‹ Tung pao. Toung pao (volume 4)Chapitre 5 sur 64 · J'apprends par Chousan que les pirates cantonais · texte numérisé non relu

J'apprends par Chousan que les pirates cantonais

craignant d’être attaqués par moi, ont tous quitté Ning-Po, et se sont réfugiés dans un des nombreux canaux des Chou-san; plusieurs jonques se sont jointes à eux; ils quittent leurs navires et vont faire des razzias dans la grande île. Le gouverneur de Chou-san, n'ayant aucune troupe, en est affolé et me fait demauder par les missionnaires de venir à son secours, car après avoir pillé, les brigands assassinent. L'occasion est trop belle pour que je laisse échapper le soin de tirer vengeance du guet-apens de Yu-Yao. Le Capitaine Dew, de l’Æncounter, me donne les deux chaloupes canonnières à vapeur, le Confucius a l’ordre de suivre le Péroulède.

19. — Nous partons tous le matin, et en cherchant bien, nous voyons toutes les jonques chinoises dans le canal séparant la grande Chou-san et Tzi-tzi. Une des canonnières est envoyée à l’autre extrémité de ce canal pour barrer le chemin aux jonques qui vou

draieut se sauver. Pris ensuite le canal de Oan-chan-yan qui va en

se retrécissant et enfin nous voyons l’ennemi mouillé entre Letea et la Grande Chousan. Dès que nous approchons les pirates tirent sur nous et nous continuons à avancer en leur répondant; les gros obus des chaloupes mettent le feu à quelques barques et l'ennemi se sauve à terre. Nous débarquons tous quelques uns de nos hommes pour les poursuivre ‘), mais ils se dispersent, et l’on n’a pu en tuer qu'uu petit nombre. Pendant ce temps, je fais mettre méthodiquement le feu à toutes les jonques, et je reste jusqu’au lendemain pour constater qu’elles sont toutes brûlées. — Voici l’épilogue de l'expédition de Chousan: Les pirates s'étant enfuis sans armes, sans vivres, furent traqués dans les campagnes et tués par Les paysans. Une petite troupe réussit à se sauver jusqu’au port de Ting-Hai, où ils s’emparèrent de deux jonques avec lesquelles ils voulurent se sauver à Ning-Po: Poursuivis immédiatement par leurs possesseurs, ils furent rejoints et tous tués. Toute la nuit, nous entendons des explosions, les jonques ayant toutes de la poudre. Une petite ville est à 4 kil. du mouillage; on y mit le feu, elle était habitée par les partisans des pirates qui profitaient de leurs rapines.

Le lieutenant de vaisseau Le Brethon arrive de Chang-Haï avec un brevet du prince Kouvg, pour prendre le commandement des troupes franco-chinoises de la province du Tche-Kiang, dont Ning- Po est la capitale militaire et Hang-tcheou la capitale civile. Jusqu'alors il n’y avait pas eu de grand chef militaire. Les anciennes troupes de Ward doivent être commandées par Le Brethon, en dernier lieu, elles se montaient à 5 ou 6,000 hommes. Il en est de même du corps franco-chinoïs formé par Tardif, qui reste commandant de l'artillerie franco-chinoise et de la place de Yu-Yao. Le tao-taï est insulté gravement et son yamoun est saccagé par

une petite troupe des anciens Ward, auxquels il est dû deux mois

1) Le Confucius avait a son bord 200 hommes des anciens Ward.

de solde. Il me demande à lui donner les 40 marins que j'ai à mou bord pour arrêter les insulteurs et les juger. Je lui réponds que quand il aura règlé mon affaire (indemnité aux familles des trois marins tués à Yu-Yao) qui est bien plus ancienne que la sienne, j'obtempérerai à sa demande. Après avoir attendu deux jours, le Tao-taï s'adresse alors aux Anglais !): je ne comprends pas la préférence qu'il m'a donnée.

Les rebelles sont à quelques lieues de Yu-Yao, continuant leur oeuvre de massacre et d'incendie. — Parti de Ning-Po pour Yu- Yao, où je dépose mes 40 marins. Aussitôt Le Brethon en part pour Chang-Yu, une des places de dépôt et de ravitaillement des T'aï-P‘ing. L'ennemi s'enfuit précipitamment à son approche, abandonnant vivres, approvisionnement, étoffes de soie, fourrures et même un certain nombre de jeunes filles. Le butin a été estimé à plus d’un million. — Je pars en pirogue de Yu-Yao pour Chang- Yu: toute la campagne est dévastée. Partout des cadavres sur la berges et dans la rivière. Retour le lendemain: tout est tranquille.

Novembre. — Tout est tranquille à Yu-Yao et à Chang-Yu. Les T'aï-P‘ing ont disparu, d’après ce que me communiquent Tardif et Le Brethon. Je demande à Faucon à rentrer à Chang-Haï, et il m'envoie le Xïen-chan pour une remplacer. J'ai toujours la fièvre.

1 Décembre. — Parti de Ning-Po pour Chang-Haï, où j'arrive le 3. On vient de découvrir une conspiration du parti rétrograde contre les étrangers et la politique suivie par le prince Koung. Elle s'étend de Péking à Canton. Les ministres étrangers demandent aux amiraux à augmenter le nombre des défenseurs des concessions. Faucon répond qu'il ne peut rien, n'ayant que trop peu de monde et attendant bientôt le nouvel amiral. Le contre-amiral

Jaurès annonce sa prochaine arrivée et quoiqu'il ait déjà été en

1) Le commandant anglais a fait saisir quelques uns des plus mutins et 3 d’entre eux

ont été fusillés.

Chine, il demande qu'on lui envoie un pilote aux Saddle. Désirant connaître les Saddle, je me propose de le lui mener, et je pars avec un pilote anglais.

22. — Mouillé aux Saddle. Visité l'archipel. — Le 25, vu la Sémiramis; nous allons mouiller à East Saddle. — Jaurès me parle des affaires de Chine. Il me propose le commandement du Monge; il ne veut à aucun prix de son commandant actuel, d'Harcourt, très excentrique, quoique très discipliné. J'accepte moyennant que je ne resterai pas longtemps en Chine. D'Harcourt ramènera la Renominée eu France avec des malades et un équipage réduit: abominable corvée.

Mauvais temps. Jaurès appareille. J'en fais autant, mais je suis forcé de revenir au mouillage. Brume, pluie, coup de vent. Arrivé à Wou-soung le 29; en passant sur la barre, je vois la Sémiramis échouée. Jaurès, malgré Le pilote, a voulu la passer. Il a échoué

la frégate qu'il a fallu décharger entièrement pour la tirer de là.

1 Janvier. — Pris le commandement du Monge. Occupé jusqu'au 5 à déséchouer la Sémiramis. Nous arrivons tous deux à Wou-soung.

17. — Très mauvaises nouvelles de Cochinchine. L’amiral Bonnard qui y commande, écrit une lettre désespérée à l'amiral Jaurès, le priant instamment de venir à son secours avec toutes ses forces: l'insurrection des Annamites est générale et il court risque d’être enlevé à Saigon (textuel). Sa lettre est tellement navrante, que Jaurès se décide à partir de suite pour la Cochinchine avec des renforts et un bataillon espagnol de Tagals, qu'il obtiendra de Manille.

Page 1