ses nouvelles découvertes archéologiques en Annam (Trésor des rois chams et fouilles de Doug-du'o'ng). — 2 h. après midi. Sections réunies. Présidence de M. Lueszernx. — M. Finor présente un projet d’une nouvelle transcription du thai par M. Masrero; M. de Fonrarnieu lit

un mémoire sur les <pagotins» et les parânas dans le sud de l'Inde;

M. Pezuror lit un mémoire de M. $. L£vi sur la date de Candragomin; M. Paris présente au Congrès les calques pris par lui des inscriptions des grottes de Phong-nha (Quang-binh); M. Moxon trace une esquisse générale de la géologie de l’Indo-Chine; M. le Dr. Baez fait un exposé général de ses travaux et de ses conclusions sur les races de l’Extrême-Orient; M. Perzior présente des manuscrits divers et fait l'historique de la réforme des examens en Chine; M. Perrtor communique au Congrès un projet d’alphabet international de M. ScHREINER.

Lundi, 8 Décembre, 8 h. ‘/, du matin. Sections réunies. Présidence de M. Finor, puis de M. Lregceix. — M. Leavenworrx lit un résumé de ses études sur la guerre de 1856—1860 entre la Chine et les puissances européennes ; M. Nano lit un mémoire sur les trois versions chinoises du Saddharmapundarikäsütra; M. Caprère expose ses recherches sur les lieux historiques du Quangbinh; M. Hugerr analyse une instruction pour l'étude sociologique de l’Indo-Chine préparée par M. Mauss; M. Bois lit une note sur quelques plantes de la Chine et de l’Indo-Chine; M. Cortes lit un mémoire sur les populations thaï du Tong-king; M. Cnéox lit une note de M. Neuvän-KuHac-HuË concernant une inscription recueillie sur le tombeau de Vo-trong-Toan; M. BaBoNNEAU communique des inscriptions recueillies autrefois par M. Tran-vax-Hanx sur des

pierres commémoratives des montagnes de Thaiï-son et de Vinh-tê.

Parmi les voeux qui ont été adoptés, toutes séances réunies, sous la présidence de M. Finor, le lundi 8 décembre, à 2 heures, nous notons que:

— Les Sociétés savantes de l’Extrême-Orient encouragent par tous les moyens en leur pouvoir la collaboration des indigènes à leurs études.

— L'Ecole française d'Extrême-Orient étende son activité à

l’exploration des stations préhistoriques et que les résultats des fouilles entreprises soient réunis avec le reste des collections archéologiques dans le Musée de l'Ecole.

— M. Puzré veuille bien entreprendre un travail sur la cartographie ancienne de l’Indo-Chine.

— Les orientalistes européens adressent aux auteurs du dictionnaire sanscrit-chinois préparé par MM. Nans10, Takaxusu et Tokrwaï, avec la collaboration et l’aide de l'Ecole française d'Extrême-Orient, toutes les suggestions qui pourraient les aider dans leurs recherches; 2° que le gouvernement du Japon encourage par tous les moyens une oeuvre destinée à honorer la science japonaise.

— Un Manuel de philologie indo-chinoise dont l’objet et le plan sont exposés par M. GeriNi au nom d’une commission spéciale,

soit publié.

Les souscripteurs au Congrès recevront le compte-rendu analytique des délibérations du Congrès qui doit paraître prochainement et les quatre numéros du Bulletin de l'Ecole française d’Extréme-Orient

pour l’année 1903.

Le Dimanche 7 Décembre, a eu lieu une excursion à la Pagode de Lim, au temple commémoratif des rois Ly à Diah-Bang et à Phu-tu-Son. Nous extrayons de l'Avenir du Tonkin, publié à Hanoï

le 11 Décembre 1902, le compte-rendu suivant de cette promenade:

Les membres du Congrès des Orientalistes s'étant rendus dimanche dernier en excursion à Phu-tu-Son, nous sommes allé demander à un des excursionnistes quelles étaient les impressions qu'il avait rapportées de cette promenade. Très aimablement notre interlocuteur s’est rendu au désir que nous lui exprimions au nom des lecteurs de l’Avenir du Tonkin.

Le dimanche 7 décembre les délégués et les membres du Congrès des Orientalistes dont quelques-uns accompagnés de leurs femmes se rendirent par chemin de fer à Phu-tu-Son où les attendaient les autorités du district et le

Résident venus à leur recontre.

Après avoir pris quelques rafraîchissements qu'on leur servit dans la grande salle de la Résidence, les excursionnistes furent conduits sur les collines qui entourent la ville où ils visitèrent plusieurs pagodes fort intéressantes et de vieux tombeaux.

De ces hauteurs qui dominent la ville ils purent embrasser une partie du paysage environnant.

Remontant ensuite dans le train les Congressistes revinrent en arrière pour s'arrêter à la station de Pagode Lim où on leur fit visiter un intéressant Mausolée royal. Une foule considérable d’indigènes entourait les visiteurs.

Un délégué japonais avait emporté un drapeau richement décoré et teinté de rouge, de jaune, de bleu et de vert, couleurs symboliques synthètisant les rayons émanant du Swastica ou lumière sacrée. Cet embléme était porté à l'extrémité d'une hampe en bambou, et précédait la petite troupe.

Le déjeuner fut servi sous une tente spécialement dressée pour la circonstance et se termina par des toast chaleureux et quelques discours fort bien tournés. Le délégué japonais fut prié de prendre la parole et après avoir quelque peu hésité s'exécuta de bonne grâce.

S'excusant de la difficulté avec laquelle il s’exprimait en français il dit être certain de se faire l'interprète dessentiments de tous les étrangers présents en remerciant de tout cœur les hôtes qui les avaient si généreusement accueillis.

Il était charmé de tout ce qu’il avait vu. La bravoure de ses vaillants hôtes français avait donné à leur patrie un empire en Extrême-Orient, dont leur capacité comme administrateurs et comme financiers avait tiré un merveilleux parti; leur énergie et leur esprit d'initiative avaient accompli des œuvres grandioses, créé des chemins de fer, des routes et des cités magnifiques. Faisant allusion au courage dont les Français firent preuve au cours d’une longue lutte contre des adversaires également vaillants, il ajouta que l’esprit de bienveillance et de mansuétude dont avaient fait preuve les vainqueurs vis-à-vis de leurs adversaires malheureux témoignait hautement en faveur du génie humanitaire et bienfaisant de la glorieuse France.

Vous avez conquis un empire immense, ajouta le délégué du Japon, et cette belle Exposition de Hanoi montrera au monde entier la compétence avec laquelle vous savez l’administrer. Vous avez créé en quelques années une capitale brillante, des villes et un port, votre clairvoyance a même prévu l’importance qu'avait au point de vue des relations futures de votre colonie avec les pays avoisinantes la création d’une Ecole française d’Orientalistes et vous nous avez convié au premier Congrès tenu par cet éminent corps scientifique. Les étrangers que vous avez si cordialement invités se sont rendu compte de ce que vous avez mené à bien des vastes projets que vous avez été prévoyants pour l’avenir. Vous êtes, vous autres Français, un peuple unique au monde d'hommes au cœur généreux, de vaillants soldats et de diplomates à l’âme haute.

Nous vous adressons pour votre accueil chaleureux nos remerciements sin-

cères et nous conserverons pendant toute notre vie le souvenir ému de votre généreuse hospitalité, de votre bonne camaraderie et de votre bel Empire Indo- Chinois.

Messieurs, buvons à la France hospitalière et généreuse, à sa prospérité, à son avenir.

Le soir les membres du Congrès des Orientalistes étaient de retour à Hanoï absolument enchantés de la journée qu'ils venaient de passer.

C’est, ajouta notre interlocuteur, une journée dont je garderai longtemps le souvenir.

Pour ce qui est des impressions que me laissera votre beau pays, elles sont les mêmes que celles de mon confrère japonais, et je crois pouvoir ajouter qu’il en est de même de tous mes autres confrères. AV.

Le mardi 9 et le mercredi 10 décembre a eu lieu une excursion à la frontière de Chine. Nous en empruntons le compte-rendu fantaisiste et amusant de M. Pierre Mrre inséré dans le Temps, du

jeudi 22 janvier 1903:

Cao-Bang, 14 décembre 1902.

L’Exposition de Hanoï n’a pas de chance avec moi, ou plutôt c’est moi qui n’en ai pas avec elle. Je commençais à peine à la regarder que les orientalistes qui se sont assemblés en congrès à Hanoï sont allés visiter Lang-Son et la Porte de Chine; et, bien que je ne parle ni le parsi, ni le pàli, ni le sanscrit, ni le chinois, ni l’annamite, ni le th, ni même le javanais — une langue admirable de simplicité, et qui est appelée, paraît-il, à remplacer mème lespéranto et le volapück — j'ai sauté dans le même train que les orientalistes.

Il y a maintenant un chemin de fer par lequel, en sept heures, on peut aller de Hanoï à Lang-Son, et même à 14 kilomètres plus loin, à la fameuse Porte de Chine, un de ces monuments dont on dit qu'il faut les voir; et, bien qu'il n’ait aucun intérêt, on y trouve les Chinois chez eux, ce qui n’est pas sans intérêt. Tant de souvenirs aussi de la période héroïque ressuscitent sur la route! C’est Bac-Ninh, c'est Bac-Lé, Kep, Lang-Son, Dong-Dang, et cette Porte de Chine même que, après l'avoir détruite, nous ne pûmes franchir.

Elle est restée la limite de notre frontière. Dans cette région montagneuse et boisée, les pirates chinois se sont maintenus jusque dans ces derniers temps par grandes bandes et il y reste encore de petites troupes de maraudeurs armées qui sont parfois génantes. Voilà pourquoi elle n’a pas encore été livrée à l’administration civile. Toutes les provinces de la frontière septentrionale du Tonkin sont divisées en cercles militaires. Les méthodes du gouvernement et d’administration y sont fort différentes de celles qui sont appliquées dans le Delta.

On les doit au général Galliéni; et elles ont eu un assez grand succès pour que le désir me soit venu de pénétrer plus avant, de voir fonctionner la machine sur place, au lieu de me contenter d’en considérer les dessins. Voilà pourquoi je suis aujourd’hui à Cao-Bang, dans le deuxième territoire militaire qui est un

pays fort pittoresque et assez sauvage: et si les petits chevaux du pays le veu-

lent bien, j'espère pousser jusqu’à Lao-Kay d’où je redescendrai sur Hanoï par le Fleuve Rouge.

Il n’y a pas dans le Jura français de sites plus àpres et de rochers plus pathétiques que le paysage de Lang-Son. Après des gorges tristes et sauvages, presque entièrement déboisées, la vallée du Song-Ki-Kong s’élargit. Les eaux du fleuve ont rongé les schistes, les ont décomposés en une argile rouge, mêlée à un limon fertile. Il n’en reste que des collines assez basses et arrondies. Mais aussi ces eaux violentes se sont heurtées à de larges bancs de calcaire bleu dont toutes les parties dures ont résisté. Elles n’ont pu enlever que les parties de marne que contenaient ces calcaires. Parfois, ceux-ci sont alors percés de part en part; ils ouvrent sur le ciel des porches monstrueux. Parfois aussi des grottes profondes, comme celle de Ki-Lua, pénètrent jusque dans leurs obscures profondeurs. Les Chinois y ont mis les statues de leurs dieux. Ce sont des poussahs féroces, qui roulent comme des braises leurs yeux exorbités peints au vermillon, des bonzes pieux qui méditent dans l’ombre, ou des bouddhas dorés et gros, si dédaigneux du monde extérieur qu'ils ne s’aperçoivent même pas que les stalactites de la voûte leur tombent sur le crane. C’est ce qui explique pourquoi plusieurs ont la tête cassée. Mais ils n’en ont cure, étant véritablement philosophes.

La Porte de Chine se trouve à quinze kilomètres au nord de Lang-Son, tout près du poste de Dong-Dang. En 1885, le général de Négrier, après l’avoir fait sauter à la dynamite, avait placé tout près des ruines un écriteau portant ces mots en carrctères chinois: «Ce ne sont pas les murailles de pierre qui protègent les frontières, mais le respect des traités.» Sage maxime, dont tout le monde peut faire son profit: car, en somme, on n’a jamais bien su si c'était nous, ou bien les Chinois, qui n’avions pas respecté les préliminaires du traité de Tien-Tsin; et c’est de cette petite négligence qu'est résultée la malencontreuse affaire de Bac-Lé, où 350 Français furent décimés par 3,900 ennemis. La guerre en fut rallumée.

Les Chiuois semblent avoir pensé que les murailles pouvaient servir autant que les traités à protéger les frontières et ils ont relevé leur porte. Ils ont même construit derrière une espèce de petit fort dont la principale défense est un tigre d’aspect fort redoutable, bien pourvu de crocs, tout hérissé de poils, et dont les quatre pattes sont excessivement griffues: mais il est seulement peint sur un mur. Quant au fort, il m’apparut au premier abord qu’il était sur le pied de guerre: il était tout rempli de sacs. Et que peuvent contenir des sacs dans une forteresse, sinon de la poudre? Nous jetâmes donc tous notre cigarette.

Mais le colonel Ouou, aimable Chinois, qui commande la place, s’empressa de nous offrir des cigares. Il voulut bien, en même temps, nous expliquer que ces sacs ne contenaient que du riz, que l’administration française venait d'offrir à son iilustre chef, le maréchal Sou: on lui en a envoyé, cette année, pour 40,000 piastres.

Tout le monde sait que nous entretenons avec cet homme de guerre céleste des relations courtoises. Auparavant, il avait trouvé un excellent moyen de débarrasser des pirates les provinces chinoises dont il a la garde: il les poussait tout doucement sur nos territoires. Nous avons jugé alors qu’il était préférable de subventionner ce grand dignitaire. Nous pourrions lui faire nos petits cadeaux en espèces. Mais il aime mieux le riz, qu’il revend avec avantage à ses soldats et même à la population; et comme tout justement la famine règne cette année dans le Kouang-Si, tout porte à croire que les 80,000 francs de riz que nous lui donnons vont lui en rapporter 100,000. Il à fait une bonne affaire, et nous aussi. Une amitié établie sur ces bases me paraît solide et les personnes pacifiques seront heureuses en France, je n’en doute pas, d'apprendre qu’il est au moins au monde une forteresse qui n’est plus qu’un grenier.

On peut aussi visiter, à Hanoï, le palais de l'Administration du Territoire et celui du Trésor. Ce sont de beaux édifices, carrés, massifs, un peu lourds, mais plus durables que ceux de Hanoï et qui ont, en vérité, un air de grandeur romaine. Les bâtiments militaires du poste de Dong-Dang font une impression plus forte encore. Ils sont construits en marbre bleu. Aucune ville d’Indo-Chine n’en possède de pareils. Comme je les admirais sincèrement, on me répondit:

On les a payés assez cher pour qu'ils soient beaux; quelque chose comme deux millions, avec ceux de Lang-Son. Et l’entrepeneur dut faire une bonne affaire: le jour qu’il fut payé, il voulut bien donner à son contremaître une gratification de cent mille francs.

J'avoue que je fus un peu étonné de l’énormité de ces sommes. Mais il n.y avait rien là qu’une beauté de plus de cette administration que tous les maçons de l'étranger nous envient. Tout n'est-il pas réglé, chez nous, par des séries de prix établis d'avance dans une capitale. Or, à Hanoï, il ne se trouve point de pierre dans les environs: elle coûte donc très cher. C’est le prix de la pierre prise à Hanoï qui a été payé à PDong-Dang, où elle abonde. Mais ce n’est pas tout: ce prix a été majoré de celui du transport à dos d'homme de ces précieux matériaux de Hanoï à Dong-Dang, parce que le chemin de fer n’existait pas alors.

Il était naturel que je me demandasse où on avait trouvé les fonds nécessaires pour couvrir ces dépenses, qu'il est permis de qualifier d’impériales. J’en eus le secret le lendemain même, en visitant la maison du tri-cho, c’est-à-dire du sous-préfet indigène de la circonscription. Cet honorable fonctionnaire, homme fort honnète, et dont la physionomie était intelligente, nous reçut fort bien. D'abord il nous offrit le thé. Puis il nous fit visiter son jardin, sa cour, sa

bassecour, et finalement sa prison. Dans ce violon primitif, qui n’était qu’une

paillotte, j’aperçus un pauvre diable qui aurait été fort embarrassé de se lever, car, tel un traître, il avait aux pieds la double boucle. Il se contenta donc d’une inclinaison de tête bien polie, et on nous le présenta, C’était un assez gros personnage, maire d’un village des environs.

Je suis dans les fers, me dit-il avec résignation, pour avoir perdu à la maison de jeu 62 piastres, qui n'étaient point ma propriété, mais celle du gouvernement français. Cette somme constituait le montant des impôts payés par mes administrés. On va m'envoyer au chef-lieu, et tout me porte à croire qne j'aurai trois mois de prison. Quant à mes administrés, ils payeront une seconde fois. Telle est la loi. Tout cela n’est rien: mais il est à croire que je serai destitué: car c'est la troisième fois que ce malheur m'arrive. La chance ne m'est pas favorable au ba-kouan.

Le ba-kouan est un petit jeu encore plus simplé que notre baccarat national. Il y à quatre numéros: le un, le deux, le trois et le quatre. On ne peut miser que sur un seul. Le banquier, quand les mises sont, non pas sur la table, mais sur la natte, prend un bol plein de sapèques, le renverse, et décompte les sapèques par quatre. Selon qu’il en reste à la fin une, deux, trois ou quatre, c’est un de ces numéros qui gagne. Dans mes jeunes années, j'ai joué aux billes, à un jeu qui s'appelait «la bloquette», et qui avait, avec celui-là, certaines analogies. Comme le banquier ne paye que deux fois et demie les mises des gagnants, il fait de beaux bénéfices. On dit que c’est le général Galliéni qui eut l’idée d’affermer l'autorisation de faire jouer le ba-kouan à des tenanciers, dans ceux des centres indigènes où l'affaire en valait la peine. Les revenus de la ferme sont considérables. À PDong-Dang, village de neuf cents habitants, la ferme paye 1,270 francs par mois; à That-Ké, 900 fr.; à Na-Chom, un hameau, 500 francs. Dans le cercle de Cao-Bang, sur une recette totale de 168,000 francs, 66,000 proviennent du ba-kouan.

L'importance même de ces sommes, comparée avec le petit nombre des habitants des villages, prouve d’ailleurs que ce ne sont pas ces habitants qui portent leur argent au jeu. Ils y viennent, comme le maire dont je parlais tout à l’heure; mais, c'est là, paraît-il, une exception. Ce sont surtout les coolies chinois et tous les Célestes qui passent la frontière les jours de marché, qui sont possédés de cette passion. Ils y perdent, cela est certain. Toutefois d’autres savent y gagner. Comme je demandais le nom du fermier du ba-kouan à Dong-Dang, on me répliqua:

Mais vous l'avez vu! C'est le colonel chinois de la Porte de Chine, celui qui est aussi entrepositaire du riz.

Je n’ai pas regretté d’avoir pu faire la connaissance d’un guerrier si original,

Outre les délégués d'Europe dont nous avons donné les noms

dans notre dernier numéro, toutes les sociétés savantes ainsi qu'un

grand nombre de gouvernements étaient représentés au Congrès: Ceylon Branch of the Royal Asiatic Society (M. Boxaparre-W yse); Légation de France en Chine (M. Bonin); Direction des Douanes impériales chinoises (M. T. Prry); North-China Branch of the Royal Asiatie Society (M. Lemière); Bombay Branch of the Royal Asiatic Society (M. MacmiLLan); Gouvernement de l'Inde française (M. le Dr. Connie); Gouvernement général des Indes néerlandaises et Société batavienne des Arts et des Sciences (M. le Dr. Branves); Chambre d'agriculture de Saigon (M. Genet); Société des études indo-chinoises (MM. Moine et Passerar de la CHaPzLie); Cabinet impérial du Japon et Université de Tôky6 (M. Tarakusu); Asiatic Society of Japan (M. le Dr. Baztz, prof. hon. à l’Université de Tôky6); Deutsche Ges. f. Natur- und Vôlkerkunde (M. le Dr. FLorenz, prof. à l’Université de Tôkyô); Teikoku Tôyd-gakkwai, Société orientaliste du Japon (MM. Naxsio et Fusisarma); Académie malgache (M. Jury);

Gouvernement royal du Siam (Col. Gerini).

On peut dire que cet essai de décentralisation scientifique a

brillamment réussi.

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