ÉTATS-UNIS
Le sénateur Mac Cumber a présenté au Congrès des Etats-Unis un projet de loi relatif à l'établissement d’une exposition permanente à Chang-Haï de pro-
duits américains bruts et fabriqués. L’exécution de ce projet qui nécessiterait une dépense de 275,000 dollars, semble, d’après les journaux, gagner en popularité et avoir des chances d’être votée. Le Président des Etats-Unis nommerait un commissaire qui serait chargé de diriger et d’administrer cette exposition et, en outre, d'étudier la situation commerciale et industrielle de la Chine, de présenter des rapports sur les nouveaux débouchés que pourrait offrir ce pays et de fournir des informations aux exportateurs américains et aux acheteurs de produits américains. Comme argument principal en faveur de ce projet, on fait valoir le fait que les commerçants chinois n’achètent pas d’après un échantillon ou un modèle mais exigent de voir la marchandise même, avant de faire leur commande. (Handels-Museum, de Vienne.)
FRANCE
Dans une séance de l’Académie des Sciences on a constaté que l’éruption de la Montagne Pelée a marqué sa répercussion jusqu'en Chine. Il résulte d’une note du R. P. de Moidrey que le bifilaire de la station astronomique de Zi-Kawey (Chine) a marqué tout à coup, après une longue période de calme magnétique, à la date du 3 mai, et exactement à l’heure correspondant à huit heures du matin à la Martinique, un accroissement de la composante horizontale et qu’il resta agité durant huit heures environ. Il y a là un fait du plus haut intérêt scientifique puisqu'il démontre qu’on a pu constater en Chine une perturbation magnétique dont le début a coïncidé, comme dans les observations faites à Paris, à Lyon et dans d’autres stations encore, avec l'explosion de la Montagne Pelée. La note du R. P. de Moidrey contient plusieurs autres obser-
vations dignes de remarque, mais d'ordre trop technique pour être analysées. D ul ;
Les troupes qui attendent, depuis si longtemps, la fameuse médaille de Chine, la recevront prochainement. La Monnaie vient d’en terminer la frappe. La nouvelle médaille est en argent. A l’avers, une jeune femme, symbolisant la République française coiffée du casque colonial: au revers, deux canons entrecroisés forment, avec une ancre et un drapeau, un faisceau central; en perspective se profile une pagode chinoise. Au-dessus est gravé le mot «Chine» ; sur les côtés les dates «1900-1901». La médaille est suspendue, par une bellière formée de deux dragons, à un ruban à bandes verticales jaunes et vertes. Une agrafe horizontale est placée à mi-hauteur, avec l'inscription: «1900 — Chine — 1901».
Nous avons parlé dans notre dernier numéro du monument qui doit être érigé au prince Henri d'Orléans. Le Comité a choisi le projet dont M. Raoul Verlet est l’auteur. Cet artiste fut, d’ailleurs, un des amis du prince. Adossée à une stèle, une statue allégorique de la France aux ailes éployées, soulève
dans ses bras le prince Henri d'Orléans et l'emporte vers la gloire. Au-dessous
de ce motif principal, une femme, personnifiant la science géographique, pleure la mort du vaillant explorateur.
Sur un des côtés du piédestal — qui sera l’œuvre de l’architecte Deglane — seront gravées les lignes suivantes, extraites d’un discours que le prince prononça en février 1898, peu de temps avant son départ pour l’Abyssinie :
«Quant à moi, si j'ai un regret, et qui s'accroît encore aujourd’hui, de ne pouvoir saluer ce drapeau en soldat et m'asseoir fièrement à ce banquet sous uniforme des Binger, des Monteil, des Mizon, j'ai du moins la conviction d’avoir toujours placé l’amour de la patrie au-dessus de tout autre sentiment, de n’avoir eu qu’un objet depuis que je voyage: sérvir la France...»
Enfin, les noms des principales expéditions de l’explorateur seront gravées sur une autre face de la stèle: Thibet, Cochinchine, Tonkin, Madagascar, Iraouaddy, Abyssinie et Nha-Brang, pays où le prince succomba. Le monument aura douze mètres de hauteur; il sera tout entier en marbre blanc et coûtera 100,000 francs environ. M. Doumer, peu avant de quitter l’Indo-Chine, a signé un arrêté attribuant au comité de ce monument la somme de 5,000 francs et l’emplacement au cap Saint-Jacques, dont nous avons parlé hier. M. Raoul Verlet va exécuter un moulage de sa maquette et l’envoyer à l’exposition d’Hanoï qui s'ouvre, on le sait, au mois de novembre. Un modèle en plâtre du monument, figurera au prochain Salon, et l'inauguration aura probablement lieu dans deux ans. Ajoutons que M. Mercié exécute aussi un monument à la mémoire du prince, L’éminent sculpteur a été chargé par le duc de Chartres de cette œuvre qui surmontera le tombeau du prince à Dreux. Dans sa réunion d’hier, le comité a ainsi constitué son bureau: président d'honneur, M. Doumer; président, le prince Roland Bonaparte; secrétaire-trésorier, M. Récopé. Celui-ci est chargé de recueillir les souscriptions, 11, avenue d’Iéna.
Le président de la République a reçu le 27 déc. 1902, à quatre heures et demie, en audience publique, M. Souen Pao-k’i, qui lui a remis les lettres l’accréditant en qualité d’envoyé. extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. l’empereur de Chine. M. Souen Pao-k’i a été conduit au palais de l'Elysée avec le cérémonial accoutumé. Il était accompagné par le personnel de la légation: MM. Ou Tsong-lien et Liou Tshe-shun, premiers secrétaires, Ven Pou, second secrétaire, Yen Chu, secrétaire interprète, Eung King, interprète, Li Yu-ying et Hsia Chun-tsih, attachés. Après l’audience, le nouveau ministre a été présenté à Mme Loubet. M. Souen Pao-k’i est un mandarin à un bouton rouge de deuxième classe. Il a le titre de sous-secrétaire d’Etat dans la hiérarchie politique chinoise. C’est la première fois qu’il vient en Europe. Il est âgé de trentesix ans et est accompagné ici de toute sa famille, composée de Mme Souen, de quatre filles toutes jeunes et d’un fils. Avec lui sont également arrivés à Paris quatorze jeunes étudiants chinois, qui complèteront leurs études dans
nos lycées et nos facultés. Le prédécesseur du nouveau ministre, M. Yu Keng,
s’est installé dans un hôtel de l’avenue Kléber, en attendant son départ pour la Chine.
Dans la séance du 20 février 1903, M. Edouard CHAVANNES, Professeur de Chinois au Collége de France, a été nommé Membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, en remplacement de M. Alexandre BERTRAND, ancien Directeur du Musée de Saint-Germain.
INDO-CHINE FRANÇAISE
Le ministère des colonies vient de recevoir du gouverneur général de l’Indo- Chine un rapport présentant le mouvement du commerce et de la navigation de cette colonie pendant le premier semestre 1902. Le commerce extérieur s’est élevé, pour ce semestre, à 222,195,785 francs, chiffre supérieur de 40,303,962 franes à celui de la période correspondante de l’année 1901. Cette très forte plus-value se répartit entre les importations et les exportations. A l'importation, le mouvement avec la France donne la presque totalité de l’augmentation constatée. Il est dû principalement à l'énorme quantité de fers, rails, etc., nécessités par la construction des chemins de fer. A l'exportation, la plus-value est provoquée par les sorties des riz à destination des divers pays de l’Extrème-Orient. Elle résulte surtout de ce fait que l'exportation a été régulière cette année. Le mouvement de la navigation présente, au total, une différence en faveur de 1902 de 105 navires et de 111,243 tonneaux. Dans ce mouvement, l’Allemagne occupe toujours le premier rang, tant par le nombre üe ses navires que par leur tonnage total; la France vient en seconde ligne, suivie de l’Angleterre et de la Norvège. Ces quatre puissances fournissent d’ailleurs le mouvement pres-
que entier de la vavigation.
La nouvelle voie ferrée de Hanoï à Nam-Dinh a été inaugurée le 8 janvier. La cérémonie a eu lieu à Nam-Dinh, présidée par le gouverneur général Beau et en présence des hauts fonctionnaires de la colonie et d’un important concours de population. La ligne a été immédiatement ouverte à l'exploitation.
Le courrier saïgonnais arrivé à Paris annonce que, le 12 janvier dernier, a eu lieu, au cimetière de Saïgon, l’exhumation des restes de Francis GARNIER et de Doupart de Larée. La caisse renfermant les ossements de Doudart de Lagrée était intacte; quant au cercueil de Francis Garnier, il n’en restait plus trace, l'enveloppe de plomb, seule, avait résisté. Les restes de nos deux illustres compatriotes ont été transférés dans le caveau que doit surmonter le monument voté par la colonie et confié au ciseau du sculpteur Lucien Ruffier.
Nous avons le regret d'apprendre que M. Jean Dupuis, le vétéran du Tong-
king, qui malgré son grand âge, avait tenu à se rendre au Congrès des
Orientalistes de Hanoï, s’est brisé la cheville en débarquant d’une chaloupe à Ninh-binh, en décembre.