BELGIQUE
Concession belge en Chine.
Bruxelles, 5 novembre (par service spécial). — Le XX° Siècle, à propos de l'information du Daily Telegraph relative aux négociations entre le roi Léopold et le gouvernement chinois au sujet d'importantes concessions territoriales dans le voisinage de Han-k’eou qui seraient près d'aboutir, dit qu'il ÿy a à Han-k’eou même et non dans le voisinage, un vaste territoire sur la rive droite du Yang- Tseu. Ce terrain, qui s’étend sur une longueur de 1,700 mètres environ a été acheté, il y a au moins quatre années, par le roi Léopold. Depuis cette époque, le souverain négocie avec le gouvernement chinois pour obtenir que les droits inhérents à toute concession étrangère en Chine soient attribués à sa propriété.
Ces négociations viendraient enfin d’aboutir.
Le Bien public de Gand explique pour quels motifs le roi, changeant brusquement d’avis, a décidé que la réception traditionnelle du nouvel an aurait lieu le 4* janvier, malgré le deuil de la cour.
Le roi aurait, en guise d’étrennes, une excellente nouvelle à annoncer au pays:
«Le roi, suivant son habitude, dit ce journal, a suivi de très près les négociations engagées avec la Chine à propos de la liquidation de l’incemnité due à nos nationaux et aux établissements belges du Céleste-Empire à la suite des
dévastations commises par les Boxeurs. Or, il paraît que, poursuivant une idée
qui depuis longtemps lui est chère, notre souverain aurait obtenu, à cette occasion, du gouvernement chinois, à titre de solde définitif et de règlement de compte, une assez importante concession territoriale, faite à la Belgique dans des conditions analogues à celles qui régissent les seftlements anglais, français et allemands, établis dans la même région.
«Ce sera naturellement à M. le ministre des affaires étrangères de donner, lors de la discussion de son budget, toutes les explications désirables sur l’heureuse issue des négociations; mais il n’est pas improbable que le roi ait voulu se réserver la légitime satisfaction d'annoncer lui-même officiellement la nouvelle à l’occasion de la réception du 1% janvier».
Le correspondant bruxellois, qui transmet cette information à la feuille gantoise, rattache à la récente arrivée d’un ministre chinois à Bruxelles la conclusion de l’arrangement.
Bruxelles, 8 février. — La Métropole d'Anvers annonce que la Belgique a obtenu une concession dans le Nord de Tien-Tsin, sur la rive droite du Peï-Ho. Le chemin de fer allemand du Chan-Toung traverse la concession. Le terrain nécessaire aux Allemands pour la construction du chemin de fer leur a été offert par la Belgique en récompense de l'appui prêté par l'Allemagne. L’asséchage des marais a commencé. Un projet de rues à tracer est élaboré. Le journal le Soir annonce que la Chambre sera saisie prochainement d’un projet de loi mettant éventuellement les Belges en règle au point de vue du droit international et des lois chinoises, concernant la concession belge de Tien-Tsin.
CHINE
On annonce que Wei Kouang-tao zh 7 FE. Gouverneur général du Yun- Nan, est nommé Gouverneur général des deux Kiang à la place de Lieou K’ouen-yi; Tchang Tchi-toung qui faisait l’interim à Nan-king, retourne à Wou-tch’ang. Wei a été juge au Kan-sou (fév. 1881) puis trésorier dans la même province (avril 1883); gouverneur p.i. du Turkestan, il se retira en juin 1891 ; de nouveau trésorier au Kiang-si (juin 1895), il a été promu gouverneur du Yun- Nan (août 1895) puis du Chen-si (octobre 1895). Il est originaire du Hou-Nan, comme son prédécesseur.
Hong-Kong, 7 décembre, — Sir Ernest Mason Satow, le ministre de Grande- Bretagne en Chine, est parti aujourd’hui pour l'Angleterre à bord du Parramatta. Pendant son séjour ici, il s’est entretenu avec le président de la chambre de commerce et avec le président de la China Association sur les taxes irrégulières perçues par la Chine, sur la piraterie dans le sud, et sur l'ouverture plus étendue des fleuves du sud aux commerces étrangers.
Les autorités locales ont demandé à sir Ernest Satow d'exercer son influence
auprès du gouvernement chinois pour lui faire adopter des mesures rigoureuses
pour la répression de la piraterie dans le sud de la Chine. Des nouvelles reçues ici annonçent que les Chinois ont abrogé la taxe irrégulière sur l’opium qui
était perçue à Canton et à Swatow. (Times.)
Un syndicat franco-anglais, dont le siège est à Londres et représenté en Chine par le consul général, M. Emile Rocher, très compétent dans tout ce qui concerne la province, a acquis une concession minière importante dans le Yun-Nan. Le contrat, qui a été sanctionné par un décret impérial, le 15 juin, a été officiellement reconnu et signé par les ministres français et anglais.
La concession est valable pour soixante ans, avec le droit d’extension, et comprend quatre-vingt cinq mines produisant du charbon, du cuivre, du nickel, du mercure, du pétrole, de l’étain et d’autres minéraux et métaux précieux. Ces mines s'étendent sur un tiers de la province, les mines les plus importantes étant groupées près du parcours projeté pour le chemin de fer du Tonkin à la ville de Yun-Nan.
Les mines exploitées par le gouvernement chinois en sont exclues. Un droit royal de 5°/, doit être payé au gouvernement chinois et 25°/, des profits nets sont réservés au gouvernement provincial et 10°/, aux actionnaires. Les profits nets sont établis après déduction des dépenses préliminaires et des dépenses d'exploitation, plus 8 © d'intérêt sur le capital, 10 ©/, pour le fonds d’amortissement et 10 °% pour le fonds de réserve.
Pour le cuivre, il y a des conditions spéciales; la Chine s'engage à en acheter chaque année une quantité déterminée au prix fixe de 336 taëls par tonne. Le droit de construire des embranchements de chemin de fer, de routes et des
canaux pour desservir les mines a été également concédé.
Peking, 29 décembre. — L’impératrice douairière a reçu, hier, à déjeuner, la femme du général MiLEs et un certain nombre d’autres dames, à qui elle a fait un accueil des plus cordiaux. Sa Majesté a vanté la façon dont M. Conger dirige les relations politiques entre la Chine et les Etats-Unis, et a aussi exprimé son admiration pour le général Chaffee, qui avait protégé les richesses appartenant à la cour dans la ville interdite. Le général Miles a été très occupé aujourd’hui. Il a assisté successivement à une grande revue, à une réception donnée en son honneur par les mandarins, et à un diner diplomatique. (La/ffan.)
Peking, 18 janvier (par service spécial). — L’arc érigé par le gouvernement chinois comme monument expiatoire de l'assassinat du baron de Ketteler a été officiellement inauguré aujourd’hui par le prince K’ing en présence du chargé d'Allemagne en Chine et d’une nombreuse assistance chinoise et étrangère.
Après la cérémonie la garde de la légation allemande a défilé sous l’arc.
Peking, 18 janvier (par service spécial). — Pendant la cérémonie d’inaugu-
ration du monument expiatoire, les troupes allemandes faisaient la haie d’un
côté de la rue et les troupes chinoises de l’autre. Une foule énorme de Chinois se pressait dans les rues adjacentes. Les toits étaient noirs de monde. Devant l'arche un autel supportant les vases de sacrifice impériaux étaient dressés.
Le Prince K’ing fut conduit à l'autel, à son arrivée, par le chargé d’affaires allemand, un général allemand. Se tournant vers les diplomates présents, il les salua et répandit une libation en lhonneur du défunt suivant la coutume chinoise. Puis il prononça le discours d’inauguration, dans lequel on relève cette phrase: «Ce monument constituera un avertissement au peuple, un signe des relations amicales entre nos deux pays et un symbole de paix». Dans ses réponses, le chargé d’affaires allemand a dit: «Ce monument a été consacré à sa Majesté impériale l’empereur d'Allemagne par l’empereur de Chine, comme une preuve permanente du concours de l’empereur de Chine. En érigeant ce monument, la Chine s’acquitte d’une obligation qu’elle a contractée après les évènements de 1900. Ce sera une leçon pour la postérité et un symbole durable du désir du gouvernement chinois d’inaugurer et de perpétuer des relations amicales avec les gouvernements étrangers». Ces deux discours ont été lus en allemand et en chinois.
Le Times (Weekly edition, Jan. 23, 1903) contient la nouvelle suivante dont on remarquera l'importance: «The censors’ office has memoralized the Dowager- Empress to resign in favour of the Emperor as the first step in reform policy. The Dowager-Empress is annoyed at the expression of the best native opinion, the first uttered since 1900. The censors have not been afraid to make direct criticisms. They point out that all the Throne’s reforms have failed, while many extravagances have been approved, such as the reconstruction of the Chien Gate, the useless railway to the Imperial tombs, the restoration of the palaces, and the extensive arrangement for the celebration of the Dowager-Empresss birthday this year».
La nouvelle année chinoise tombe le 29 janvier de cette année.
Londres, 4 février. — On mande de Los Angeles au Standard, le 3 février: «Le docteur Coltman, qui fut médecin de la cour chinoise pendant dix-sept ans, et médecin de Li Houng-tchang pendant six ans, et qui est actuellement ici, prédit un nouveau soulèvement chinois pire que le premier. D’après lui, les étrangers à Péking sont virtuellement sans protection ; la légation américaine serait le premier point attaqué. Les atrocités qui seront commises dépasseront,
dit le docteur Coltman, celles qui ont étonné le monde, il y a deux ans».
Péking, 6 février (par dépêche). — L’attitude de l’impératrice douairière au cours de l’audience du nouvel an est très commentée par les membres du corps diplomatique. A cette audience qui a eu lieu aujourd’hui, après un discours de
M. Conger, ministre des Etats-Unis et doyen du corps diplomatique, et la ré-
ponse de l’impératrice douairière, celle-ci a appelé séparément à son trône Îles ministres de Russie, de France et de Corée et s’est adressée à chacun avec une extrème cordialité. C’est la première fois que pareil fait se produit.
Nous avons déjà dit, à plusieurs reprises, les appréhensions que cause aux gouvernements intéressés l’état de trouble et d’anarchie qui règne dans le Se- Tch’ouen et le Kan-Sou. Cette renaissance du mouvement boxeur dans la région a été attribuée à l'influence du prince Tuan réfugié dans le Kan-Sou et travaillant le Se-Tch’ouen par ses émissaires; puis niée par le gouvernement de Péking, et, enfin, exposée par les correspondants anglais et américains de Chang-Haï comme une conséquence de l’anarchie chronique qui règne dans ces régions.
Le journal la Croix publie une longue lettre de M. de Guébriant, des Missions étrangères, pro-vicaire du Se-Tch’ouen méridional, que vient de recevoir M. de Mun. Cette lettre est datée du 14 octobre 1902. M. de Guébriant y fait l'historique des troubles survenus dans le Se-Tch’ouen depuis le commencement de l’année 1902. Partout les chrétiens indigènes, catholiques et protestants, ont été molestés, attaqués, massacrés. Plus de deux mille ont perdu la vie depuis un an. Le consul français, M. Bons d’Anty, est venu résider pendant quelques semaines avec l’évêque à Tch’eng-Tou, pour défendre la ville d’une attaque. Sa présence l’a protégée, en effet. Le commandant Hourst y était venu en même temps, ayant laissé sa canonnière à Kia-Ting et remonté en chaloupe à vapeur jusqu’au Peu-Chan. Le nouveau vice-roi Tsen, arrivé en septembre, ne semblait pas enclin à agir contre les Boxeurs. M. de Guébriant dénonça le taotai de K'ieng-Tch'ang, comme un des principaux fonctiornaires responsables. Aucun missionnaire et agent français ne paraît avoir été molesté. Seuls, les
chrétiens indigènes ont été poursuivis et persécutés par leurs compatriotes.
Le gouvernement a décidé de nouveau d’avoir la haute main sur les télégraphes chinois. Son but serait d'empêcher les étrangers de connaître les secrets officiels. Le tao-taï a officiellement demandé au corps consulaire d’informer les étrangers qu'on ne leur permettra plus d'acheter des actions des entreprises chinoises de télégraphie qui jusqu'ici appartenaient à des corporations commerciales.
On mande de Chang-Haï. au Times que le gouvernement vient de publier un nouvel édit sur l’administration des télégraphes. Cheng est définitivement remplacé par Youen Che-k'ai. Un autre édit, daté du 42 décembre, mais qui n’avait pas encore été publié, prescrit à Cheng d'obtenir dorénavant l’assentiment des hautes autorités provinciales intéressées, avant de conclure aucun accord relatif aux chemins de fer.
Cologne, 19 février. — On mande de Saint-Pétersbourg à la Gazette de Cologne :
La circulation des trains express réguliers entre les stations de la Mandchourie et de Dalny sera ouverte le 23 du courant. Les travaux préliminaires pour la construction d’un nouvel embranchement du chemin de fer de Mandchourie de Knantschenzski à Khirin sont commencés depuis le mois de décembre dernier. 108 kilomètres de voie ferrée seront posés au commencement du printemps. Le nouveau chemin de fer reliera la province de Khirin, le grenier à blé de la Mandchourie, à Port-Arthur et à Dalny.
Chang-Haï, 14 février. — Les travaux préliminaires du terminus nord du chemin de fer de Canton à Han-k’eou seront commencés sous peu. La «American China development Company» a envoyé hier vingt ingénieurs chargés de tracer définitivement la ligne. Dix commenceront les travaux à Yo-tcheou en se dirigeant vers le sud, et les dix autres commenceront à Siang-Tan en se dirigeant vers le nord. Pendant ce temps, les ingénieurs de Canton ne font rien, attendant la publication d’une proclamation que Cheng déclare nécessaire avant
d'exécuter les travaux. (Times.)
Evacuation de Chang-Hai.
L'’évacuation de Chang-Haï par les Japonais est un fait accompli. Mais les
commandants français, anglais et allemands n’ont pas reçu d'instructions.
Tokio, 19 novembre. — On a annoncé officiellement à Tokio que le gouvernement japonais, en retirant ses troupes de Chang-Haï, a averti la Chine que le Japon se réservait d'envoyer de nouveau des troupes, si plus tard une autre puissance envoyait elle-même ses soldats en Chine, sous un prétexte quelconque. M. Uchida, représentant du Japon à Péking, qui se trouve actuellement à Tokio, exprime sa confiance dans les progrès de la Chine.
Il ne prévoit aucune réforme considérable, mais attache beaucoup d’importance aux relations sociales dont l'initiative est due à l’impératrice douairière et dont l'exemple a été suivi par les princes et par de hauts fonctionnaires. Il pense que le maintien d’une attitude semblable de la part des Chinois contribuera à faire disparaître les anciens préjugés et à inaugurer une ère nouvelle. (Times.)
Péking, 6 décembre (source anglaise). — Le commandant du contingent anglais à Chang-Haï à reçu instruction d’évacuer la ville le 20 décembre, mais les Français et les Allemands, ayant trouvé des raisons pour retarder leur départ, il est probable que les Anglais suivront leur exemple. (Havas.)
Un document parlementaire publié le 4 déc. 1902 à Londres contient la correspondance relative à l’évacuation de Chang-Haï par les troupes étrangères. Elle s'étend du 30 juillet, date à laquelle le vice-roi de Nanking demanda instamment l'évacuation, jusqu’au 16 novembre, date à laquelle lord Lansdowne
télégraphia a sir Claude Macdonald que des arrangements étaient pris par le gouvernement de Sa Majesté pour le retrait des troupes anglaises aussitôt que possible.
Il ressort de la correspondance que lord Lansdowne, ayant été informé que le 1* novembre serait une date convenable pour l'évacuation, demanda aux gouvernements français, japonais et allemand si cette date leur conviendrait également. La France et le Japon répondirent que la date proposée leur agréait. Le gouvernement allemand déclara qu'il était disposé à accéder à la proposition avec les réserves suivantes:
19 Un accord préalable serait conclu pour l'évacuation simultanée et uniforme ;
20 Dans le cas où dans l’avenir une puissance quelconque occuperait de nouveau Chang-Haï, le gouvernement impérial est désireux de se réserver le droit d'adopter une attitude identique. Mais, continue la réponse allemande, afin de parer d’une façon effective à l’une ou à l’autre de ces éventualités (éventualités que le gouvernement français, ainsi qu'il ressort d'informations officielles, a également envisagées) le gouvernement impérial désire faire les réserves suivantes: le gouvernement de Péking et les vice-rois du Yang-Tsé s’engageront à n’accorder à aucune puissance d'avantages spéciaux d’un caractère politique, militaire, maritime ou économique, ni à permettre l'occupation d’un point quelconque commandant le fleuve, soit au-dessous, soit au-dessus de Chang-Haï.
Des document publiés, hier, par le gouvernement anglais relativement à l’évacuation de Chang-Haï, il ressort que le gouvernement français, consulté par l'Angleterre ne se refusa point à l'évacuation, sous réserve qu’elle fût simultanée et que la réoccupation collective se produirait à nouveau dans le cas où n'importe quelle puissance interviendrait militairement.
Le gouvernement allemand, ayant alors consulté la France à ce même sujet, reçut l’assurance que les questions qui le préoccupaient avaient été déjà envisagées, et que le gouvernement français ne demandait, d’ailleurs, pas mieux que d’avoir le plus de garanties possible. Le gouvernement allemand fit alors au gouvernement anglais une réponse spécifiant les deux réserves ci-dessus, mais ajoutant que la Chine devrait, de son côté, promettre qu'aucune puissance ne serait autorisée par lui à occuper un point quelconque du fleuve Bleu, ni pourvue d’avantages spéciaux dans la région.
Le gouvernement anglais répondit que l’intégrité du bassin de Yang-Tseu était déja suffisamment défendue par les arrangements internationaux. Mais, dans l'intervalle, les Allemands avaient obtenu déjà de la Chine l'assurance qu’ils demandaient. Ils se considéraient comme suffisamment couverts. Le 7 novembre, l'ambassadeur d'Allemagne à Londres informait, en outre, le gouvernement anglais que l’assurance obtenue des Chinois n’était pas dirigée spécialement contre l'Angleterre.
D. dé
On mande de Chang-Haï à la Daily Mail, le 22 décembre:
Toute la garnison anglaise est partie cet après-midi pour l'Inde. Une secende compagnie allemande est partie pour Tsing-Tao. La garnison française va quitter la ville presque immédiatement. Une partie des troupes françaises ira relever
la garnison de Kouang-tcheou-Wan.
Marseille, 34 janvier. L'Écho de Chine, arrivé aujourd’hui à Marseille, donne des détails sur le départ de Chang-Haï des troupes françaises de la garnison, sous les ordres du lieutenant-colonel Diguet. Le départ s’effectua dans la matinée du 26 décembre. M. Ratard, consul-général, M. Kammerer, consul suppléant, tous les membres du consulat, ainsi que les Français de Chang-Haï, étaient présents. Les troupes défilèrent en portant les armes et pénétrèrent sur la concession internationale. De l’autre côté du point, qui sépare les deux concessions, le colonel allemand, comte de Schlippenbach et ses officiers, se plaçant près du lieutenant-colonel Diguet et du commandant Lambert, se joignirent aux troupes. La musique allemande, prenant la tête, fit entendre plusieurs airs populaires allemands, alternant avec les clairons du bataillon. Une fois le pont de Hongkew franchi, le comte de Schlippenbach et ses officiers prirent congé après avoir souhaité bon voyage. Une réception eut lieu à bord de l’Amiral- Exelmans par les officiers français. Le colonel Desino et son aide de camp, les officiers allemands, le capitaine anglais Rose, de la prévôté internationale y assistaient, ainsi que le commandant Sennés, du Pascal. Le départ eut lieu aux accents de /« Marseilluise, jouée par la musique municipale.
On télégraphie de Chang-Haï, le 2 janvier, que le départ des dernières troupes allemandes a eu lieu hier. Un grand nombre d’Allemands et de membres des autres colonies étrangères, le personnel des consulats et tous les fonctionnaires assistaient à leur embarquement. M. Knappe, consul général d'Allemagne, leur a adressé une allocution.
Chang-Haï est donc maintenant complètement évacué par les troupes étrangères.
Indemnité.
Chang-Haï, 3 décembre. — Le vice-roi Youen Che-k’ai, lorsqu'il était ici, a eu une entrevue avec un fonctionnaire étranger important auquel il a déclaré que le gouvernement chinois avait décidé de refuser le paiement en or de l’indemnité: le gouvernement avait l'intention de payer simplement 450 millions de taels Hai-Kouan. Cette déclaration ne fut peut-être qu’un ballon d'essai; cependant il faut que la question soit prochainement élucidée, puisque la commission des banques va bientôt soumettre au vice-roi, pour recevoir sa signature, des titres représentant les sommes dues aux diverses puissances, selon le paragraphe C de l’article 6 du protocole de Péking. En attendant, la baisse continue de
l'argent est faite pour créer une grave crise financière. Le commerce des im-
portations est en état de stagnation, et en ce qui concerne les exportations il n’y a pas lieu d'espérer une augmentation immédiate, Les fonctionnaires indigènes, tout en convenant que la situation est grave, ne semblent rien faire pour y parer; ils consacrent tous leurs efforts à profiter de l'indemnité pour se livrer à de nouvelles exactions au détriment des négociants. Au bureau de likin il règne une activité sans exemple, (Times.)
Hong-Kong, 3 décembre. — La baisse de l'argent et la chute du change oriental ont paralysé le commerce plus sérieusement encore que lors de la crise de 1892.
Les traitements des fonctionnaires du gouvernement sont payés en dollars au change de 3 fr. 75 le dollar; les revenus sont perçus en argent. Les hôtels ont adopté un tarif en monnaie anglaise, remplaçant le tarif en dollars, et les prix de la plupart des vivres ont augmenté. (Times.)
Péking, 31 décembre (source anglaise). — Tous les ministres télégraphient à leurs gouvernements respectifs à l’occasion du refus des Chinois de payer l’indemnité en prenant l’or pour base. Un corps diplomatique étudie la question de savoir s’il faut rappeler au gouvernement chinois par des mots identiques ou des mots conjoints que le protocole poursuit le paiement sur la base en or. Le fait pour les Chinois de ne pas se conformer à leurs obligations entraînera forcément de graves conséquences. La politique des Etats-Unis est le principal obstacle à l'envoi d'une note conjointe. Les difficultés actuelles sont généralement attribuées aux encouragements donnés par les Américains qui acceptent tous les arguments de la Chine. Les Chinois se bornent à attendre les événements. Ils sont persuadés que les puissances ne pourront pas s’entendre sur la
conduite à suivre et que cette situation se prolongera indéfiniment. (Havas.)
New-York, 31 décembre (par service spécial). — Les Etats-Unis ont décidé d'accepter le second acompte de l'indemnité chinoise sur la base proposée par la Chine.
Londres, 2 janvier. — Un échange très actif de télégrammes a lieu en ce moment entre les ministres étrangers à Péking et leurs gouvernements au sujet de l'attitude de la Chine qui refuse de payer au cours de l’or le montant de l'indemnité pour le mois de janvier. On se demande, en effet, quelle mesure utile on pourra prendre si la Chine persiste dans son refus. Déjà on envisage l'opportunité d’envoyer une note conjointe au gouvernement chinois pour lui représenter les conséquences très graves que peut avoir pour lui ce manquement au traité. Malheureusement il est improbable que les Etats-Unis joignent leurs efforts à ceux des autres puissances, car on dit ouvertement que la Chine est encouragée par le gouvernement de Washington à ne payer l'indemnité qu’au cours de l'argent. De leur côté les Chinois comptent absolument que les puis-
L' 4 1! LINE EEE Ya ANNT
CNE
sances ne pourront s'entendre, et ils attendent avec la plus grande tranquillité les événements. Au ministère des affaires étrangères de Péking on avoue les préparatifs belliqueux du général Toung Fou-siang, l’ancien chef boxer qui fut dégradé puis exilé, pour avoir obéi aux ordres de ses supérieurs en attaquant les délégations. Dans les cercles diplomatiques on se montre très inquiet et on est convaincu que les troupes impériales se joindront aux rebelles sitôt qu’elles se trouveront en présence de ceux-ci.
Toung Fou-siang est d'ailleurs en communication constante avec les généraux de l’armée régulière. Son influence est prédominante dans toute la région du Nord-Ouest. Enfin, on dit qu’il se prépare à faire sa jonction avec le prince Touan qui se vante de pouvoir marcher sur la capitale avec 50,000 Mongols.
Péking, 19 janvier (par service spécial). — Une note de la Chine aux puissances fait l’historique de la baisse de la valeur de l'argent, et montre combien la dette nationale de la Chine s’est accrue en conséquence. La Chine, quoique désireuse de faire face à ses obligations, se trouve dans l'impossibilité de faire les paiements qu’on lui demande. Les vice-rois ont télégraphié qu'il leur était impossible de lever de nouveaux impôts, à cause de l’appauvrissement du pays. La note demande au corps diplomatique de suggérer un moyen d’alléger les charges de la Chine. Elle demande que le tarif des douanes soit basé sur la base de l’or; que le taux moyen du change du mois précédent servirait le mois suivant pour le paiement des droits de douane.
Péking, 28 janvier (par service spécial). — Les ministres étrangers ont eu aujourd’hui une conférence dans laquelle ils ont élaboré une note exprimant leur satisfaction de voir la Chine admettre que l'indemnité est due en or et déclarant qu’ils ne craignent nullement de la part de la Chine un manquement à ses obligations. La note appelle ensuite l’attention sur la nécessité d’émettre à bref délai des bons différents destinés aux divers gouvernements intéressés pour leur part respective d’indemnité afin de remplacer le bon unique donné lors de la signature du protocole, Elle conclut en déclarant que les ministres ne peuvent discuter les questions soulevées par la note résultant de la Chine, avant que les bons aient été émis. Tous les ministres ont signe la note, à l'exception de celui des Etats-Unis. Tous les ministres ont établi une autre note dans laquelle ils demandent à la Chine d’exécuter plus strictement les protocoles proclamant la suspension des examens officiels dans les districts où les étrangers ont été massacrés et protestent contre les nombreuses nominations
de fonctionnaires considérés comme suspects.