‹ Tung pao. Toung pao (volume 4)Chapitre 48 sur 64 · III · texte numérisé non relu

III

Le Prince Ton’'ouen m'a adressé un mémoire dans lequel il disait:

«Exposant derechef mes stupides pensées, je vous supplie instamment

1) Pour trad. conforme, (sig) C. Imsaurr-Huarr. 2) Gazette de Pe-king, 19 juillet 1886.

de Vous efforcer d’aceepter d’être la Conseillère de l'Empereur».

Le Prince Li m'a transmis un mémoire dans lequel il disait: «Faisant connaître de nouveau mes sentiments de fidélité, je vous supplie instamment de conseiller encore l'Empereur pendant plusieurs années». S1 ToHEn et autres (Membres du Tsoung-li Yamen) ont dit à leur tour: «Considérant l’état actuel des choses, il faut encore attendre un peu avant que l'Empereur règne par lui-même». Enfin Houer Caiex (Membre d’un des bureaux) a exposé l’importance des conséquences du règne personnel de l'Empereur. J’ai examiné avec soin tous ces mémoires.

De tout temps une régence n’a été qu’une nécessité commandée par les circonstances du moment. Si on l’exerce à la légère, il en résulte de nombreux abus, qui sont consignés dans les Annales et sont comme reflétés par un miroir. Récemment, l'Empereur ayant terminé ses études, j'avais décidé par un Décret spécial que le moment était venu de lui remettre le gouvernement. C’est la pensée que j'ai eue constamment depuis plus de dix ans; les fonctionnaïres et les populations de l’Empire le savent bien. Aussi lorsque le 14 de ce mois (15 juillet) les Princes et les grands dignitaires m'ont tous suppliée (de garder le pouvoir), je m'y suis refusée. Mais depuis plusieurs jours, toutes les fois qu’il venait m'offrir son respect, l'Empereur m'a souvent priée de rester, en disant qu'il avait encore besoin de mes conseils; ses sentiments étaient excessivement sincères; j'ai donc relu les mémoires dans lesquels les Princes et les grands fonctionnaires exposant la situation difficile de l’Empire et l'importance des affaires militaires (de la réorganisation de l’armée) et celui dans lequel le Prince Teh'ouen a dit qu’il fallait songer aux ancêtres impériaux et consoler respectueusement l’âme du défunt empereur (T’oung-Tché), et m'a demandé sincèrement de rester; je les ai examinés à plusieurs reprises et j'ai

été saisie d’une crainte immense. Le pays se trouve aujourd’hui

dans une situation difficile, il faut commander aux petites choses et régulariser les grandes; il est nécessaire d’extirper les abus et de préconiser les bons usages. Dans les premiers temps du règne personnel de l'Empereur, il sera indispensable de fixer son irrésolution, de lui indiquer les meilleurs plans (à adopter); en vérité, il est de toute nécessité de lui rappeler ce qu'il a appris, au fur et à mesure que les affaires se présenteront, de façon à ce qu’elles soient traitées de la manière la plus satisfaisante. Puisque les Princes et les Dignitaires m'ont suppliée instamment de rester, comment oserais-je m'entêter à maintenir la décision que j'avais prise et aller contre le sentiment de toute la population de l’Empire? à contre coeur, j'acquiesce donc à ce qui est proposé: lorsque l'Empereur aura pris lui-même en mains les rênes de l'Etat, je continuerai à lui donner des conseils pendant plusieurs années.

Vous tous, grands et petits mandarins de la Capitale et des Provinces, vous devez vous appliquer à faire éclater votre fidélité, à aider l'Empereur de toutes vos forces, à réveiller votre indolence, de façon à ce qu'on arrive à un gouvernement parfait. C’est ce but que j'espère surtout que vous atteindrez.

Quant à la proposition qu'ont faite Si-tchen, Houei-chien et autres, d’instituer un Conseil de Dignitaires (pour assister l’Empereur), voici ce que j'en pense: le rêgne personnel de l'Empereur est un heureux évènement qui doit nécessairement avoir lieu puisque le moment en est venu. Déjà j'ai promulgué à ce sujet un décret spécial auquel on devra se conformer partout; il n’y a là rien qui puisse être l’objet de vos critiques ou qui puisse faire naître des doutes où encore qui implique la nécessité de la réunion d'un Conseil. De plus, les Princes et les Grands Dignitaires, les Ministres, les neuf grands Bureaux, m'ont adressé des rapports sur cette question, il était donc inutile que les Membres de l’Académie,

les Censeurs, ete., reviennent sur le même sujet. Il n’y avait nulle- ? 3

ment lieu de m'adresser de tels rapports; j'ordonne en conséquence qu'on ne les prenne pas en considération.

Dans une note annexée à son mémoire, le Prince Tch’ouen a dit qu'avant que l'Empereur commençât son règne personnel, il devait remettre le sceau et les clefs du Chen-ki-yng (dont il est le chef).

Puisqu’à présent, j'accepte de conseiller l'Empereur, le Prince Teh’ouen devra considérer que les affaires de l'Etat sont de la dernière importance, et laisser de côté les petites choses pour ne regarder que les grandes. J’ordonne en conséquence que, comme d'ordinaire, il s'occupe des affaires dont il est chargé; dans quelques années, après examen des circonstances, il sera rendu uu nouveau décret à ce sujet.

Respect à ceci. !)

1) Pour trad. conforme, (sig.) C. ImBaurr-HuaRT.

PAR

Professeur à l’École des Langues Orientales vivantes, Paris. (Suite.) !) ——<H << ——

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